La suite d'Histoires du Nord ...

lundi 2 mai 2011

Du mois de mai 2011

« Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent.. » (air connu). Ce mois de mai chanté par les poètes avec des belles chansons qui vont du « temps du muguet » au « temps des cerises » est marqué cette année, fait exceptionnel, par la coïncidence qui fait que les jours fériés qui en sont sa particularité tombent un dimanche et que cette année ce mois n’aura aucun jour férié en semaine, tout cela à cause de la lune puisque c’est elle qui détermine la fête de pâques et les autres fêtes qui en découlent et qui on leur incidence en juin cette année, l’Ascension et Pentecôte.

Par contre, en réponse à tous ceux qui pleins de bonne volonté m’ont transmis le soi-disant scoop du mois d’octobre avec ces cinq dimanches, je ferai observer que ce mois de mai 2011 tout comme le mois de janvier, tout comme ce sera en juillet puis en octobre, a lui aussi 5 dimanches. L’information transmise n’est qu’un « hoax » c'est-à-dire une fausse information, un gag en quelque sorte.

L’originalité serait que cela ne se reproduit que tous les X années. Rien d’étonnant compte tenu du nombre de jours de l’année et du nombre de jours de la semaine. Si on divise 365 jours de l’année par les 7 jours d’une semaine, on obtient 52,1428571….Donc inévitablement un décalage. Comme de temps en temps ( et pas nécessairement tous les quatre ans) il y a un jour de plus bissextile, on obtient 52,2857143. Encore des décalages. C’est pourquoi j’ai souvent indiqué dans mes chroniques que le calendrier grégorien, pourtant le plus fiable, comportait une légère erreur de calcul lui aussi ! Selon la course du soleil et la durée des saisons, la durée de l’ellipse ou plan de l’écliptique de la terre et l’année tropique, ou encore les révolutions de la lune qu’on prend en référence, synodique, anomalistique, draconitique ou périodique, on n’a pas les mêmes durées et c’est toujours un casse-tête pour établir un seul et unique calendrier « universel ». C’est purement un problème mathématique et ces informations qu’on se plait à diffuser comme étant extraordinaires, ne paraissent pas très significatives de quelque chose. C’est un peu comme le prétendu alignement des planètes et la fin du monde de 2012 que s’amusent à prédire quelques mauvais plaisantins relayés par quelques amis trop crédules et surtout très mal informés.

Déjà Méton un astronome grec qui vivait en 432 av JC avait fait tenté de expliquer le renouvellement du cycle de la lune et fait le constat que la lune ne se retrouve dans le même environnement planétaire que tous les 19ans. C’est « le cycle de Méton » qui est d’une durée de 235 mois synodiques lunaires. 19 années tropiques et 235 mois synodiques ne diffèrent que de deux heures ; donc au bout de 19 ans, les mêmes dates de l'année correspondent avec les mêmes phases de la Lune.

L’astronome chaldéen Kidinnu vers -380 avait fait des observations semblables. Des écrits cunéiformes semblent indiquer que ce cycle était déjà connu en Mésopotamie dès le VIe siècle av. J.-C. et était utilisé pour prédire les éclipses. Les 19 années tropiques contiennent 6940 jours qui se répartissent en 110 mois caves de 29 jours et 125 mois pleins de 30 jours.

Le rang d'une année dans ce cycle s'appelle nombre d'or, parce qu'il était gravé chaque année sur les piliers d'un temple à Athènes. Par la suite vers l'an 800 il sera utilisé pour le calcul de la date de Pâques.

Ce sont tous ces calculs complexes qui entraînent les décalages de la fête de Pâques et toutes les conséquences et tous les problèmes liés à l’interprétation sur la vraie période de la lune rousse et aussi la question des saints de glace11, 12 et 13 mai,- qui cette année se présentent comme totalement déphasés, tout comme les fameuses Rogations, ces prières prescrites par saint Mamert, évêque de Vienne, pour conjurer le sort qui avait ravagé les champs d’arbres fruitiers de la vallée du Rhône au 5ème siècle. Saints de glace et Rogations se situent cette année dans une période de doute sur l’interprétation de la Lune Rousse, comme je l’ai signalé dans ma chronique du mois dernier. Il faut remarquer cependant que les premiers saints de glace, les cavaliers Georges, Marc et Philippe de la fin avril se sont montrés, du moins dans le midi, comme des « saint gresleurs et gasteurs de gobelets » comme les qualifiait Rabelais. Le début du mois de mai, sera marqué par un flux de Sud-Ouest dépressionnaire, qui commence à se manifester, avec un temps humide et chaud sur toutes nos régions qui pourrait entraîner le déclenchement de violents orages - ( on se souvient d’un certain 10 mai il y a 30 ans !) - qui pourraient avoir lieu jusqu’à la nouvelle lune du 17 qui devrait marquer un changement de temps, autour du nœud lunaire du 19. On peut espérer ensuite un temps plus clément et beaucoup plus chaud vers la fin du mois. Début juin, le 2 : « A l’ascension dernier frisson !… », aura bien sa justification.

Il faut donc redire une fois de plus que les fameux dictons du temps de nos ancêtres, liés à la fête d’un saint, ne se vérifient pas toujours, suivant en cela le rythme du cycle de Méton dont je viens de parler.

À l’époque de l’informatique on a perdu la mémoire de ce qui s’est passé fréquemment en ces périodes, pas plus tard qu’en 2003. En 1946 les journaux titraient « la météo est devenue folle », en 1935 vague de froid sur la France, en 1958 violents orages, mais en 1945 ou en 1969 canicule aux mêmes périodes ! En 1897, les intempéries avaient été telles, le 11 mai puis le 13 mai, que le département du Cher avait été dévasté par le gel ainsi que la région d’Angers. Les vignes et les pommes de terre avaient gelé ainsi que les haricots et les fraisiers. Ceux qui récoltaient les fleurs d’orangers pour les parfumeries avaient tout perdu. Chez nous dans le Midi, les feuilles des mûriers avaient subi le même sort. On trouve la description de cette catastrophe considérable pour l’élevage du vers à soie, dans les lettres de nos grands pères.

A Rome, ce mois était consacré à Malia, mère de Mercure et déesse de la terre qui nourrit les hommes. On y célébrait la fête des esprits malins. Mai était considéré comme néfaste aux unions. Ovide déconseillait « d’allumer en ce mois les flambeaux de l’hyménée, car ils se changeaient bientôt en torches funestes ». Au Moyen Age, l’auteur du calendrier des laboureurs confirme cette réputation : « Si le commun du peuple dit vrai, mauvaise femme s’épouse en mai ». On dit aussi : « Noces de mai, noces mortelles ». Il était temps pour William et Kate !

L’Église a fait de ce mois un mois consacré à la Vierge Marie.

Mai, c’est le Floréal du calendrier républicain. Les Romains célébraient en fin avril et au début mai, la fête de Flore. C’est l’origine de nos « Floralies » et de nos « fêtes des jardins » comme celles organisées un peu partout en cette période. En mai 1323 le roi Charles le Bel confirma la fondation de la célèbre « Académie des Jeux Floraux » à Toulouse. Plus près de nous, sept amis provençaux dont Frédéric Mistral, le 21 mai 1854, jour de la sainte Estelle, créent le Félibrige source de tant d’autres florilèges !

A l’origine de notre fête actuelle du premier mai, fête du travail, il y a la spectaculaire grève de Chicago, en 1886, pour revendiquer une journée de travail de 8 heures. En 1889, pendant les célébrations du centenaire de la Révolution Française, les organisations ouvrières décidèrent d’organiser chaque année, à date fixe, une grande manifestation pour revendiquer cette journée de travail de 8 heures. Dès 1890, les manifestants du 1er mai avaient pris l’habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle rouge. Celui-ci symbolise la division de la journée en trois parties égales : travail, sommeil, loisirs. Quelques années plus tard le triangle fut remplacé par la fleur d’églantine, puis en 1907, par le muguet, symbole du printemps en Île de France, avec un nœud de ruban rouge. Si l’origine d’offrir du muguet remonte à 1561 et à Charles IX, le fait d’accompagner le petit bouquet de muguet d’une fleur rouge ou d’un nœud rouge, rappelle ce triangle si lourd de symbolisme. En proposant des bouquets de muguets diversifiés et accompagnés de fleurs de couleur sur un simple argument commercial comme les journaux télévisés l’ont présenté en cette fin avril, les fleuristes, sans le savoir, redonnent vie à cette vielle histoire en mettant dans leur bouquet un touche de rouge. La chanson : « Il est revenu le temps du muguet » est associée à ce jour, semble-t-il depuis 1936 et le Front Populaire.

C’est du mois de mai qu’on tire l’expression « planter le mai ». Quand il y avait des élections municipales et que les élus l’étaient pour la première fois, ses colistiers venaient planter un arbre en son honneur. C’était souvent l’occasion d’un bon repas ou du moins de boire ensemble un bon verre. L’arbre était généralement un sapin ébranché auquel on ne conservait que la cime. Il était décoré d’un drapeau tricolore, parfois d’une pancarte sur laquelle était écrit : « Honneur à notre élu » C’est une tradition qui se perpétue encore.

Il est curieux de faire le rapprochement entre quantité d’évènements qui ont eu lieu en mai, ou qui vont avoir lieu pour nous encore cette année, - agitation pré-électorale oblige !- avec la très vieille coutume qui, sous les Carolingiens, voulait que ce soit le mois où se tenaient les assemblées politiques. Auparavant chez les Francs, les guerriers se réunissaient autour de leur chef, dans un lieu qu’on appelait « le Champ de Mars ». Si le discours des chefs plaisait, les guerriers applaudissaient en frappant leurs boucliers de leurs framées. Sinon ils étouffaient sa voix par des murmures. Les framées ont été remplacées par les pupitres de nos élus dans les assemblées et par leurs vociférations dont nous sommes témoins devant le petit écran aux séances publiques retransmises en direct. Tous les moyens semblent bons pour attirer l’attention des futurs électeurs. Par contre chez les Francs il n’était pas question d’absentéïsme !

Sous Charlemagne, la date de l’assemblée fut reculée jusqu’en mai : les évêques, qui sous Clovis avaient été admis à ces assemblées, prirent bientôt un rôle prépondérant, rejoignant le pouvoir des comtes et seigneurs. Le rôle des guerriers s’effaça peu à peu. Ces assemblées disparurent à la fin de l’empire carolingien ; les champs de mai furent remplacés par les Etats Généraux. On se souviendra des États Généraux en mai 1302 sous Philippe le Bel, et de ceux de mai 1789 à la veille de la Révolution. Ce sont les ancêtres de nos référendums !

La Fête des mères qui est le 29 mai cette année, s’inscrit dans toute une série de célébrations qui de tout temps, rendaient hommage aux mères et aux femmes. Matralia dans l’antiquité ; Fête de la natalité sous Napoléon ; Fête des Enfants en 1897, puis Journée des Mères en 1918 et Journée nationale des Mères en 1941, pour enfin devenir la fête des Mères instituée par décret du Président Vincent Auriol le 24 mai 1950, et fixée définitivement au dernier dimanche du mois de mai.

Mai peut être un généreux semeur de bourgeons, porteur des promesses d’un bel été ou grand pourrisseur d’espérances. « Chaleur de mai, verdit la haie » ou « Chaud mai, tout vient bien à souhait ». Les avis restent partagés et les dictons du mois, contradictoires, sont bien à l’image de ces jours imprévisibles : « Dieu nous garde de la poussière de mai et de la fange d’août » dit-on en Corrèze. Et en Beauce : « Du mois de mai la chaleur fait de tout l’an la valeur. Mais s’il est pluvieux, c’est le laboureur qui est heureux ».

« Au mois de mai faudrait qu’il ne plût jamais » disent les uns, et ils ajoutent « Mai clair et venteux fait l’an plantureux » ou encore « Avril pluvieux, Mai venteux, ne font pas l’an disetteux ». Enfin doit-il pleuvoir ? « La rosée de mai fait tout beau ou tout laid » et les paysans redoutent la sécheresse de ce mois « En mai la boue, épis en août » ou « De mai chaude et douce pluie, fait belle et riche épi ». « Petite pluie de mai rend tout le monde gai » et même l’orage sera le bienvenu « Quand il tonne en mai, les vaches ont du lait » Pourtant « Pluie de mai grandit l’herbette mais c’est signe de disette ».

Avec ce bouquet de dictons, dans lequel chacun pourra y retrouver son compte, une dernière recommandation, après les appels à la prudence d’avril, en Mai « faï ce que ti plaï » « fait ce qu’il te plait » !

Adissias !
Jean Mignot le 30 avril 2011

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