La suite d'Histoires du Nord ...

vendredi 1 juillet 2011

de juin 2011 (avec un peu de retard)

Voilà un mois de juin qui commence bien mal ! Pourtant il n’y a rien d’étonnant à ce mauvais temps ambiant. Je l’ai souvent rappelé dans ces chroniques. Tout d’abord c’est la nouvelle lune et c’est chaque fois une période de perturbations. Depuis le début de cette année cela s’est avéré chaque mois. Qui plus est il y a aujourd’hui une éclipse de soleil, certes pas visible en France, mais les jours d’éclipse sont toujours des jours où le temps est perturbé ?



De plus ce n’est pas nouveau qu’il fasse mauvais temps en ce début de mois au point que cette période a été baptisée « mousson d’Europe ». C’est la période marquée par des dépressions atmosphériques qui correspond au tournoi de Roland Garrros. La météo des jours qui viennent n’est d’ailleurs pas très bonne.



De fait les Romains ne s’étaient pas trompés, eux qui ont dédié ce mois à la déesse Junon dont la mythologie nous conte les fameux caprices à l’image du temps qu’il fait. C’est bien ce qu’on peut donc prévoir pour ce mois de juin : des changements de temps assez subits, des caprices et des orages ! C’est sa caractéristique principale depuis des siècles. Et comme il y aura une autre éclipse le 15 juin au moment de la pleine lune, on peut prévoir que les quinze premiers jours du mois ne seront pas très beaux. Probablement avec une forte activité orageuse du 15 au 18 environ. Sans compter la saint Médard le 8 !



« Belle lune nouvelle, dans trois jours cruelle » ; ou encore « Lune nouvelle au beau, le quatre à l’eau » ; ou « Quand la lune arrive belle, au bout de trois jours elle se fêle » et tant d’autres du même type. Ce sont les orages prévus pour la fin de la semaine à partir de vendredi. Mais on peut trouver d’autres proverbes qui vont nous démontrer le contraire : « Quand la lune se fait méchante, la prochaine sera charmante » et plus précisément encore : « Quand la lune se lève dans un bain, deux jours après beau temps certain », ce que confirme à un jour près le dicton suivant : « Quand la lune prend dans l’eau, le troisième jour il fait beau ». Ça se passe d’explications. S’il pleut pour la nouvelle lune, cela dure jusqu’au premier quartier, comme le dit ce vieux dicton du Bourbonnais « Si la pluie tombe lors de la nouvelle lune, les averses persisteront jusqu’au nouveau quartier. »



Il est donc recommandé de s’adapter au climat de sa région voire même de son jardin. Le calendrier lunaire doit s’interpréter différemment selon que l’on habite au nord ou au sud, en bord de mer ou à la montagne. S’il pleut le jour où le calendrier conseille de faire son semis de gazon, il est préférable d’attendre la prochaine lunaison pour retrouver les mêmes conditions optimales mais cette fois avec un temps plus clément. Il y a aussi la qualité du terrain, la fertilité du sol, la sécheresse et aussi la qualité des graines.



Même si l’on dégage quelques généralités, les régions ne sont en effet pas toujours d’accord sur les travaux à faire selon les phases de la lune. D’autant plus que ces premiers jours de juin sont en lune descendante. Dans le Morvan on dit : « Ne sème rien au décous, pour sûr tu y perdrais ton coup » alors qu’en Touraine on affirme : « Sème ta graine au décours, elle germera toujours ».



Tous les changements de temps, toutes les perturbations, se produisent de façon presque certaine, aux moments du lunistice, c'est-à-dire quand la courbe passe du descendant au montant, ou quand cette courbe coupe l’orbite de la terre. Or cette année le nœud lunaire est le 15, en même temps que la pleine lune et que l’éclipse déjà citée, et nous passerons alors en lune montante. Nous aurons un temps des orages à coup sûr puis un temps meilleur après, c'est-à-dire que Saint Barnabé viendra remettre de l’ordre dans le mauvais temps qui va justifier cette année encore la saint Médard.



Ce saint du calendrier qui nous vaut une série de dictons des plus populaires était autrefois fêté le 20 juin au moment du solstice, en des jours où la lumière solaire est la plus vivifiante et où les troubles atmosphériques se traduisent par des orages et de la pluie. Avec la réforme du calendrier « grégorien » saint Médard, je l’ai déjà expliqué, a gagné douze places et se retrouve le 8. On créa alors des dictons autour de Saint Barnabé pour retomber sur une référence plus proche de la météorologie ambiante. C’est maintenant Sylvère ( le 20 juin ) ou Alice (le 21 juin) qu’il faudrait observer.



Je relèverai encore que ce changement attendu et que je prévois, correspond au passage du mois républicain de Prairial à Messidor, le mois des moissons et des récoltes qui se prolongera jusqu’à la canicule de Juillet de Thermidor.



Le mauvais temps de début juin n’a pas failli à sa renommée en 1692 au siège de Namur et aussi à Waterloo… ! Le 18 juin 1815 un violent orage avait transformé le terrain en bourbier. "L’horizon, qui était gris, ne permettait pas à l’œil nu de voir distinctement ", écrira le mameluk Ali. L'épaisse couverture nuageuse avance la tombée de la nuit. Le général Drouot, le sage de la Grande Armée, aide de camp de l'Empereur, raconte ainsi l'arrivée : "Il faisait un temps affreux. Tout le monde était persuadé que l'ennemi prenait position pour donner à ses convois et à ses parcs le temps de traverser la forêt de Soignes, et que lui-même exécuterait le même mouvement à la pointe du jour." Tous les historiens parlent de ce mauvais temps. La pluie n'avait pas cessé. Les hommes étaient trempés, affamés, exténués, et n’avaient pas eu le temps de trouver du bois, et donc pas de feux pour se sécher, ni de quoi se mettre à l'abri de la pluie. Ils dormaient à même le sol, dans la boue, ou dans les moissons trempées. Pour se préparer à livrer la bataille la plus importante de leur carrière, les conditions étaient loin d'être idéales. Bien qu'on soit au mois de juin, il soufflait un vent d'est glacé. ! Décidément Napoléon n’a pas eu de chance avec le temps. Pas plus en Russie qu’à Waterloo !



Le Général Bugeaud, l’Homme à la Casquette, moins glorieux, pensait que l’importance de la lune était telle qu’elle pouvait avoir une influence dans le déroulement des combats. Il croyait fermement à la lune annonciatrice du temps.



Tout dépendait du 6ème jour de la lune, s’il était ou non identique au 5e. La prévision était très importante pour pouvoir donner l’assaut. « Quinze ans d’observation m’ont appris que la lune se comporte comme le quatrième jour, dix fois sur douze ; comme le cinquième jour, onze fois sur douze, si le temps ne change pas au sixième. Il peut bien y avoir quelques changements mais cela ne dure pas. » écrivait-il.



Au registre de l’histoire nous nous rappellerons encore que c’est au mois de juin 79 avant JC que mourut l’empereur Vespasien. Successeur de Néron qui avait vidé les caisses de l’état il fut un grand réformateur. Après avoir rétabli d’anciens impôts abolis, il en créa d’autres, dont notamment un droit pécuniaire à l’occasion de certains besoins naturels. On dit qu’il répliqua à son fils choqué par cette décision, la phrase célèbre : « l’argent n’a pas d’odeur ». Sa vie simple, dépourvue de luxe est tout à son honneur ; de même que la grandeur des derniers instants de son existence, lorsque, épuisé par la maladie, il eut le courage de se lever et de s'habiller avant de s'effondrer en criant : « Il faut qu'un empereur meure debout ! ». Néron était lui-même mort en ce mois de Juin, mais de façon bien moins glorieuse !



Mahomet lui, est mort le 8 juin 632, le 13 du mois de Rabi I alors qu’avec le décalage du calendrier lunaire ce mois de juin 2011 est pour les Musulmans le mois de Radjah ou Rajad. !



Je rappellerai encore que ce mois est marqué par le baccalauréat. Cette institution de 1808, devenue une véritable institution, avait été divisée en deux parties en 1874, puis supprimée en 1923 par la « Chambre Bleue ». Jadis condition d’accès à un certain rang social, elle était réservée à une élite dont les filles étaient presque exclues. Le « bachot » avec la gratuité de l’enseignement et la démocratisation des lycées a vu ses effectifs passer de 4000 en 1850 à plus de 400000 actuellement. Objet de convoitises et d’appréhensions, cet examen a la vie dure. Ernest Lavisse tonnait contre un diplôme « qui encourage les mauvaises dispositions de notre caractère national » et des chroniqueurs de la même époque regrettaient « l’excès de travail imposé par le baccalauréat à de malheureux élèves qui ne peuvent ainsi goûter aux plaisirs de leur âge ». Aujourd’hui, Le baccalauréat, qui vient troubler la sérénité de nombreuses familles à l’approche des beaux jours, représente tout ( ou presque !) quand on ne l’a pas encore passé et plus grand-chose quand on l’a enfin en poche ! Autre temps autres mœurs !



Avec le solstice d’été le 21, nous retrouverons la fête de la musique. Je rappelle que le solstice, avant la réforme de notre calendrier « grégorien » était le 24 juin. C’est donc dans ces festivités qui avaient lieu pour la fête de Saint Jean Baptiste qu’il faut trouver la véritable origine de la fête de la musique, avec la notation de Guy d’Arezzo du nom de cette ville proche de Sienne dont j’ai rappelé le rôle dans les précédentes chroniques. En recherchant à la fois un système de notation musicale et un système de codification des intervalles musicaux, partant des « tétracordes » des Grecs, ( lyre à quatre cordes, instrument du dieu Mercure) qui s’en servaient pour diviser l’octave en deux parties ( par exemple, dans le mode dorien : mi, ré, fa, ut,si / la, sol, fa, mi ) et constatant que, dans certains modes, les tétracordes se chevauchaient ( par exemple, dans le mode hypophrygien ou ionien : sol, fa, mi, ré / ré, do, si, la ), il ajouta une note supplémentaire, plus basse que la dernière, et qu’il désigna par la lettre grecque « gamma », d’où vient le mot : « gamme ». Alors que les notes étaient choisies dans les premières lettres de l’alphabet, c’est lui qui inventa le procédé mnémotechnique par lequel on nomme les notes de la gamme dans les pays latins, à partir des syllabes initiales de chaque vers de l’hymne des Vêpres de la fête de saint Jean Baptiste.



Cette belle fête de la saint Jean d’été se situe au moment où le soleil brille le plus longtemps. Elle a remplacé les fêtes païennes du solstice d’été et les feux de joie que l’on allumait un peu partout dans les campagnes. Le solstice autant que la fête de saint Jean font référence à la lumière. Saint Jean est celui qui précède La Lumière. La tradition des feux de la saint Jean, au soir du 23 juin s’est perpétuée à travers les siècles. A Paris, le Roi de France lui-même allumait le feu de la saint Jean.



Les feux sont réputés protecteurs des récoltes et la fumée censée purifier les danseurs et le bétail. Les futurs ménages se déclarent ce soir-là ; on enjambe volontiers les feux, car on les dit fécondants. Les cendres et tisons sont supposés garantir de la foudre ou de l'incendie et soigner les maladies des yeux. C'est lors du solstice d'été que les produits de la terre, les plantes par exemple, contiennent le plus d'énergie solaire. Aussi, c'est en cette période que se cueillent les plantes qui combattent le feu, c'est-à-dire les brûlures. Ce sont les fameuses « herbes de la saint Jean » dont on retrouvera l’énumération dans ma chronique de 2010.



Les premiers colons français partis sur les rives du Saint Laurent, continuèrent la coutume des feux et vers 1638 la saint Jean devint la fête de la Nouvelle France. Aujourd’hui, le 24 juin est la fête nationale du Québec.



Dans nos campagnes françaises, la coutume des feux s’est maintenue un peu partout, ou est redevenue une véritable institution comme dans le Roussillon, où le feu parti du superbe Canigou descend de villages en villages jusque dans les plaines. Même à Paris au pied de la Butte ! Seuls la sécheresse et les risques d’incendie viennent perturber ces vieilles coutumes.



C’est pourtant si beau de renouer avec les vieilles traditions. Nous sommes de ceux-là :






« Sian d’aquéli qu’on vèi encaro dansa ras di fio de Sant Jan



Quouro fouguejon li voulam sus li meissoun que Diéu aparo…



E sian peréu li « béu cousin » que pèr Vendèmio e – que que vire ! –



Mesclon ia joio di sourrire a la culido di rasin ! »



écrivait Louis Abric, majoral du félibrige, de l’école de Lunel, ce qui veut dire : ( traduction libre…) nous sommes de ceux que l’on voit encore danser près du feu de la saint Jean, quand sifflent les faucilles sur les moissons que Dieu nous prépare, et nous sommes aussi peut-être le « beau cousin » qui pour la vendange, quoi qu’il arrive, vient apporter et mélanger sa joie et son sourire à la cueillette du raisin.



A Diou sias !



Jean Mignot

4 commentaires:

  1. histoiresdunord25 juillet 2011 à 19:20

    merci, cher ami, mais comme vous pouvez le constater de mois en mois, je ne suis pas l'auteur de ces lignes magistrales

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  2. leconteurbrulemaison6 juillet 2011 à 08:30

    Oui, mais,tout l'art consiste parfois à savoir OU trouver les bonnes choses et les bonnes informations...

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  3. Ah !

    J'ai découvert ce blog il y a quelques temps et j'y reviens régulièrement chercher une petite dose de culture.

    J'étais inquiet de ne plus y voir de mouvement depuis la fin du mois de mai. Me voici rassuré :)

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