La suite d'Histoires du Nord ...

mardi 1 février 2011

du mois de février 2011

La course du temps est ponctuée depuis les siècles les plus reculés par les tentatives de le mesurer, de façon à savoir où on est, et en particulier pour déterminer toutes sortes d’échéances, notamment celle des impôts et autres taxes qui ont toujours été parmi les arguments mis en avant pour justifier ces interminables calculs. Le mois de Février, dans son origine nous rappelle ces savants calculs dont l’objectif était de faire coïncider la course du temps avec notamment la course du soleil qui régit nos jours et nos nuits et la course de la lune qui a tant d’influence sur nos vies et sur la nature.

C’est pour tenter de rapprocher au plus près la durée de cette course du soleil et de la lune que sous Tarquin un roi étrusque, on prolongea de deux mois l’année du premier calendrier de Romulus qui n’en comportait que 10, pour 304 jours. Cela a d’abord donné une sorte de mois à la durée hybride qu’on appelait Mercedonius, et les différentes réformes qui suivirent en firent nos mois de janvier et de février.

Pourquoi douze plutôt que dix ? Il semblerait qu’on se soit référé au fait que l’on compte douze passages de la lune sur une année solaire.

De ces réformes successives il nous reste encore les années bissextiles. Cette année 2011 n’étant pas de celles-ci je ne développerai pas plus cette explication. Mais je voudrais rappeler toutes ces étapes successives et ces savants calculs qui ont jalonné notre course du temps au fil des siècles et qui ont abouti à la création de février, pour être le plus près possible de la durée de la course du soleil.

Tout autant que soient précis ces calculs qui reprenaient ceux des savants des égyptiens et des babyloniens, entre autres, il restait quand même une part d’erreur de 11 minutes et 14 secondes. L’ajout de février et du jour bissextile, n’avait pas comblé le décalage qui était déjà de trois jours au IVe siècle. Le Concile de Nicée en 325 demanda à deux astronomes, tous deux évêques à Alexandrie, Théophile et son neveu Cyrille d’établir des tables qui permettraient de fixer la date de Pâques. Cette date déterminait tout le calendrier liturgique et avait un importance considérable, qu’elle garde encore en partie aujourd’hui sur nos agendas. Il importait que sa célébration soit au plus près de la date réelle mais les dérives l’entrainaient dans leur course. En 525 le pape Jean 1er demanda à l’abbé Dionysius Exiguus plus connu sous le nom de Denis le Petit, de refaire les calculs. Il reprit le travail des précédents et à l’occasion il fixa aussi la date de Noël au 25 décembre lendemain du solstice d’hiver alors fixé par le calendrier « julien » au 24 décembre.

Les règles fixées pour ces différentes dates comportant encore quelques erreurs, même très faibles, les dérives continuèrent. En 1200 Conrad de Strasbourg affirme que le solstice d’hiver a perdu 10 jours depuis Jules César.

Un peu plus tard, l’anglais Robert Grosseteste, un chanoine de Paris au nom prédestiné, calcula qu’il faudrait ajouter un jour tous les 304 ans. Il proposa de calculer Pâques avec une équinoxe de printemps au 14 mars au lieu du 21 mars. Un autre anglais, Johannes de Sacrobosco, plus communément appelé Jean de Hollywood ou encore Jean de Halifax écrit un traité : « de Anni ratione » dans lequel il préconise de supprimer un jour tous les 288 ans. Proposition sans suite. Au milieu du XIIIe siècle Roger Bacon, un franciscain, réclame une réforme avec véhémence en s’adressant directement au pape Clément IV d’Avignon, qui décède sans avoir pris de décision. En 1345 Clément VI élu en Avignon décide d’entreprendre une réforme. Parmi les spécialistes et savants auxquels il s’adresse, l’histoire a retenu Jean de Meurs et Firmin de Belleval qui proposent, dans une lettre « « Epistola super reformatione antiqui kalendarii » ( lettre sur la réforme de l’ancien calendrier) de supprimer un certain nombre de jours d’une année déterminée et par la suite, d’enlever un jour tous les 310 ans. Cette réforme ne vit pas le jour.

Au concile de Constance, en 1417, le Cardinal d’Ailly, adresse à ses pairs une « Exhortatio super correctione calendarii » ( Exhortation à la reprise du calendrier) en reprenant les arguments de Grosseteste, de Sacrobosco et de Bacon. En 1436 l’astronome Nicolas de Cursa propose lui aussi et sans plus de succès une nouvelle réforme. En 1514 le pape Léon X demande à l’évêque hollandais Paul de Middelburg, astronome, de présider une commission chargée de l’amendement du calendrier. Les différents souverains consultés ne répondant pas à l’avis sollicité, la réforme fut abandonnée. Des courriers échangés par les membres de cette commission tombent dans les mains d’un astronome germano-polonais, Nicolas Copernic, l’un des plus grands génies de son époque. De son énorme travail il faut retenir ceci : la terre est un simple planète qui tourne autour du soleil et cette rotation se fait en 365, 2425 jours. Ce travail va jouer un rôle majeur dans la réforme dite « grégorienne ». Le concile de Trente ( 1545-1553) aborde encore la question de la dérive de la date de Pâques, sans apporter de solution mais il demande au pape Grégoire XIII,, (Ugo Boncampagni ), de faire entreprendre de nouvelles études. En 1582 un médecin calabrais Luigi Lilio et un jésuite astronome bavarois Christophorus Clavius, parviennent à des conclusions présentées non plus par Luigi Livio qui était mort avant en 1576, mais par son frère Antonio, lui-même médecin et astronome, à la commission chargée de la réforme, présidée par le cardinal Gugliemo Sirleto. Un résumé de ces conclusions « compendium » est soumis aux personnages politiques car ce sont eux qui devraient prendre les mesures pour l’application d’une réforme. Grégoire XIII, le 24 février 1582, signe la bulle « Inter Gravissimas » qui instaure le calendrier qui porte son nom « grégorien » et qui est encore en vigueur de nos jours comme le plus universellement reconnu et appliqué car le plus proche de cette course du temps. Tous les autres calendriers contiennent des dispositions qui font intervenir des jours ou mois complémentaires, comme notre mois de février, excepté les calendriers purement lunaires, mais qui sont alors complètement déphasés d’avec les saisons. En 1603, Clavius publiera un document de 600 pages qui donnera toutes les explications pour la mise en œuvre de ce calendrier restauré sous le pontificat de Grégoire XIII : « Romani calendarii a Gregorio XIII pontifice maximo restituti explicatio ». On a envie de dire ouf ! Je tenais à rappeler les noms de tous ces savants qui ont contribué par leurs calculs sur la course du temps à établir un calendrier qui soit une vraie et juste référence car leur nom est tombé dans l’oubli et nous n’avons retenu que Jules et Grégoire.. !

Je vous passe les détails de la mise en œuvre de cette réforme tant en France que dans les autres pays. Pourtant il faudra encore revenir sur ces longs et savants calculs car l’année « grégorienne » est encore trop longue de 0000,3 jour. Dans trois mille ans il sera nécessaire, une nouvelle fois, d’ajuster notre calendrier. Il y aura donc encore d’autres réformes qui s’imposeront, en février ou à un autre moment de l’année.

Comment voulez-vous qu’il n’en soit pas ainsi ! La lune fait le tour de la terre sur une courbe elliptique qu’elle parcourt en 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 2 secondes, en nous montrant son visage par phases, de la nouvelle lune, au croissant et à la pleine lune. C’est la révolution synodique. Les babyloniens avaient fait sur la durée de ce parcours une erreur de 0,00005 jours ! Cette courbe monte et descend autour de la terre. C’est ce qu’on appelle la révolution sidérale qui elle dure 27 jours, 7 heures, 43 minutes et 11 secondes. Cette courbe l’éloigne ou la rapproche de la terre, apogée ou périgée et elle met 27 jours 13 heures, 18 minutes et 33 secondes entre deux passages consécutifs au même point. C’est la révolution anomalistique. Au moment où cette course de la lune autour de la terre coupe l’orbite terrestre, il y a nœud lunaire et entre deux nœuds lunaires il se passe 27 jours, 5 heures, 5 minutes et 36 secondes.

Pour ce qui est du soleil, qui détermine le jour et la nuit, on relève d’abord une courbe montante, c'est-à-dire qu’il est de plus en plus haut dans le ciel, entre le 21 décembre et le 21 juin, période où les jours passent d’une durée de 8h10 à 16h 07. C’est la période où la terre se réchauffe, où les jours se rallongent. C’est le moment des plantations, des semis, des repiquages, du façonnage de la terre. Après le solstice d’été, la courbe du soleil va descendre chaque jour un peu plus vers l’horizon. Ses rayons chauds deviennent desséchants. Les jours diminuent. La montée de la sève se calme. C’est le moment des récoltes. La terre s’est appauvrie de ce qu’elle a donné. Il faudra faire des apports de compost, de fumier et d’engrais. C’est l’année tropique. Il faudrait aussi parler de l’année sidérale qui est un peu différente selon la position du soleil par rapport aux étoiles sur la sphère céleste, et sa place dans les constellations du zodiaque. Et tout ceci se conjugue avec la courbe de la lune, montante et descendante de façon répétitive tous les mois. Pour être complet et comprendre combien c’est très compliqué de prévoir, y compris le temps, il faut encore dire qu’il faudra 235 lunaisons, c'est-à-dire 19 années solaires pour que la lune se retrouve dans la même configuration par rapport à nous. Ce cycle a été étudié par un mathématicien grec, Méton, qui a donné son nom à ce cycle.

Pour clore cette longue série d’énumérations je rappellerai le fait que l’équinoxe elle-même n’est pas toujours à la même date comme on le croit. Cette année 2011 l’équinoxe de printemps est le 20 mars mais celle de septembre sera le 23. Il est arrivé que cet équinoxe tombe le 19 mars, et cela arrivera en 2044. Le 21 mars ce n’est arrivé que deux fois en 2003 et en 2007. Sans parler des rendez-vous du soleil et de la lune et donc des éclipses !

Nous sommes face à une perpétuelle course du temps, ou course après le temps qui ne finira jamais. Comme le chante si bien Charles Aznavour sur un rythme qui n’en finit pas... :

« Le temps d'un jour, temps d'une seconde, le temps qui court, ou celui qui gronde, le temps passé, celui qui va naître, le temps d'aimer et de disparaître, le temps des pleurs, le temps de la chance, le temps qui meurt, le temps des vacances, le temps glorieux, le temps d'avant-guerre, le temps des jeux, le temps des affaires, le temps joyeux, le temps des mensonges, le temps frileux, et le temps des songes, le temps des crues, le temps des folies, le temps perdu, le temps de la vie, le temps qui vient jamais ne s'arrête, et je sais bien que la vie est faite du temps des uns et du temps des autres, le tien, le mien, peut devenir nôtre… le temps..le temps…

Février vient du latin « februare » c’est-à-dire « purifier ». S’il fallait aujourd’hui baptiser notre deuxième mois de l’année on irait chercher quelque chose autour du mot grippe, ce qui ne serait pas du meilleur effet ! On n’appelait pas ainsi ces fièvres qui en raison froid vif frappaient la population de Rome. Ce n’est plus des fièvres mais de la grippe que chaque jour nous entretiennent les médias. Grippe ou gastro, c’est de saison et de mode.

Chez les Romains c’était le mois des purifications rituelles. D’où l’origine de la fête de la Purification rite aussi de la religion juive que les parents de Jésus respectèrent scrupuleusement. C’est devenu pour les chrétiens la fête de la Chandeleur ou de la Purification et de la Présentation de Jésus au Temple. On en a fait la fête de la Révélation de Lumière du Monde. Cette lumière est symbolisée par les cierges mais aussi par les crêpes qui comme la galette des rois symbolisent le soleil renaissant. Nous voilà tout de go encore dans les vestiges de ces fêtes païennes qui depuis la Sainte Luce ponctuent le calendrier de célébrations qui ont pour objet de célébrer le triomphe de la lumière sur les ténèbres.

Ces derniers jours de janvier, les Grecs fêtaient le dieu Pan qui avait la réputation de terrifier les campagnes et de séduire les femmes. Son apparition, réelle ou supposée, déclenchait une fuite générale : la « panique ».C’est l’étymologie de ce mot. A Rome, sur le même registre, on organisait les Lupercales, fêtes dédiées à la Louve qui éleva Romus et Romulus, fêtes de la fécondité. Les Romains s’assemblaient dans les rues avec des torches, pour manger des galettes de céréales en l’honneur de Proserpine.

Le Pape Gélase, en 492, essaya de mettre fin aux orgies dans lesquelles dégénéraient ces fêtes et substitua aux lupercales la fête de la purification. Il eut l’idée alors de distribuer les galettes aux pèlerins affamés venus à Rome. On les appelait alors des « oublies ». Ce sont les ancêtres de nos crêpes de la Chandeleur. Et nos cierges de la Chandeleur, ont sans doute pour ancêtres ces torches dont les romains s’éclairaient.

On retrouve également dans cette fête de la chandeleur, de lointaines réminiscences des fêtes de la purification chez les Celtes, qui l’hiver tirant à sa fin, célébraient la purification de l’eau pour assurer la fertilité et la fécondité avec le retour de la vie en cette fin d’hiver. C’était la fête d’Imbolc.

Il est également possible de faire un rapprochement avec les Parentalia romaines, c’est-à-dire la fête annuelle en l’honneur des morts, au cours de laquelle on veillait en s’éclairant de chandelles et de torches en honorant Pluton et les dieux. D’où peut-être cette vieille tradition de garder les cierges bénis de la Chandeleur, pour pouvoir les allumer auprès des morts dans nos familles, ou encore pour les allumer quand il y a de l’orage, pour préserver de la foudre…. !

Ces rappels et ces interprétations mériteraient des recherches approfondies et des développements que ne peut le faire cette chronique déjà bien longue !

Février, pour ce qui est du temps, est le mois des retournements les plus hasardeux : « Février, le plus court des mois, est de tous le pire à la fois. » Ou encore : « Février, de tous les mois, le plus froid, le plus matois ».Et aussi : « Février tourne son bonnet sept coups devant, sept coups derrière ! » Que va-t-il se passer le 2 février puisque le dicton nous dit : « A la Chandeleur, l’hiver cesse ou prend rigueur. » Tout pourrait encore changer le 3 février car ce sera jour de nouvelle lune : « A la saint Blaise, l’hiver s’apaise ; mais s’il redouble et s’il reprend, de longtemps il ne se rend. »

Ces chutes brutales et ces montées de température, provoquent des dégâts considérables sur la végétation. Les écarts de température entre le jour et la nuit tuent les plantes et les arbres. C’est ainsi que le 2 février 1956, dans le midi, les oliviers ont gelé. Il faut expliquer qu’il avait fait très doux dans la journée, 18°. La sève des arbres avait commencé de monter. La nuit la température est tombée brutalement à moins 20°. Le tronc des oliviers éclatait sous le gel… : «cette nuit-là on entendit les oliviers crier !... »

De fait, il vaut mieux que février remplisse son contrat et soit mauvais, car s’il ne l’est pas, nous en subirons les conséquences tout au long de l’année : « Février trop doux, printemps en courroux » ; Ou : « Quand la bise oublie février, elle arrive en mai » Et aussi : « Si février ne févrière pas, tout mois de l’an peu ou prou le fera ! »

Dans notre course après le temps, nous ferons probablement une pause pour la saint Valentin le 14 car ce sera proche de la pleine lune qui arrive le 18 à son périgée le 19. Ce pourrait être le printemps de la saint Valentin ou tout le contraire, une période de froid vif. Difficile d’être plus nuancé ou prudent ! Et on fera la fête ; surtout du côté de Roquemaure dans le Gard rhodanien.

Juste un peu d’humour avec l’histoire, la « petite histoire » comme on dit, puisque nous allons faire des crêpes. On raconte qu’en 1812, à la Chandeleur, Napoléon 1er avait tenu à faire des crêpes et à les faire sauter. C’était avant la campagne de Russie. Et selon la tradition, pour que cela lui porte bonheur il les fit sauter dans la poêle. Mais il loupa la cinquième. Quelques mois plus tard, devant Moscou fumant, il dit à Ney : « C’est ma cinquième crêpe ! ».

Je pense moi qu’il s’agissait bien plutôt ce jour-là d’une question de calendrier, de temps et de lune !

A Diou sias !

Jean MIgnot

Au 31 du mois de janvier 2011 - Pridie Kalendas Februarias

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