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vendredi 22 juillet 2011

Dunkerque 40 : Les inondations et les organisations défensives

(in Général J. Armengaud - Le Drame de Dunkerque (mai-juin 1940), éditions PLON, Paris 1948,

" L'un des éléments essentiels de la défense repose sur le réseau d'inondations.

Dans le domaine, le Commandement a eu la prévision heureuse. Une étude très complète avait été faite par le Génie de la 1ere Région, avec la conscience minutieuse qui caractérise cette arme, sous la direction du colonel Cousin.

Le plan de mobilisation avait réservé la possibilité de mettre en oeuvre les inondations en mobilisant sur place à cet effet M. Macarez, ingénieur des ponts et chaussées du port de Dunkerque.

Le projet du colonel Cousin prévoyait l'inondation des zones basses dans la région des Moëres, dans la région de la Colme (au nord du canal à l'est de Bergues, au sud du canal à l'ouest de cette ville) et dans la région de l'Aa. A signaler que la mise en eau de la riche dépression des Grandes Moëres était évitée; une nappe périphérique était tendue dans l'intervalle séparant la digue de ceinture (Ringsloot) du canal des Chats entre Uxem et Ghyvelde.

Pour épargner à la terrre des Flandres la désastreuse imprégnation marine, l'inondation devait être réalisée par fermeture des écluses à marée descendante afin de provoquer l'accumulation progressive de l'eau douce amenée par l'Aa et quelques ruisseaux. Un délai de six semaines était nécessaire. Dès l'automne de 1939, il apparut à l'Amiral Nord que ce délai était trop long et qu'il convenait de préparer le recours éventuel à l'eau de mer. De plus, il fut décidé que l'inondation serait étendue aux Grandes Moëres. Telles furent les bases sur lesquelles, pendant l'hiver de 1939-1940, furent conduits les travaux préparatoires dirigés par l'ingénieur Macarez disposant de son personnel et de la main-d'oeuvre fournie par le Groupement de défense du littoral Nord (général Tancé) devenu en janvier la 68e D.I. (général Beaufrère). Six prises d'eau aménagées le long du Ringsloot rendirent possible l'inondation des Grandes Moëres. les derniers préparatifs ont été faits après le 10 mai, pendant que commençaient les opérations défensives.

En raison des répercussions que pouvait avoir une aussi grave mesure sur le déroulement des opérations terrestres, la mise en oeuvre des inondations devait être ordonnée par le généralissime (ou par le général commandant le G.A.1 qui avait reçu la délégation nécessaire).

Le 20 mai au matin (Note; message de l'amiral commandant en chef à l'amiral Nord, 20 mai 6 h 50), l'ordre parvient à l'amiral Nord, par l'intermédiaire de l'amiral commandant en chef les Forces maritimes. L'ingénieur Macarez reçoit des instructions dans l'après-midi. Il y a une extrême urgence et il faut immédiatement provoquer l'invasion de l'eau de mer.

L'inondation marine du secteur de l'Aa ne seera pas effectuée, la manoeuvre des portes de marrée ne pouvant se faire sous le feu de l'ennemi qui atteint le cours inférieur du fleuve le 23 mai (Colme et Moëres), le mécanisme préparé se déclenche et fonctionne, en gros, suivant les prévisions. Avec l'aide initiale d'hommes de la 272e Demi-brigade, le personnel des Ponts et Chaussées réalise progressivement cette vaste et délicate opération, ouvrant et fermant les vannes dans les chenaux d'accès de manière à entretenir un courant suffisant sans le laisser devenir dangereux, tout en ne disposant comme moyens de liaison que de bicyclettes. La manoeuvre des portes de l'ouvrage Tixier, qui à l'extrêmité du canal exutoire commande l'accès du flot marin est dirigée par le jeune ingénieur auxiliaire Decodt, qui assure sous les plus violents bombardements un service difficile mais d'importance capitale.

L'eau de mer peut être envoyée immédiatement dans le secteur des deux Moëres, où il n'y a pas de bateaux à évacuer. Elle emprunte le canal exutoire, le siphon des Moëres (sous le canal de Furnes), les canaux des Moëres et de Coudekerque.

Le 22 mai, l'eau de mer peut être admise également dans le secteur du canal de la Colme, après évacuation des bateaux et mise en place des bâtardeaux.

dès le 23 mai, après la cinquième marée, l'eau apparaît en nappes entre Bergues et Ghyvelde. Dans cette région, la cote maximum est atteinte le 25 mai. Le 26 mai, on manoeuvre les vannes de prise d'eau du Ringsloot commandant l'inondation des Grandes Moëres, dont la cuvette se remplit les jours suivants.

Dans le secteur de la Haute Colme, au sud-ouest de Bergues, la cote maximum est atteinte le 28 mai.

Il est certes regrettable que les immersions de terrains prévues dans la vallée de l'Aa n'aient pu être réalisées. Dans la journée critique du 24 mai, il eût été plus facile à nos éléments avancés de résister au premier chic des unités blindées et motorisées ennemies.

En revanche, le résultat escompté est obtenu dans les autres secteurs. Au sud du canal de la haute-Colme dans la zone inondée, recouverte de quelques dizaines de centimètres d'eau, s'étend parallélement au canal, enfonçant vers le sud des pointes dans les amorces de thalwegs. Plus à l'est, on trouve d'abord, entre Bergues, Coudekerque et Notre-Dame des Neiges (sud de Téteghem), une lagune circulaire où la profondeur varie de 20 à 50 centimètres. Au-delà de Notre-Dame des Neiges, qui marque un seuil, s'étend sur 8 kilomètres jusqu'à Ghyvelde une vaste plaine liquide, difficilement franchissable hors des chaussées. La profondeur de l'eau atteint 50 à 60 centimètres en dehors des Grandes et des Petites Moëres, qui, revenues à l'état lacustre, ont vu leurs riches cultures noyées sous 1 m. 50 d'eau salée.

Dès la journée du 27 mai, les inondations de la haute-Colme ont joué leur rôle, créant entre le secteur de l'Aa et le secteur de Watten une aone détrempée qu'ont évitée les attaques allemandes et qui a permis aux débris du 3/137 de retarder l'heure de leur capture. Devant la position de résistance de la tête de pont, l'invasion marine rend difficilement praticable une partie importante de terrain, obligeant l'ennemi, de Château-Afgand à Ghyvelde, à porter son effort sur les rares seuils non inondés (Grand Millebrugghe, Bergues, Notre-Dame des Neiges) et sur les routes, qui, construites en chaussée, dominent tous les miroirs d'eau.


A côté des inondations, la fortification vient apporter à la défense une aide non négligeable. Ne rappelons que pour mémoire les ouvrages de fortification permanente (batteries et forts) armés par la Marine (...). De construction généralement ancienne, situés à courte distance de Dunkerque, ce sont de simples nids de batteries et de matériels de D.C.A. pouvant servir de P.C. et d'abris.

Sur la ligne de feu où va se jouer le sort de l'opération engagée, la vieille forteresse déclassée de bergues montrera que, devant les moyens de combat modernes, les épaisses murailles et les larges fossés ne sont pas dépourvus de valeur. A l'extrême gauche de la tête de pont, sur les 3 kilomètres qui s'étendent entre Ghyvelde et la mer, la position de résistance sera installée dans la "position frontière", réalisée sous la forme semi-permanente pendant les premiers mois de la guerre. "

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