La suite d'Histoires du Nord ...

jeudi 28 juillet 2011

Francesco Balducci Pegolotti: Foires flamandes et commerce brugeois (première moitié du XIVe siècle)

Auteur du plus célébre des "manuels de marchands", composé entre 1310 et 1340, le Florentin Pégolotti a été facteur de la compagnie des Bardi et a occupé à Anvers de 1315 à 1317 son premier poste à l'étranger. Le passage consacré à la Flandre est, comme pour les autres régions, l'occasion d'accumuler toutes sortes de renseignements utiles aux marchand, commerciaux stricto sensu mais aussi monétaires et météorologiques ...


source : Francesco Bladucci Pegelotti - La pratica della mercature - ed Allan Evans, Cambridge (Mass.), 1936


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LA FLANDRE : c'est à savoir Bruges, Gand, Ypres, Lille et Douai mais nous parlerons surtout de Bruges, parce que c'est la terre où réside le plus grand nombre de marchands qui font marchandises et change en Flandre. Les poids et mesures de Bruges, Gand, Lille, Ypres et Douai sont identiques, sauf pour les mesures du blé, qui varient de l'une à l'autre, mais tous les autres poids et mesures sont identiques d'un lieu à l'autre; et il y a petites variations dans la mesure des draps, mais de peu et petite variation.

Il y a en Flandre plusieurs foires que l'on détaillera ci-après et en ordre, c'est à savoir:

La foire d'Ypres commence le premier jour du carême, et le deuxième lundi de carême, on met la draperie le matin jusqu'au mercredi suivant, tard le soir, où l'on crie le haro et on n'explose plus de draperie; et du jour du haro au 15e jour suivant c'est le terme du paiement de ladite foire.

La foire de Bruges comme le 8e jour après pâques; et le 14e jour après le début, au matin, on commence à exposer la draperie; il y a trois jours d'exposition, et après les trois jours d'exposition, tard le soir, on crie le haro et on n'expose plus de draperie ; et il y a ensuite un terme de 15 jours jusqu'au paiement de ladite foire.

La foire de Tourhout commence le 29 juin, et le 10 juillet au matin, on commence à exposer la draperie, le 12 juillet au soir, on crie le haro et on n'explose plus de draperie et le 27 juillet, c'est le terme du paiement de ladite foire.

La foire de Lille commence le jour de la Notre-dame de mi-août; et le 26 août au matin on commence à exposer la draperie; le 28 août, tard au soir, on crie le haro et on n'expose plus de draperie et le 12 septembre suivant c'est le terme du paiement de ladite foire.

La foire de Messines en Flandre commence le jour de la saint-Remi, soir le 1er octobre, et le 12 octobre au matin on commence à exposer la draperie; le 14 octobre, tard le soir, on crie le haro et on n'expose plus de draperie et le 29 octobre, c'est le terme du paiement de ladite foire.

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Bruges de Flandre. A Bruges, il n'y a qu'un poids, la livre et l'once; la livre vaut 14 onces et 400 livres font une charge de Bruges.
La laine se vend à Bruges au sac, un sac entier fait 60 clous et chaque clou fait 6 livres; on compte 60 clous pour 28 pierres de bruges, elle se vend à tant de marcs le sac; le marc vaut 13 sous 4 deniers d'esterlins et 3 esterlins valent un gros tournois d'argent.

Le marc d'argent, au poids de Bruges et de toute la Flandre, fait 6 onces au poids de Bruges, 21 marcs au poids d'argent font à Bruges 16 marcs au poids d'or. Le marc d'or de Bruges et de toute la Flandre fait 8 onces au poids d'or et c'est le même poids que le marc de Paris.

Le poivre noir, le gingembre, toutes les épices, grosses et légères, du Levant, la soie, le coton, en laine et filé, se vendent à la livre, au prix de tant d'esterlins et 3 esterlins valent un gros tournois d'argent.

Les amandes se vendent à Bruges à la charge, c'est-à-dire les amandes émondées, et la charge fait 400 livres de Bruges; et elles se vendent à tant de la monnaie telle que 3 livres de ladite monnaie valent 1 livre d'esterlins et 3 esterlins un gros tournois.

La cire en pain se vend à Bruges au poids, et un poids fait 180 livres de Bruges et se vend au prix de tant de marcs d'argent au poids, à 31 sous 4 deniers parisis le marc, et 21 deniers parisis valent un gros tournois d'argent.

L'huile, le vin, le miel, se vendent à Bruges au tinel [note : le tinel est une mesure de capacité utilisée pour les liquides] , au prix de tant de réaux d'or le tinel, à 2 sous de gros tournois le réal; et chaque tinel fait 360 lots de bruges et de toute la Flandre?

Le vair se vend à Bruges au millier de nombre, à raison de 1.000 [pièces] au millier, au prix de tant de réaux d'or le millier, le réal d'or vaut 2 gros tournois d'argent, ce qui vaut pour toutes les marchandises.

Les peaux d'agneau pour faire les "prene" [note : terme non identifié] et les fourrures de surcot, de toutes sortes et d'où qu'elles viennent, se vendent à Bruges à la centaine de nombre, à raison de 102 [pièces] à la centaine, au prix de tant de sous d'esterlins la centaine, et 3 esterlins font un gros tournois d'argent.

Le kermès de teinture se vend à Bruges à la centaine de livres, au prix de tant de réaux d'or la centaine. La guède se vend à Bruges à la queue, et la queue fait 650 livres de Bruges. L'alun se vend à la charge, qui fait 400 livres de Bruges, au prix de tant de sous de gros tournois la charge. Le brésil [note : bois rouge qui sert essentiellement à la teinture, couleur rouge ] se vend à la centaine, au prix de tant de réaux d'or la centaine. L'étain se vend au poids de Bruges qui fait 180 livres de Bruges. Le fromage se vend au poids de 180 livres de Bruges. Le cuivre, la garance s'y vendent à la centaine, à 100 livres la centaine. Le cumin et le riz se vendent à la charge, au prix de tant de sous d'esterlins la charge. Le fer s'y vend à la centaine de livres, au prix de tant de gros tournois la centaine. Le gras et le suif s'y vendent au poids, à 180 livres le poids, et aux prix de tant de sous d'esterlins le poids. Les figues sèches et les raisins secs s'y vendent au panier, comme ils arrivent d'Espagne, au prix de tant de sous d'esterlins le panier. Le savon s'y vend à la centaine de livres, au prix de tant de gros la centaine. Les draps qui sont importés en Flandre [se vendent] au marc; le marc [de poids] fait 4 "fortoni" et le "fortone" 4 lots, et le lot 7 esterlins [de poids] et demi. Les blés, l'orge et toutes autres sortes de grains se vendent à Bruges à une mesure qu'on appelle le "hoet" et au prix de tant de sous d'une monnaie qu'on appelle "monnaie de paiement", 3 sous de cette monnaie valent 1 gros sous tournois d'argent, et ladite monnaie sert à acheter à Bruges la viande et toutes autres victuailles qu'on doit acheter au détail. Une petite monnaie noire a aussi cours à Bruges et dans toute la Flandre, qu'on appelle "mitte", 3 deniers de "mitte" valent 5 deniers parisis faibles. [...]

A Bruges, il y a deux très grandes maisons , en manière de très grand palais [note : immeubles de l'italien "palazzi"] , lesquelles s'appellent "halles". Dans une halle, on ne vend que des draps de laine entiers et elle n'ouvre que trois jours de la semaine, le mercredi , le vendredi et le samedi. Dans l'autre halle, on vend aussi des draps de laine entiers et à la coupe et de toutes façons qu'on voudrait les avoir, et elle est ouverte toute la semaine [...].

Le port de mer de Bruges est à l'Ecluse, ville du littoral où toute la marchandise se charge et se décharge dans les nefs, cogues, galées et autres navires; laquelle ville de l'Ecluse est distante de Bruges de trois lieues de Flandre, soit de 9 à 10 milles. Entre la ville de l'ecluse et la ville de Bruges se trouve une ville appelée Damme, laquelle ville de Damme est sur une petite rivière qui va de Bruges à l'Ecluse, par laquelle petite rivière toute la marchandise va et vient sur de petits navires de Bruges à l'Ecluse et de l'Ecluse à Bruges, et de la ville de Damme à la ville de Bruges, il y a une lieue de Flandre, soit 3 milles.

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