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dimanche 23 mai 2010

Quand l'armée française a résisté à Lille

MAI - JUIN 1940... MAI - JUIN 2010 - DE L'INVASION À L'OCCUPATION
Mai 1940, la débâcle. Des civils sur les routes et une armée française en déroute. C'est ce que nous avons retenu de cette période. C'est oublier un peu vite le sacrifice de milliers de soldats anglais et français qui ont donné leur vie pour ralentir l'impitoyable avancée allemande. Exemple avec le «chaudron de sorcière» de Lille. Il paraît même (mais ce n'est vraiment pas certain) qu'Adolf Hitler en aurait piqué une grosse colère. Que du bonheur ! Imaginez la scène.


Grand-place de Lille, le 1er juin 1940. Des soldats français défilent fusil sur l'épaule devant leurs vainqueurs allemands. Une manière pour le général Woegner de rendre hommage aux militaires français qui lui ont résisté durant une semaine dans Lille et ses environs.
Hitler, et en tout cas l'état-major de l'armée de terre allemand, n'apprécient guère. La résistance héroïque a fait perdre un temps précieux à l'envahisseur. Autant de jours de gagnés pour permettre à des milliers de soldats (surtout anglais) d'embarquer vers l'Angleterre à Dunkerque.

Propagande
L'armée française ne s'est donc pas contentée de fuir façon La 7e Compagnie. À Lille et ailleurs. Yves Le Maner, historien et coauteur de l'ouvrage Le Nord - Pas-de-Calais dans la main allemande, confirme : «La mémoire collective est polluée par l'utilisation des faits par la propagande. L'histoire a été réécrite par le gouvernement de Vichy et les services de propagande allemande. Cette réécriture va dire que l'armée allemande a triomphé lors d'une promenade de santé et que l'armée française s'est effondrée comme un château de cartes.» Il n'en est rien.
Retour en arrière, quelques jours avant la cérémonie de la grand-place. La «drôle de guerre» est terminée. Les Allemands sont passés à l'offensive. Les Pays-Bas et la Belgique tombent les premiers. L'état-major français attend les Allemands de pied ferme, mais pense qu'ils vont foncer (comme en 14-18) vers Paris. Seulement, c'est le littoral que vise la Wehrmacht. Le front continu réputé inviolable est percé avec une facilité déconcertante. Le 20 mai, les avant-gardes allemandes atteignent la Manche. La manoeuvre leur a pris dix jours.

Dès lors, «les troupes françaises et anglaises sont coincées dans une gigantesque poche, reprend Yves Le Maner, une nasse qui va de la Somme à la mer du Nord. Et Lille est au coeur de cette poche.»

«Chaudron de sorcière»
Des combats très meurtriers ont lieu sur l'Escaut ou dans le bassin minier, «avec des taux de pertes qui n'ont rien à envier à ceux de la guerre 1914-1918». Très vite, la dure réalité s'impose : il faudra sauver ce qui peut l'être en faisant embarquer les troupes à Dunkerque.
Dans ce cadre, la résistance lilloise joue un rôle déterminant. C'est ce que les Allemands baptisent le Hexen Kessel, le premier «chaudron de sorcière» de la Seconde Guerre mondiale. Un chaudron de sorcière ? Une poche où sont enfermées des unités qui continuent le combat.

Là, dans la grande ceinture lilloise, les combats sont féroces. «Ce sont des combats dans une zone urbanisée. Vous installez un canon dans une rue et vous ouvrez le feu à tir tendu.» Des unités de la Wehrmacht incendient des maisons, fusillent des civils... Le général Molinié tente d'organiser la résistance. Mais les communications entre les unités françaises sont mauvaises, voire inexistantes. Seul le degré de confiance entre soldats et officiers leur permet de tenir. Le 31 mai, les soldats français n'ont plus de munitions. Le général demande et obtient le cessez-le-feu. La résistance a duré une semaine. Un laps de temps très court ? «Vis-à-vis de la campagne de France, une semaine c'est beaucoup», corrige Yves Le Maner Suffisant pour, peut-être, faire trépigner Hitler. •

REPÈRES
- 1er septembre 1939. Les troupes allemandes entrent en Pologne.
- 3 septembre. La France puis la Grande-Bretagne déclarent la guerre.
- 10 mai 1940. Offensive à l'ouest : les troupes allemandes envahissent la Belgique, les Pays-Bas, la France.
- 13 mai. Les Panzer franchissent la Meuse à Sedan.
- 15 mai. L'armée néerlandaise capitule. À Paris, Paul Reynaud considère la bataille comme perdue.
- 18 mai. Philippe Pétain est nommé vice-président du Conseil.
- 19 mai. Le général Gamelin, chef d'état-major, est limogé ; le général Weygand nommé généralissime.
- 28 mai - 4 juin. Opération Dynamo à Dunkerque.
- 5 juin. De Gaulle est nommé sous-secrétaire d'État.
- 6 juin. Les lignes françaises sont enfoncées.
- 10 juin. Le gouvernement quitte Paris.
Pierre-Laurent FLAMEN
In LA VOIX DU NORD, édition régionale du 23 mai 2010

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