La suite d'Histoires du Nord ...

jeudi 23 décembre 2010

Au plus près de l'actualité


Décidément cette année, le passage de témoin entre 2010 et 2011 est difficile. Entre les "épisodes" neigeux, nous dirions plutôt sagas nivales, les chutes de températures vertigineuses, les sempiternelles alertes orange (qui finiront par remplacer les hirondelles au doux frémissement du Printemps), les journaux qui fustigent l'incurie des pouvoirs publics à gérer les aléas météorologiques alors que devraient prévaloir de simples règles de bon sens à la place d'une logique administrative et financière sévère, les foules bloquées dans les aéroports parce que l'on ne sait déneiger les pistes, les naufragés de la route... et les hausses annoncées pour l'après-saint-Sylvestre de nouvelles restrictions, de nouvelles privations, de nouveaux tours de vis fiscaux, l'on espère sincèrement que les voeux seront convaincants... A tous, qui suivez les pages d'Histoires du Nord 2, ou qui continuez de fureter sur son aîné histoires du Nord, je vous remercie de vos passages, de vous commentaires, de vos attentions, je vous présente par avance tous mes voeux pour cette nouvelle année qui commence, quelque soit le comput auquel vous vous référez.
Je vous souhaite, que ce soit à Noël, ou à la Nouvel An, de commencer une nouvelle année avec le sourire, en famille ou entre amis, mais en tout cas bien entourés, que cette nouvelle année vous soit douce, qu'elle voit se réaliser vos espoirs, qu'elle vous aide à satisfaire vos désirs et vos envies, qu'elle permette l'aboutissement de vos projets, qu'elle soit prospère pour vous comme pour ceux qui vous sont chers... et d'essayer de pardonner comme de recevoir l'absolution pour mieux commencer l'année... A tous, trouvez comme votre serviteur votre lueur d'espoir et ayez bonne vie...

Eugène Pagezy… pas Jules !


Une grande bâtisse derrière de hauts murs et un nom : Pagezy… Une caserne qui n’accueille plus que quelques soldats, voilà ce qu’on retient à Dunkerque d’Eugène Pagezy… Souvent confondu avec son frère Jules lui aussi Général, Eugène Pagezy a sombré dans l’oubli.

Né en 1875, il quitte son Montpellier natal en 1893 : engagé volontaire pour une durée de trois ans, il intègre l’Ecole Polytechnique, son frère Jules ne tarde pas à le suivre. Il en sort en 1895 et choisit l’artillerie. Le voilà sous-lieutenant élève à l’école d’application de l’Artillerie et du Génie. Affecté au 22e Régiment d’Artillerie de 1897 à 1905, il suit les cours de l’Ecole d’Application de la Cavalerie en 1900. Il en sort instructeur d’équitation, rejoint en 1905 le 28 R.A. où il passe capitaine l’année suivante. Envoyé au 25e RA en 1909, il est trois ans plus tard au 56e RA comme capitaine-adjudant-major. La même année, il est stagiaire à l’Ecole Supérieure de Guerre. En 1913, il est muté au 52e R.A. et continue de suivre ses cours à l’Ecole de Guerre où il est finalement placé hors cadre. Remarqué, il est envoyé à l’Etat-major du 12e Corps d’Armée en août 1914 puis intègre l’Etat-major de Foch dès 1915 avec le grade de Chef d’Escadron. L’année 1918, il est lieutenant-colonel et suit Foch à l’Etat-major des Armées Alliées… En 1922, avec le grade de colonel, il reçoit le commandement du 130e R.A. à Bonn. Nommé commandant en second de l’Ecole Supérieure de Guerre en 1924, le voilà chef d’état-major du général Philippot deux ans après et obtient le képi à feuilles de chêne de Général de Brigade, puis de Division en 1931 quand il se voit confier le commandement de l’artillerie de la région de Paris. En 1933, il commande la 8e région Militaire à Dijon… L’heure de la retraite semble approcher : en 1937, il est placé en 2e section (la réserve) et reçoit les rang et appellation de général de corps d’armée. L’histoire aurait pu en rester là si les Allemands n’avaient décidé de nous rendre visite : mis à la retraite en juin 1939, il est vite rappelé à l’activité. La tâche qui l’attend est lourde comme commandant de la 1e Région Militaire à Lille qu’il occupe avant de retourner prendre la tête de la 8e région Militaire à Dijon en juin 1940… Avec la défaite survient la démobilisation prononcée en juillet 1940 : retour à Montpellier où il enseigne à la Faculté des Sciences de 1941 à 1946, année de son décès à l’âge de 70 ans… où il repose désormais au cimetière protestant… Un bref passage dans la région aura suffit à faire de lui un familier des Dunkerquois…

lundi 20 décembre 2010

simple question de logique


Le traîneau du Père Noël est soi-disant tiré par des rennes volants. Or, aucune espèce de rennes connue à ce jour ne sait voler. Comme 300.000 espèces d'organismes vivants ne sont pas encore classées, rien ne permet d'exclure complètement l'existence de rennes volants que le Père Noël est cependant le seul à avoir vu jusqu'à présent.

Il y a approximativement deux milliards d'enfants sur Terre. Comme le Père Noël ne visite pas les enfants Musulmans, Hindous, Juifs ou Bouddhistes, ceci réduit la charge de travail pour la nuit de Noël à 15% du total, soit 378 millions. Avec une moyenne de 3,5 enfants par foyer, cela revient à 108 millions de maisons, en présumant que chacune comprend au moins un enfant sage. Le Père Noël dispose d'environ 31h dans la nuit de Noël, grâce aux différents fuseaux horaires et à la rotation de la Terre, dans l'hypothèse qu'il voyage d'Est en Ouest. Ceci revient à 967 visites par seconde.

Pour chaque foyer contenant au moins un enfant sage, le Père Noël dispose d'environ un millième de seconde pour parquer le traîneau, dégringoler dans la cheminée, remplir les chaussettes, distribuer les cadeaux au pied du sapin, déguster les quelques friandises laissées à son intention, regrimper dans la cheminée, enfourcher le traîneau et passer à la maison suivante.

Supposons que chacun de ces 108 millions d'arrêts sont uniformes à la surface de la Terre (hypothèse fausse, bien sûr, mais que nous accepterons en première approximation), nous devrons compter sur environ 1,4 km par trajet, soit un voyage de plus de 150 millions de km, sans compter les détours pour ravitailler ou faire pipi. Le traîneau du Père Noël se déplace donc à 1170 km/s. A titre de comparaison, le véhicule le plus rapide fabriqué par l'homme, la sonde spatiale Ulysse, se traîne à 49 km/s et un renne moyen plafonne au mieux de sa forme à 27 km/h.

La charge utile du traîneau constitue également un élément intéressant. En supposant que chaque enfant ne reçoit rien de plus qu'une boite de Lego moyenne (un kilo), le traîneau supporte plus de 500.000 tonnes, sans compter le poids du Père Noël lui-même. Sur Terre, un renne conventionnel ne peut tirer plus de 150 kilos. Même en supposant que le fameux "renne volant" serait dix fois plus performant, le boulot du Père Noël ne pourrait jamais s'accomplir avec 8 ou 9 bestiaux. Il lui en faudrait 360.000. Ce qui alourdit la charge utile, abstraction faite du poids du traîneau, de 54.000 tonnes supplémentaires. Or, 600.000 tonnes voyageant à 1.170 kilomètres par seconde créent une énorme résistance à l'air. Celle-ci ferait chauffer les rennes, au même titre qu'un engin spatial rentrant dans l'atmosphère terrestre. Les deux rennes en tête de convoi absorberaient chacun une énergie telle qu’ils flamberaient quasi instantanément, exposant dangereusement les deux rennes suivants. La meute entière serait complètement vaporisée en 4,26 millièmes de secondes, soit juste le temps pour le Père Noël d'atteindre la cinquième maison de sa tournée.

Pas de quoi s'en faire de toute façon, puisque le Père Noël, en passant de manière fulgurante de 0 à 1170 km/s, serait sujet à des accélérations allant jusqu'à 17.500G. Un Père Noël ridiculement mince de 125 kilos se retrouverait ratatiné au fond du traîneau par une force de 2.157.000 kilos.


C'est pourquoi, si le Père Noël a existé, il est mort maintenant !!!

Alors vive les intérimaires ...

mercredi 15 décembre 2010

Saint-Quoi? Père Comment?

Il fut un temps, pas si lointain, où les enfants n’attendaient pas le Père Noel mais guettaient le passage de Saint-Nicolas et de son âne, parfois accompagné de Zwart Piet, version flamande du Père fouettard. Nicolas est né à Patara, dans le sud de la Turquie, entre 250 et 270. Ce sont des temps de persécutions. Orphelin lors d’une épidémie de peste, il se rend à Myre où, embrassant la carrière ecclésiastique, il succède à son oncle comme évêque de la ville. Contraint à l’exil par les persécutions ordonnées par l’Empereur Dioclétien, il ne revient à Myre qu’après l’édit de Milan en 313 : l’Empereur Constantin autorise la liberté de culte et l’Empire devient chrétien… Nicolas serait décédé le 6 décembre 343 et inhumé dans sa ville mais en 1087, des marchands italiens dérobent sa dépouille et l’emmènent à Bari. C’est que ses ossements ont la réputation de suinter une huile sacrée ! La légende se construit peu à peu. On rapporte quantité de miracles, si nombreux et divers qu’il est aujourd’hui le saint patron de nombreuses corporations, métiers ou groupes comme les enfants, les navigateurs, les mariniers, les prisonniers, les avocats et les… célibataires, quasiment dans toute l’Europe.

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La part de miracle

Si son premier miracle aurait été de se tenir debout tout seul immédiatement après sa naissance, le plus connu qu’on lui attribue est d’avoir ressuscité trois petits enfants. Comme dit la chanson, ils s’en allaient glaner aux champs. Perdus, ils demandent asile à un boucher qui ne trouve rien de mieux que de les tuer, les découper et les mettre au saloir. Sept ans plus tard, Saint-Nicolas vient à passer chez le boucher et insiste pour goûter le petit salé préparé sept ans plus tôt. Pris de peur, le boucher s’enfuit et Nicolas ressuscite les petits martyrs. Une autre légende affirme que pour le punir, Saint-Nicolas l’oblige depuis à l’accompagner lors de ses tournées pour punir les enfants qui n’ont pas été sages… Nous tenons là notre Zwarte Piet ! D’autres histoires enjolivent la vie du saint : apprenant qu’un père ne peut fournir la dot de ses trois jeunes filles et qu’il est contraint de les livrer à la prostitution, le saint jette des bourses pleines d’argent dans les bas qu’elles avaient mises à sécher sur la cheminée. Aujourd’hui, le bas est rare, il est remplacé par la chaussette… Les hagiographes se seraient largement inspirés du dieu scandinave Odin. Ce dernier, toujours accompagné de ses deux corbeaux qui voient tout et de son cheval à huit pattes Sleipnir. Dans nombre de régions, Nicolas est accompagné de son âne et de deux zwarte Pieten… Des assistants noirs comme les corbeaux ! Les enfants, qu’ils craignent ou non de recevoir un bout de charbon pour n’avoir pas été sages, n’oublient jamais de laisser un verre de lait et des biscuits pour le visiteur et surtout des carottes pour l’âne. Peut-être peut on aussi y voir les traces des offrandes païennes qui permettaient d’entretenir une relation avec les dieux ? Mais comment s’en étonner ? Pour convertir les peuples païens, les chrétiens ne faisaient que reprendre des références communes à tous, d’y ajouter la patine chrétienne et de faire en sorte que le souvenir des idoles s’efface, comme lorsque l’on construisait les églises sur les fondations des anciens temples.

Autres temps, autres mœurs

Si certaines municipalités ont a cœur de perpétuer la tradition en distribuant des friandises lors de la fête du saint, force est de constater que les enfants attendent maintenant le Père Noël, autre avatar de notre saint devenu bien facétieux. En effet, Saint-Nicolas se transforme au même rythme que l’Eglise. Les Protestants refusent l’idée de sainteté. Saint-Nicolas redevient un homme parmi les autres. Aux Pays-Bas, bastion de la Réforme, il a le nom de sinter Klaas, puis devient Santa Claus… Ayant aussi perdu ses habits sacerdotaux, son image s’oriente petit à petit vers celle que nous connaissons… La presse américaine forme lentement le personnage du Père Noël, Santa Claus outre-Atlantique… C’est vrai qu’il a une bouille sympathique, le petit rondouillard, et puis au moins, il est consensuel… Les petits Dunkerquois le découvrent souvent au détour d’un film ou d’une publicité mais pour un temps encore, Saint-Nicolas, le régional de l’étape, résiste. Il faiblit après la seconde guerre mondiale et cède la place au petit homme en rouge. La puissance américaine et la guerre froide font le reste, inondant de films et de musique ses alliés, leur faisant adopter leurs culture et valeurs. Saint-Nicolas est encore fêté mais reste terriblement discret. Qu’importe : un saint sort par la petite porte, il revient par la fenêtre… enfin par la cheminée… Reste le sapin à décorer, mais çà, c’est une autre histoire, qui elle non plus, n’a pas grand chose à voir avec les chrétiens !

wallpaper 1440*900 : calme vespéral

Au sec



Installé depuis quelques jours dans la forme 5, entouré de grilles qui en interdisent l'approche et ne facilitent pas la prise de vue, le Sandettie reçoit les premiers soins. Les travaux de carénage déjà bien avancé l'ont débarrassé des algues et autres mollusques venus s'accrocher sur sa coque, la remise en peinture et les divers travaux lui redonneront en quelques jours sa prime jeunesse...

mercredi 8 décembre 2010

Au nom du (beau-)père, le général Aupick

Né en 1789 à Gravelines, les débuts de Jacques Aupick sont difficiles. Tôt orphelin, il est recueilli par l’ancien curé défroqué de la ville, Baudart. En 1802, il fait son entrée au Prytanée puis six ans plus tard incorpore Saint-Cyr.



En 1809, il est sous-lieutenant au 105e régiment de ligne. Son régiment se bat un temps en Espagne. Transféré au 141e de ligne en 1813, il y est élevé au grade de capitaine adjudant major. Les dernières années de l’Empire sont tumultueuses : il combat à Lützen, Bautzen, Dresde et Leipzig, enfin, avec le 46e de ligne, il est blessé à Fleurus en 1815. Son sort est suspendu aux aléas politiques de la première Restauration et des Cent-jours mais la défaite ultime de l’Empereur, il est mis en demi-solde jusqu’en 1818. Il est alors admis au corps d’Etat-major en tant qu’aide de camp de généraux. Il ne s’éloigne pas pour autant des armes puisqu’il participe en 1823 à l’expédition d’Espagne puis à celle d’Algérie en 1830. En Afrique, il passe lieutenant-colonel puis, à son retour, obtient le poste de chef d’état-major de la 7e division militaire à Lyon. Il y épouse en 1828 Caroline Archimbaut-Dufays, veuve de François Baudelaire, un homme du double de son âge… Dans la corbeille, la mariée apporte un enfant de 7 ans, Charles. Le garçonnet ne voit pas ce mariage d’un bon œil, il juge qu’il lui vole l’amour total de sa mère. Les relations avec son beau-père s’en ressentiront toujours. Leurs querelles sont violentes, d’autant plus qu’Aupick est partisan d’une éducation stricte. Il le sépare de sa mère en plaçant Charles en pension à 11 ans. Homme d’ordre, Jacques participe à la répression de l’insurrection du 12 mai 1839. Cette année là, il est nommé maréchal de camp. Ses relations avec Charles se dégradent ! Lassé de la désinvolture de son beau-fils, il le fait embarquer à Bordeaux pour les Indes mais Charles débarque à La Réunion et revient en France. Pendant ce temps, Aupick continue de gravir les échelons : en 1847, il prend le commandement de l’Ecole Polytechnique, l’année suivante, il est envoyé comme ministre plénipotentiaire à Constantinople par le ministère des Affaires étrangères. En juin 1851, il est ambassadeur à Madrid. Agé, il obtient sa mise en disponibilité en 1853 et devient sénateur. Décédé en 1857, l’année de la première publication des « Fleurs du Mal », il est enterré à Paris au cimetière du Montparnasse en compagnie de son épouse. Quant à son terrible beau-fils, il les rejoindra en 1867.

fusion de Dunkerque, St-Pol-sur-mer et Fort-Mardyck

Le Grand Dunkerque ! C’est que la chanson est ancienne, d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître.

La peau de chagrin…

La puissance d’une ville s’est longtemps mesurée à ses murailles et au territoire qu’elle pouvait contrôler pour tirer une partie de ses ressources. Le XIXe siècle réduit considérablement le poids de Dunkerque. Entre poussée démographique et économie industrielle, les édiles dunkerquois sont témoins de la naissance de nouvelles communes aux activités variées et complémentaires : populations et entrepreneurs sont attirés par ces hameaux où l’on ne manque pas de place et où les canaux facilitent les transports. Comme la « peau de chagrin », la ville portuaire se résume vite au périmètre de ses murailles. Pis encore, elle perd même des habitants. Dunkerque n’a alors que peu d’usines à l’intérieur des murailles, la place manque pour construire et bien qu’elle ait annexé le Jeu de Mail en 1850 pour s’étendre encore un peu, les hameaux des alentours connaissent en règle générale une extension bien plus rapide.

Rosendaël, ancien hameau de pêcheurs et de maraîchers devient une commune indépendante de Coudekerque-Branche et de Téteghem en 1860, attirant à elle de nombreux bourgeois de la ville, attirés par ses vastes campagnes. Malo, issue de la section des Bains de Rosendaël, gagne son indépendance en 1891 et se transforme en station balnéaire. A l’ouest de l’agglomération, les décisions sont les mêmes : en 1877, Saint-Pol-sur-Mer est séparée de la commune de Petite-Synthe et perd son nom de Tornegat. Fort-Mardyck continue à se développer, gênée seulement par les privilèges de la concession des marins pêcheurs octroyée par Louis XIV.

Longue gestation, accouchement difficile

Si l’idée d’une « grande ville à côté d’un grand port » date de 1892, motivée par le simple constat que ville et port doivent se compléter, le passage aux actes est plus lent. Henri Terquem a bien théorisé la communauté urbaine mais la première intercommunalité ne voit le jour que durant la première guerre mondiale, coordonnée par Léon Marquis, maire de Saint-Pol, afin de faciliter les relations avec les autorités militaires. L’idée de se regrouper s’invite régulièrement dans les débats. Parfois, on a peu le choix, comme lors de la dernière occupation : les Allemands ne veulent pas multiplier les interlocuteurs. Le premier grand pas date de 1949 quand la mairie socialiste de Dunkerque émet le vœu de fusionner avec ses voisines : accord de Rosendaël, « oui » sous conditions à Petite-Synthe, réflexion à Saint-Pol, refus de Malo et de Coudekerque-Branche. Il faut encore attendre.

En 1959, force est de constater que seule une politique commune peut résoudre nombre de problèmes et que seule une grande ville est considérée comme un interlocuteur reconnu. Une association est alors créée sous la présidence de MM. Burnod et Prouvoyeur en 1961, arrivé à la charge majorale après le décès de Paul Asseman en 1966. Les travaux de fusion et la naissance de la Communauté Urbaine commencent simultanément. La démission de Paul Douchy à Malo précipite les évènements ! La campagne pour l’élection partielle devient un référendum mais sans passion : moins de 50% de participants ! Pourtant, la fusion entre Malo et Dunkerque n’en devient pas moins effective au 1er janvier 1970. Malgré les vicissitudes de la vie politique locale, la fusion avec Rosendaël est proposée à nouveau, toujours sous l’égide de M. Prouvoyeur, le 8 octobre 1971, Petite-Synthe enchaîne le pas à son tour, malgré l’opposition de quelques conseillers qui évoquent un « Anschluss ».

Résultat : au 1er janvier 1972 : Dunkerque dénombre 80.435 habitants et une assemblée de transition comptant aussi des représentants des villes fusionnées. Ultime sursaut à la fin des années 70 : pour compenser la perte de l’Albeck, quittant Petite-Synthe pour Grande-Synthe, Dunkerque peut s’associer avec la ville de Mardyck, pourtant éloignée de ses limites communales. La situation est inédite sur le littoral : deux entités s’affrontent avec deux conceptions opposées : le Grand Dunkerque de M. Prouvoyeur et la C.U.D., présidée par M. Denvers. L’idée d’un grand Dunkerque est toujours d’actualité malgré la tentative de fusion entre Saint-Pol-sur-mer et Dunkerque, rejoints par Fort-Mardyck, de cette dernière décennie, restée en suspend…

dimanche 5 décembre 2010

comme goutte au nez









La pluie s'est invitée à nouveau dans les Flandres maritimes, preuve de redoux avec la crainte pourtant persistante qu'elle ne se transforme en verglas en touchant le sol. La neige, tombée si abruptement, couvrant la région comme un blanc linceul, n'est déjà plus qu'un souvenir fugace. La glace pendant des gouttières et des carrosseries alourdies a fondu, privant le passant de ses éclats.

hiver tenace

wallpaper 1440*900 : écrin blanc

mercredi 1 décembre 2010

«Trystram, c’était le port de Dunkerque!»


Vaucauwenberghe, en quelques mots, a tout dit de Trystram. Né à Ghyvelde en 1821, le milieu dont il est issu n’est guère aisé : il est le fils d’un modeste douanier ; quant à sa mère, elle ne sait ni lire ni écrire. Comme beaucoup d’enfants, il quitte l’école à 10 ans pour entrer comme apprenti chez un tailleur, puis il est employé dans une sucrerie du jeu de Mail. A12 ans, il se fait embaucher par la maison de commission Baudin où il s’intéresse au négoce. Sur le conseil du directeur des douanes, il s’oriente vers le commerce et s’établit comme courtier en assurances pour les remplacements militaires. La loi permet de se faire remplacer si l’on tire un mauvais numéro pour aller faire son service… C’est que le conscrit doit servir 7 ans sous les drapeaux ! Système injuste qui privilégie les plus riches ! Plus tard, ses adversaires politiques ne manquèrent jamais de le qualifier de « marchand d’hommes », surtout lors des campagnes électorales !

Il poursuit ses études seul et se marie en 1843 avec une jeune modiste coudekerquoise. De ce mariage naissent cinq enfants dont l’un, Jean, lui succède plus tard en politique. Le sens du commerce est inné chez lui. Les assurances, même en les diversifiant, ne lui suffisent pas. Il se lance dans le négoce et l’export agricoles où il amasse assez d’argent pour le réinvestir dans le commerce du bois puis dans le raffinage du pétrole. Voilà un homme qui compte à Dunkerque ! Lorsque qu’éclate la Révolution de 1848, le jeune homme de 27 ans jouit d’une situation prospère et d’une réelle popularité.

Les combats politiques

A partir de 1848, il commence une nouvelle carrière, dans la politique cette fois, avec le Parti républicain. La révolution et la naissance de la Deuxième République suscitent de nombreux espoirs. Ses relations lui mettent le pied à l’étrier. Il reçoit le soutien de la Franc-maçonnerie, à laquelle il appartient. Le coup d’état de 1851 et le Second Empire l’excluent de la vie politique… Proscrit par le régime, il se jette à corps perdu dans le travail. Avec son associé Louis Crugeot, il fonde une maison d’importation de bois de Scandinavie dotée d’une scierie mécanique en 1856. Elle devient vite la première de France ! Les associés récidivent avec la création d’une raffinerie d’huiles de pétrole mais celle-ci brûle en 1860 et en 1887, ravageant la scierie. Il préfère alors céder le pétrole aux Lesieur. Il s’adonne un temps au commerce des fontes et des fers et s’aperçoit alors de la faiblesse du port.

Républicain convaincu, il est nommé sous-préfet de Dunkerque en 1870. Une charge qu’il accepte parce que la France est en danger : l’Empire vacille contre les Prussiens ! Il puise même dans ses propres deniers pour contribuer à la défense de la ville ! Cependant, il démissionne rapidement pour se présenter aux élections législatives mais la France n’est pas encore républicaine… Battu, il persévère : les mandats se succèdent au Conseil Général où il siège de 1871 à 1905 et dont il assure plusieurs fois la vice-présidence. Le chemin de fer, arrivé à Dunkerque en 1848, met en évidence les carences portuaires. Les travaux prévus avancent lentement et de vastes espaces sont réservés aux fortifications. Trystram convainc le ministre des Travaux publics lors de l’inauguration de l’écluse ouest de la nécessité de l’agrandissement !

A la Chambre !

Il a beau œuvrer au développement du port dunkerquois en assurant aussi la présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie, il pressent que son action ne sera efficace que sous les ors de la République… Il entre en 1876 à la Chambre des députés mais suite à la crise du 16 mai 1877, la chambre est dissoute. La campagne électorale de 1877 est un échec mais l’élection est invalidée et il retrouve son siège au Palais Bourbon l’année suivante et parvient à intéresser Freycinet, le ministre des Travaux Publics en place, qui fait de Dunkerque une question nationale : il faut rendre le port capable de concurrencer Anvers ! Obtenant les travaux espérés, il n’a de cesse de réclamer toujours plus, pour renforcer le port.

Par expérience, peut-être aussi par goût, ses travaux parlementaires privilégient les domaines commerciaux et maritimes. Inlassable travailleur, il est réélu en 1881. Battu en 1885, il revient en 1886 à l’occasion d’une élection partielle mais en 1889, il est battu par Lalou, un candidat boulangiste… Elu sénateur en 1892 à la mort de l’amiral Peyron, il garde son siège 20 ans… Malade, il quitte la vie publique en 1905 et se retire chez lui, au 25 de la rue de l’abreuvoir. Veuf depuis 1896, il y vit en compagnie de sa fille Albertine et décède l’année suivante. Grâce à lui, Dunkerque devient le troisième port français, passant de 800.000 tonnes en 1870 à 3,5 millions en 1906. Dunkerque a perdu un de ses plus ardents supporters…