La suite d'Histoires du Nord ...

lundi 31 mai 2010

Du mois de juin 2010

Juin est un mois où le temps a des sautes d’humeur comme celles de la fameuse Junon à laquelle, selon une des interprétations la plus fiable, il doit son nom, en référence à l’habitude courante chez les romains, de dédier à un Dieu les mois de leur calendrier.

Junon, déesse de la Fécondité, assimilée à l’Héra grecque, symbolise l’union des principes lunaire et solaire. Fille de Saturne et de Rhéa, elle est à la fois sœur et épouse de Jupiter et mère de Vulcain et de Mars. Comment voulez –vous que cela ne déclenche pas les foudres ? Qui plus est, elle était jalouse et vindicative, et d’un caractère acariâtre. Sans parler de ses disputes avec Jupiter ! Junon mit souvent le trouble dans l’Olympe. La nymphe Chélonée, la reine des Pygmées Pigas, les filles de Proctus, la nymphe Callisto, le berger Pâris, la nymphe Echo, furent autant de victimes de son mauvais caractère. La première fut transformée en tortue car elle était arrivée en retard au mariage de Junon. La deuxième fut changée en grue pour avoir osé se comparer à elle. Les deux suivantes furent changées en génisses alors qu’elles se proclamaient les plus belles, ou même en ourse ! Juin nous invite à nous replonger dans la mythologie. Si vous vous promenez dans le parc de Versailles vous retrouverez toutes ces nymphes et déesses et leurs allégories, notamment au fameux bassin de Latone.

Juin, c’est le mois des mariages et des mères à cause de la référence à Héra et la maturité qu’elle symbolise. Des quantités de croyances et légendes populaires en découlent dont, par exemple, la tradition en vigueur dans les temples de Junon qui voulait que les femmes se coiffent en séparant leur chevelure en deux, théoriquement avec la pointe d’une lance, pour symboliser la fusion des principes lunaire et solaire. C’est sans doute l’origine de cette coiffure des jeunes filles que l’on appelle les couettes !

Juin est un mois qui souffle le chaud et le froid et ses perturbations sont la résultante de l’influence de la lune dans sa course autour de la terre, selon qu’elle est croissante ou décroissante, voire gibbeuse, montante ou descendante, à son apogée ou à son périgée.

Qui n’a pas observé le temps qu’il fait de façon quasi systématique pendant le tournoi de Roland Garros et donc en début du mois de Juin ? C’est une période bien connue qui a été baptisée «mousson d’Europe» et nous en avons une belle démonstration cette année encore.
Vingt proverbes au moins maudissent la pluie de juin et ses méfaits notamment sur l’avoine que l’on récolte ce mois-ci. «Pluie de juin fait belle avoine et maigre foin» ou encore : «Beau mois de juin change l’herbe en beau foin».

Dans notre France rurale traditionnelle, et jusqu’à une époque récente (1950-1960) le cheval a été l’auxiliaire indispensable de l’homme, du voyageur et du guerrier, du commerçant et du paysan. D’où l’importance de l’avoine !

Mais quel proverbe citer ici qui n’ait son contraire ? «En juin la pluie est loin, et s’il pleut, chaque goutte est comme le poing» ou : «Juin larmoyeux rend le paysan joyeux». De façon générale la pluie de juin est plutôt néfaste, surtout si elle est persistante et s’accompagne d’un déficit de chaleur. Elle occasionne alors la dégénérescence des fruits et le pourrissement des fleurs non fécondées. Sous l’action des pluies abondantes, le pollen est entraîné et «coule». Il n’y aura alors pas de raisin, ( ce n’est pas le cas cette année, pour le moment !) pas de blé, donc pas de pain. Et si «Juin pluvieux vide celliers et greniers», «De juin vent du soir, pour le grain est bon espoir». Si la pluie est accompagnée de chaleur, le sort de la récolte est tout autre : «Prépare autant de tonneaux qu’en juin seront de jours beaux».

Qui ne connaît pas le fameux Saint Médard ? C’est le saint du calendrier le plus célébré par la verve «dictonne» : «S’il pleut à la saint Médard, il pleuvra quarante jours plus tard !». Ce dicton daterait du XI ème siècle. A cette époque, on vivait encore sous le calendrier «Julien». La saint Médard était alors située le 20 juin, proche du solstice d’été, période où la lumière solaire est la plus vivifiante, et époque où les influences astronomiques peuvent amener des troubles atmosphériques se traduisant par des orages et de la pluie. S’il fait beau ou pluvieux ce jour-là, les conditions de la saison s’en ressentiront sûrement. Cette forte croyance populaire avait donc alors des bases météorologiques solides. Avec les modifications sous le pontificat du pape Grégoire XIII, en 1582, la saint Médard fit un bon en arrière et sa pluie a perdu l’importance que les adages populaires continuent de lui prêter. On adopta alors saint Barnabé pour donner un sens restrictif aux dictons de la saint Médard. Mais les automatismes ont la vie dure !

Saint Médard était un picard, né à Salency, en 457, puis devenu évêque de Noyon. La légende dit qu’étant tout jeune enfant il s’était fait remarquer par sa grande compassion pour les pauvres et les malheureux. Un jour il rencontra un mendiant aveugle qui était presque nu ; il se dépouilla de son habit pour l’en revêtir. Puni par ses parents pour son geste charitable, il resta dehors tout nu. Survint un violent orage, fréquent en ces périodes. Il resta ainsi sous la pluie battante sans être mouillé. On dit même selon différentes versions, qu’un aigle le protégea des ses ailes. De là à en faire un «marchand de parapluies» comme en Belgique ou en Bretagne…ou d’en faire l’agent des eaux célestes, il n’y a qu’un pas que les siècles ont franchi. L’histoire a gardé la trace, plus vraie semble-t-il, d’un évêque, sacré par saint Rémi en 530, et qui parcourut inlassablement, malgré son grand âge ( pour l’époque ! 72 ans )- les villages, les bourgs et les hameaux de sa région, prêchant, administrant les sacrements et secourant les malheureux. Il mourut âgé de quatre-vingt-sept ans. C’est le jour de sa mort qu’on le célèbre. On ne saurait l’accuser de ce qui ne le concerne pas. La pluie ou le beau temps étant dus aux incidences du cycle lunaire. Sa fête et les dictons qui l’accompagnent ne sont que procédé mnémotechnique. «Quan ploou pers an Médar, de la recolto empouerto un quar; quan ploou pa, N’empouerto la mita.»(Quand il pleut pour la saint Médard, de la récolte il manque un quart, quand il ne pleut pas, il en manque la moitié).

Il faut aussi parler de son compère Barnabé : «Quand il pleut à la saint Médard, si Barnabé ne lui ferme pas son bec, il pleut quarante jours après !» C’est ce qui justifie le dicton suivant : «Le jour de la saint Barnabé (le 11 juin), est le plus beau jour de l’année.» C’est lui en effet qui vient : «Couper l’herbe sous les pieds» de son compère, baptisé de «grand pissard» et «reboutonner sa culotte». Pour faire le pendant à son compère Médard, on dit que Barnabé était «marchand d’ombrelles» !

Barnabé est un personnage atypique. Il était un juif, de la tribu de Lévi et vivait en fait sur l’île de Chypre. S’il n’a pas connu le Christ, il se convertit de très bonne heure. Il s’appelait Joseph et son nom fut alors changé en Barnabé, qui signifie «fils de consolation» ; c’est lui qui fit entrer Paul, autre juif converti, dans le cercle fermé des premiers Apôtres, les Galiléens. Il mourut sans doute à Chypre, et probablement martyr.

Nous aurons certainement quelques perturbations climatiques autour de ces deux dates car la nouvelle lune en ce mois de juin 2010 commence le 12, alors qu’elle sera au point le plus proche de nous – à son périgée - le 15, et que sa course autour de la terre coupera l’orbite terrestre à ce qu’on appelle un nœud lunaire le 13 pour passer d’une courbe montante à une courbe descendante alors qu’elle sera croissante. Le passage de la lune à l’une et l’autre de ces phases est toujours signe de perturbations et cela s’est avéré à chaque fois depuis le début de cette année. De l’influence de la lune !

Le 21 juin, jour du solstice – cette fois il s’agit du soleil – jour le plus long de l’année, notez le point de votre horizon où le soleil se lève, et celui où il se couche. C’est un bon repère à connaître. Il est alors au point le plus au Nord de sa course. La pleine lune de décembre suivra ce même chemin ! Vénus, pâle étoile du soir, la belle étoile du Berger, brille en ce moment, dans les voiles du couchant, un peu plus de deux heures après le coucher du soleil.

L’arrivée de l’été a toujours eu un lien étroit avec la musique. En créant ce jour la fête de la Musique, un ancien ministre toujours populaire n’a fait que reprendre cette vieille histoire qui lorsque le solstice avait lieu le 24 juin, sous le calendrier «julien», est à l’origine des notes de la gamme. Au XIème siècle, Guy, un moine d’Arezzo (990 – 1050), cherchait à la fois un système de notation (qui est à l’origine de la portée musicale) et un système de codification des intervalles musicaux, a imaginé ce qu’on désigne aujourd’hui par le mot de «gamme».
Partant des « tétracordes » des Grecs, ( lyre à quatre cordes, instrument du dieu Mercure) qui s’en servaient pour diviser l’octave en deux parties ( par exemple, dans le mode dorien : mi, ré, fa, ut, si / la, sol, fa, mi ) et constatant que, dans certains modes, les tétracordes se chevauchaient ( par exemple, dans le mode hypophrygien ou ionien : sol, fa, mi, ré / ré, do, si, la ),Guy d’Arezzo ajouta une note supplémentaire, plus basse que la dernière, et qu’il désigna par la lettre grecque gamma, d’où le mot :gamme.
Les notes étaient désignées alors par les premières lettres de l’alphabet. Il baptisa les notes de la gamme des syllabes initiales de chaque vers de l’hymne des Vêpres de la fête de saint Jean Baptiste pour que ce soit plus facile de les retenir/

Ut queant laxis
Resonare fibris
Mira gestorum
Famuli tuorum
Solve polluti
Labii reatum
Sancte Ioannes.

Ce qui signifie approximativement :( Pour que puisse résonner sur les cordes détendues de nos lèvres, les merveilles de tes actions, enlève le péché de ton impur serviteur, O saint Jean !) et n’a pas grand chose à voir avec la musique elle-même !
Ce détail historique est bien connu des bons amateurs de musique, même si quelques chercheurs tentent une nouvelle approche, comme récemment en 1988 MM Chailley et Viret dans La Revue Musicale, qui voudraient interpréter autrement cette origine du nom des notes. Ce serait bien dommage d’effacer cette jolie histoire !

La musique est donc bien au cœur du solstice et de la fête du grand saint Jean, bien avant la création récente de la Fête de la Musique.
Cette belle fête d’été se situe au moment où le soleil brille le plus longtemps. Elle a remplacé les fêtes païennes du solstice d’été et les feux de joie que l’on allumait un peu partout dans les campagnes.

Le solstice, autant que la fête de saint Jean, font référence à la lumière, ce qui nous vaut la tradition des feux de la saint Jean, au soir du 23 juin, tradition qui s’est perpétuée à travers les siècles et encore aujourd’hui dans nos campagnes. Seuls la sécheresse et les risques d’incendie viennent perturber ces vieilles coutumes.

Les feux sont réputés protecteurs des récoltes et la fumée censée purifier les danseurs et le bétail. Les futurs ménages se déclarent ce soir-là ; on enjambe volontiers les feux, car on les dit fécondants. Les cendres et tisons sont supposés garantir de la foudre ou de l'incendie et soigner les maladies des yeux. On emporte un tison du feu de la Saint Jean chez soi, pour protéger la maison de la foudre.

La tradition des feux de la saint Jean, au soir du 23 juin s’est perpétuée à travers les siècles, même si le concile d’Agde en 506, tenta d’imposer l’ordre chrétien. A Paris, le Roi de France lui-même allumait le feu de la saint Jean. Une fois en terre d’Amérique, les premiers colons français continuèrent cette coutume sur les rives du Saint Laurent, et vers 1638 la saint Jean devint la fête de la Nouvelle France. Aujourd’hui, le 24 juin est la fête nationale du Québec. Dans nos campagnes françaises, la coutume des feux s’est maintenue un peu partout. Même à Paris ! Au beau pays de Roussillon le feu descend du majestueux Canigou jusqu’à Perpignan et c’est l’occasion de belles fêtes dans toute la région.

C'est lors du solstice d'été que les produits de la terre, les plantes par exemple, contiennent le plus d'énergie solaire. Aussi, c'est en cette période que se cueillent les plantes qui combattent le feu, c'est-à-dire les brûlures. Ce sont les fameuses «herbes de la saint Jean» dont on dénombre une bonne trentaine, avec principalement le millepertuis qui protège du tonnerre, chasse le diable et améliore la vue ; l'armoise «ceinture de saint Jean» ; l'orpin «poivre de muraille» ; la verveine qui aurait le pouvoir de prémunir contre les cauchemars ; l'immortelle «herbe de saint Pierre» ; la fougère qui fleurit à minuit sonnant, et produit ses graines et les sème dans l'heure qui suit ; l'épervière, plante du soleil, employée par les druides pour chasser les démons ; on trouve aussi dans la liste les feuilles de noyer et le lierre terrestre. Ces plantes sont montées en bouquets, en croix ou en couronnes et mises au fronton des portes afin de porter bonheur, c'est : «le bouquet de la bonne aventure».

Nous n’oublierons pas, dans la nuit de la saint Jean, de cueillir les noix, ou les feuilles du noyer, pour faire le vin de noix à offrir aux amis. Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire un livre étonnant sur ce sujet : «le guide des Fleurs» du Dr Bach, paru aux éditions Marabout. Il y prône l’usage de la «leibothérapie», avec toutes sortes de recettes plus ou moins efficaces et souvent, pour le moins bizarres ou farfelues. On n’arrête pas les croyances populaires !

La pleine lune se produira le 26 juin et il y aura éclipse de lune ce jour. De plus sa course autour de nous deviendra montante alors qu’elle-même commencera à décroître. Cela devrait provoquer des perturbations atmosphériques plus ou moins importantes. Ce pourrait être chez nous un temps lourd et orageux, avec une température d’environ 25 °c'est-à-dire ce qu’il faut pour que les cigales commencent à chanter, comme elles l’avaient fait au mois de juin 1662 quand Jean Racine alors à Uzès écrivait ces lignes à ses amis «parisiens» et de La Ferté :
«Pour moi je ne vois cela que de nos fenêtres. (Il regardait les paysans moissonner) car je ne pourrais pas être un moment dehors sans mourir. L'air est à peu près aussi chaud qu'un four allumé et cette chaleur continue autant la nuit que le jour. Enfin il faudrait se résoudre à fondre comme du beurre n'était un petit vent frais qui a la charité de souffler de temps en temps. Et pour m'achever, je suis tout le jour étourdi d'une infinité de cigales qui ne font que chanter de tous les côtés, mais d'un chant le plus perçant et le plus importun du monde. Si j'avais autant d'autorité sur elles qu'en avait le bon Saint François, je ne leur dirais pas comme il faisait:" Chantez ma sœur la cigale" mais je les prierais bien fort de s'en aller faire un tour jusqu'à Paris ou à la Ferté si vous n'y êtes encore, pour vous faire part d'une si belle harmonie

Bon mois de Juin 2010. Bon été ! Addisias !
Jean Mignot
Au 31 du mois de Mai 2010

dimanche 30 mai 2010

déjà la nuit


wallpaper 1440*900 : repos vespéral


wallpaper 1440*900 : Le Marne au repos


fausses dunes


un soir sur le port


Valentin Vautier, engagé à 18 ans dans une reconstitution au fort des Dunes


«Cela fait un peu plus d'un an que je suis entré dans l'association Thiérache histoire vivante. Ça a commencé tout jeune avec deux ou trois petites bricoles, puis avec un ami collectionneur qui a un musée juste à côté. À force d'accumuler, ça commence à devenir une collection. La passion vient comme cela, à regarder quelques films, à s'intéresser à l'histoire.» Depuis vendredi soir et jusqu'à cet après-midi, cette passion mène Valentin Vautier, 18 ans, d'Hirson à Leffrinckoucke...

PAR LAURENT LEYS

Dans son uniforme du 62e Régiment d'infanterie, le jeune homme se sent dans son élément. Autour de lui, son copain Sylvain Cavé, 17 ans, habillé de même, et des dizaines d'autres soldats, membres de quatorze associations de «reconstituants» venus de la France entière. Depuis hier matin et jusqu'à ce soir, ils animent le fort des Dunes, là où le commandant de la 12e Division d'infanterie motorisée, le général Janssen, un Ghyveldois, avait établi son PC début juin 1940.

«Tout l'équipement est à moi. J'ai récupéré les éléments à droite et à gauche, par des connaissances, dans des brocantes, des vide-greniers», explique-t-il, impeccable de ses brodequins à clous à son calot. Quand il le faut, il met la main à l'aiguille pour confectionner ou réparer telle pièce en tissu. Il porte de la copie de vêtements conformes aux originaux. On tâte le pantalon : «du drap de laine épais».

Commentaire : «Pour gratter, ça gratte un peu au début, mais après, on s'habitue.» Les bandes molletières viennent «d'une couverture américaine» : «Quand il fait chaud, c'est dur à porter, mais aujourd'hui, ça va.» «À chaque reconstitution, on amène le casque, le fusil MAS 36, la capote, les brelages, la cartouchière...» Parfois, l'association vient aussi avec un vélo, une moto, des véhicules...

«C'est ma gourmette»
À son poignet droit pend une plaque telle qu'en avaient les soldats afin de les identifier en cas de décès. «J'ai récupéré cette plaque vierge et je l'ai frappée à mon nom. Je la porte toujours. Depuis qu'elle est faite, je ne l'ai quittée que deux fois : quand je l'ai frappée et le jour où j'ai participé au tournage d'un film, Bataille d'un jour, d'Olivier Debras (1). Je jouais comme figurant et, pour une scène, il avait besoin de trois bonshommes en Allemands. » Cette plaque de métal, « c'est ma gourmette», dit-il.

Arrivé vendredi vers 22 h, Valentin Vautier ne pourra pas rester jusqu'à la toute fin de la présence des troupes au fort des Dunes ce soir. «On décolle dimanche dans l'après-midi. Ce sera plus facile pour la route. Et j'ai cours lundi au lycée horticole à Douai.» La tête encore pleine des souvenirs de son week-end à Leffrinckoucke, s'y rendra-t-il... la fleur au fusil ? •

(1) Documentaire-fiction sur le 19 mai 1940 à Crécy-sur-Serre (Aisne).

in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 30 mai 2010

Reconstitution et défilés pour les soixante-dix ans de l'opération Dynamo

Bienvenue au fort des Dunes à Leffrinckoucke, ambiance mai - juin1940. Tenue militaire de rigueur
Hier, plusieurs défilés et cérémonies célébraient le soixante-dixième anniversaire de la bataille de Dunkerque.
À Bray-Dunes, le 6e groupe de reconnaissance de corps d'armée, une unité d'éclaireurs, a défilé sur la digue.

«Notre unité, qui n'a existé qu'en 39-40, était la première et la dernière au feu, explique fièrement Frédéric Guidicelli, mousqueton et baïonnette à la ceinture. Nous reconstituons cette unité le temps d'un défilé pour honorer la mémoire de nos descendants.» Après un hommage aux morts britanniques, les soldats anglais - des vrais, eux - ont goûté les frites françaises sur le front de mer.

Au fort des Dunes, à Leffrinckoucke, il y avait une autre reconstitution : celle d'un campement de l'époque, grandeur nature. En juin 1940, ce fut le poste de commandement de la 12e division d'infanterie motorisée, afin de protéger le port de Dunkerque.

Tentes de toile, cuisine roulante, ballots de paille, chenillette, sons de bombardement : voilà pour le décor. Au milieu, des hommes jouent les soldats de l'époque. Huit Anglais sont même venus en camion militaire pour se joindre au campement.

«La reconstitution, ce n'est pas seulement un déguisement. C'est une passion pour la France de 1940. Il faut de la rigueur et de la patience pour apprendre les moindres détails», raconte Jean-François, bibliothécaire dans la «vraie» vie. Depuis deux nuits, il porte un uniforme de caporal et dort dans ce bivouac improvisé.

Un autre passionné de reconstitutions en a fait son métier : Alexandre réalise des copies d'uniformes de l'époque depuis huit ans. Il a passé tous ses week-ends du mois de mai à des commémorations. «A force, on recroise les mêmes têtes, on se reconnaît à nos habits !» Lui joue un artilleur.

À 18 ans, Valentin «reconstitue» lui aussi et collectionne passionnément. «J'avais un grand-père et un arrière-grand-père militaires», rappelle-t-il en montrant fièrement sa gourmette de soldat.

Les derniers vétérans
Une reconstitution qui émeut Jean-Paul Vermersch, dont le père s'est battu contre les Allemands : «Les obus, il les a vus de près. Il faut transmettre aux enfants.» Même émotion au défilé à Dunkerque. Environ cent cinquante militaires français, anglais, belges et tchèques ont paradé devant les vétérans. «C'est peut-être la dernière décennie où l'on sera encore là pour se souvenir», souffle l'un d'eux. •
in LA VOIX DU NORD, édition régionale du 30 mai 2010

Les Grands Moulins de Paris, une belle ouvrière blessée

Un des bâtiments néo-flamands des Grands Moulins, aux vitres éclatées et aux plafonds envolés. C'est la partie centrale de cette usine classée, flanquée de deux ailes plus modernes, dont cette salle de silos en béton colossaux (à droite), aux dispositifs

Leur imposante silhouette domine l'ouest de la métropole. Les Grands Moulins de Paris, à Marquette, sont fermés depuis 1989. Brûlés, percés, dépouillés, ils gardent de leur superbe. Ce fleuron de l'architecture industrielle est un malade qui ne se visite pas. Sauf ordonnance de son propriétaire alsacien.
PAR CHRISTIAN FURLING
PHOTOS STÉPHANE MORTAGNE

Les Grands Moulins de Paris sont vides et cependant terriblement habités. Sur l'immense terrain vague, aux confins de Marquette et Saint-André, la végétation perce les briques, tapisse les toitures, enserre les façades et, plus sournoisement, jaillit des égouts sans plaques, redoutables pièges de verdure. Dans les herbes, les taillis, les bouquets d'arbres, des chemins serpentent, visiblement fréquentés.

Un vide traversé
Pourtant, le site est propriété de la société immobilière Diane de Provenchère. Il est interdit, clos, mais assez perméable, vu ses dimensions. Grillages, barrières, tôles, pneus géants font obstacle aux visiteurs. Depuis dix ans, tout ce qui pouvait être récupéré l'a été. Les planchers d'abord, quasiment tous ôtés. La ferraille, ensuite.

À l'extérieur et à l'intérieur, où le rez-de-chaussée est recouvert d'un étouffant tapis de verre, d'éclats de bois et de gravats, on repère des tas formés d'objets rouillés. Butins en attente. Au pied du solide escalier de béton de la grande tour, coiffée de son chapeau pointu, un wagonnet chargé s'est encastré. On imagine la chute vertigineuse. Et, désormais, le hangar à silos le plus récent, aux parois cuirassées de tôle, est effeuillé plaque par plaque.

Dans le clair-obscur poussiéreux des bâtiments néo-flamands, des coups résonnent, inquiétants. Ils proviennent des quelques usines voisines.

On le sait, mais ils traversent un vide où des fers tordus forment un ballet de pendus, où diables, fantômes et autres visages hallucinés surgissent au détour des piliers. «Quand il y a du vent, toutes les ferrailles se mettent à battre, c'est plus que lugubre», témoigne Marc, agent municipal qui connaît bien les lieux.

Tous ces tags, ce vieux matelas, cette porte rudimentaire, on s'attend à voir à tout moment l'un ou l'autre occupant sauvage des Grand Moulins de Paris.

Dans la grande salle des silos, numérotés de 1 à 54, une rafale de graffitis a giclé. Au bas des colossales colonnes de béton, de facture antique, le sol semble sain. Comme apparaît robuste l'escalier de la tour, les pièces attenantes. On y comprend le rêve d'une réhabilitation, caressé par la ville (habitat et économie) et par le propriétaire de ces bâtiments classés, en 2001, à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

À vendre
Depuis 1995, M. Maurice, le propriétaire alsacien, cherche à vendre. D'un seul tenant et pour un projet d'ampleur, avec, depuis que le site n'est plus en zone SEVESO, quelques chances d'aboutir. «Des candidats, il y en a, confie-t-il,mais il faut qu'ils soient assez solides pour aller jusqu'au bout...» Il y a urgence. Du sommet du beffroi, on voit les poutres calcinées, les charpentes à nu, les maigres plaques de tuiles. Mais aussi la puissance passée des Grands Moulins. «C'est impressionnant de richesse», souffle Marc. Ému de contempler, vide, un site de 40 ha rendu à la végétation et qu'il a, comme ouvrier chez Rhodia, connu «plein de monde». •
in LA VOIX DU NORD, édition métropole Lille du 29 mai 2010

à la recherche d'un photographe ?



wallpaper 1440*900 : 2010, le retour des little ships


wallpaper 1440*900 : au couchant...


wallpaper 1440*900 : souvenirs d'armada


wallpaper 1440*900 : Dynamo sous les restrictions budgétaires


wallpaper 1440*900 : refaire Dynamo...


wallpaper 1440*900 : souvenir des Little Ships


wallpaper 1440*900 : le retour des MTB


wallpaper 1440*900 : le retour des little ships


wallpaper 1440*900 : entre Bluebird et Duchesse Anne


wallpaper 1440*900 : visite dunkerquoise pour le HMS Monmouth


HMS Monmouth en vue


wallpaper 1440*900: quand le Pétrolier ravitailleur Marne fait escale


et le ravitailleur Marne domine le port de Dunkerque


à la poupe du Marne


wallpaper 1440*900 : dans le regard des Vétérans


vénérable vieille garde


et Saint-Eloi semble vouloir protéger les marins...


wallpaper 1440*900 : repos !


le petit charme des uniformes ...


samedi 29 mai 2010

wallpaper 1440*900 : souvenir tchécoslovaque


en souvenir de la demi-brigade de Liska


wallpaper 1440*900 : Marins à terre ...


wallpaper 1440*900 : petit mais costaud


like a hell rider...


wallpaper 1440*900 : Scotland for ever !


scramble !


wallpaper 1440*900 : estafette pressée !


wallpaper 1440*900 : le salut du vainqueur


Dunkerque se souvient de Dynamo... 2010: 70e anniversaire du rembarquement du B.E.F.


route kaki


wallpaper 1440*900 : souvenir de Dynamo


wallpaper 1440*900 : souvenir écossais


wallpaper 1440*900 : réminiscences


wallpaper 1440*900 : sur le départ


wallpaper 1440*900 : convoi


démarrage rétif


wallpaper 1440*900 : dunes armées


face à la mer


jeudi 27 mai 2010

Le casino situé en haut de Cassel a commencé à s'effondrer hier

Une bâtisse emblématique et en ruine depuis une vingtaine d'années a commencé à s'écrouler, hier vers 11 h 30 à Cassel. On l'appelle le casino, même si ce ne fut jamais vraiment un.

À la Belle Époque, une société lilloise veut exploiter les eaux ferrugineuses des sources et le bon air du mont Cassel. Elle inaugure en 1902 un hôtel et son casino, qui n'est en fait qu'une salle de jeux traditionnels flamands. Le maire de l'époque étant opposé au concept, Cassel ne deviendra pas ville thermale. La bâtisse en béton et en briques connaîtra des destinées très diverses.

Elle est rachetée en 1907 par une société d'entraide aux représentants de commerce qui veut en faire une maison de retraite. Elle abrite les troupes britanniques pendant la Première Guerre mondiale. Dans les années vingt, sa destinée reste mystérieuse et un tantinet sulfureuse. À partir de 1930, un cinéma s'y installe.

Réhabilitation

Le 27 mai 1940, le casino de Cassel abrite une réunion de l'état-major britannique préparant le lancement de l'opération Dynamo pour évacuer ses troupes à Dunkerque. Deux officiers, dont un général, y sont tués par une bombe allemande. Le casino sort du conflit dévasté pour renaître de ses cendres avec Guy Desmytter. Il fait de ce café-casino un temple de la fête. Il contribue aussi aux débuts de la diffusion télévisée en eurovision et en direct lors du couronnement d'Élizabeth II d'Angleterre en 1953. Il vendra ensuite les bâtiments à des Belges, qui en sont encore les propriétaires.

La cession était sur le point d'être signée avec une société immobilière de Versailles qui envisageait de commencer en septembre une réhabilitation afin d'y aménager des appartements de standing. Mais une partie des murs s'est écroulée hier, faisant aussi une victime collatérale car il a fallu couper l'alimentation électrique des antennes de radio Uylenspiegel, situées sur la toiture. La radio est muette et le casino pourrait bien faire l'objet d'un arrêté de péril imminent puis d'une destruction totale ou partielle. En attendant, quatre familles de riverains ont été évacuées et l'accès à la terrasse du château de Cassel est interdit.
• C. T.

in LA VOIX DU NORD, édition régionale du 27 mai 2010

mercredi 26 mai 2010

1568, Hondschoote la sanglante

Luther, Calvin et autres pères de la Réforme trouvent une audience favorable aux Pays-Bas : les griefs à l’encontre de l’Eglise de Rome sont nombreux et les relations avec l’Empereur sont difficiles car les émissaires de Charles Quint sont violents. La situation empire avec l’avènement de Philippe II sur le trône en 1555. Catholique intransigeant, il exige de nouveaux impôts aux Pays-Bas et les pétitions des Flamands restent sans réponse. Les manifestations se multiplient, la révolte gronde...



Hondschoote, forte alors 15.000 habitants, fut un bastion du Protestantisme en Flandre


Le prêche des haies
Un des épisodes les plus marquants de cette guerre religieuse est gravé dans les mémoires à Boeschepe. Il se répète vite dans toutes les Flandres : le 17 juillet 1562, l’inquisiteur Titelmans prévient Bruxelles que le dimanche précédent s’est tenu un prêche à Boeschepe, en même temps que la messe. Le prédicateur Ghislain Damman, qu’il décrit comme un «homme laïc et indocte» a parlé sur une estrade dans le cimetière devant 150 à 200 personnes pendant près d’une heure. Il expose de nombreux griefs contre la Papauté, l’Eglise, la messe. Titelmans rapporte aussi la rumeur que de nombreux autres Réformés attendaient sur les Monts de Flandre, prêts à lui porter secours. Ghislain est le frère du Dominicain apostat (il a renié ses vœux) Guillaume Damman, lequel a déjà été arrêté et fait pénitence publique. Le 23 juillet, ordre est donné aux baillis de Bailleul et de Cassel d’arrêter Ghislain, de livrer les meneurs et de disperser discrètement ces assemblées, sans tocsin qui pourrait avertir les « prédicans ». Evidemment, devant telle menace, ceux-ci se cachent et Marguerite de Parme, Gouvernante de Flandre, ne peut que promettre des primes pour leur capture. Quant au Roi d’Espagne, il exige un châtiment exemplaire pour les hérétiques. Le 12 octobre, trois habitants de Steenvoorde sont arrêtés pour avoir accompagné des prêcheurs. Exécutés immédiatement, leurs biens sont confisqués. Partout, on fustige aux verges jusqu’au sang les Protestants et les condamnations aux galères sont nombreuses. D’ailleurs, ceux qui renient le Protestantisme ne sont pas graciés, le roi se veut impitoyable ! Aux difficultés religieuses s’ajoutent la crise économique et les nouveaux impôts qu’exige la Couronne.

Hondschoote la sanglante
En 1566, les Protestants deviennent les Gueux ! Sans réponse du roi, les esprits s’échauffent et quelques uns, plus radicaux, font éclater la crise iconoclaste. Les statues sont pour eux des idoles ! Ils ravagent nombre d’églises, pillent et dévastent des monastères comme celui de Saint-Winoc à Bergues et … assassinent des prêtres. Au mois d’août 1566, ils font d’importants dégâts dans l’église d’Hondschoote. Le roi ordonne une répression féroce. Rien que dans les 47 villages de la châtellenie de Cassel, 231 condamnations sont prononcées en 1568, dont 40 à mort. A Bergues comme ailleurs, on fustige aux verges jusqu’au sang, on bannit, on décapite, on pend ou brûle sur le bûcher… Mais le Duc d’Albe, envoyé mater les indociles Flandres, entend bien réserver un traitement rigoureux à Hondschoote. Il n’a aucune confiance dans les autorités locales qui font preuve de peu d’empressement à contrer les Protestants. Il leur envoie deux commissaires pour « aider » à rendre les verdicts. Le 18 février 1568, François Muus, natif de Nieppe est pendu pour avoir participé au meurtre des prêtres d’Hondschoote et de Rexpoëde. Avec lui, on pend aussi Charles Rubrecht de Vieux-Berquin. Le 3 mars, c’est le sayetteur Jean De Vos qui monte au gibet pour avoir dévasté des monastères. Le 3 avril, c’est au tour de Jacques Plateel d’Hondschoote, pour avoir été le garde armé d’un des plus célèbres prédicateurs. Une semaine plus tard, c’est Jacques de Plaet, de Wervicq, qui est pendu pour avoir dévasté le cloître de l’église de sa ville. Par contre, d’autres comme Jacques Van der Burcher, un iconoclaste reconnu, n’est fustigé qu’au sang et banni pour deux ans. Faut-il y voir une certaine complaisance des autorités ? D’ailleurs un bon nombre de Gueux sont condamnés à une simple amende honorable. Cette «modération», cette «retenue» irrite le Duc d’Albe au plus haut point. Mais certains faits restent graves. Le 30 octobre 1568, le ton change avec le supplice de Jacques de Deckere d’Houtkerke. Ce charpentier est étroitement associé aux meurtres de soldats et de prêtres à Hondschoote, Houtkerke et Rexpoëde. Il a même été présent au Prêche de Jean Michiels avec 200 Réformés sur le Mont des Cats. Il est roué de coups sur une croix de Bourgogne jusqu’à ce que mort s’ensuive. 1569 n’est pas moins dure. La femme d’un pasteur de Steenweerck revenue malgré son bannissement est pendue le 22 avril. Le 15 octobre, Lauwers Popershooft et Willem Bevelen sont brûlés sur le bucher alors qu’André Devos et Jean de Wilde sont décapités. La traque des tueurs de prêtres ne faiblit pas et les autorités locales n’arrivent pas à infléchir le roi comme en 1573 quand le Houtkerquois Pierre Waeles est roué à mort sur la croix.

Les années de guerre fratricide tournent à la catastrophe pour notre bout de Flandre où se sont dressés tant de gibets : nombre de Protestants ont fui ou sont en exil, s’installant en Angleterre ou aux Provinces-Unies, provoquant le déclin de nos villes négociantes…

«Chaudron des sorcières», disaient les Allemands

Samedi sera commémorée la Bataille de Lille-Sud, Loos, Haubourdin. Nommé « Chaudron des sorcières » par les Allemands, tant les combats ont été violents, ce fait d'armes, peu connu en France - une bataille de retardement - s'est déroulé du 25 au 31 mai 1940. Durant ces quelques jours, des troupes métropolitaines et nord-africaines (Marocains, Algériens, Tunisiens), au total 30.000 à 45.000 hommes, se sont battues courageusement en retenant les Allemands (plus de 100 000 hommes), qui autrement auraient pris part aux attaques sur Dunkerque. Cela a, ainsi, permis le repli de 339 000 combattants des troupes françaises et britanniques vers l'Angleterre. Qui purent, de là-bas, reprendre le combat...


Dans ses mémoires, Winston Churchill affirme lui-même : «Ces Français, sous le valeureux commandement du général Molinié, avaient, durant quatre jours critiques, contenu pas moins de sept divisions allemandes.» Des unités, épuisées et disparates, ont combattu sans liaison téléphonique, sans radio, sans vivres, bientôt sans eau, sans repos, sous les obus et les bombes. Ils se sont battus jusqu'à l'épuisement des munitions, tandis que toute la région de Lille-Sud subissait les assauts des bombardements aériens. Coordinatrice de l'événement commémoratif, Murielle Senlecques, de Générations et cultures, explique : «Après la bataille, les troupes ont reçu les honneurs militaires par les Allemands, ce qui a mis Hitler en colère car pendant ce temps, disait-il, "on ne chassait pas les hommes".»

A. B.-F.

Samedi sera célébré le 70e anniversaire de la bataille. À 9 h 45, une plaque commémorative sera dévoilée avenue Verhaeren, avec une fresque faite par des enfants du Faubourg de Béthune. À 10 h 15, une section en tenue 1940 défilera place du Général-de-Gaulle et une gerbe sera déposée au monument aux morts, place Rihour. Du 29 mai au 12 juin se tiendra une exposition à la mairie de quartier du Centre

in LA VOIX DU NORD, édition de Lille du 26 mai 2010

mardi 25 mai 2010

La municipalité de Coudekerque-Village, propriétaire du nom « Coudekerque »

Original, assurément. Rigolo, on pourrait être tenté de le penser. Mais l'initiative de la commune de Coudekerque-Village n'a rien de farfelu, bien au contraire. Et ceux qui pourraient être tentés de le supposer risquent de le payer.

Depuis le 16 mars et l'inscription de «Coudekerque» à l'INPI, (Institut national de la protection industrielle), quiconque exploite ce nom s'expose en effet à des poursuites. Lassés de subir la confusion avec le voisin Coudekerque-Branche, le Village a décidé de réagir.

À l'origine était Coudekerque, commune fondée en 1067. Puis, au fil des siècles, est apparue une extension baptisée «branche de Coudekerque».

Passant de l'excroissance à la dissidence est née Coudekerque-Branche et le début des soucis pour sa génitrice. Si la confusion s'était limitée à l'acheminement anarchique de quelques cartes postales, l'affaire n'aurait pas pris de telles proportions. «Mais les erreurs se multiplient», affirme Isabelle Kerkhof, conseillère municipale déléguée à la Communication. «Certains courriers importants n'atteignent pas leurs destinataires, des commandes se perdent ou sont livrées à Coudekerque-Branche. Parfois nous recevons des rappels de factures de matériels que nous n'avons pas reçus... Et, dans certaines publications, les inversions se multiplient et des faits qui se déroulent à Coudekerque-Branche apparaissent sous le nom Coudekerque, ce qui provoque la confusion. Voila pourquoi nous avons entrepris cette démarche qui est la deuxième étape de notre action.» La première avait consisté à officialiser la distinction qui s'était imposée dans les moeurs. Après des années de procédure, le maire, Jean-Marie Vandenbroucke, avait obtenu gain de cause, et, depuis la publication d'un décret en octobre 2008, il est devenu officiellement maire de... Coudekerque-Village. Depuis, de nouveaux panneaux sont apparus et les supports de communication municipale se sont adaptés.

« Coudekerque- Villageois » ?
La seconde étape a donc consisté à enregistrer le nom de Coudekerque auprès de l'INPI afin que personne ne l'utilise, permettant ainsi, d'éviter les confusions. «Nous avons dû vérifier que le nom n'était pas protégé, puis payer l'INPI afin qu'il effectue une étude plus profonde. Nous n'avons pas déposé le nom de Coudekerque-Village car les noms de communes sont protégés automatiquement. Maintenant que ces deux mesures ont été adoptées, nous espérons que nous n'aurons plus, comme Coudekerque-Branche, à subir les conséquences de confusions.» Le problème de la dénomination étant en voie de résolution, demeure le sort des habitants des deux communes, désignés sous un seul et même vocable : Coudekerquois. «Effectivement, il va falloir désormais plancher sur le sujet. Coudekerque-Villageois ?
Non, ce n'est pas très beau. Mais de toute façon, comme le Village est antérieur à la Branche, il ne serait pas logique que nous changions de nom ...
»

BRUNO VERHEYDE
in LA VOIX DU NORD, édition du 25 mai 2010

Il y a soixante ans disparaissait le pilote d'essais berguois, Pierre Decroo


Il y a soixante ans, le 25 mai 1950, le pilote d'essais berguois Pierre Decroo s'écrasait aux commandes d'un prototype de chasseur à réaction, en bordure du centre d'essais en vol de Brétigny, sur la commune de Marolles-en-Hurepoix (Essonne).

Si la profession de pilote d'essais exige toujours une élite, l'aide par ordinateur et l'usage de simulateurs permettent aujourd'hui de mettre plus sûrement au point les prototypes, et surtout, de préserver la vie des pilotes. Il y a soixante ans, ceux à qui l'on confiait un matériel nouveau n'avaient pas d'autre solution que de l'amener là-haut pour lui arracher tous ses secrets, bien souvent avec des surprises dramatiques...

De nombreux pilotes en firent la triste expérience. Pierre Decroo allait ainsi vivre une première aventure tragique le 10 janvier 1948, puis une deuxième, le 25 mai 1950, qui lui sera fatale.

Né le 31 décembre 1913 à Bergues, Pierre Decroo est breveté pilote de tourisme à 17 ans. En 1935, à bord d'un petit biplan de 85CV, il effectue un raid de 20 000 km jusqu'au Soudan. En 1939 et 1940, il est pilote d'essais à l'Arsenal de l'aéronautique. Il n'accepte pas la défaite de 1940. Il s'évade de France.

En janvier 1943, après avoir traversé, seul à pied, les Pyrénées, le pilote est recueilli, malade et exténué, par des Anglais à Séville. Il est alors amené à Lisbonne, au Portugal. Un hydravion l'emmène en Angleterre.

Funérailles nationales
Souffrant des pieds, Pierre Decroo est soigné chez un médecin pendant deux mois. Affecté à la Royal Air Force, il rejoint rapidement les Forces aériennes françaises libres au Squadron 345 (groupe de chasse 2/2 Berry) sous le pseudonyme de Peter. Il effectue ensuite de nombreuses missions de chasse et d'attaque au sol et participe aux missions du débarquement, qui lui valent plusieurs médailles, distinctions et citations. Il survole plusieurs fois de nuit, et à basse altitude, sa ville natale, saluant à sa manière sa famille.

En juillet 1945, Pierre Decroo est affecté au centre d'essais en vol de Marignane (Bouches-du-Rhône), puis reprend en 1946 sa place de pilote d'essais à l'Arsenal de l'aéronautique. En octobre 1947, il se voit confier la mise au point d'un bimoteur à hélice contrarotative, l'Arsenal VB-10.

Le 10 janvier 1948, il décolle de Villacoublay (Yvelines). À la verticale d'Antony, suite à une rupture d'embiellage, le feu se déclare et se propage à la cabine. Survolant la ville, Pierre Decroo peut sauter en parachute. Voulant à tout prix que son appareil s'écrase en dehors de la ville, il saute au dernier moment et se fracture les jambes. Il est grièvement brûlé. Ce sacrifice lui vaut la croix d'Officier de la Légion d'honneur. Pierre Decroo lutte alors pendant des semaines contre la mort. Un an après son accident, il vole à nouveau et participe, en 1950, aux essais du VG-90-01, un chasseur à réaction destiné à l'aéronavale.

Le 25 mai 1950, lors d'un vol de routine, Pierre Decroo effectue un passage à basse altitude au cours duquel le train d'atterrissage sort inopinément, à une vitesse bien supérieure à celle tolérée. Les trappes s'arrachent et heurtent l'empennage, entraînant la chute du VG-90 sur la commune de Marolles-en-Hurepoix. Pierre Decroo, probablement assommé, n'aura pas la possibilité de faire fonctionner son siège éjectable. Sur le lieu de la catastrophe, une stèle rappelle la disparition du courageux aviateur. Pierre Decroo aura droit à des funérailles nationales.

En 1980, la ville de Bergues se souvient de son héros et lui rend un vibrant hommage. Une plaque commémorative est inaugurée à l'Espace beffroi. Elle a malheureusement disparu il y a plusieurs années.
• J. D
in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 25 mai 2010

lundi 24 mai 2010

Dunkerque avant ... la France


Le chevalier de Beaulieu, au service du Roi de France, a entrepris une oeuvre colossale: rendre compte des conquêtes de Louis XIV au Nord de la France... Le volume ainsi dessiné comprend les cartes des ressorts gouvernementaux, les plans et les profils des villes conquises mais le chevalier ne finit pas sa tâche car il décède en 1673, ne voyant pas les prises de Valenciennes et de Cambrai qui viennent parachever le Pré Carré voulu par les rois et les premiers ministres depuis l'année de Corbie.
Dunkerque, enlevée aux Espagnols en 1658, passe immédiatement entre les mains anglaises. Le chevalier de Beaulieu lève ainsi le plan de la ville encore espagnole, avec le fort Léon, construit en bois, qui servira immédaitement de point de départ pour la citadelle anglaise que Vauban perfectionne dès le rachat de la ville en 1662...