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samedi 5 février 2011

Patrimoine régional, l'abbaye-prison sera-t-elle sauvée d'une destruction annoncée ?


Transformé en prison après la Révolution française, le bâtiment doit être détruit pour laisser place à un nouvel établissement pénitentiaire. Mais deux associations, dont la réputée Renaissance du Lille ancien, entendent le sauver. Convaincues de sa richesse patrimoniale, elles ont demandé une instance de classement. Le temps presse.

1. Le projet de l'administration pénitentiaire

La rumeur qui courait depuis quelques semaines a été confirmée au coeur de l'été 2010 par le ministère de la Justice. La prison de Loos - qui comprend un centre de détention et une maison d'arrêt - sera détruite en vue d'une reconstruction sur site à l'échéance 2015. Le projet présenté fait état d'un nouvel établissement de 700 places. La fermeture de la prison loossoise ne chagrine personne tant les conditions de détention y sont mauvaises. En revanche, la destruction du centre de détention suscite quelques réactions. Le bâtiment est une ancienne abbaye du XIIe siècle, reconstruite au XVIIIe... Mais la nouvelle semble s'évaporer dans la torpeur de l'été. Le transfert des premiers détenus débutera en juin 2011.

2. Une demande de classement en cours

Branle-bas de combat à la rentrée. Anne Voituriez, élue d'opposition et membre de l'association Loos pour tous, exhume une demande d'inscription aux Monuments historiques formulée en 2005 par une autre association locale. On apprend que la direction régionale des affaires culturelles a jugé le bâtiment suffisamment intéressant sur le plan patrimonial pour valider le principe d'une demande. L'inscription nécessite le passage du dossier en commission.

L'abbaye-prison n'a pas encore été inscrite à l'ordre du jour, mais la démarche est susceptible de perturber le projet de l'administration. Car toucher à un patrimoine inscrit est compliqué...

3. Le préfet prend le dossier en main...

Un acteur de cette affaire le confie sous le sceau du secret. « C'est tendu, le préfet a pris les rênes du dossier. » La semaine dernière, la préfecture nous confirme qu'une réunion est programmée. Autour du secrétaire général de la préfecture, sont annoncés des représentants de l'administration pénitentiaire, de la DRAC et de la DREAL. La réunion se serait tenue mardi. Rien n'a pour l'instant filtré sur son contenu. Seule certitude : la préfecture a tout intérêt à trouver un compromis. Car les terrains disponibles susceptibles d'accueillir une prison sont rares dans la métropole lilloise. Et le temps presse.

4. Les associations écrivent au ministre

Le temps presse aussi pour les associations mobilisées autour de l'abbaye-prison. En début d'année, l'association Renaissance du Lille ancien (RLA) a rejoint le combat. RLA s'est taillé une belle réputation en quarante ans d'actions. On lui doit notamment l'abandon du projet de stade Grimonprez-Jooris 2.

Pour ses dirigeants, « la seule protection, aujourd'hui, c'est l'opinion publique ». Les associations ont chacune lancé une pétition.

Cette semaine, elles ont demandé une instance de classement au ministre de la Culture. Si elle aboutissait, l'initiative, rare, empêcherait toute démolition ou transformation pendant un an...

Gilles CONTRAIRE

in LA VOIX DU NORD, édition de Lille du 5 février 2011

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