La suite d'Histoires du Nord ...

mardi 31 août 2010

de septembre 2010

C’est le mois de la rentrée, celle des classes, mais aussi la reprise des activités de façon générale. La magie des vacances avait redistribué les cartes du temps. On avait pris le temps de vivre. Les joies estivales, les retrouvailles entre amis et familles ne seront bientôt plus que d’agréables et nostalgiques souvenirs qui nous aideront à vivre demain.

Septembre amène l’automne, les marées, le déclin des jours, l’agitation quotidienne et la routine. Bien plus que le 1er janvier, le 1er Septembre marque le réel commencement de l’année, de la véritable reprise avec son cortège de bonnes intentions, de souhaits plus ou moins utopiques, qu’ils viennent de ceux en responsabilités ou de ceux qui voudraient bien y être ! «Demain sera nouveau et dépendra de nous. Il est moins à découvrir qu’à inventer» (Gaston Berger 1896-1960, industriel, et philosophe, entre autres travaux «inventeur» du terme « prospective » et père de Maurice Béjart.) Cette invitation de Gaston Berger est une invitation à regarder l’avenir avec confiance, sans nous laisser envahir par les déceptions du passé mais sans céder aux promesses pleines d’illusions, d’autres qui croient qu’ils sont les meilleurs ! Ne tombons pas dans les vieilles routines. La rentrée ne peut pas être qu’amertume ni que manifestations de principe avec des objectifs pas toujours avoués..

«Dire la vérité sur la réalité du pays et du monde, décider avec le souci constant de la justice, agir avec responsabilité dans l’équilibre des droits et des devoirs : il n’y a pas d’autre voie pour restaurer le respect que les Français attendent dans leur vie quotidienne, professionnelle ou privée, dans leurs relations avec les pouvoirs publics comme avec les élus. Le respect des personnes, bien sûr, mais aussi de l’autorité, de la loi, des valeurs…» A vous de trouver l’origine de cette citation !
Nouveautés, découvertes, changements, sans doute exigeants mais stimulants, sont au programme. Ne ratons pas le départ de septembre. Comme pour le cahier des écoliers, Septembre est une nouvelle page à ouvrir. Et pourtant il n’est que le neuvième mois de notre année, et il a même été déclassé puisqu’il était dans ses origines le septième.

Il vaut mieux pour nous qu’il ait gardé son nom d’origine car il a bien failli s’appeler Tibérius, voire Germanicus, ou même Tacitus, pour suivre l’exemple des mois de juillet et d’août comme nous l’avons vu. Ces innovations, motivées par la flatterie, envers les empereurs romains furent heureusement sans lendemain. Passé au neuvième rang dans les réformes des calendriers, quand on ajouta d’abord janvier, puis février, pour faire coïncider l’échelle du temps avec le rythme des saisons, il a gardé son nom d’origine. Le calendrier républicain, instauré par la Convention, faisait débuter l’année avec le mois de Vendémiaire, à l’équinoxe d’automne, ce qui correspondait à la création de la République. La première partie du mois était Fructidor, le mois de la récolte des fruits suivie des vendanges qui maintenant se font de plus en plus tôt ! C’est en septembre que se cueillent les pommes et se gaulent les noix, en particulier pour la sainte Croix le 14 : «A la Sainte Croix, cueille les pommes et gaule les noix». Dès le 8 : «A la Bonne dame de Septembre tout fruit est bon à prendre». Il est urgent de terminer la cueillette de tous les fruits car : «Ce que le mois d’août n’a pas mûri, ce n’est pas septembre qui le fera» et aussi : «En septembre, se coupe ce qui pend». Les raisins seront à maturité aux mêmes dates : «A la nativité, commence la maturité». Et encore : "Août murit, septembre vendange, en ces deux mois, tout bien s’arrange».

Les fruits de l’été feront d’excellentes confitures. Sortez bassine, écumoire, louche, dénoyauteur, tamis, cuiller de bois et autres instruments et mettez-vous au travail ! Faire des confitures apporte les joies de leur création, le bonheur de les déguster en famille au petit déjeuner ou au goûter, et le plaisir d’offrir ce qui est fait par soi-même. C’est renouer avec un art de vivre et une époque où l’on avait le temps de … prendre son temps !

La première quinzaine est encore estivale, souvent, mais la deuxième quinzaine est résolument dans l’automne. Les jours ont une durée moyenne de douze heures trente minutes, et vont encore diminuer dans le courant du mois. D’où cette recommandation d’un dicton du Bourbonnais : «A la saint Leu, la lampe au cleu» et dans nos parlers du Midi : «Oou mes de setembre, lou caleu es a pendre». Lou caleu : la lampe à huile.
Malgré ce raccourcissement de la durée du jour, le temps reste encore agréable et cette arrière saison est parfois plus belle que le primus tempus, le printemps.

Avec une lune descendante et décroissante jusqu’au 14, septembre s’annonce avec des perturbations qui pourraient être importantes autour du 8 et 9 avec de grandes marées au coefficient 115, la lune à son périgée et la nouvelle lune le même jour : « Septembre emporte les ponts ou tarit les fonts». Nous avons dans notre Midi la triste expérience de ces pluies torrentielles dues au désormais célèbre phénomène «cévenol». Pourtant ces pluies sont bénéfiques de façon générale et tous les dictons de septembre les louent comme celui-ci : «Pluie de septembre, joie du paysan» ou celui-ci : «Septembre humide pas de tonneau vide».

Cette année 2010 nous avons échappé à la canicule, mais le manque de pluie est important ce qui ne laisse pas présager d’une bonne récolte de truffes !
Septembre est un mois où les travaux agricoles vont bon train : «En septembre, les feignants peuvent s’aller prendre». Les labours commencent et la vendange approche : «Oou mes de setembre lou rasin es bouen à pendre». «Septembre le vaillant surmène le paysan».

Ce sera pour les Musulmans la fin du jeûne de ramadan et la grande fête de l’Aïd el Fitr et dans les jours qui suivent, pour les Juifs le premier jour de l’an hébraïque, le 1er Tisseri ou Tichri, de l’an 5771 date supposée du premier livre de la Genèse, le Roch Hachana suivi des fêtes du Grand Pardon le Yom Kippour. On redoute à chacune de ces fêtes des troubles entre populations voisines et nul ne peut oublier un certain 11 septembre !

Septembre c’est le départ de la plupart des oiseaux migrateurs qui comme «l’hirondelle en septembre abandonne le ciel refroidi de l’automne» et poursuivent leur long pèlerinage, souvent vers l’Afrique et des cieux plus cléments. Septembre, c’est enfin le mois de l’ouverture de la chasse.

Le 23 septembre c’est l’équinoxe et le début de l’Automne. Dans le calendrier grégorien, les dates d'équinoxes varient suivant les années. En effet l'orbite terrestre n'est pas tout à fait circulaire et sa vitesse dépend donc de sa position. En conséquence, les saisons ont une durée inégale. L’an dernier l’équinoxe était le 22 septembre. Ce sera à nouveau à cette date en 2012. Il tombera le 21 septembre en 2092 pour la première fois depuis l'instauration du calendrier grégorien en 1582. Cela se reproduira en 2096, puis à nouveau en 2464. Il est tombé un 24 septembre 2 fois au tout début du XIXe siècle et 8 fois au début du XXe siècle ; il tombera pour la dernière fois à cette date en 2303. Adaptation nécessaire de nos calendriers à la course du temps !

Après l’équinoxe du 23 septembre, la fête de Saint Michel, le 29 septembre, a une grande importance dans le monde paysan. C’est presque partout à cette date que se tiennent de nombreuses foires. On peut dire, sans exagération, que l’année agricole a pour «jour de l’an» le jour de la saint Michel. A cette date, la terre est franche d’obligations. Elle ne porte plus aucune récolte et n’a pas reçu encore de semences. Les labours eux-mêmes ne commencent que dans les derniers jours de septembre pour s’achever dans les premiers jours de novembre : «De la saint Michel à la Toussaint, laboure grand train.»

C’était le jour de la saint Michel que prenaient fin traditionnellement les baux de fermage, ou qu’ils étaient renouvelés. De même c’est à la saint Michel qu’étaient "débauchés" ou «embauchés» les commis de ferme et les autres personnels. D’où, pour la saint Lambert le 17 septembre, ce vieux dicton qui invite à la prudence : «Le jour de la saint Lambert, qui quitte sa place la perd». C’est dans la deuxième quinzaine de septembre, en effet, que se préparaient, entre fermiers, ouvriers et commis, les engagements réciproques pour l’année agricole à venir.
La saint Michel marque les derniers jours de chaleur : «A la saint Michel, la chaleur monte au ciel

Il est temps d’espérer ces pluies d’automne que l’on redoute pourtant… «Quand l’aoubo de san Miqueou est tapado, ploou quaranto jour e pie uno pasado» : "Quand l’aube de la saint Michel est couverte, il pleut quarante jours et plus encore… !!" «Lei pluio de san Miqueou, Soun jamaï restado au ceou» «Les pluies de saint Michel, ne sont jamais restées au ciel…»
Il devrait faire beau entre le 13 et le 19, en lune croissante et pourtant descendante, jusqu’à la pleine lune du 23 qui se situe en lune montante alors qu’elle-même va décroître. Ce sera une nouvelle période de perturbations et si vous dormez mal, vous penserez peut-être à ma chronique !

Bon automne, Bonne rentrée, bon travail !

A Diou sias.
Jean Mignot
Au trente et un du mois d’août 2010 ( air connu !)

silence et solitude


wallpaper 1440*900 : plage abandonnée


wallpaper 1440*900 : fin d'été


dimanche 29 août 2010

mode de crise façon zélandaise


étape...


le derrière des choses...

... ou comment susciter le désir des nouvelles collections... à moins que la mode soit au plus total dénuement...

reliques

Sluis la néerlandaise, haut lieu de bataille navale, entretient le souvenir de sa place forte tournée vers la mer...

guetteur insolite


et du haut du beffroi de Sluis veille un insolite gardien...

Sluis attend le badaud sous le soleil


et le Nord-Pas-de-Calais fait relâche


mercredi 25 août 2010

des raisons au ralentissement d'Histoires du Nord 2

Vous l'aurez constaté, chers lecteurs, Histoires du Nord 2, digne rejeton de plus de quatre années de travail, connait quelques ralentissements dans le rythme de publication.
Peu en juillet, vacances en Périgord obligent (mais là, les appareils ont bien chauffé dans tous les sens du terme), pratiquement rien ou si peu en août... C'est indépendamment de bonne volonté. Dois je en avouer les causes? Soyons francs. La météo ne permet vraiment pas de shooter en de bonnes conditions et surtout un souci familial de taille avec mon père en réa depuis le 1er août pour un AVC important. Evidemment, je suis chaque jour à son chevet et peux difficilement envisager de partir chaque jour sillonner la région pour chasser nouveautés et restaurations, paysages et nuages... Et croyez bien que j'en suis le premier désolé.
Dans l'attente d'une évolution positive, je vous prie d'accepter mes excuses et mes voeux pour cette rentrée qui semble s'annoncer agitée, scolairement, socialement et politiquement...

Emile Coornaert, la fierté d’Hondschoote

Hondschoote, à l’ombre de la Wytte Tor et des ailes de ses moulins, garde le souvenir de son passé industrieux, du bruit de la bataille révolutionnaire, des interventions de Lamartine et du souvenir studieux d’Emile Coornaert.

Treizième enfant d’une famille d’ouvriers agricoles, il voit le jour à Hondschoote en 1886. Studieux, il décroche le baccalauréat mais la mort de son père l’oblige à se partager entre les bancs de la Faculté et la vie active. En 1906, licencié en lettres, il devient journaliste et poursuit ses études à Lille puis en Sorbonne. Bien que dispensé de service militaire, il s’engage en 1915. Démobilisé en 1919, il passe l’agrégation d’Histoire l’année suivante et enseigne à Alençon, Nancy et au Lycée Condorcet à Paris. Il se marie en 1920 mais en travailleur insatiable, il est Docteur est Lettres en 1930 et obtient le poste de Directeur d’Etudes à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, à la place de Marc Bloch, le fondateur de l’Ecole des Annales, une nouvelle façon d’étudier l’histoire qui prend plus en compte les groupes humains que les personnages… Sa carrière prend un nouveau tour en 1934-1935 car il est nommé à la chaire d’Histoire de l’Université de Sao Paulo au Brésil.

Les honneurs parisiens
En 1936, Emile Coornaert est le nouveau titulaire de la chaire d’Histoire du travail au collège de France où certains le méjugent : selon Maurice Halbwachs, il serait « un médiocre » au « fort accent belge »… Cela ne l’empêche en rien de travailler sur la sayetterie Hondschootoise et l’industrie de la laine à Bergues du XIVe au XVIIe siècle pour deux thèses et d’étudier les corporations avant 1789.
La guerre bouleverse les existences des Français. En 1941, il rejoint le réseau de Résistance créé par Henri de Montfort, le directeur des Services de l’Institut de France. Leur journal clandestin « La France continue » est des plus virulents. Avec « Université Libre » et « Témoignage chrétien », c’est un des rares journaux à dénoncer la situation des Juifs. Ce journal change de nom en juin 1945 en devenant « Ici Paris »…

Après-guerre, il relance le Syndicat Général de l’Education Nationale, le SGEN, affilié à la CFTC et en est élu président en 1944. Pour lui, le syndicalisme sert à transformer la société, sans haine ni violence mais il finit par démissionner de son poste suite au rejet d’une de ses motions ?


Historien acharné
La recherche est le cœur du métier d’historien. Travailleur acharné, il continue de publier ses travaux. En 1958, juste récompense pour celui qui a défriché les études sur le monde du travail, il est élu membre de l’Institut. L’enfant d’Hondschoote porte désormais l’habit vert des Académiciens et est nommé au Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, un siège qu’il occupe de 1969 à son décès en février 1980. Il expire à Paris mais est alors inhumé dans son village d’Allarmont dans les Vosges. Décoré pour ses actes durant la Grande Guerre puis dans la résistance, officier de la Légion d’Honneur, il est devenu un immortel par son entrée sous la Coupole et pour les enfants d’Hondschoote dont les écoles publiques portent le nom.

mercredi 18 août 2010

été pourri, vacances finies...

18 août 2010, autant dire que les vacances sont finies, ou peu s'en faut... Et puis, le temps est exécrable... deux jours avant sont tombés sur Dunkerque pas loin de 80 mm d'eau. Alors, pour prolonger un peu les beaux souvenirs, je vous offre quelques clichés glânés en Dordogne, à une cinquantaine de kilomètres de Périgueux... sur la vallée de l'Auvezere...









autres cieux, autre Dieu

Invités par des amis orthodoxes, nous prîmes en ce matin de l'Assomption la toute vers le monastère orthodoxe de Pervijse, près de Veurne. Passé le seuil de la maison, nous approchons l'église, dont l'architecture est loin des pignons à pas-de-moineaux flamands. Fidèle à l'icônostase orthodoxe, une place privilégiée est reservée à Saint-Chrysole, le sainte martyre céphalophore patron de Comines. Curieuse cérémonie que celle-ci où entre les chants à capella, l'on prêche tantôt en Néerlandais, tantôt en Français, et où l'on prie en Flamand, en Français, en grec, en roumain, en russe... Peut-être là trouve t on la meilleure réponse au communautarisme flamingand...










Dunkerque, ville de stupre et de luxure ?


On ne peut pas dire que Dunkerque soit un haut lieu de débauche. Contrairement à nombre de ports, l’on ne trouve pas d’accortes demoiselles arpentant les trottoirs, encore moins depuis que le port Est semble déserté par des navires qui préfèrent le Quai des Pondéreux Ouest et font des rotations tellement rapides que l’on ne croise plus de marins en bordée qu’en de (très) rares occasions.


Pourtant, Dunkerque a eu ses maisons closes, haut lieu de convivialité des bourgeois et des marins argentés avant que la Loi Marthe Richard ne vienne mettre un terme à ces «amusements».

Souvenirs lointains de bordées

Près du port, il y avait bien quelques bistrots et estaminets dont les serveuses rendaient des services qui allaient au-delà du trajet entre le zinc et les tables. Surveillées par la Police, les filles cartées étaient connues et « reconnues » dans leur profession… Pourtant, comme toute ville qui se respecte, la sous-préfecture maritime avait ses maisons closes. Loin des établissements de bains du Moyen-âge, les «bord-de-l’eau» (qui ont survécu au travers du mot si souvent galvaudé de «bordel»), l’on venait s’encanailler rue des casernes de la Marine, une rue calme parallèle à la rue de l’abreuvoir et dont les spécialités sont alors si connues qu’on ne la désigna bientôt plus que sous le nom de la « rue des m’tites jupes ». Si il n’y avait pas de vitrines pour vanter les services des maisons, tout à chacun savait ce qu’il venait y chercher.

Devant la caserne quand le jour s'enfuit, La vieille lanterne soudain s'allume et luit
Non, non, Lili Marlène n’était pas Dunkerquoise mais comme le port est aussi ville de garnison, certaines professions faisaient florès. Certes, les lupanars étaient traditionnellement signalés par une lanterne rouge. Difficile de se tromper sur la destination des lieux. L’on assure qu’à la belle époque, les meilleures maisons étaient au 2 et au 5 de la rue. N’entre alors pas qui veut. Les maisons soignent déjà leur «standing». Au salon, un pianiste rythme la soirée où ceux qui ont pu montrer patte blanche, sur la foi de leur bonne mine et de leur tenue, se délassent. La mère maquerelle, pardon, la tenancière appelle les filles qui se présentent tour à tour à la clientèle et attend le bon vouloir de ces messieurs. Bien évidemment, les femmes qui ne font pas commerce de leur charmes sont bannies de ces lieux de perdition… ce qui ne manque, bien entendu, de piquer leur curiosité, un peu comme ces clubs de gentlemen anglais strictement réservés à la gent masculine…

Dunkerque est aussi ville de carnaval. Rien de plus normal que les «pensionnaires» des maisons aient des permissions, notamment pour les bals… et que la bande des pêcheurs passe par la rue des casernes, mais nul ne dit si la Clique fait une halte devant ces «chapelles» (comme on appelle ces maisons en Flandre belge) particulières. Faut-il croire que plus délurées que les autres, ces demoiselles fassent des ravages dans les bals ? En tout cas, elles suscitent bien des mystères au point que régulièrement des carnavaleuses, profitant de l’anonymat du masque, s’invitent dans les maisons de tolérance, ne serait-ce que pour se rendre compte par elles-mêmes de ce qui s’y trame… Gare à elles alors !

La rue des Petites jupes n’est pourtant plus qu’un souvenir avec la loi Marthe Richard qui vient clore définitivement en 1946 le chapitre des «chaudes nuits» dunkerquoises, n’en reste plus qu’une chanson de masquelours pour en perpétuer le souvenir : Si ta femme te claque avec ta gueule déyors , Et que t’as le steckebeille qui est turbulent encore, Si ton zweck’che cherche une popecholée qu’on crupe, T’as qu’a aller faire un tour dans la rue des m’tites jupes

1793, L’acte de naissance de la Gendarmerie

En août 1793, la situation est désespérée : le prince de Cobourg occupe le sud du département, à Dunkerque, Souham et Hoche sont assiégés par le Frederick, duc d’York et Albany, Hondschoote est occupée par les troupes de Hanovre commandées par le Maréchal Freytag… et pour couronner le tout, Carnot ordonne à Houchard de libérer Dunkerque. Le 6 septembre, avec 40.000 hommes, il emporte Rexpoëde, Bambecque et Oost-Cappel et se dirige sur Hondschoote.

Le carnage d’Hondschoote

Le 7 septembre, les Français reconnaissent les positions ennemies et occupent les postes abandonnés la veille. Il envoie néanmoins une division s’interposer au devant des troupes anglaises qui cernent Dunkerque mais il semble qu’il n’aurait pas eu tant à craindre de ces 20.000 hommes retenus par les Français assiégés.

Au petit matin du 8 septembre, les Révolutionnaires lancent l’attaque, l’aile droite se place entre Beveren et Killem, l’aile gauche entre Killem, vrai centre du dispositif, et le canal de Furnes. L’assaut sera frontal ! Houchard prend la précaution supplémentaire de détacher le corps de Leclerc qui se glisse au long du Lang-Moor sur le flanc droit de l’ennemi. Les hommes placés au centre sous le commandement de Jourdan se heurtent à la résistance des troupes de Hanovre qui tiennent fermement Hondschoote. En plus des tirailleurs, les Hanovriens disposent de batteries rasantes. Le combat est d’une rare âpreté, fossés et haies sont autant de positions à enlever. Selon les témoins, la bataille n’est qu’un vaste corps à corps. Si les Révolutionnaires finissent par prendre le village, il reste encore 15.000 ennemis dans les redoutes qui entourent Hondschoote et qui mitraillent les Français. Jourdan veut les réduire au silence avec un corps de 10.000 hommes. Houchard refuse, qu’importe, Jourdan passe outre avec l’aval du Conventionnel Delbrel. Les hommes formés en trois bataillons, menés par Jourdan et Delbrel, emportés par les refrains graveleux de la Carmagnole et de la Marseillaise…

Soudain, la clameur de la victoire

Soudain à droite résonne un cri. La gendarmerie de Leclerc, qui longeait le Lang-Moor, vient de prendre les retranchements à revers après avoir fait deux lieux (près de 8 km) au pas de course. C’est que le Corps de Gendarmerie à Pied de Paris est autant remarqué pour son indiscipline que pour son courage, rassemblait des anciennes Gardes-françaises, troupes aguerries s’il en est. La charge à la baïonnette est puissante. Les troupes de Jourdan, soudainement galvanisées, crèvent littéralement les lignes ennemies et emportent le village eux aussi à la baïonnette. Les britanniques s’enfuient en désordre vers Furnes, abandonnant drapeaux, canons et bagages…Les Hanovriens se chargent alors de couvrir par leur résistance la fuite des troupes du duc d’York qui se réfugie lui aussi à Furnes, libérant le siège de Dunkerque et où il est rejoint par les troupes de Freytag…


La Gendarmerie vient de recevoir son véritable acte de naissance, ce que rappelle la plaque apposée il y a quelques années sous le Moulin de la Victoire, reconstruit en 1993 à l’occasion du bicentenaire de la bataille. Un tableau conservé à l’Hôtel de ville montre la violence des combats (une copie se trouve aussi au Musée des Beaux-arts de Lille), la fureur des affrontements et la hargne des combattants. Quant à Houchard, il est porté en triomphe à Dunkerque mais Paris l’accuse de lâcheté pour avoir laissé l’ennemi fuir. La sentence est sans appel, il est guillotiné le 16 novembre 1793.

mercredi 4 août 2010

Le dernier seigneur de Dunkerque

Difficile d’évoquer la Poche de Dunkerque sans parler de l’Amiral Frisius. Si les assiégeants eurent tant de mal à prendre la ville, c’est avant tout en raison de son opiniâtreté. Fils de pasteur, né en 1895, Friedrich Frisius est un homme soucieux de sa famille, qui a le culte des fleurs et de la Grande musique… On semble loin du chef rigide et strict que l’on dépeint après l’avoir vu à l’œuvre dans la Poche de Dunkerque.

Une carrière exemplaire
A peine bachelier, il s’engage dans la Marine Impériale, l’arme d’élite d’alors en 1913. Sa carrière à la mer lui vaut un avancement rapide. Décoré de la Croix de fer quelques jours avant l’armistice, il grimpe rapidement les échelons une fois nommé Lieutenant de vaisseau en 1925. Deux ans plus tard, il entre à l’Etat-major. On l’affecte jusqu’en 1929 à la station de Wilhelmshaven puis il prend le commandement de la section de Contre-espionnage jusqu’en 1931, qu’il quitte pour être l’officier de navigation du Croiseur Leipzig durant deux ans. En 1933, le voilà nommé professeur à l’école navale de Mürwik qu’il dirige finalement.

En 1935, alors que le IIIe Reich vote les Lois de Nuremberg, il est nommé officier d’Etat-major au Ministère de la Guerre où il fait office de conseiller et de chef de groupe de la section étrangère du Contre-espionnage. La même année, il est fait Capitaine de Frégate puis il est élevé au grade de Capitaine de Vaisseau en 1938. Il semble qu’il ne se compromette pas avec le nazisme, il est officier de Marine avant tout ! Promotion en poche, il rejoint immédiatement le siège de la Kriegsmarine à Hambourg.

La guerre en France
L’invasion de la France a finalement lieu en 1940. En août, il est affecté au port de Boulogne-sur-Mer en qualité de chef de l’administration portuaire. On le charge de s’occuper de l’approvisionnement des troupes et regrouper les navires en vue de l’invasion de l’Angleterre. Chargé de protéger le port, il fait ouvrir les chantiers navals et fortifier ville et havre. Début 1941, avec l’ajournement de l’opération Seelöwe, il passe commandant naval du Pas-de-Calais. La guerre s’installe, il transforme Boulogne en camp retranché et fait construire la base-abri des vedettes qui s’avère vite opérationnelle. L’entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941 oblige l’Allemagne à construire le Mur de l’Atlantique. Frisius redevient commandant du Port mais est finalement chargé de la défense côtière du détroit : c’est le front le plus exposé, là où les Allemands imaginent le débarquement des Alliés. Depuis juillet 1942, il détient le commandement de la Somme à Zeebrugge et reçoit le grade de contre-amiral en décembre.

Abominable pour Frisius : la reddition de ses troupes


Terrible année 1944
Fin janvier-début février 1944, les Allemands tendent les inondations défensives autour de Dunkerque, à la fin de juin, ce sont 14.000 hectares qui sont sous les eaux. Le 3 septembre Frisius rejoint Dunkerque, une ville ruinée couverte d’herbes folles. D’emblée il s’impose comme l’unique commandant au détriment de l’Armée de Terre. Pour lui, les troupes sont médiocres. Il créé donc une école de formation de commandos. En octobre, après avoir évacué la quasi totalité des civils, hormis les 571 internés civils répartis en trois camps qui refusent de partir et les 173 vieillards de l’hospice des Petites Sœurs des pauvres, qu’il n’a jamais utilisé comme boucliers humains, il impose une discipline extrêmement rigoureuse à ses hommes : sa mission est bien de tenir la «Festung Dunkirchen» envers et contre tout. C’est en refusant toute entorse à la discipline, usant de la justice militaire, pendant les déserteurs à l’hôtel de ville qu’il mène son siège, tout en veillant au ravitaillement : Dunkerque devient une vaste exploitation agricole pour nourrir hommes et bêtes et stocker des munitions. Ayant reçu l’ordre de capituler, son honneur est sauf au matin du 9 mai quand il rend les armes. Une partie de ses hommes partent pour un camp de transit à Ostende, les autres déminent Dunkerque, quant à lui, il est transféré en Angleterre pour interrogatoire. Libéré en octobre 1947, il retourne en Allemagne. En France, son dossier de criminel de guerre est vide. En 1952, il s’installe avec sa famille au Chili et ne revient en Allemagne qu’en 1970, craignant la prise du pouvoir par les Socialistes. Il décède sur sa terre natale le 30 août de la même année, le dernier seigneur de Dunkerque n’est plus…

mardi 3 août 2010

du mois d’août 2010

Avec le nom de ce mois, tel qu’il est chez nous : «août» nous nous trouvons face à un phénomène d’altération de notre langue, c'est-à-dire un phénomène qui dénature l’origine du mot et face à un amuïssement c'est-à-dire une disparition d’une lettre de la racine du mot lui-même, le «s», ce qui, sans être un étymologiste trop pointu, pose un vrai problème car il n’est plus possible de retrouver l’origine du mot. Le rapport de 1990 sur les rectifications orthographiques recommande même la simplification de la graphie en «aout». Avec en plus internet qui nous fait ignorer tous les accents !

Août tire son nom d’Auguste, le premier empereur romain, mais chez nous, contrairement aux autres langues, il a perdu toute trace de cette origine : Augustus, Aoust, Août, alors qu’il est resté Agosto en Espagnol et August en Anglais.

Selon les dictionnaires des plus fiables, le Littré ou celui de l’Académie, par exemple, août a cessé de se prononcer «a-out» depuis le XVI ème siècle à cause de la répugnance que le français a pour l'hiatus. On a malheureusement continué, nous disent-ils, d'écrire août avec un «a» mais la prononciation a-ou est surannée. La Fontaine écrivait même «oût.» : «je vous paîrai, (1ére édition) lui dit-elle, avant Oût, foi d’animal». Août se prononce «oût» dit Voltaire dans l'avertissement de Zaïre. Madame de Sévigné écrivait le mois d'out, et le Patriarche de Ferney commence ainsi une lettre à la marquise du Deffand : «A Ferney 19 Auguste, car il est trop barbare d'écrire août et de prononcer ou». La prononciation «a-ou» reparaît à partir du XIX e siècle chez les orateurs démocrates et chez les poètes comme Sainte-Beuve, V. Hugo et H. de Régnier mais on serait, parait-il, dans la vraie tradition française en prononçant toujours et uniquement «ou».

Ceci est d’autant plus étonnant que d’autres mots dérivent de ce nom comme «aoûtat» pour cet acarien qui provoque des démangeaisons et allergies à cette période, et «aoutien» qui désigne une personne prenant des vacances en août.. Faudra-t-il un jour modifier un jour ces noms-là ? C’est sûr, comme le rapporte Ménage, qu’on peut, avec le Président de Bellièvre, «s’imaginer entendre miauler les chats quand les Procureurs, à l’audience, disent que l’affaire est reportée à la mi-août !»

L’historien Flavius Macrobius Ambrosius Théodosius, plus connu sous le nom de Macrobe, né en 370 ap JC en Numidie, dans un de ces trois royaumes qui se partageaient l’Afrique du Nord berbère (on a un peu trop tendance à effacer ce qui s’est passé dans ces régions avant l’an 622 !) , et Lucius Cassius Dio, dit Dio, né en Bythinie, pas loin de Nicée, nous ont laissé le récit de cette décision du Sénat romain de baptiser ce mois du nom de Caius Octavius Thurinus, Imperator Caesar Divi Filius Augustus, dont on n’a retenu que le qualificatif Auguste. On appelle ces historiens des «passeurs de témoins». Il ne me parait pas nécessaire de développer cette expression assez explicite. Petit neveu et fils adoptif de Jules César, Octave, le 20 mars 44, six jours après l’assassinat de Jules César, accepte le testament qui le fait héritier de son grand-oncle. Il a dix neuf ans, ce qui vaut ce mot de Cicéron, un des principaux acteurs du moment «la valeur n’attend pas le nombre des années»

Ce n’est que bien plus tard, en l’an 8 av JC que "sextilis" , le 6ème mois de l’année romaine, devint «Augustus» le Sénatus-consulte justifiant cette décision pour rendre hommage aux principaux événements de la vie d'Auguste, tels que son premier consulat, ses trois triomphes, la conquête d'Égypte, la fin des guerres civiles, accomplis dans le cours du huitième mois de l'année. Plus tard Néron, par imitation, voulait faire appeler le mois d'avril Neroneus, mais cette tentative n'a pas été sanctionnée par la postérité. Ouf ! C’est pour ne pas faire de différence entre l’oncle et le petit neveu qu’on ajouta un trente et unième jour à ce mois, pris sur le mois complémentaire de février, pour mettre le mettre à égalité avec juillet. C’est donc à Auguste, après César que nous devons ces deux mois consécutifs de trente et un jours, et non pas parce qu’on compte les mois sur bosses et creux du poing fermé ! Et c’est à cause d’Auguste que février est plus court que tous les autres mois.

On doit encore à l’Empereur Auguste le mot «mécène» qui s’est vulgarisé alors qu’il était le nom propre d’un conseiller et ami de l’Empereur, notamment en matière d’arts et lettres. .

Traditionnellement, août est le second mois des congés scolaires annuels les plus longs, dans la saison estivale alors que dans les champs c’est un mois de travaux multiples et importants, souvent très durs ; récoltes, fourrages, préparation des champs pour les labours, vendanges.
« Je suis Aoust auquel nul grant loysir
Ne doit prendre ne séjourne,
Mais faucher, fener par plaisir,
Mettre en grange, battre et venner…
»
nous dit le Grand Calendrier des Bergers de Guiot-Marchand en 1496.

Le temps du début du mois reste celui de la période de canicule et tandis que les vacanciers, estivants ou autres personnes en congés, les aoûtiens, ne pensent qu’aux baignades, fêtes et loisirs d’été en tous genres, sans oublier la sieste, le paysan s’active dans ses champs : «En août et en vendanges, il n’y a ni fêtes ni dimanches» car «qui dort en août dort à son coût» ; Chez nous on dit : «Après le 15 août, plus de sieste ni de goûter». Il faut pourtant se garder des excès quand il fait trop chaud «En canicule point d’excès, en aucun temps point de procès» Même la sieste est proscrite..: «Quand même la couche serait à ton goût ne dors pas sous le soleil d’août» ou encore : «En août quiconque dormira sur le midi s’en repentira». Pourtant la sieste est si bénéfique qu’on en parle de plus en plus et qu’on écrit même des livres pour en vanter les bienfaits. Ce mot vient du latin «sexta» la sixième heure du jour, heure de prières dans les monastères et pour bien des croyants.

On distingue plusieurs types de siestes : la «sieste éclair» qui dure généralement entre 10 et 30 minutes — cette durée est d'ailleurs généralement conseillée car au-dessus de 30 min de sieste il est assez difficile de revenir rapidement à l'état d'éveil; la "sieste royale" à partir d'une heure; la «micro-sieste» qui dure moins de 5 minutes. La sieste permet de regagner de la concentration et de l'énergie, et met de bonne humeur. Il est tout de même conseillé de ne pas commencer à faire la sieste après 16H pour ne pas avoir d'effet négatif sur la nuit suivante.

La sieste est couramment pratiquée dans les pays chauds, aux heures les plus chaudes lorsque le soleil est au zénith : la chaleur ne permet pas d'activité très physique et le travail est remis aux heures plus fraîches.

En Espagne, les horaires des bureaux laissent aux Espagnols le temps de faire la sieste : ils reprennent le travail dans l’après-midi, vers 15 ou 16 heures. En revanche, ils finissent plus tard, entre 20 heures et 21 heures. Le gouvernement essaye sans succès de modifier cette habitude peu conforme aux exigences de la mondialisation : les horaires des fonctionnaires pourraient désormais finir à 18 heures. L’État espère ainsi inciter les entreprises à suivre la même voie. En Chine, le droit à la sieste est inscrit dans la Constitution de 1948, article 49 : «Ceux qui travaillent ont droit à la sieste». Au Japon, de nombreuses entreprises japonaises ont aménagé dans leurs locaux des espaces destinés à la sieste plus ou moins forcée de leurs employés. Dans les pays plus froids, la sieste est moins courante. Les enfants en bas âge ont souvent besoin d'un tel moment de repos, au moins sous la forme d'un «temps calme» organisé dans les structures d'accueil (écoles, centres de loisirs ou de vacances). En Occident, la sieste est souvent vue comme un « luxe », un temps volé au temps de travail ou à d'autres activités ou même associé à la paresse. Lors de la sieste, il est possible de s'allonger simplement ou de dormir franchement. Le temps varie selon les personnes, de dix minutes à plusieurs heures.

Avec Françoise Hardy nous pourrions chanter : «Et si tu mettais Le répondeur, C'est mieux que les boules Quiès
T'as pas remarqué que c'est l'heure de faire la sieste... T'agiter trop tôt serait une erreur, t'as besoin de repos.

Les anciens savaient que la clé des songes est aussi celle de l’équilibre et du bonheur, et recommandaient la pratique de la sieste. Un ancien président de la république a préfacé le livre de Bruno Comby : «Eloge de la Sieste».
«Laissez-vous aller, allongez-vous, ne résistez pas à l’appel de la sieste, à ce plongeon voluptueux dans le sommeil diurne ! Dormez, rêvez, rompez les amarres avec la rive du quotidien chronométré ! Décidez de votre temps, siestez !» écrit Thierry Paquot, dans son essai : «L’art de la sieste» , et il met l’accent sur la maîtrise du temps et la reconnaissance d’un temps à ne rien faire d’autre que… dormir !

En Provence et chez nous c’est le «pénéquet» un petit somme à la provençale, un de ces symboles de l'art de vivre en Provence, associé au soleil, au jeu de boules et au pastis ! Bien que cela ne soit pas réservé aux habitants de la Provence, ce moment magique prend toute son importance dans notre région, d'autant plus lorsque la chaleur devient de plus en plus accablante. comment résister, après une bonne matinée passée à la pétanque, sport traditionnel populaire, après un apéritif bien arrosé de "petit jaune" ,suivi d'un bon repas, comme l'aïoli par exemple - qui demande toute l'énergie possible pour réussir une bonne digestion - à l'appel d'un petit pénéquet ? C'est la question que se posent tous les provençaux lorsqu’après le repas, le silence en devient imposant, seulement interrompu par le chant des cigales. C'est alors le moment de se glisser sur une chaise longue, à l'ombre des grands arbres ou encore derrière les volets croisés d'une maison contenant encore la fraîcheur de la nuit précédente ! Le pénéquet est à présent en train de gagner les esprits et de plus en plus de partisans d'une sieste qui deviendrait obligatoire se font entendre, louant les bienfaits d'un petit somme d'un quart d'heure par jour afin d'améliorer la mémoire, les jugements ainsi que la créativité de tous. Alors ne dénigrons pas cet instant sacré !

La sieste nous a laissé au moins trois mots étroitement liés à sa pratique : «la méridienne», qui est surtout employé actuellement pour désigner un fauteuil sur lequel on se repose. C’est un canapé à deux chevets de hauteurs inégales qu’on a baptisé «récamier» à cause du célèbre portrait de David. Le « sofa » est lui aussi un lit de repos à trois dossiers qui sert de siège, et que l'on confond souvent avec un canapé. «On appelle un sofa une espèce de lit de repos à la manière des Turcs». Voila qui nous amène au changement de lune 11 août début du nouveau mois lunaire, et au début du mois de Ramadan pour nos amis Musulmans. Les jours sont encore longs, il fait chaud c’est beaucoup plus difficile de faire le jeûne quand cette période tombe en période de chaleur, et il en sera de même en 2011 (1er août et en 2012 où le mois lunaire commencera avec la période de canicule coïncidant ainsi avec le mois de Thermidor).

Cette fois nous sommes au neuvième mois de l’année lunaire. C’est le mois du jeûne, mois sacré par excellence. Le Coran a été révélé , mot à mot «est descendu» durant le mois de ramaḍān, dit le Livre (Coran, ii, 185). Chaque jour du mois, depuis la venue de la nouvelle lune, doit être marqué par un jeûne strict qui cesse quand l'apparition du premier quartier de la lune suivante est dûment constaté, exactement quand il est possible à l’aube de distinguer un fil blanc d’un fil noir. Toute une casuistique extrêmement précise a été mise en place par la tradition et les écoles juridiques : conditions, exigences et limites du jeûne. Il serait trop long d'en énumérer les règles et d'évoquer les divergences selon les écoles. L'enseignement commun peut être résumé ainsi : pour que le jeûne soit valide, il faut en formuler l’intention, et s'abstenir avec soin de tout ce qui pourrait le rompre). Quand il fait très chaud, c’est donc un jeûne particulièrement difficile à observer, d’autant plus que les jours sont encore très longs.

En période de nouvelle lune la nuit est noire Ce sera l’idéal pour observer les étoiles pendant la Nuit des étoiles qui a lieu cette année les 6, 7 et 8 août. On pourra voir les fameuses Perséides ou «Larmes de Saint Laurent» Ce sont une pluie d'étoiles filantes visible dans l'atmosphère terrestre, issue de débris aussi gros qu'un grain de sable de la comète Swift-Tuttle, une comète découverte officiellement par Adolphe Quetelet. On trouve des traces de premières observations de ces étoiles filantes sous Jules César et sous Auguste, mais ce n'est qu'entre 1864 et 1866 qu'il est établi une relation entre les Perséides et la comète dont la pluie d'étoiles filantes est issue. Ces météores sont observables lorsque les débris de Swift-Tuttle rencontrent l'atmosphère terrestre, soit dès la fin du mois de juillet jusqu'au 11 août. C'est l'essaim le plus spectaculaire et le plus populaire de l'année, étant donné qu'il se produit, pour l'hémisphère nord, lors de la période estivale.

En 42 av JC au moment où Auguste faisait célébrer les Ludi Victoriae Caesaris, des jeux en l'honneur des victoires de César voyant passer une de ces étoiles filantes on décréta que c’était l’âme de Jules César qui regagnait le ciel et les dieux et à partir de ce moment là on ajouta aux autres noms d’Auguste «Caesar Divi Filius».

La lune est descendante du 6 au 18 août mais elle sera croissante. C’est une bonne période pour faire des boutures. Taillez les rosiers ayant fleuri et les rabattre à cinq nœuds. Elle sera montante du 18 au 2 septembre mais elle sera alors décroissante. Période favorable pour semer. Toujours la même difficulté pour comprendre et expliquer son cycle complexe !

Il y a un nœud lunaire le 7 août et un autre le 20 août. Ce sont toujours des périodes de perturbations atmosphériques et de changement de temps. Le 10 août la nouvelle lune ce sera le point de périgée le plus proche de nous. A la pleine lune du 24 elle sera éloignée, à son apogée. Ce sera un moment favorable pour couper les branches des framboisiers qui ont déjà porté des fruits. Ils n’en porteront plus. On pourra dégager les feuilles autour des grappes de raisins pour qu’ils mûrissent mieux.

Voilà ce que ce mois d’août m’inspire pour cette chronique. C’est bien encore le cours du temps, la course de la terre autour du soleil et la danse de la lune autour de la terre qui conditionne encore et toujours le temps qu’il fait. Quand aux fêtes et saisons vous en connaissez beaucoup et presque autant que moi. Je souhaitais par ces quelques lignes vous faire regarder août d’une autre façon, en enchaînant cette chronique aux précédentes que vous avez reçues et lues ou pas, et aux prochaines à venir. Adissias !

Jean Mignot au 31 du mois de Juillet de l’année 2010 année sainte compostellane

Corsaires et marins d’Espagne…

Il faut nous pardonner, nous ne sommes pas, à Dunkerque, Français depuis longtemps… mais nous avons rattrapé notre retard tant et si bien que beaucoup oublient que les prédécesseurs de Jean Bart étaient Espagnols…

Les terreurs des mers

Cornil Weus nait vers 1535. Capitaine du navire de guerre Le Lévrier en 1659, il commande le vaisseau armé par le Magistrat de Dunkerque pour protéger les pêcheurs des attaques des Gueux de la Mer, les protestants hollandais … En 1576, alors qu’il est vice-amiral, il ravitaille en munitions la garnison de Brauwershaven en Zélande à la barbe des Hollandais du Prince d’Orange. C’est sur le Lévrier, qu’il commande personnellement, qu’il revient à Dunkerque à la tête d’une escadre de 10 navires. A son bord, maître Antoine Bart, bisaïeul du fameux Jean. D’ailleurs, Cornil et lui sont aussi de même famille car sa fille Laurence Weus épouse Michel Jacobsen…

Jacques Colaert


Jacques Colaert voit le jour en 1584. Sa famille compte nombre de corsaires, certains pendus par les Hollandais. S’il navigue jeune, il n’obtient son premier commandement qu’à 39 ans, un âge déjà bien avancé alors. Il fait vite ses preuves sur le Saint-Xavier, une baleinière de 16 hommes seulement… Habile, il échappe en 1624 au blocus de 7 mois imposé par les Hollandais. A la tête d’une petite escadre, il anéantit les pêcheries hollandaises (certains de leurs ports se révoltent à cause de lui). En 1635, il fait des ravages en Mer du Nord et en Manche comme aux Shetlands… L’année suivante, avec Matthieu Rombout, il se porte à l’avant d’un convoi qu’il trouve à Dieppe. S’ensuit un violent combat avec le Hollandais Evertzen. Opiniâtre, Colaert refuse d’amener le pavillon et donne l’ordre de saborder le navire mais celui ci coule bas, soutes noyées. Colaert est fait prisonnier quatre mois durant. Il retourne incontinent en mer pour accompagner un convoi pour l’Espagne. En chemin, il fait encore 9 prises. A San Sebastian, le roi Philippe IV le nomme Amiral de Flandre et Chevalier de Saint-Jacques. Malade, il meurt le 30 juillet 1637 au terme d’une carrière où il aura été blessé 16 fois et pris en 14 ans 109 navires marchands, 26 vaisseaux de guerre et 1.500 canons !

Des marins audacieux
Matthieu Rombout s’est fait connaître pendant le blocus de 1630 mené par la flotte hollandaise de Piet Hein qu’on affubla des surnoms de « Terreur des mers » et de « Jean Bart hollandais ». Son dispositif est imparable. Dunkerque est bloquée, mais de nuit, trois petits navires se faufilent, commandés par Matthieu Rombout, Jacques Besage et Piet Olsen. A peine les jetées franchies, ils attaquent le navire amiral. Ils ont vite le dessous et si Piet Hein est tué au combat, son second, Martin Tromp, fait prisonnier les Dunkerquois désespérés. En 1636, Rombout est le second de Jacques Colaert mais sa chance tourne court, notamment devant Dieppe où il est fait prisonnier et détenu en Zélande. Pourtant, il est nommé Vice –Amiral de la flotte de Flandre. En févier 1639, il retrouve Tromp qui commande l’Aemilia. Le combat dure 7 heures, les pertes sont effroyables : plus de 1.600 hommes mais les autorités ne lui pardonneront pas. A son retour, il est emprisonné pour être libéré en mars. Le 4 juin 1641, le gouverneur de Dunkerque le force à briser le blocus des Hollandais. Pris en chasse, le combat est inégal : plutôt que de se rendre, il boute le feu à la Sainte-Barbe…

De la jeunesse de Michel De Horn, on sait peu. Il commence à se faire remarquer à partir du grade de vice-amiral de la flotte de Flandre. Le 6 février 1637, ses 6 galions et ses 2 frégates quittent leur mouillage de Mardyck pour la Manche. Ce n’est qu’une fois au cap Lizard qu’il croise une flotte de 28 navires marchands et 6 vaisseaux de guerre hollandais. Avec sa flottille, il coule 3 vaisseaux, emporte les 3 autres à l’abordage et revient avec 14 navires marchands. En 1639, à la tête d’une escadre de 12 galions, il escorte 8 transports de troupes avec 2.000 hommes. Croisant Tromp, il engage le combat mais il est fait prisonnier. Commerçants, les Hollandais ne le libèrent que contre bonne rançon… En avril 1641, il appareille avec son escadre pour l’Espagne et attaque en chemin 7 vaisseaux français dans les parages de l’île de Ré. Blessé lors de l’abordage, il meurt en accostant à La Corogne. Josse Pieters le remplace alors…


* * *


P.S…. non, non, cher lecteur, Michel Jacobsen n’a pas été oublié, un article le concernant a été publié dans l’édition du 14 mai 2009

François Thurot, l’enfant adoptif de Dunkerque

Parcours atypique que celui François Thurot. Né à Nuits-Saint-Georges en 1727, au cœur de la Bourgogne, il s’engage jeune dans la Marine. Les coteaux et vallons bourguignons ne devaient offrir assez d’espace à ce fils de maître de poste.
Engagé comme chirurgien après de brèves études sur un corsaire dunkerquois, il est fait prisonnier par les Anglais. Trop peu pour lui, il s’évade et s’engage comme simple matelot. Il devient pilote puis navigue comme capitaine d’un navire de commerce

Corsaire du Roi
Engagé comme capitaine corsaire au service de l’armateur dunkerquois Taverne de Mont d’Hyver et mène ses campagnes honorablement mais le raid anglais sur Cherbourg en 1758 vient tout bouleverser. Louis XV veut faire la même chose, un prêté pour un rendu !
Pour se faire, il fait construire à Dunkerque et alentours 180 bateaux plats, sortes de chalands de débarquements, pour porter chacun 300 hommes en armes ou 60 cavaliers et des brames de 20 canons pour appuyer le débarquement. La flotte, renforcée de 30.000 hommes sous les ordres du Maréchal de Conflans, est prête pour une invasion en terre anglaise l’année suivante. Le corps expéditionnaire ainsi formé comporte 4 compagnies de grenadiers, 5 piquets des gardes-françaises, 4 piquets des gardes-suisses, 5 piquets du régiment d’Artois, 4 piquets du régiment de Bourgogne, 3 piquets du régiment de Cambis et 4 autres du régiment des Volontaires étrangers…
On confie une escadre à Thurot. Le voilà à 32 ans au commandement de plusieurs navires. Le 14 octobre 1759, il quitte Dunkerque aux commandes de la frégate «Amaranthe» mais le lendemain, une tempête disloque le convoi, obligeant le groupe à se concentrer à nouveau à Bergen. Le 20 février 1760, les Français débarquent à Carrickfergus, à proximité de Belfast, sous les ordres du marquis de Bragelongne. Il en profite pour réarmer ses frégates, mises à mal par le périple et se concentre sur la garnison qu’il fait tout entière prisonnière et qu’il emmène à Dunkerque puis, lois de la guerre obligent, il rançonne la ville.


Retour fatal
La route du retour, il croise au large de l’île de Man trois frégates anglaises dont l’Eole de Lord Elliot. La sagesse aurait commandé de refuser l’engagement, mais l’honneur… lui… en décide autrement. Le choc est terrible. La Blonde, armée de 36 canons et la Terpsichore, forte de 24 canons, se rendent vite mais pas François Thurot. Au commandement du Maréchal de Belle Isle, il oppose une résistance acharnée mais il meurt au cours du combat. Triste journée que le 28 février 17600… Ses navires se rendent, marins comme soldats sont faits prisonniers de guerre par les Anglais qui les envoient littéralement pourrir sur les pontons, ces vaisseau de guerre désarmés et démâtés où les prisonniers vivent dans les privations, les brimades et la vermine. Les prisons flottantes anglaises jouissent d’une triste et terrible réputation.


Quand à Thurot, on l’inhume au cimetière irlandais de Kirkmaiden, Galloway… L’épitaphe qu’on lui grave est terrible : « jeune et trahi par la Victoire, ci-gît l’intrépide Thurot, qui vécut assez pour la Gloire mais pour l’Etat mourut trop tôt »