La suite d'Histoires du Nord ...

mardi 25 mai 2010

Il y a soixante ans disparaissait le pilote d'essais berguois, Pierre Decroo


Il y a soixante ans, le 25 mai 1950, le pilote d'essais berguois Pierre Decroo s'écrasait aux commandes d'un prototype de chasseur à réaction, en bordure du centre d'essais en vol de Brétigny, sur la commune de Marolles-en-Hurepoix (Essonne).

Si la profession de pilote d'essais exige toujours une élite, l'aide par ordinateur et l'usage de simulateurs permettent aujourd'hui de mettre plus sûrement au point les prototypes, et surtout, de préserver la vie des pilotes. Il y a soixante ans, ceux à qui l'on confiait un matériel nouveau n'avaient pas d'autre solution que de l'amener là-haut pour lui arracher tous ses secrets, bien souvent avec des surprises dramatiques...

De nombreux pilotes en firent la triste expérience. Pierre Decroo allait ainsi vivre une première aventure tragique le 10 janvier 1948, puis une deuxième, le 25 mai 1950, qui lui sera fatale.

Né le 31 décembre 1913 à Bergues, Pierre Decroo est breveté pilote de tourisme à 17 ans. En 1935, à bord d'un petit biplan de 85CV, il effectue un raid de 20 000 km jusqu'au Soudan. En 1939 et 1940, il est pilote d'essais à l'Arsenal de l'aéronautique. Il n'accepte pas la défaite de 1940. Il s'évade de France.

En janvier 1943, après avoir traversé, seul à pied, les Pyrénées, le pilote est recueilli, malade et exténué, par des Anglais à Séville. Il est alors amené à Lisbonne, au Portugal. Un hydravion l'emmène en Angleterre.

Funérailles nationales
Souffrant des pieds, Pierre Decroo est soigné chez un médecin pendant deux mois. Affecté à la Royal Air Force, il rejoint rapidement les Forces aériennes françaises libres au Squadron 345 (groupe de chasse 2/2 Berry) sous le pseudonyme de Peter. Il effectue ensuite de nombreuses missions de chasse et d'attaque au sol et participe aux missions du débarquement, qui lui valent plusieurs médailles, distinctions et citations. Il survole plusieurs fois de nuit, et à basse altitude, sa ville natale, saluant à sa manière sa famille.

En juillet 1945, Pierre Decroo est affecté au centre d'essais en vol de Marignane (Bouches-du-Rhône), puis reprend en 1946 sa place de pilote d'essais à l'Arsenal de l'aéronautique. En octobre 1947, il se voit confier la mise au point d'un bimoteur à hélice contrarotative, l'Arsenal VB-10.

Le 10 janvier 1948, il décolle de Villacoublay (Yvelines). À la verticale d'Antony, suite à une rupture d'embiellage, le feu se déclare et se propage à la cabine. Survolant la ville, Pierre Decroo peut sauter en parachute. Voulant à tout prix que son appareil s'écrase en dehors de la ville, il saute au dernier moment et se fracture les jambes. Il est grièvement brûlé. Ce sacrifice lui vaut la croix d'Officier de la Légion d'honneur. Pierre Decroo lutte alors pendant des semaines contre la mort. Un an après son accident, il vole à nouveau et participe, en 1950, aux essais du VG-90-01, un chasseur à réaction destiné à l'aéronavale.

Le 25 mai 1950, lors d'un vol de routine, Pierre Decroo effectue un passage à basse altitude au cours duquel le train d'atterrissage sort inopinément, à une vitesse bien supérieure à celle tolérée. Les trappes s'arrachent et heurtent l'empennage, entraînant la chute du VG-90 sur la commune de Marolles-en-Hurepoix. Pierre Decroo, probablement assommé, n'aura pas la possibilité de faire fonctionner son siège éjectable. Sur le lieu de la catastrophe, une stèle rappelle la disparition du courageux aviateur. Pierre Decroo aura droit à des funérailles nationales.

En 1980, la ville de Bergues se souvient de son héros et lui rend un vibrant hommage. Une plaque commémorative est inaugurée à l'Espace beffroi. Elle a malheureusement disparu il y a plusieurs années.
• J. D
in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 25 mai 2010

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire