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mercredi 9 février 2011

Freycinet, le parrain oublié du port de Dunkerque

Si Trystram était le père du nouveau port de Dunkerque, Louis Charles de Saulces de Freycinet en fut le parrain. Ne garder que son nom pour désigner nos quais, c’est oublier qu’il fut une grande figure de la République.

Au service de l’Etat

Né dans une famille protestante de Foix en Ariège en 1828, il entre à l’Ecole Polytechnique en 1846. Au moment où éclate la révolution de 1848, il se révèle ardent Républicain. Ses actions d’éclat attirent l’attention du Gouvernement. De 1848 à 1852, il étudie à l’Ecole des Mines puis il entre à l’Administration des Travaux Publics à Mont-de-Marsan, passe par Chartres puis Bordeaux. Jusqu’en 1862, il est le chef d’exploitation de la Compagnie des chemins de fer du Midi puis il revient au service de l’Etat en menant une mission d’étude en Angleterre en 1863 sur le travail des enfants. Il voyage ensuite dans le reste de l’Europe jusqu’en 1868 pour étudier la prévention des risques industriels et l’amélioration de la protection des travailleurs. A son retour, il publie ses conclusions sur le travail des femmes et des enfants en Angleterre en 1869, que l’Académie des Sciences morales couronne d’un prix…

Au cours de ces missions, il s’est intéressé à la réforme administrative et se retrouve nommé à la « commission de décentralisation » mais la guerre franco-prussienne lui offre de nouvelles perspectives. En 1870, préfet, il est promu dans l’ordre impérial de la Légion d’honneur mais il démissionne. Il rejoint Gambetta à Tours, qui le nomme délégué à la guerre. Le voilà membre du gouvernement de la Défense Nationale en 1870-1871. Le Second Empire est déchu, la République s’impose petit à petit mais elle n’est qu’une suite de compromis et d’opportunités, une kyrielle d’alliances éphémères et de querelles byzantines. Les majorités se font et se défont et les ministères tombent régulièrement. Alors que la République écrit ses lois constitutionnelles, Freycinet dirige une forge et un haut-fourneau achetés dans les Landes en 1872 mais il ne peut quitter la politique : il devient Sénateur de la Seine, un siège qu’il occupe de 1876 à 1920 alors qu’il a été élu dans plusieurs circonscriptions en même temps, la loi autorisant de présenter des candidatures multiples.

Une carrière ministérielle active

De 1877 à 1879, il est ministre des Travaux Publics où il œuvre pour le développement économique de la France. A Dunkerque, c’est convaincu par Trystram qu’il accorde les crédits nécessaires à l’agrandissement et à la modernisation du port. Il multiplie aussi les lignes de chemins de fer pour desservir le plus de territoire possible mais les voies se révèlent souvent de piètre qualité. Qu’importe, les Français bénéficient en plus grand nombre du progrès. Autre grand dossier, il travaille à la modernisation des voies fluviales en établissant notamment une nouvelle norme pour la taille des écluses (donc des péniches) à laquelle on a donné son nom.

Il assure plusieurs fois la charge de Président du Conseil… qu’il cumule avec celle de Ministre des Affaires Etrangères en 1879-1880 puis en 1885-1886… Et l’on ne parlait pas alors d’hyperprésidence ! En 1886, il réussit à faire expulser les prétendants au trône de France, interdisant tout espoir de Restauration… Battu à l’élection présidentielle de 1887, il devient le premier civil à être Ministre de la Guerre. Avait-il la même vision que Clemenceau qui disait que la guerre était une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires ? Ici aussi, les réformes sont considérables : il porte le service militaire à trois ans, créé l’état-major général et modernise l’équipement avec le fameux canon de 75 modèle 1897 et le fusil Lebel, malheureusement utilisé pour la première fois sur cible humaine le 1er Mai 1891 à Fourmies, une fusillade qui oblige Freycinet à créer une législation sociale. Accusé d’avoir voulu étouffer le scandale de Panama, il est éloigné du pouvoir mais redevient Ministre de la Guerre au moment de l’affaire Dreyfus où il prend le parti de défendre l’Armée envers et contre tout. Président de la Commission des forces armées au Sénat, il est encore ministre d’état en 1915-1916… A 87 ans, il subjugue le Président Poincaré par son énergie et ses analyses. C’est que l’homme est aussi reconnu pour ses qualités intellectuelles : membre libre de l’Académie des Sciences depuis 1882, il est élu à l’Académie française en 1890. Il décède en 1924, à l’âge de 95 ans, après avoir été l’un des plus ardents artisans du développement économique français.

1 commentaire:

  1. Voilà un personnage qui n' a pas connu l'inactivité .
    J' en sais un peu plus sur "l'homme", et son action .C'est mieux qu'un simple nom donné à des quais.
    Adel

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