La suite d'Histoires du Nord ...

mercredi 6 avril 2011

de Rubrouck à Karakorum : L’odyssée du frère Guillaume

Rubrouck, sa motte castrale, son église et … sa yourte. Le village flamand accueille depuis des années le monde des steppes mongoles. Grâce à qui ? A cause du frère Guillaume ! Moine franciscain, flamand de langue latin et intime de Saint-Louis, il est choisi par le roi pour une nouvelle mission vers les terres lointaines des Mongols. Leur puissance est stupéfiante ! Au XIIIe siècle, ils tiennent Moscou, Kiev, ont envahi la Pologne, menacent Vienne et atteignent presque les rives de l’Adriatique. Une alliance avec eux offrirait une puissance inégalée pour les Chrétiens d’Occident contre les musulmans ! Les expériences précédentes ont été si infructueuses que le roi ne veut pas donner un caractère trop officiel à la mission du moine. Enseigner la parole de Dieu n’est pas la seule tâche que le roi lui assigne, il doit rapporter toutes les informations qu’il pourra glaner sur les Tatars. Guillaume consigne tout dans un récit qui est encore édité de nos jours.

En 1253, Guillaume et son compagnon Barthélemy de Crémone quittent Constantinople. Guillaume, robuste flamand, supporte les difficultés du voyage que son compagnon, italien, ne supporte mal le froid, la faim et les nourritures exotiques. Une fois les Monts de Tauride passés, Guillaume découvre la steppe des Tatars et ses habitants avec lesquels le contact est bon, tant et si bien qu’il s’acclimate vite aux coutumes de ses hôtes. Accueilli par Batou, puissant seigneur et petit-fils de Gengis Khan, il tente de le convertir mais ses arguments théologiques ne le convainquent pas. Les deux franciscains sont accueillis avec bienveillance, tels des hôtes de marque. Mais étant un seigneur parmi d’autres, il ne peut s’engager : seul l’Empereur peut prendre les décisions ! Et il est à 3.000 kilomètres de son camp…

Direction Karakorum

La capitale est au nord du désert de Gobi, froid et inhospitalier. Un riche marchand mongol les emmène à la cour de l’empereur Mongku ! Et c’est habillé comme les autochtones qu’ils traversent désert et cols enneigés. Les fourrures et les bottes de feutres protègent tout de même mieux que la bure !

En janvier 1254, l’empereur, autre petit-fils de Gengis Khan, les reçoit. Bien que réputé généreux, il est sans pitié avec ses ennemis et sait réprimer avec férocité. Il les reçoit chez une de ses filles qui est chrétienne. L’ambiance est bonne, détendue même. Les deux missionnaires reçoivent la permission de séjourner à la cour. Celle-ci est à l’image de la ville : cosmopolite. Lors de son séjour à Karakorum, Guillaume est surtout frappé de la présence arabo-musulmane et par la variété des populations sous l’égide de Mongku. Il note aussi, alors que l’Occident voit s’éteindre l’idéal des Croisades, que toutes les religions cohabitent dans la capitale dans la plus complète tolérance malgré la présence d’hérétiques et de quelques fanatiques qui compliquent le dialogue entre les religions. Les rencontres entre Guillaume et les chrétiens de la ville sont publiques. Non seulement Mongku ne prend aucune mesure mais il décide d’organiser une controverse : un débat entre musulmans, païens, bouddhistes et … catholiques la veille de la Pentecôte ! Les règles sont claires, il est interdit de se servir de « paroles désagréables ou injurieuses pour leur contradicteur, ni provoquer un tumulte qui puisse empêcher cette conférence, sous peine de mort ». Si Guillaume est éloquent, il ne suscite aucune conversion mais qu’importe, il trouve là une assemblée où le dialogue est réel. Une fois la discussion close, l’assistance se retrouve pour de copieuses et joyeuses libations ! Le lendemain, Guillaume est convoqué avec son contradicteur bouddhiste par l’empereur qui les assure de sa foi en un seul Dieu mais que toute foi peut connaître plusieurs chemins, prendre d’autres formes puis leur fait comprendre qu’ils doivent s’en retourner chez eux. Sans acrimonie d’ailleurs car si Guillaume refuse les cadeaux, Mongku l’assure qu’il sera toujours le bienvenu si Saint-Louis le renvoie en terre mongole.

De retour à Saint-Jean-d’Acre, le franciscain flamand fait diligence pour envoyer ses notes au roi qui ne put ni évangéliser les descendants de Gengis Khan ni les convaincre de faire alliance avec les chrétiens d’Occident… Quant à Guillaume, il s’éteignit vraisemblablement vers 1295, à un âge avancé, sans retourner fouler la steppe…

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