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mardi 11 janvier 2011

Les fouilles du Camp de Boulogne à Etaples ont livré leurs secrets

L'équipe qui menait des fouilles archéologiques sur le site de la future ZAC des Prés à Étaples a levé le camp depuis le 17 décembre. Une vingtaine de personnes auront ainsi minutieusement scruté les sols de la zone pendant cinq mois, à la recherche de quelques tranches d'histoire étaploise. Et même s'il reste encore de longs mois d'expertises et d'études à mener sur la profusion d'objets anciens découverts, Frédéric Lemaire, l'archéologue de l'INRAP (Institut national de recherches archéologiques) en charge du chantier, livre déjà ses premières découvertes.

Un camp napoléonien complet

" Depuis 2003, nous menons ce type de recherches sur Étaples et au-delà de la connaissance des vestiges, nous menons tout un travail d'études croisées avec les archives écrites et celles du sol », explique-t-il. Des documents qui lui permettent aujourd'hui de confirmer la présence, « sur trois hectares, d'un camp napoléonien complet sur lequel 1 500 hommes du 6e régiment d'infanterie légère de la Grande Armée ont stationné pendant deux ans, d'octobre 1803 à août 1805, alors que Napoléon envisageait d'envahir l'Angleterre ", détaille-t-il.

Sur les six autres hectares fouillés, les découvertes aussi se sont révélées fructueuses, puisqu'elles ont permis de mettre à jour un établissement de la fin de l'époque gauloise, début romaine, ainsi qu'une enceinte fossoyée datant de la fin de l'ère néolithique, période de la préhistoire. « Cette enceinte, un cercle parfait de 60 mètres de diamètre et de 2 mètres de profondeur, pourrait aussi bien avoir eu une vocation funéraire, que domestique ou d'un site fortifié. Elle se situe sur les hauteurs de la ville et offre un panorama sur tout l'estuaire, à l'époque encore en eau », poursuit l'archéologue.

Outre ces trois sites, des installations allemandes de la Seconde Guerre mondiale ont également été découvertes : cinq blockhaus et des réseaux de tranchées rejoignant des positions d'artillerie.

Au total, ce sont « des centaines d'objets, se rapportant au quotidien des hommes de troupes, qui ont été trouvés, des uniformes, des pipes, des clés de montres, des boutons, des monnaies, des vaisselles métalliques, en céramique ou en verre, des inscriptions, des graffitis... ». Pour l'heure stockés dans les locaux de l'INRAP, le temps que soient faits l'inventaire et les documents archéologiques, ce sont ensuite les services de l'État qui auront à les attribuer aux éventuels musées nationaux. « Pour ce qui est des vestiges immobiliers, contrairement aux mobiliers qui sont conservés, ils seront détruits pour libérer les terrains et permettre les constructions. Nous avons pris des photos et des notes précises, mais c'est la contrainte de tout travail d'archéologie préventive. » Les résultats complets de ces fouilles pourraient faire l'objet d'une exposition au Château de Vincennes, où se trouvent toutes les archives militaires françaises, au cours de l'année 2012.

ÉLODIE ADJOUDJ

in LA VOIX DU NORD, édition de Boulogne-sur-mer du 9 janvier 2011

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