La suite d'Histoires du Nord ...

jeudi 28 juillet 2011

La construction du donjon de bois du château d'Ardres vers 1200

Bien que ce donjon ait été construit à Ardres en Boulonnais, c'est une des rares traces écrites de la construction et de l'agencement d'un donjon à motte qui recouvrirent rapidement le royaume pour donner, plus tard, naissance à nombre de châteaux et autres forteresses. Ce qui prévaut aussi pour histoires du Nord 2, que l'artisan qui en mena la construction pour Arnould d'Ardres était de Bourgbourg, ville on ne peut plus flamande.


in Lamberti Ardensis historia Comitul Ghisnensium, éd. J. Heller, dans MGH scriptores t XXIV, 1879, chap. 127, traductions prédéntes J. Quicherat, V. Mortier, P. Deschamps


** ** **


"Comment Arnould fit une grande et belle maison dans le castrum d'Ardres : en voici la description.

Ensuite, la paix étant faite et ratifiée entre Manassès, Comte de Guines, et Arnoul, seigneur d'Ardres, celui-ci fit faire sur la motte d'Ardres, grâce à l'admirable travail des charpentiers, une maison de bois qui surpassait toutes celles construites en ce même matériau dans la Flandre d'alors.

Ce fut un artisan de Bourbourg, un charpentier du nom de Lodewic, presque l'égal de Dédale par son habileté professionnelle, qui la fabriqua et la charpenta.

Il la dessina et la fit presque comme l'inextricable labyrinthe, resserre après resserre, chambre après chambre, logis après logis, continuant par les celliers puis par les magasins à provisions ou greniers, édifiant la chapelle à l'endroit le plus approprié, en haut dans la partie orientale de la maison.

Il y aménagea trois niveaux, superposant chaque placher à bonne distance l'un de l'autre, comme s'il les suspendait en l'air. le premier niveau était à la surface du sol, là se trouvaient les celliers et les magasins à grains ainsi que de grands coffres, des jarres, des tonneaux et d'autres ustensiles domestiques.

Au second niveau, il y avait l'habitation et la pièce à vivre de la maisonnée. s'y trouvaient les offices, celui des panetiers et celui des échansons, ainsi que la grande chambre où dormait le seigneur et sa femme, et attenant à celle-ci, un cabinet, chambre ou dortoir des servantes et des enfants. Dans la partie la plus reculée de la grande chambre, il y avait une sorte de réduit où, au point du jour, le soir, en cas de maladie, pour faire des aignées ou encore réchauffer les servantes et les enfants sevrés, on avait l'habitude d'allumer le feu.

A ce même étage, la cuisine faisait suite à la maison : elle avait deux niveaux. En bas étaient mis les porcs à l'engraissement, les oies destinées à la table, les chapons et autres volailles tout prêts à être tués et mangés. En haut vivaient les cuisiners et les autres préposés à la cuisine; ils y préparaient les plats les plus délicats destinés aux seigneurs, ainsi que la nourriture quotidienne des familiers et des domestiques.

Au niveau supérieur de la maison, il y avait des chambres ahutes. Dans l'une dormaient les fils du seigneur, quand ils le voulaient, dans une autre ses filles, parce qu'il le fallait ainsi; ailleurs les veilleurs, les serviteurs chargés de la garde de la maison et les gardes prêts à intervenir, toutes les fois qu'ils prenaient leur repos.

Des escaliers et des couloirs menaient d'étage en étage, de la maison à la cuisine, de chambre en chambre et aussi de la maison à la loge, dont le nom venait de logos qui veut dire discours - et c'est à juste titre car les seigneurs avaient coutume de s'y assoir pour d'agréables entretiens - comme de la logeà l'oratoire ou chapelle, comparable par ses sculptures et ses peintures au tabernacle de Salomon."


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire