La suite d'Histoires du Nord ...

vendredi 30 avril 2010

Du mois de mai 2010

«L’hiver n’est pas achevé que la lune d’avril ne nous ait houspillé». Cette lune c’est la lune rousse qui a commencé son cycle le 14 avril, en fanfare, du moins chez nous à Uzès, avec un bel orage et de la grêle, puis trois jours de brouillard, et ensuite du très beau temps, chaud, ce qui pouvait nous laisser penser que les beaux jours étaient enfin arrivés. Mais je vous avais dit que la pleine lune du 28 avril pouvait nous apporter quelques surprises. Les perturbations sont annoncées un peu partout avec ce mois de mai qui, avec les derniers saints de glace de la série, nous promet du mauvais temps et beaucoup de pluie. Les observateurs les mieux renseignés et les sites internet accessibles à chacun de nous, prévoient, pluie, et baisse des températures. On le constate déjà aujourd’hui. Certes mes observations sur le cycle lunaire ne trouvent pas toujours d’écho favorable, comme hier soir, auprès d’un conférencier qui sur la base des observations de sites comme celui de la NASA, nous annonce, sur la France, d’importantes précipitations, et sur notre Midi, quelque chose de l’ordre de 100mm de pluies, tout en refusant de reconnaître un lien avec le cycle lunaire. Il accepte à peine la relation lune et marées ! Il n’empêche que les observations de nos anciens qui les ont amenés à inventer des dictons, reposent bien sur des constats qui rejoignent une analyse plus scientifique. Pourquoi ces «scientifiques» refusent-ils ce qui est le fruit de l’expérience et de l’observation ? Rien d’étonnant alors que Claude Allègre dans son livre si décrié, écrive : «Nous avons trop de jeunes scientifiques qui sont fascinés par l’ordinateur. Ils négligent l’observation, le raisonnement, le bon sens. Ils préfèrent les spéculations, le virtuel, plutôt que l’observation du réel»…Depuis deux jours la lune rousse commence de nous houspiller avec sa kyrielle de saints et semble me donner raison !

Pour saint Philippe et Jacques, autrefois le 1er mai : «Quand il pleut à la saint Philippe, n’apprête ni tonneau ni pipe" ; Ou encore :«Quand il pleut le premier jour de mai, les vaches perdent la moitié de leur lait.» Et aussi : «Quand le premier mai la pluie oint, il n'y aura pas le moindre coing». Pour saint Jacques le Mineur à la même date : «Si l’apôtre saint Jacques pleure, bien peu de glands demeure». En revanche, un gentil coup de soleil annonce une belle récolte : «La veille de saint Jacques, si tu as le soleil de Pâques, compte que, pour la moisson, le blé sera dru et bon». L’Invention (la découverte) par sainte Hélène, de la sainte Croix le 3 mai : «Pluie de la sainte Croix, disette de noix» ; il faut désormais se hâter de semer si on ne l'a pas encore fait pour avoir des récoltes cet été : «A la sainte Croix, semailles partout» . Le 6 Mai, saint Jean de la Porte Latine. - c’est à dire le martyr de saint Jean l’Evangéliste devant la porte latine à Jérusalem - : «S’il pleut à la petite saint Jean, toute l’année s’en ressent, jusqu’à la grande saint Jean» (Le 24 Juin). Saint Antonin le 10 mai : «C’est à la saint Antonin, que vend son vin le Malin». Et enfin, Saint Mamert le 11 mai, saint Pancrace le 12 mai et saint Servais le 13 mai Les trois saints de glace les plus connus dont je citerai un autre proverbe : «Les trois saints au sang de navet, Pancrace, Mamert et Servais, sont bien nommés les saints de glace !» dicton attribué à Rabelais.

Au 5ème siècle, d’importantes calamités s’étaient abattues sur la vallée du Rhône au point que l’évêque de Vienne, Mamert, (420-477) prescrivit des prières et des litanies. Ce sont les fameuses «Rogations» qui ont été étendues à toute la chrétienté en 816, pour les trois jours avant la fête de l’Ascension. C’est à dire cette année les 10, 11 et 12, vers la fin du cycle de la «lune rousse». Tout naturellement, Mamert, avec ses compères Pancrace et Servais est au rang de ces fameux « Saints de Glace » si redoutés !
«Méfiez-vous de saint Mamert, De saint Pancrace et de saint Servais, Car ils amènent un temps frais, Et vous auriez regret amer.» Vous connaissez bien d’autres dictons à leur sujet. Ne cherchez plus leurs noms dans le calendrier, ils ont été remplacés par Estelle, Achille et Rolande, après la réforme liturgique de Vatican II. Les supprimer n’a rien changé au temps et aux influences de la lune.

Si on regarde l’histoire de la météo, ou si votre grand-père a noté le temps, surtout dans les régions où cette période revêtait une importance capitale, comme chez nous à cause de l’élevage des vers à soie, pour lesquels il faut de la chaleur, mais aussi des feuilles de mûriers fraîches, vous trouverez que, en l’année 1897, par exemple, du 11 au 13 mai, il a gelé, et les dégâts ont été d’autant plus importants que l’hiver avait été bénin, et que la végétation était bien avancée ! Cette année là, le Cher avait été dévasté. Les vignes avaient gelé, ainsi que les pommes de terre, les haricots et les fraisiers. A Angers, la gelée avait ravagé les cultures au sud de la Loire mais épargné celles qui se situaient au nord du fleuve ! Dans notre région du Gard les feuilles de mûriers avaient gelé et avaient fait défaut pour nourrir les vers à soie…Ce fut une catastrophe. Dans nos histoires locales, on trouve partout traces de ces gels dus aux méfaits des saints de glace, et à la lune rousse.
Voici encore une petite histoire et une preuve de plus que ce mauvais temps n’est pas si nouveau que ça en ces périodes.
Le 1e mai 1780, sur les terrasses du palais de Sans-Souci, l’air était tiède, le soleil chaud. Le grand Frédéric se promenait et s’étonna que les orangers fussent encore enfermés. Il fit appeler son jardinier, et lui ordonna de faire sortir les arbres. «Mais Sire, lui objecta le jardinier, vous ne craignez donc point les trois saints de glace ?». Le roi philosophe se mit à rire et renouvela son ordre. Jusqu’au 10 mai tout alla bien ; mais le jour de saint Mamert, le froid survint ; le lendemain jour de saint Pancrace, la température baissa davantage, et il gela fortement dans la nuit. Les orangers furent gravement endommagés.
Le 13 mai ce sera l’Ascension, pour laquelle nous trouvons le dicton : «A l’Ascension, dernier frisson». C’est alors vraiment qu’on pourra affirmer : «En mai fait ce qu’il te plait !» «Oou mes de maï faï ce que ti plaï !» et «Qui s’alaoujo avant lou mes de maï, segur nuon soou ce que faï !»
De glace ou de grêle ou de froid, peut-être pas, mais du mauvais temps cette année, de façon quasi certaine, jusqu’au 14, jour de la nouvelle lune. Curieusement on trouve pour ce jour, fête de saint Boniface : «Au jour de la saint Boniface, toute boue s’efface». Et pour la sainte Denise, le 15 mai : «A la sainte Denise, finie la bise» ou «A la sainte Denise, le froid n’en fait plus à sa guise

Nous pourrons alors respirer et penser à du meilleur temps. J’écoutais ce matin un vigneron du coin dire son inquiétude pour les jours qui viennent. Les bourgeons de vigne sont éclos. Il faut éliminer ceux qui ne porteront pas de fruits et qui pomperaient inutilement la sève, sans porter de fruits. Ce sont «les gourmands». Mais il faut mener à terme l’éclosion des autres et les protéger. Il sera sûrement tranquille à partir du 25, pour la saint Urbain. (Faites la liaison et vous trouverez un lien avec le mois de mai et la fête du travail !) : «Que la saint Urbain ne soit passée, Le vigneron n’est pas assuré.»

Ce mois de mai est un mois très attendu par tous, pour ses fêtes, pour ses jours fériés et pour ses ponts, et pour les congés payés dont il faut utiliser le reliquat au plus tôt.
Bien des fêtes qui se déroulent en ce début de mois, sont organisées autour des fleurs et des jardins, reprenant en cela la vieille tradition romaine des «floralia», trois jours où l’on fêtait les fleurs. Les femmes s’habillaient de couleurs vives. Les animaux réputés pour avoir un tempérament érotique étaient lâchés dans les rues et on s’amusait à leur courir après. On lançait des graines de pois, de fèves et de lupins pour favoriser l’éclosion de la nature printanière. Un de nos dictons nous recommande pour le 3 mai : «Pour la sainte Croix, on sème les pois».
On sait que les fêtes de Flore, suspendues pendant de longues années, furent rétablies en 581, sur ordre du Sénat romain, par l’édile Servilius, parce que des intempéries avaient fait souffrir les bourgeons des arbres et les légumes. Une preuve de plus sur les observations du mauvais temps de cette période. On ne parlait pas encore de la lune rousse ni des saints de glace.

Au jardin, Il faut surveiller les arbres, car le mauvais temps et l’excès d’humidité favorise les maladies. C’est un bon moment pour traiter et pour pailler les fraisiers afin de récolter des fruits sains et propres. On peut tailler les arbustes ayant fleuri et supprimer les tiges tordues ou mal formées pour leur donner une belle forme. Entre autres travaux de jardinage… !

Je ne parlerai pas ici de l’origine de notre 1er mai car nous allons entendre et réentendre cela à longueur de journée demain, ni même de l’origine du muguet. Les médias vont nous rappeler tout cela. Par contre j’aimerais vous faire parler d’une vieille coutume de nos ancêtres, qui voulait que mai soit le mois où se tenaient les assemblées politiques. C’était d’abord chez les Francs, au mois de mars, une réunion des guerriers autour de leur chef, dans un lieu qu’on appelait « le Champ de Mars ». Si le discours des chefs plaisait, les guerriers applaudissaient en frappant leurs boucliers de leurs framées. Sinon ils étouffaient sa voix par des murmures. Les framées ont été remplacées par les vociférations de nos élus et le claquement de leur pupitre dans les assemblées. Ils nous en donnent souvent le spectacle, en particulier dans les séances télévisées en direct le mercredi après-midi. Bel exemple de comportement ! Je tiens à préciser aussi que chez les Francs, il n’était pas question d’absentéisme !
Sous Charlemagne, la date de ces assemblées fut repoussée au mois de mai. Les évêques, qui sous Clovis avaient été admis à ces assemblées, prirent bientôt un rôle prépondérant, rejoignant le pouvoir des comptes et seigneurs. Le rôle des guerriers s’effaça peu à peu. Ces assemblées disparurent à la fin de l’empire carolingien ; «les champs de mai» furent remplacés par «les Etats Généraux». On se souvient en particulier de ceux de mai 1302 sous Philippe le Bel et de ceux de mai 1789 !

Mai tient le record non seulement de fêtes légales et fériées mais aussi c’est en mai que l’on dénombre le plus grand nombre de commémorations, fêtes ou journées dédiés à telles ou telles causes plus ou moins importantes. Au moins 34 pour ce seul mois !
Cela va de la très grave journée mondiale de l’asthme, le 2 mai, c’est la période des allergies avec le pollen des plantes des arbres et des fleurs, à la journée des espèces menacées le 11, à celle de la lutte contre l’homophobie le 17, en passant par la journée européenne de la mer le 20, ou par celle de la diversité culturelle le 21. Je relève encore la si noble cause des enfants disparus le 25, ou à plus originale journée de la Serviette le 25, Towel Day, qui célèbre par le port d’une serviette le deuil de l’auteur de science-fiction Douglas Adams, ou à la plus fantaisiste Journée sans pantalon le 5 mai.. Une certaine idée de la liberté, qui remonterait aux années 1985/1986, inventée probablement à l’Université d’Austin, journée où le port du pantalon, est banni, mais celui des jupes, robes shorts et kilts autorisé. Mais oui ! Il y a des photos très drôles sur internet sur ce sujet. Il faudrait aussi citer en début de mois la fête de Beltaine grande fête religieuse de l’année celtique, qui après la fête de Samain, marque la fin de la saison sombre, (voir Halloween en début novembre). Il ne faut pas oublier la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai, ou le si grave Mémorial day du dernier lundi de mai aux USA. La belle fête des Voisins le dernier mardi du mois soit le 26 mai cette année, prend de plus en plus d’ampleur. Elle est due à Atanase Périfan, qui avait lancé cette idée dans le 17ème arrondissement de Paris en 1999. Il y a encore le National Sorry Day, qui est lui un évènement australien de demande de pardon aux Arborigènes pour le tort causé à leurs familles. Il y a aussi le Cinco de Mayo au Mexique qui remémore la triste expédition française du Mexique, le Kodomo no hi Jour des enfants au Japon. Nos amis Canadiens ont ce mois-ci leur fête de la Reine ! et j’en oublie sûrement ! Bien sûr la fête des Mères qui sera le 30 du mois cette année.

Encore heureux que cette longue n’amène pas trop de manifestations perturbant le déroulement du travail et de notre quotidien ! car alors nous pourrions dire avec ce bon Monsieur de La Fontaine et son savetier :

«Le mal est que dans l’an, s’entremêlent des jours
Qu’il faut chômer. On nous ruine en fête.
L’une fait tort à l’autre et Monsieur le Curé
De quelque nouveau saint charge toujours son prône


Je vous rappellerai encore que le 31 mai 1578, on posait la première pierre du pont qui relie les deux rives de la Seine, et s’appuie sur la pointe de l’île de la Cité. Il pleuvait très fort ce jour là. Henri III qui présidait la cérémonie, était en pleurs. Le matin il avait assisté au service funèbre donné en mémoire de ses mignons favoris, Quelus et Maugiron, tués en duel. Devant ce spectacle les Parisiens proposèrent alors de baptiser l’ouvrage : «le Pont des Pleurs», notre Pont Neuf d’aujourd’hui. Ce pont était prévu pour accueillir des maisons. Elles ne furent jamais construites. Henri IV qui résidait au Louvre, jugeait qu’une rangée de maisons, avec des latrines en arrière façade, dépareraient la vue. La vogue de ce pont, facilitant la circulation fut prodigieuse. Rapidement investi par les marchands ambulants, les bouquetières, les chansonniers ainsi que les coupeurs de bourse, tire-laine et filles accortes, a donné naissance à ce dicton : «Sur le Pont neuf on rencontre, à toute heure : un moine, un cheval blanc et une prostituée…»

Voici plus joli encore, même si je l’ai déjà écrit l’an dernier dans pareille chronique. Au mois de mai 1654, Jacques de Ranchin, neveu des Ranchin d’Uzès, ébloui de voir Sylvie de Rossel, la fille de Claude de Laudun sortant de l’hôtel d’Aigaliers en tomba aussitôt amoureux. Le coup de foudre dirions-nous aujourd’hui ! Il lui écrivit ce que Ménage a baptisé «le roi des triolets »:
Le premier jour du mois de Mai
Fut le plus heureux de ma vie.
Je vous vis et je vous aimai,
Le premier jour du mois de Mai.

Le beau dessein que je formai !
Si ce dessein vous plait Sylvie,
Le premier jour du mois de Mai,
Fut le plus heureux de ma vie.

Le lendemain il alla demander la main de Sylvie à Madame d’Aubarne d’Aigaliers, et le 24 mai 1654, bien qu’il soit de mauvais goût de se marier en mai, il l’épousait au temple d’Uzès. Ce furent des noces splendides qui durèrent un mois.

Adissias !
Jean Mignot le 30 avril 2010

Souvenir de l'ancien Hôtel de ville de Lille

Détruit par un incendie durant la Grande Guerre, l'ancien Hôtel de ville de Lille se voulait majesteux, il ne fut qu'austère...

stigmates de guerre

Et jusqu'aux derniers jours, Dunkerque servit de cible aux Teutons ainsi qu'en témoigne cette vue de l'ancienne Chambre de Commerce.

mercredi 28 avril 2010

Robert de Cassel et Dunkerque

Il trône avec les autres grandes figures de l’histoire dunkerquoise sur la façade de l’Hôtel de Ville. En armure, arborant fièrement le Lion de Flandre, il fut pour un seigneur aussi important que sa fille Yolande de Bar…

Un apanage confortable
Fils du comte Robert de Béthune, sa destinée est intimement liée à Dunkerque. Obligé de renoncer au Comté de Flandre pour son frère aîné Louis de Nevers en 1318, il reçoit un confortable apanage : la Flandre maritime entre Dunkerque et Cassel, Armentières et Warneton, pour le dédommager d’avoir été exclu de la succession et, accessoirement de procurer assez de revenus pour ne rien contester le moment venu.


Il aurait fait construire le château protégeant la ville, et dote le port d’un quai digne de ce nom, là où n’était qu’une crique de sable. La ville gagne en importance et prospère. Il faut la doter d’institutions plus en rapport avec sa situation. Robert réorganise l’échevinage de la ville : le conseil comprend 22 membres dont le bourgmestre, les échevins et des conseillers qui non seulement gèrent la ville mais rendent aussi la justice pour les crimes et délits survenus sur son territoire. Encore faut il aussi être en mesure de défendre la ville. Il créé les trois guildes ou serments chargés de sa protection : les archers sous le patronage de Saint-Sébastien, les arbalétriers sous l’égide de Saint-Georges et les arquebusiers sous le patronage de Sainte-Barbe.


Contre les Flamands prompts à s’enrager
Après son mariage avec Jeanne de Bretagne en 1324, il est confronté l’année suivante aux soubresauts des révoltes flamandes. Les villes de Flandre vivent dans le souvenir de l’éclatante victoire du 11 juillet 1302 à Courtrai, où lors de la bataille des Eperons d’or, les milices flamandes ont fauché la fine fleur de la chevalerie française ! Les Flamands sont en colère contre un Roi de France qui veut limiter leurs franchises et privilèges, dont les chevaliers maintiennent les droits féodaux et qui lèvent des impôts sans cesse plus lourds. Les insurgés en veulent particulièrement au Comte Louis de Nevers. Si Robert de Cassel semble avoir soutenu les révoltés au début du mouvement, il se range aux côtés du Roi, à qui il renouvelle son serment de fidélité. Les révoltés entrent dans Dunkerque, démolissent le château et saccagent la ville.
Or le Comte Louis de Nevers a sollicité plusieurs fois l’aide du Roi. Profitant du Sacre à Reims, Philippe VI de Valois convoque l’Ost royal à Arras pour juillet 1328. L’armée se met en marche dès l’arrivée de l’oriflamme de Saint-Denis. Pour forcer les Flamands à se battre en rase campagne, où la chevalerie peut donner le meilleur d’elle-même, il ravage la Flandre jusqu’aux portes de Bruges. Le gros de son armée marche sur Cassel. Retranchés dans la ville, les insurgés l’attendent. Ils ne peuvent qu’observer les noires fumées des incendies obscurcir le ciel. Philippe VI arrive à la tête de 29 bannières, le comte d’Artois en aligne 22. Philippe de Valois se souvient du désastre de Courtrai et n’engage pas ses chevaliers à la légère. Ces derniers méprisent les Flamands de basse extraction, tout juste bons à rosser. Ils ôtent leurs armures et prennent leurs aises. Les Flamands, décidément peu respectueux des usages de la guerre, attaquent à l’improviste et surprennent la piétaille qui fait… la sieste et qui ne peut que fuir ! On la retrouve le lendemain groupée aux alentours de Saint-Omer. L’alerte court dans le camp. Le roi, en robe bleue brodée des fleurs de Lys, coiffé d’un simple chapeau de cuir, rameute sa cavalerie et prend la tête de l’attaque au cri de « Qui m’aime me suive » ! Les insurgés se rangent en cercle, ne peuvent plus se replier. Trop près, les archers ne sont pas efficaces ! Le Comte de Hainaut mène avec ses hommes une charge tournante, faisant voler les têtes par le tranchant de leurs épées. Aucun insurgé ne survit. Les chevaliers français ne s’en tiennent pas là : ils incendient Cassel. Ypres et Bruges se soumettent et Louis de Nevers reprend son autorité en réprimant à tour de bras. Quant à Robert de Cassel, fidèle au Roi, il impose de lourdes contributions aux Dunkerquois, confisque les biens des rebelles, indemnise ses fidèles. Finalement en 1329, il rend à Dunkerque ses coutumes et ses lois puis s’éteint à Warneton en 1331. Son fils hérite de l’apanage mais en jouit peu de temps car il décède lui aussi quelques mois après lui et c’est tout naturellement (en Flandre) que sa sœur, une certaine Yolande, future comtesse de Bar, prend la succession… Elle n’en fera pas moins reconstruire le château en 1336.

au Sart de Villeneuve d'Ascq









Si ce n'était la présence des équipements de golf, les buttes et autres bunkers, petites mares de sables posées sur le vert tendre du green, l'on pourrait croire que le temps s'est arrêté ou tout au moins ralenti au château du Sart à Villeneuve d'Ascq. Une fois passé le porche, l'on se trouve face à superbe pigeonnier portant la date de 176... Puis, après être passé dans son ombre, l'on découvre une charmante demeure de style français aux hautes et larges fenêtres, posée sur une motte chemisée, cernée d'une douve que les canards traversent sans prêter la moindre attention aux passants qui les regardent depuis le pont dormant.

mardi 27 avril 2010

wallpaper 1440*900 : à l'affût


Première Guerre mondiale : un mémorial allemand à Illies ?

Le maire d'Illies, Daniel Hayart, voudrait transformer les blockhaus du lieu-dit La Bouchaine en un mémorial allemand.
Le Comité régional de tourisme du Nord - Pas-de-Calais (CRT) a identifié quatre itinéraires de mémoire de la Grande Guerre dans la région. L'un d'eux, en suivant la ligne de front d'Ypres à la Somme, traverse les Weppes. Le CRT accompagne les projets portés par les communes et l'office de tourisme des Weppes.
La mise en place d'un chemin pédestre de mémoire à Illies donne des idées à son maire, Daniel Hayart. Sa commune, traversée par la ligne Hindenburg, compte en effet cent cinquante blockhaus. L'édile veut construire un belvédère et une table d'orientation sur la crête du village, devant le block-haus de Montécouvé, dit «l'hôpital». «De là, la vue porte jusqu'à Loos-en-Gohelle ; on pourra y expliquer la bataille des Weppes.» À plus long terme, peut-être pour 2011, il imagine un lieu de mémoire allemande au lieu-dit La Bouchaine, qui concentre une vingtaine de blockhaus. «Ça ne coûterait pas très cher, 30 000 E maximum, mais c'est un peu compliqué car les Allemands n'ont ni ministère des Anciens combattants ni service de la mémoire.» Illies abrite déjà un cimetière militaire allemand, où reposent près de trois mille soldats. •
RUBEN MULLER
in LA VOIX DU NORD, édition Lille métropole du 27 avril 2010

lundi 26 avril 2010

Les raser ? Les garder ? Que faire de nos blockhaus ?

Entre 1942 et 1944, les Allemands ont érigé le mur de l'Atlantique dont une grande partie des blockhaus a déjà disparu, détruite. Mais il en reste, comme ici, à Wissant, que le maire aimerait bien raser. Trois d'entre eux doivent l'être.
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Le maire de Wissant a annoncé qu'il allait faire raser trois blockhaus de la plage qu'il estime dangereux. Des riverains s'y opposent, car selon eux, ils aident à limiter l'érosion et protègent donc contre d'éventuelles inondations. Polémique en béton. Armé. Et plus largement cette question : que faire de nos blockhaus ?
PAR LAURENT DECOTTE

Wissant, jolie station balnéaire, coincée entre les deux caps. Au bout de sa digue, au sud, un escalier de bois qui descend sur la plage, longue, large et belle. Au pied, une série de blockhaus comme autant de vestiges du mur de l'Atlantique construit par les Allemands entre 1942 et 1944 pour dissuader et faire face à un débarquement allié.

Depuis fin mars, ça gronde au village autour du projet de la municipalité de détruire trois de ces blockhaus plus les plaques de béton du mur attenant, face à la mer. Les habitants de jolies résidences derrière la dune s'y opposent farouchement. Ni nostalgiques de cette époque ni historiens passionnés, mais selon eux, «les blockhaus protègent énormément de l'érosion. Si la dune lâche, c'est tout le bas de Wissant qui sera inondé», tempête Brigitte Couhé, secrétaire de l'Association de la dune d'aval. En effet, l'érosion est particulièrement importante dans cette baie. Mètre étalon, justement, lesdits blockhaus. Ils ont été bâtis sur la dune et reposent désormais sur la plage voire dans l'eau.

« C'est l'horreur »
Bernard Bracq, maire de Wissant, se défend : «Ce sont les services de l'État qui m'ont proposé de subventionner à hauteur de 80 % le coût de ces destructions s'élevant à 450 000 E. J'ai évidemment saisi l'occasion, car les blockhaus sont dangereux.» Il rappelle : «Il y a quatre ans, quelqu'un s'est brisé les cervicales en plongeant, à marée haute, du toit de l'un d'eux.» Il invoque sa responsabilité de maire : «J'étais obligé : imaginez, si je refusais cette enveloppe et qu'un nouvel accident se produisait... On peut mettre tous les arrêtés municipaux d'interdiction de baignade que l'on veut, les gens y vont quand même
Le maire n'est de toute façon pas un «amoureux de béton éclaté», comme il qualifie certains de ses détracteurs favorables à la préservation de ces constructions pour certaines, il est vrai, usées par la mer et les années. «À marée basse, c'est l'horreur à notre porte alors que nous avons une baie merveilleuse, fréquentée par de nombreux touristes et randonneurs ! C'est vrai que si nous avions l'argent, je serais favorable à l'idée de tous les raser

Monuments historiques ?

Sur la plage, justement, les avis sont partagés. Il y a ce jeune couple de Belges dont le garçonnet vient de se blesser le pied sur un barbelé. Et à l'inverse, Thérèse, 75 ans, pour qui c'est tout net : «Les blockhaus, il faut les garder, ce sont des monuments historiques
Vrai ? Pas vrai ? Hervé Olejniczak, historien local coauteur du Mur de l'Atlantique dans la baie de Wissant estime qu'il faut «raison garder». «Ceux qu'il est prévu de détruire n'ont justement pas d'intérêt historique ou architectural particulier.» Or, selon lui, c'est bien ce critère qu'il faut observer et en l'occurrence, il ne l'a pas toujours été. Ce douanier posé et passionné cite la batterie Lindemann, «le plus gros canon du mur de l'Atlantique» aujourd'hui sous les remblais du tunnel sous la Manche, l'ouvrage d'exception le Carillon (avec salle de réception...) qui a été détruit en 1991 pour ériger des appartements. Sans oublier les constructions légères en bon état détruites sur le Blanc-Nez en 2006.

Le fait est que «la Côte d'Opale était l'un des endroits où il y avait le plus de constructions allemandes. Le mur de l'Atlantique y était érigé à 60 % contre 18 % en Normandie. Et aujourd'hui, il reste plus de bunkers là-bas ou en Bretagne qu'ici.» Et de citer Stella, Berck, Merlimont ou Le Touquet, qui n'en ont plus. Et même Wissant, où «il y en avait partout, même sur la digue. Au sortir de la guerre, ils ont été rasés pour reconstruire des maisons.» Et l'historien local de conclure, le regard rivé sur cette plage comme «habitée» : «Ce n'est peut-être pas de la grande histoire, mais c'était chez nous. Il est important pour des gamins de comprendre ce qui s'est passé ici.»



La batterie Todt est depuis 1972 un musée privé qui accueille chaque année entre 25 000 et 30000 visiteurs


Si la Coupole est le plus connu, ils sont quelques-uns, ces blockhaus plus ou moins récemment transformés ... en musées : Éperlecques, Mimoyecques ou le bunker du parc Saint-Pierre, à Calais.


À deux pas du cap Gris-Nez, dans le village d'Audinghen, il est difficile de passer sans remarquer cette grosse casemate sur laquelle en lettres blanches est écrit «musée». C'est l'un des quatre blockhaus de la batterie Todt, le septième plus gros ouvrage construit par l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Derrière des murs de 10 m d'épaisseur, dix-huit hommes se sont attelés pendant la guerre à faire fonctionner cette batterie et son canon de 42 km de portée qui tirait vers l'Angleterre.

Après guerre, le ministère de la Défense garde en son giron cet ouvrage, au cas où... Mais quelques années plus tard, il vend le terrain à un agriculteur qui ne sait que faire de ce béton qu'il laisse à l'abandon. Passionné d'histoire et collectionneur, Claude Davies saute sur l'occasion quand au début des années 1970, le paysan cherche à céder son champ. Pour cet hôtelier d'Audinghen, c'est la possibilité de réaliser son rêve, son musée. Non sans mal, car il a fallu pomper le bunker inondé.

Sont exposés aujourd'hui armes, habits, la cambuse reconstituée, la salle des machines gardée à l'identique. Il n'y a que le canon qui n'est plus, il a été scié. Mais à l'extérieur, un canon K5 sur voie ferrée d'un calibre 280 mm est présenté.

Pôle d'attractivité
Chaque année, entre 25 000 et 30 000 personnes visitent ce musée privé. Un succès, sachant que le site est devenu un réel pôle d'attractivité avec, autour, camping et brasserie. C'est Sophie Davies, la belle-fille de Claude, qui gère désormais cet endroit «qui aurait été abandonné sans la volonté de mon beau-père». Tout aussi passionnée, elle est intarissable sur le devoir de mémoire. «On accueille beaucoup d'enfants. Même si c'est un ouvrage allemand, les mots et les images ont tout autant de poids pour faire comprendre que jamais, ça ne doit re commencer
L. D.

Ouvert tous les jours, de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h 18 h le week-end). Tarif : 6 E (3 E de 8 à 14 ans et gratuit jusqu'à 7 ans). Tél. : 03 21 32 97 33 ou 03 21 82 62 01. www.batterietodt.com

À Audresselles, en bord de mer, ce blockhaus est une résidence secondaire.
Une reconversion rare mais qui existe.

Auteur de trente-sept ouvrages sur les fortifications, dont de nombreux sur le mur ... de l'Atlantique, Alain Chazette est un des grands spécialistes des blockhaus.


- Combien de blockhaus y a-t-il dans la région ?
«Beaucoup ont été détruits et il est impossible de savoir combien il en reste. Mais rien qu'en France, 15 000 ouvrages lourds (avec des murs de 2 m d'épaisseur minimum) ont été construits par les Allemands, quatre fois plus d'ouvrages légers, plus les bases sous-marines, les bases pour les armes spéciales : les fusées V1 et V2 à la Coupole et à Éperlecques ou V3 à Mimoyecques
- Sont-ils menacés ?
«Ils ont l'inconvénient d'être des ouvrages ennemis, qui ravivent de mauvais souvenirs. Donc on n'y est pas attaché comme on peut l'être aux châteaux forts. Ils ne sont pas particulièrement protégés, appartiennent un peu à tout le monde (armée, privés, Région, ONF) et quand ils sont abandonnés, ils sont squattés, servent de pissotière l'été... Ce qui donne des arguments à ceux qui veulent les détruire
- Doit-on tous les garder ?
«Peut-être pas, mais je demande à ce que l'on coordonne un recensement et que l'on décide d'une vraie politique. Car ils sont un patrimoine architectural et historique. En tout cas, les détruire n'est pas la solution, il suffit de voir le prix que ça coûte
- Qu'en faire alors ?
« Certains leur ont trouvé une utilité qui peut surprendre. Des privés en ont fait des caves, ça conserve très bien le vin. Nombreux sont ceux qui en ont fait des remises. À savoir qu'au même titre qu'une cave, ce n'est pas considéré comme de la surface habitable pourl 'impôt foncier. Plus rare, certains, comme à Audresselles (au nord de Boulogne-sur-Mer) l'ont aménagé en habitation, mais c'est un peu froid. Un grand hôtel de Biarritz a aménagé une piscine sur une grande cuve à canon. Et je me souviens d'un monsieur, un peu original peut-être, qui, près de Boulogne-sur-Mer, avait tapissé les murs d'un blockhaus de coquillages et l'avait fermé pour en faire son coffre fort.»
- Un peu farfelu tout cela...
«En tout cas, il est possible d'agir de manière intelligente. Pour une commune, un petit coup de peinture blanche et ça fait un local d'entrepôt gratuit, une buvette pour un club... À Noirmoutier, la mairie a nettoyé le terrain devant les blockhaus pour en faire un parcours fléché. Ce sont de vrais terrains d'aventure et de mémoire pour les enfants.»

in LA VOIX DU NORD, édition régionale du 26 avril 2010

Journée de la déportation : comme chaque année, les homosexuels ont attendu leur tour

Une fois la cérémonie officielle terminée, une autre débute avec un nouveau dépôt de gerbe par les Flamands Roses

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, des hommes et femmes ont été déportés en raison de leur homosexualité. Un fait historique toujours pas pleinement reconnu. Illustration hier matin, lors de la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, au mémorial de la Noble Tour. Les associations homosexuelles sont invitées par le préfet depuis cinq ans, ce qui n'est pas le cas partout en France. Mais sont mises à l'écart, à cause du refus des associations d'anciens combattants et déportés, du déroulement de la commémoration et du dépôt de gerbe. Ce n'est qu'après, une fois la plupart des participants partis mais avec les élus, qu'une deuxième cérémonie débute.


Elle est organisée par les Flamands Roses, avec dépôt d'une autre gerbe. Dans un discours, ils renouvellent leur «appel national en faveur de la reconnaissance officielle, par la République française, de la déportation pour motif d'homosexualité». Ils souhaitent que les associations homosexuelles participent à la préparation des cérémonies «dans un esprit de dialogue, de respect et de compréhension mutuels. (...) Nous rappelons que nous sommes très attachés à l'unité du souvenir de la déportation.» Et de demander, notamment, de contribuer au financement de la gerbe commune.

Si sur ces objectifs elles soulignent leur accord, se démarquent deux autres associations homosexuelles, l'Égide et les Oublié(e)s de la mémoire, dont le président national Philippe Couillet était à Lille hier : «On n'est pas pour cette cérémonie parallèle, on est pour l'unité. » Il met en avant « un travail de fond à l'année avec les associations d'anciens combattants et mémorielles».

De son côté, la mairie rappelle son soutien aux associations homosexuelles : "Elles doivent être associées à la cérémonie officielle. Martine Aubry a toujours oeuvré en ce sens par des courriers au préfet, note Dalila Dendouga, adjointe à la lutte contre les discriminations . Il y a un blocage que nous regrettons. Il ne faut pas d'exclusion à la souffrance. »

in LA VOIX DU NORD, édition de Lille du 26 avril 2010

mercredi 21 avril 2010

Sous les pavés, l'histoire

Pour une ville comme Dunkerque, la recherche du passé est souvent une quête difficile. Les archives écrites anciennes manquent souvent, surtout pour le Moyen-âge et il est difficile de programmer des fouilles archéologiques. Dunkerque, ville et port a connu de nombreuses vicissitudes : de guerres en bombardements, de nombreux documents ont disparu et les sols maintes fois bouleversés autant par les dégâts des différents sièges que par les reconstructions.

Il faut donc profiter de la programmation de grands travaux pour ouvrir le sol, fouiller les entrailles de la terre et tenter d’en lire les archives cachées. Les projets de réaménagement de la place de Gaulle en fournissent l’occasion rêvée.

Au nord de la ville médiévale, presque adossée aux remparts du XIVe siècle, il semble que l’on puisse y trouver une partie des fondations du château édifié par Robert de Cassel, que les révoltés flamands ont démoli en 1328. Il devait se situer aux alentours de la rue Poincaré et de la rue du château. Difficile d’imaginer qu’une fortification de grande taille ne laisse aucune trace. Les documents sont surtout plus prolixes en ce qui concerne les périodes plus récentes. Dès que Dunkerque tombe entre les mains de Louis XIV, Vauban dresse un plan d’organisation des nouveaux quartiers à élever dont la jonction avec la partie la plus ancienne de la ville s’opère entre la Place Royale, devenue Place Jean Bart et la Place Dauphine, aujourd’hui place du Général de Gaulle. La démolition des anciennes casernes qui se dressent derrière l’église Saint-Eloi permet de rectifier la rue des vieux quartiers (rue Poincaré) et définir de nouveaux lotissements en bordure de la Place Dauphine, devenue un lieu de promenade très prisé car plantée de tilleuls, seul espace vert à l’intérieur du clos de murailles.

Peut être pourra t on aussi y trouver des traces de la rivière de la Panne dont des fouilles ont mis en évidence le passage sous l’église saint-Eloi, dans le sous-sol de laquelle on a retrouvé un puits.

Plus proche de nous, la place a trouvé de nouvelles fonctions. En 1836, la municipalité désire une nouvelle salle de spectacle plus propice aux grandes représentations théâtrales et à l’opéra. Il faut remplacer la salle construite en 1777 rue de Nieuport (actuelle rue Benjamin Morel). Le projet initial est confié à l’architecte communal Charles Henry. Il imagine une salle de 1.150 places qu’il veut au centre de la Place Dauphine, là où se trouve l’actuelle fontaine. Du coup, on arrache les tilleuls qui ombrageaient la place. Son décès en 1840 l’empêche de mener son projet à terme qui est confié à François-Napoléon Develle qui inaugure le théâtre seulement en 1845.

Après la seconde guerre mondiale, la place est agrandie et accueille le nouveau théâtre ainsi que le musée des beaux-arts alors que la totalité du quartier se relève, effaçant définitivement les traces des occupations anciennes.

Vanstabel, l'autre Jean Bart


Encore un oublié de l’Histoire ! Vanstabel, cent ans après Jean Bart, sauve la France de la famine mais il est loin d’avoir la célébrité de son prédécesseur. Pourtant, ce n’est pas un hasard si la Préparation Militaire Marine de Dunkerque porte le nom de cet officier audacieux !…

Né en 1744 à Dunkerque, le jeune Pierre Jean Vanstabel s’engage chez les corsaires dunkerquois puis passe vite sur les bâtiments de commerce. Vite remarqué, on lui confie à 25 ans le commandement d’un navire. Le voilà employé par la Compagnie des Indes. En 1778, changement de cap : la France a besoin d’officiers de marine car elle participe à la guerre d’indépendance américaine. On lui confie successivement trois corsaires dunkerquois : la Dunkerquoise, le Rohan-Soubise puis le Robecq. Sur le Rohan-Soubise, sa bravoure est sans limite. Attaquant le navire corsaire anglais Amiral Rodney, il reçoit deux balles dans la gorge pendant le combat, se fait soigner et remonte immédiatement sur le pont donner ses ordres ! Remarqué par Louis XVI, ce dernier lui envoie une épée d’honneur ainsi que le brevet de Lieutenant de Frégate Auxiliaire. Il devient vite un spécialiste des convois maritimes.
En 1790, il accède au grade d’Enseigne de Vaisseau. Durant les premiers mois de la guerre contre l’Angleterre, il s’empare de 17 navires ennemis qui, pourtant, faisaient partie d’un convoi escorté sous bonne et forte garde. L’audace connaît chez Vanstabel assez peu de limites.

La France en Révolution
Petit souci en France, pendant la Révolution Française, il n’est pas de bon ton d’être noble. Nombre d’entre eux prennent les chemins de l’Exil… Parmi les Emigrés se trouve un nombre considérable d’officiers de Marine. Or la France a besoin de commandants expérimentés. Promu d’office Capitaine de Vaisseau en 1792, on lui confie le commandement du Tigre, un magnifique vaisseau de 74 canons.

C’est qu’en cette année 1792, la situation est catastrophique, si ce n’est désespérée. Attaquée de toutes parts, subissant une crise économique profonde, la France révolutionnaire a faim. La famine menace et il faut se résoudre à acheter du blé aux Etats-Unis. On confie à Vanstabel une division : 6 vaisseaux de ligne, trois frégates et trois corvettes. Sa mission est simple et compliquée à la fois : escorter un convoi de 127 navires de Brest à Chesapeake et revenir en évitant les escadres anglaises… Seulement, à son arrivée en Amérique, rien n’est prêt et il doit en plus négocier sa cargaison : 67.000 barils de farine, 376 de riz, 11.241 de café, 1.139 balles de coton mais aussi de l’indigo que l’Inde anglaise ne fournit plus, du bois, des peaux, des cuirs, de l’ivoire, de la morue, du soufre, etc.…

C’est les cales pleines que le convoi quitte la baie de Chesapeake le 10 avril. Les Anglais envoient à sa rencontre l’essentiel de sa flotte de la Manche sous les ordres de l’Amiral Richard Howe. Les Français envoient, quant à eux, le Contre-amiral Nielly et une petite escadre à la rencontre de Vanstabel tandis que l’Amiral Villaret de Joyeuse se porte à la rencontre des Anglais. Villaret de Joyeuse et Howe s’affrontent le 13 prairial an II (1er juin 1794). Cette bataille que les Anglais appellent le «Glorious First of June» coûte à la France six vaisseaux coulés et un pris ! Mais aucune escadre ne parvient à croiser la route de Vanstabel qui entre en rade de Brest le 13 juin. Il n’a perdu qu’un seul navire, son convoi de 127 bateaux est complet et en outre, il a encore fait des prises en route !

Avec Villaret de Joyeuse, il participe encore à la Croisière d’Hiver de décembre 1794 et janvier 1795, escorte un convoi à Ostende en 1795. Finalement, il devient le commandant général des Forces navales de la République dans les mers du Nord mais en 1797, il doit se résoudre à demander à être relevé de ses fonctions car sa santé chancèle. De retour chez lui, il s’éteint le 30 mars 1797. A un siècle d’intervalle, deux Dunkerquois, deux enfants du peuple, ont sauvé la France de la Famine…

mardi 20 avril 2010

Dunkerque, Une rue et une cave : les archéologues exhument un peu du passé de la ville

Une rue ? Où ça ? Là, juste entre deux pans de briques qui dépassent à peine du sol. Un oeil inexpérimenté ne distinguerait rien d'autre qu'un tracé long d'une vingtaine de mètres en très légère courbe et recouvert de terre. Mathieu Lançon, le doigt en direction de rares pavés, voit, lui, « la rue Saint-Gilles ».
PAR LAURENT LEYS

Selon le responsable d'opération de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) Nord - Pas-de-Calais, «cette rue serait un marqueur fossile de Dunkerque». Un Dunkerque vieux d'un millénaire, enfoui sous le bitume du parking, au pied du pôle universitaire Lamartine.

La pelleteuse, la pelle, la truelle révèlent les premiers éléments. Comme cette vaste cave construite à une période encore indéterminée et qui se trouvait sous une maison détruite lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Étonné de trouver de tels vestiges, Mathieu Lançon ? Pas vraiment. «Ici, nous sommes dans l'un des quartiers les plus anciens, à l'intérieur de l'enceinte bourguignonne dont ne subsiste que la tour du Leughenaer, place du Minck. Nous savions que nous allions tomber sur quelque chose», explique-t-il. Des plans anciens et un cadastre du début du XIXe siècle attestent cette urbanisation.

Toujours sur la foi de documents, M. Lançon parle de «l'hôpital royal militaire» du XVIIe siècle. Il s'élevait un peu plus loin, derrière de petites constructions (comme une citerne) que trois autres archéologues dégagent.

«On décape la couche du Dunkerque d'avant 1945. Nous sommes sur une étape de diagnostic archéologique, opération préalable à une éventuelle fouille de plus longue durée, déclare-t-il. Nous cherchons des endroits pour effectuer des sondages, évaluer le potentiel de la zone, sans détériorer les stratigraphies anciennes. Le but, c'est d'atteindre le niveau géologique, avant l'occupation humaine. Ici, c'est du sable de dune.» Lancée fin mars, la première phase de ce «diagnostic» concerne une superficie de 3 à 4 000 m², interdite au public. Elle durera jusqu'en juin. D'ici à la fin de l'année, les archéologues vont «explorer» 10 % d'une zone de 17 000 m². Et les remparts, ces fameux remparts du XVe siècle dont on dit qu'ils se trouvent devant le théâtre, sous la place du Général-De-Gaulle ? «Nous sommes sûrs du tracé à cinq ou dix mètres près, mais nous ne sommes pas sûrs de les trouver», avance Mathieu Lançon avec prudence. Dunkerque, ville maintes fois détruite et reconstruite, protège ses secrets.
in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 20 avril 2010

lundi 19 avril 2010

wallpaper 1440*900 : Saint-Michel veille

Et Saint-Michel de monter la garde au dessus des toits de Roselaere.

wallpaper 1440*900 : Moyen-âge rêvé


A Roselaere, comme dans une immense partie de la Belgique, la reconstruction des années 1920 est l'occasion de recréer un Moyen-âge idéalisé...

wallpaper 1440*900 : aux armes de Roselaere


Pecq se souvient

A quelques encablures de Courtrai, le village de Pecq conserve le souvenirs de la génération des sacrifiés...

le sourire de l'Abbé Bonpain


et malgré sa nuit éternelle, il continue de saluer gaillardement les passants ...

wallpaper 140*900 : signes du Printemps


et l'espoir jaillit ...


Ambiance nocturne


La nuit tombée, le monument aux morts de Rosendael prend une autre dimension ...

au pied du géant dunkerquois