La suite d'Histoires du Nord ...

dimanche 23 mai 2010

Fissures, désordres, mouvements : l'hospice Comtesse bouge encore

Dominique Plancke, conseiller municipal, et Christian Decotignie, ingénieur à la ville,
devant une fissure en arc de la chapelle.


Ils ont étayé et étayé, mais les bâtiments de l'hospice Comtesse, dans le Vieux-Lille, bougent encore. ...
Une belle fissure en arc fend les murs de la chapelle. Une rature, grosse comme trois doigts, zèbre un épais muret, dans la cave de l'ancienne réserve, fermée au public depuis 2008. C'est devenu un réflexe pour Dominique Plancke, conseiller municipal, il les traque. Partout où son regard se pose, il voit désormais les signes d'un mouvement profond et complexe : les pierres et briques de l'hospice bougent. Le phénomène n'est pas nouveau. Mais, par endroits, il s'accélère.


En 2008, après la découverte d'une fissure spectaculaire et inquiétante, la ville a décidé de placer le lieu sous surveillance. Depuis près de trois ans, des capteurs de la société Fondasol mesurent l'évolution des fissures et désordres, CEBTP Solen a réalisé des carottages géologiques. Les résultats de ces deux études sont tombés. Et ils ne font pas avancer le schmilblick.

Ces analyses devaient révéler un cas simple, elles ont mis en évidence «une multiplicité de cas complexes». «Aujourd'hui, on sait que l'on ne sait pas», constate Dominique Plancke.

C'est tout son charme, mais c'est tout le drame : l'hospice Comtesse est un patchwork de bâtiments du XIIIe, XVIe, XVII e et XVIIIe, eux-mêmes posés sur des sous-sols hétéroclites. Sous l'hospice, on jurerait un supermarché de matériaux de bricolage : de la craie dure ou friable, du limon, de l'argile ou du sable, des remblais, tassés à certains endroits, pas à d'autres, des poches de tourbe.
«On y trouve aussi l'ancien lit de la Deûle. Et les fondations sont très variables en époque et en profondeur», complète Christrian Decotignie, ingénieur à la ville. C'est compliqué mais ce n'est pas grave. L'hospice ne va pas s'écrouler à la Sainte-Jeanne, il restera ouvert au public mais sa surveillance va être prolongée. Surtout, une «dream-team» d'experts (en histoire, en géologie, en structures) va, pendant dix-huit mois, étudier et phosphorer sur les meilleures techniques à employer pour consolider le bâtiment. Ils rendront leur copie fin 2012. Point positif : à l'issue de ces études, on ne connaîtra jamais aussi bien l'hospice, son histoire et ses entrailles qui bougent encore. •
SAMI CHEBAH

in LA VOIX DU NORD, édition de Lille du 23 mai 2010

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