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vendredi 1 avril 2011

du mois d’avril, de la lune rousse et de Pâques

En 1564, un édit de Charles IX, fixa le début de l’année en France, au 1er janvier. Vous vous souvenez des différentes étapes de l’évolution du calendrier au fil des temps. Avec le mois d’avril de cette année-là, nous faisions un pas de plus vers la « normalisation » du calendrier tel que nous le connaissons aujourd’hui, la dernière étape dont je vous ai souvent entretenus étant celle de 1582 avec la mise en place du calendrier grégorien celui en application encore aujourd’hui. .

De cette évolution de 1564 il nous reste « le poisson d’avril ». Les fausses étrennes, devenues de gentilles farces, sont semble-t-il un lointain souvenir de ces dates révolues.

Quand la date de Pâques est proche du 1er avril, on offre des poissons en chocolat ! Alors que le chocolat était plutôt réservé aux œufs de Pâques. Mais cette année Pâques, pour des questions liées à la lune sur lesquelles je vais revenir, tombe presque en fin de ce mois

Étymologiquement, "avril" est le mois qui "ouvre" l'année, du latin aprire: ouvrir. Il partage avec le mois de février, l’originalité de tirer son nom d’un verbe d’action et non du nom d’un dieu ou d’une déesse ou de sa place dans le calendrier comme les quatre derniers mois de l’année.

Avril n'est pas uniformément "tout nouveau tout beau". C'est un mois versatile, qui en dépit du calendrier tient encore largement de l'hiver, et dont les froids passagers, souvent pinçant, sont d'autant plus mal accueillis que l'on espérait en avoir fini avec eux.

D'où le dicton : « Il n'est si gentil mois d'avril qui n'ait son manteau de grésil. ». Parfois la neige s'ajoute au grésil : « Il n'est point d'avril si beau qui n'ait neige à son chapeau. ».Ce rabiot de l'hiver, qu'il nous est difficile d'accepter sans récrimination, doit nous inciter à la prudence: « En avril, ne te découvre pas d’un fil ! ». Ou : « celui qui s'allège avant le mois de mai certainement ne sait pas ce qu'il fait.".

Il a fait quelques jours très beaux à partir de l’équinoxe, et nous pensions les beaux jours enfin arrivés. Mais souvenons-nous que « Quand mars fait avril, avril fait mars ». Or les derniers jours de mars, les fameux « Vaqueirieu » ou « jours de la vache » ou « de la vieille », fidèles à leur réputation, nous ont amené du mauvais temps. On pourra relire utilement une de mes chroniques sur ce sujet. D’où la question à se poser aujourd’hui : que va-t-il se passer en avril ?

Avril est le mois de la lune rousse, période pendant laquelle il y a les fameux saints de glace. Mais je suis cette fois dans un embarras extrême, comme je l’avais été en 2003 à cause de cette fameuse « Lune Rousse ». En effet cette année, il y a de nouveau une possibilité d’interprétation sur la définition de la lune rousse, du moins sur la fixation des dates de cette lunaison. L’hebdomadaire Rustica et ses publications : « Jardinez avec la lune » ; « Jardinez avec la météo » ou d’autres… s’ils expliquent de façon précise le phénomène de la lune rousse, disent que cette année la lune rousse commence le 3 avril et se termine le 3 mai, parce que « la lune rousse est la lune qui commence en avril ». Le calendrier lunaire de Vermot-Desroches ( le fameux almanach Vermot !) donne une autre définition : « la lune rousse est la lune qui commence après Pâques et finit à la lune suivante. » donc pour lui ; la lune rousse en cette année 2011 commencera le 3 mai et se terminera le 1er juin ; c’est cet intervalle de temps que retiennent la plupart des sites spécialisés que l’on trouve sur internet. La question n’est pas nouvelle. Des situations semblables se sont déjà produites en 1886, 1916, 1924, 1927, 1935, 1943,1946, 1954, 1962, 1965, 1973, 1981, 2000 et 2003.

J’ai recherché dans les textes les plus anciens sur ce sujet pour savoir qui dit vrai car le jeu en vaut la chandelle, pardon la question ! : « Lune rousse vide bourse ! »

La longue semaine de beau temps de mars a permis à la végétation de se développer bien vite. La lune rousse peut tout détruire en quelques heures. Mais les premiers saints de glace ne sont pas avant le 23 avril -saint Georges, et le dernier est le 25 mai – saint Urbain. On peut penser que vu l’état de la végétation en ce moment, au mois de mai, les jeunes pousses seront plus fermes et donc les risques de les voir « roussies » seront moindres. Car c’est bien un des effets de la lune rousse de brûler, de roussir les jeunes pousses et c’est l’origine de son nom, et non point parce qu’elle est souvent rouge (rousse) à son lever, à la pleine lune des beaux soirs d’été. Cela n’a rien à voir avec la lune rousse. Qu’on se le dise. !

Au XVIe siècle, les paysans disaient : « tant que dure la lune rousse, les fruits sont sujets à fortune » in Almanach du Bon Laboureur pour l’année 1618. Et La Quintinie dans son « Instruction pour les jardins » donnait la marche à suivre aux jardiniers et aux agriculteurs pour empêcher les arbres de trop souffrir. En 1554, Antoine Mizauld « l’Esculape de France » astrologue et médecin, signale le danger des nuits sereines entre le 25 avril et le 13 mai mais il n’utilise pas le terme « lune rousse ».

« Si du septième jour des calendes de Mai, ou si vous voulez du vingt-cinquième d’avril environ le lever des étoiles dites Hyades ( auquel selon Varron et Pline les fêtes nommées Robigalia étaient jadis célébrées pour les blés) jusqu’au quatrième jour des calendes dudit mois, qui est le vingt et huitième d’avril environ le coucher du Chien céleste - NDRL : la lune qui veille comme un chien- ( auquel temps étaient célébrées les Florales pour les fleurs et les arbres) la pleine lune advenait, trouvant nuits sereines et belles sans aucun vent ( auquel temps la rosée a coutume tomber à grand’planté), les Anciens, de longue expérience, tenaient tout certain que les grains de la terre seraient endommagés. Et si semblable chose advenait depuis le septième jour des ides de mai, c'est-à-dire du neuvième jour en mai, jusqu’à quatre jours après…hasard avec grandissime danger était à craindre aux vignes et oliviers, c'est-à-dire aux vins et huiles. Et au-delà se peut faire que les susdits jours, et aucuns précédents et subséquents dédiés et sacrés aux saint Georges, Marc, Nicolas et Invention de la Salutifère Croix... sont merveilleusement craints du simple peuple et rustiques : non d’aujourd’huy mais de longue antiquité. » in Phaenomena, sive aeria ephémerides.

Voilà donc annoncés nos saints de glace. Cette page nous démontre que les Anciens n’ignoraient pas les dangers que courrait la végétation hâtive en ces périodes de début du printemps et de renouveau des arbres et des plantes. Les Floralia chez les Romains n’avaient pas le même objectif que nos Floralies et autres fêtes des fleurs célébrées en ces mêmes périodes, mais elles avaient pour but d’invoquer le dieu Flore pour la protection des arbres fruitiers en particulier, autrement dit d’empêcher « la rouille » de brûler ou de détruire les bourgeons des jeunes pousses. C’est exactement la même origine des fameuses Rogations inventées bien plus tard à Vienne par Saint Mamert qui du coup est devenu un des si tristement célèbres saints de Glace. L’église désireuse d’éliminer tous les génies célestes du paganisme a ainsi créé les fameuses « Litanies Majeures » qui se déroulaient au moment des fêtes de Saint Georges le 23 avril, et de Saint Marc le 25 avril, pour les premiers saints de glace dits les « cavaliers », puis les trois jours avant la fête de l’Ascension, les Rogations appelées aussi « Litanies Mineures », qui coïncident souvent avec les autres saints de glace de mai, Mamert, Servais et Protais.

Il me serait possible de donner ici bien d’autres citations sur cette lune rousse et ses conséquences que sont les saints de glace. Voici une explication plus scientifique avec l’anecdote suivante que j’ai souvent rappelée dans ces chroniques:

« Je suis charmé de vous voir réunis autour de moi, disait un jour Louis XVIII aux membres composant une députation du Bureau des longitudes qui étaient allés lui présenter la Connaissance des temps et de l’annuaire, car vous allez m’expliquer nettement ce que c’est que la lune rousse et son mode d’action sur les récoltes ». Laplace, à qui s’adressait plus particulièrement ces paroles, resta comme atterré ; lui qui avait tout écrit sur la lune, n’avait en effet jamais songé à la lune rousse. Il consultait tous ses voisins du regard mais, ne voyant personne disposé à prendre la parole, il se détermina à répondre lui-même : « Sire, la lune rousse n’occupe aucune place dans les théories astronomiques ; nous ne sommes donc pas en mesure de satisfaire la curiosité de Votre Majesté. »

Le soir, pendant son jeu, le Roi s’égaya beaucoup de l’embarras dans lequel il avait mis les membres de son Bureau des Longitudes. Laplace l’apprit et vint demander à Arago s’il pouvait l’éclairer sur cette fameuse lune rousse qui avait été le sujet d’un si désagréable contretemps. Arago alla aux informations auprès des jardiniers du Jardin des Plantes et d’autres cultivateurs, et voici le résultat de ses investigations que le grand savant a ensuite rédigées et qui ont été publiées par Flammarion dans l’ouvrage « Astronomie populaire »:

« Dans les nuits des mois d’avril et mai, la température de l’atmosphère n’est souvent que de 4, de 5 ou de 6 degrés centigrades au-dessus de zéro. Quand cela arrive, la température des plantes exposées à la lumière de la lune, c'est-à-dire à un ciel serein, peut descendre au-dessous de zéro, nonobstant l’indication du thermomètre. Si la lune, au contraire, ne brille pas, si le ciel est couvert, la température des plantes ne descend pas au-dessous de celle de l’atmosphère, il n’y aura pas de gelée, à moins que le thermomètre n’ait marqué zéro, pour d’autres raisons. Il est donc vrai, comme les jardiniers le prétendent, qu’avec des circonstances thermométriques toutes pareilles, une plante pourra être gelée ou ne l’être pas, suivant que la lune sera visible ou cachée par des nuages ; s’ils se trompent, c’est seulement dans les conclusions : c’est en attribuant l’effet à la lumière de l’astre. La lumière lunaire n’est ici que l’indice d’une atmosphère sereine ; c’est par suite de la pureté du ciel que la congélation nocturne des plantes s’opère ; la lune n’y contribue aucunement ; qu’elle soit couchée ou sur l’horizon, le phénomène a également lieu. L’observation des jardiniers était incomplète, c’est à tort qu’on la supposait fausse. »

Si nous observons bien le temps nous pourrons juger nous-mêmes si la lune Rousse sera celle du début avril ou celle de la lunaison qui commencera après Pâques.

Il me faut encore dire ici l’importance de la lune pour la détermination de la date de Pâques et donc une fois de plus le rôle de la lune dans l’établissement de nos calendriers. Au XIème siècle, faute de règles précises, car on se référait au calendrier des Hébreux au temps du Christ, on allait jusqu’à commencer l’année à Pâques, ce qui donnait des années de durée variable, sur des bases assez discutables d’un point de vue scientifique et astrologique. Après trois siècles de controverses, liées notamment aux questions des fluctuations du calendrier et de la difficulté de faire coïncider le cycle lunaire, le cycle solaire et les saisons, la date de la fête de Pâques a été fixée par le Concile de Nicée, en 325 « au premier dimanche qui suit le quatorzième jour (soit la peine lune) qui atteint cet âge au 21 mars (jour de l’équinoxe) ou immédiatement après ». Pâques se fête donc entre le 22 mars et 25 avril. La coïncidence des calendriers fait que cette année les Pâques orthodoxes fixées selon le calendrier « Julien » ont lieu le 24 avril, le même jour que Pâques de tous les chrétiens. L’an prochain, Pâques sera le dimanche 8 avril et coïncidera, toujours pour des questions de calendrier, « lunaire » cette fois, avec la Pâque juive, le Sabbat étant le 7 avril en 2012.

La mobilité de cette fête entraîne avec elle les fêtes de l’Ascension et de Pentecôte, synonymes pour beaucoup, en dehors de leur signification religieuse, de jours fériés. Dans le débat d’actualité, il convient de dire, pour éclairer un peu la question, que le lundi de Pâques, pas plus que le lundi de Pentecôte, n’ont de fondement religieux.

Les modulations de la date de Pâques, reliées au cycle de la lune et du soleil, peuvent expliquer le temps qu’il fait de façon presque immuable la semaine sainte, ou du lundi beau et venteux on arrive au jeudi et au vendredi souvent pluvieux ou orageux, suivi du dimanche et du lundi presque toujours perturbés. La proximité cette année, de Pâques et des premiers saints de glace pourrait amener cette année, quelques perturbations conjuguées avec celles de la lune rousse à venir et des premiers saints de Glace dits les « cavaliers ». De très nombreux dictons nous donnent des indications sur le temps de cette période. Par exemple : « Pâques pluvieuses, souvent fromenteuses » – « Pâque pluvieux, blés graineux, Saint Jean farineux. » – « Pluie à Pâques, emplit les coffres. » – « Pâques mouillé, fait l’épi dru, pâques doux, épis vides. » Nous, on voudrait bien du beau temps pour cette fête Mais « A Pâques, mauvais temps, égale six semaines pendant. » ce qui pourrait bien être le rapprochement avec la lune rousse et les saints de glace qui vont arriver au mois de mai ! « Quand on mange le gâteau au chaud (bûche de Noël) on mange les œufs (de Pâques) derrière le fourneau ». Ou d’une autre façon : « Noël au balcon, Pâques aux tisons ! » Or après les fortes perturbations du solstice de décembre, il a fait assez beau à Noël 2010. Nous voici avertis. Ne rangeons pas trop vite nos vêtements d’hiver !

Adissias.

Jean Mignot le 31 mars 2011

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