La suite d'Histoires du Nord ...

lundi 24 mai 2010

Opération Dynamo : la mer comme planche de salut

Les troupes britanniques sur la plage attendent leur embarquement. Une fois l'opération Dynamo achevée, les navires échoués, les pontons de fortune et les véhicules militaires abandonnés constituent un décor fantomatique.

La plus importante opération d'évacuation maritime jamais organisée » se déroule fin mai et début juin 1940 à partir des plages de Dunkerque à La Panne. Pendant neuf jours de peur, de mort, de courage et d'espoir, près de 340 000 soldats parviennent, sous le feu allemand, à embarquer pour la Grande-Bretagne.
PAR LAURENT LEYS

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Pourquoi Dynamo ?
- Pour les soustraire à l'étau allemand, l'Amirauté britannique ne voit qu'une solution : évacuer les troupes britanniques et françaises par mer. L'opération est officiellement lancée le 26 mai 1940 en fin d'après-midi. Du 27 mai au 4 juin, des navires militaires des deux nations assurent les allers et retours entre notre littoral et Douvres. Mais pas qu'eux ! À l'appel de la BBC émis le 31 mai, des particuliers à bord de chalutiers, de yachts, de bateaux à aubes comme le Princess-Elizabeth (aujourd'hui amarré à Dunkerque) apportent leur contribution. De petites embarcations font la navette entre les plages et les plus gros bâtiments qui ne peuvent approcher à cause de leur tirant d'eau.
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Dans quelles conditions ?
- À part les gros navires de la marine allemande, les alliés doivent affronter de multiples périls : les attaques aériennes tant sur mer que sur les plages, les obus tirés par l'artillerie installée sur la côte, les torpilles des vedettes rapides, les mines dans le pas de Calais et en mer du Nord... La Royal Air Force oppose une belle résistance à la Luftwaffe.
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Entre peur...
- «Les navires en partance ou qui arrivent sont arrosés de bombes. On voit des gerbes d'eau s'élever à proximité. Les trois quarts des bombes n'atteignent pas leur but, témoigne Marceau Lantenois, soldat du génie, le 1er juin. Nous continuons le long de la jetée. Un peu avant de bifurquer pour rentrer en ville, un avion de reconnaissance appelé " mouchard" passe au-dessus de nos têtes. C'est le guide de l'artillerie. Aussitôt le sifflement nous prévient qu'il faut se garer. Des trous sont creusés dans le sable. Nous nous y précipitons à deux ou trois dans le même. Plusieurs rafales, puis le silence.» (De la bataille du Nord aux stalags).
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... et espoir.
- «Cris d'enthousiasme ! Les bateaux arrivent. La nuit est tombée. Six ou sept foyers d'incendie illuminent l'horizon, dont trois cuves à pétrole de Saint-Pol. Leurs hautes flammes dégagent une fumée âcre qui, rabattue sur la plage, pique les yeux et la gorge , écrit lui aussi sur le vif le lieutenant d'intendance Robert Martin, le 2 juin. Les soldats se rassemblent et chantent des airs de leur province. On se défend mal d'une minute d'émotion.» (La Campagne du lieutenant Martin, Dunkerque zone interdite 1939-1944).
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Combien de soldats évacués ?
- Les historiens avancent des chiffres similaires : environ 338.000 militaires sauvés dont 123.000 Français. Rien que dans la nuit du 3 au 4 juin, ultime étape de Dynamo, on comptabilise 54.000 hommes. On estime à 5.000 le nombre de morts pendant les naufrages (François de Lannoy Dunkerque 1940). Dans un premier temps, les Britanniques embarquent en priorité leurs propres troupes. Pour calmer les tensions qui se font jour, le Premier ministre britannique Winston Churchill «impose, le 30 mai, à son cabinet de guerre, une évacuation à égalité» (Patrick Oddone Dunkerque l'extrême 1939-1940).
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Succès ou échec ?
- «On ne gagne pas les guerres avec des évacuations», commente Churchill, le 4 juin. Arrivé sur le sol français pour combattre l'envahisseur, le corps expéditionnaire britannique se replie outre-Manche en abandonnant tout son matériel : 760.000 tonnes de munitions, 600.000 tonnes d'approvisionnement et d'essence, 1.200 canons, 11.000 mitrailleuses, 75.000 véhicules motorisés... Après avoir craint «le plus grand désastre militaire de la longue histoire militaire anglaise», il trouve néanmoins «des éléments réconfortants» : les soldats sauvés à Dunkerque pourront combattre sur de nouveaux fronts. Dans les jours qui suivent, la plupart des Français reviennent dans leur pays via la Bretagne et la Normandie pour tenter de continuer la guerre. •
in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 24 mai 2010

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