La suite d'Histoires du Nord ...

samedi 9 juillet 2011

un aperçu de la toponymie de Flandre, selon Gysseling


Partout dans les Pays-Bas historiques une couche de noms archaïques précède dans la toponymie. Ils datent des premiers siècles avant et après J. C. (jusqu'aux 4e-5e siècles). Leur sens est généralement obscur. Généralement à l'origine des noms d'établissements humains de cette période se trouvent des hydronymes, noms aquatiques. Appartiennent à cette strate la plus ancienne, dans l'arrondissement de Dunkerque (1):


Berthen (1215 Bertine).-Borre (1174 cop.+/- 1275 Borre, 1193 Borres) : ce village a été nommé d'après la rivière sur laquelle il se trouve : la Borre, aujourd'hui Borre becque, dont le cours inférieur s'appelle encore aujourd'hui Borre (Bourre).-Merris (+/- 1130 Mernes).-Meteren (1164 Meternes, 1187 Meterna). Nieppe, qui est à l'origine également le nom de la rivière. (875 cop. 961 super fluvio Niopa).- Peene, la rivière qui donne son nom à Noordpeene (1114 Nortpenes) et Zuytpeene. (1067 cop. 1294 Penam, acc.) ; le même mot aussi à Pénin, arr. d'Arras.- Synthe (877 cop. 961 ad Sentinas, 1162 Sintinis). Thiennes (831 cop. +/- 1088 Teones, 1161 Tienes, 1163 Thinen), le même nom que Tienen dans le Brabant ; l'ancienneté du lieu ressort aussi du fait de la voie romaine qui va de Cassel à Thiennes.- Flêtre (1123 Fleternes, 1187 Fleterna) ; le même nom que la Vleterbeek (875 cop. 961 Fleterna) qui arrose Westvleteren.-Watten (831 cop. +/- 1088 Guadanniam, acc., forme romanisée ; 1072 cop. Watanas, 1100 Watenis) : le nom se rattache sans doute au Germanique watan- "eau" (cf 11e siècle watanan, glosse rédigée à Saint-Bertin qui désigne sans doute la Mer du Nord : les eaux) et dans ce cas Watten doit son nom à l'ancien golfe de l'Aa , qui était en effet à son point le plus étroit et pouvait y être franchi ; une voie Romaine allait de Cassel à Watten.


Un de ces noms archaïques, à savoir Peene, appartient encore d'après le p par lequel le mot commence (auquel correspond f en Germanique tandis qu'en Celtique ce p a disparu), à la langue qui a précédé le Germanique dans les Pays-Bas. Du fait que la germanisation de nos régions semble s'être déroulée au 2e siècle avant J. C. ou environ, le nom de la Peene becque est donc quasi certainement aussi ancien.


Holque (1093 cop. 15e Holoca, 1158 cop. 15e rivulum qui vocatur Holoca) et Colme (1172 cop. 15e Columa) sont d'anciens hydronymes.


Le nom aquatique le plus ancien de tous, qui remonte certainement à un lointain passé préhistorique, c'est naturellement l'Yser (867 cop. 961 Isera).


L'occupation Romaine du Nord de la Gaule, du 1er siècle avant J. C. au 4e siècle après J. C. a laissé également de nombreuses traces dans la toponymie.


En Flandre Française, on distingue surtout les noms Latins de fortifications Romaines. Tout d'abord Cassel, sur le mont qui domine toute la région et d'où partent nombre de voies Romaines. Le nom remonte au Latin castellum "fortification" (+/- 170 cop. 13e Kastellon chez Ptomélée, fin 3e siècle a Castello sur une borne miliaire, +/- 365 cop. 13e Castello Menapiorum sur la Carte Peutinger, 840-75 Cassello sur une monnaie, 1110 Cassel). Caestre (1188 Castre) remonte au Lat. castra "camp (fortifié)". Caestre forme un coude dans la voie Romaine Cassel-Strazeele-Estaires. Comme Cassel, il se peut que Caestre soit donc plus ancien que ces voies Romaines. Bailleul (1104 Baliol, 1120 Belle) remonte sans doute lui aussi à l'époque Romaine. Tout comme Denderbelle et Schellebelle en Flandre Orientale et les nombreuses localités Bailleul dans l'aire linguistique Française, ce mot remonte au Lat. baculiolum "palissade". Wylder (1069 cop. +/- 1215 Wilra) est lui aussi Gallo-Romain : Lat. villare "ferme". Une voie Romaine va de Cassel à Wylder.


Hormis les noms véritablement Latins, les noms d'établissements humains en –iacum appartiennent également à l'époque Gallo-Romaine; ceux-ci sont presque toujours dérivés d'un nom latin de personne. Minariacum +/- 300, copies 8e et 10e (dans l'itinerarium Antonini), ancien nom d'Estaires, nous est parvenu de l'époque Romaine elle-même. Un autre exemple, Arneke (1141 cop. 1273 Renteka, 1199 cop.1294 Ernteka), de Rentiacum "appartenant à Rantius" 'un nom Latin de personne).


Le nom de Pradelles (1208 Pradeles) est certes Roman (pratellas, pluriel, diminutif de prata, "pré") mais ne peut remonter à l'époque Romaine, car dans ce cas le t aurait été conservé. L'adoucissement intervocalique de t à d est en effet un phénomène Roman du 6e siècle. Pradelles est donc né d'une colonisation Romane, en d'autres termes immigration de Francophones, quelque part entre le 6e et le 10e siècle. Par la suite cet îlot linguistique Roman a été absorbé par l'environnement Germanique, c'est-à-dire Flamand.


Socx (1206 Schokes) est lui aussi Roman. C'est le même nom que Chocques dans l'Arrondissement de Béthune (1076 Chocas) : choque, forme Picarde du Français souche. Une migration du nom (ce qui suppose un lien filial quelconque de Socx vis-à-vis de Chocques) est ici plus vraisemblable que l'immigration Romane.


Les noms de Cassel, Caestre, Wylder, Arnèke et sans doute Bailleul proviennent directement de l'époque Romaine. Les réalisations techniques des Romains ont cependant encore donné lieu dans une période postérieure à de nouveaux noms indigènes. On peut y voir clairement un lien avec le réseau de voies Romaines qui s'étend sur la Flandre Française comme une gigantesque toile d'araignée, avec l'araignée à Cassel. Le mot steen (pierre) lui aussi, dans des régions aussi pauvres en pierre que la Flandre, renvoie plutôt à des constructions Romaines ou à leurs ruines. Ainsi par exemple les différentes voies Romaines, qui partent de Cassel, portent le nom de Steenstraete (mention la plus ancienne : 1125 cop. 15e via publica que vulgo Stenstrata vocatur, la voie Romaine de Cassel à Watten).


Ainsi rappellent l'époque Romaine : Steenvoorde (1121Stenfort, 1145 Stenvorda), où voorde signifie "lieu guéable dans un cours d'eau, gué". Une voie Romaine partant de Cassel vers l'est franchit ici la Heibecque. On trouve un autre voorde, sur la voie Romaine de Cassel à Wylder, Hardifort (+/- 1158 cop. 1775 Hardingfort) "voorde des gens de Hardo". Steene (1139 Stenes) ; Là aussi une voie Romaine partant de Cassel y arrive. Strazelle (875 cop. 961 Stratsele) : sali, plus tard zeele, signifie "maisonnette, hutte", tandis que strata (aujourd'hui le Néerlandais straat) était autrefois le nom ordinaire pour désigner les voies Romaines (subsistant encore sous la forme Estrée, Strée dans l'aire linguistique Romane, par exemple Estrée-Blanche et Estrée-Cauchy sur la voie Romaine Arras-Thérouanne). Strazeele se trouve sur la voie Romaine Caestre-Estaires.


Estaires (869 cop. +/- 1191 Stagras), pluriel du Germanique staigri-, Néerlandais steger (aujourd'hui steiger) "marche", aussi "embarcadère en bois pour navires". C'est ici qu'une voie Romaine allant de Caestre et passant à Strazeele atteignait la Lys. Steenwerck (1119 Steniewerca, 1183 Stenwerc), de steen-gewerke "construction de pierre". Par contre Stapel (1110 Stapla, 1139 Stapeles), du Germ. Stapula-(Néerlandais stapel) "pieu", par la suite "lieu de stockage", indiquera plutôt une construction de bois et sera donc du haut Moyen-Age.


A l'époque Romaine succède une deuxième vague de germanisation au 5e siècle, qui cette fois est principalement Franque. Caractéristique de cette période d'appropriation des terres, on trouve des noms d'établissement humains en –ingum (datif pluriel), -ingas (nom. acc. plur.), ingja- dérivés de noms de personnes, il s'agit à vrai dire de noms d'habitants. Ce type est ici représenté par Wulderdinghe (1175 Wulverthinga, 1187 Wlverdinga), ce qui signifie "(auprès) des gens de Wulfa-Frith" ; le nom de personne lui-même est composé des éléments wulfa "loup" et frithu- "paix". Très vite après l'appropriation de la terre un nouveau type se développa à partir de celui-ci., à savoir, en -inga-haim, dans lequel inga est un génitif pluriel et haim le mot Germanique ordinaire pour "établissement, implantation". Un certain nombre de toponymes du type précédent auront été entraînés par le courant et seront devenus des noms en –inga-haim. Ledringhem, mentionné extrêmement tôt (723 cop. 961 Leodredingas mansiones) semble se trouver dans cette situation, autrement dit ce qui a du être à l'origine Leodredingas (nom. acc.), Leodredingum (dat.) "(auprès) des gens de Leodred"a évolué en Leodredinga haim "habitation des gens de Leodred". Le nom de personne lui-même est composé de leudi-"peuple" (subsistant dans le Nl. lieden (gens)) et reda-, plus tard rada- "conseil".


Au type –inga-haim correspond –iaca-villa dans l'aire linguistique Romane. Mereghem, en Français Merville (10e Manrivilla, 1076 Menrivilla, 11e Menrengehen) porte un nom dans les deux langues : Germanique Manaharinga haim, Roman Manahariaca villa "l'habitation des gens de Manahari" (mana- "homme" + harja- "armée").


D'autres noms en –inga-haim : Blaringhem (1069 cop. +/- 1215 Blaringehem, 1095 cop. 1775 Bladringehem) "habitation des gens de Bladahari".- Boeseghem (877 cop. 961 Buosingahem, 1163 Bosengem), "habitation des gens de Boso".-Ebblinghem (1139 Ibelingehem) "idem Ibbilo".-Eringhem (857 cop. 961 Ebresingahem, 1113 cop. +/- 1220 Ersingehem) "idem Eburtso" (ebur "sanglier"). –Hondeghem (1152-74 Hundingehem) "idem Hundo" (nom de personne dérivé du nom d'animal hond- chien).- Merckeghem (1085 cop.15e Marchinchehem , 1183 Merchinghem) "idem Marko".-Terdeghem (1038 Tertingehem, 1115 Terdingehem) "idem Terdo".-Teteghem (1075 cop. 1373 Tatingehem, 1119 Tetingehem) "idem Tato". Hormis les patronymes en –inga, haim fut aussi attaché aux adjectifs ou appellatifs. Dans Killem (1121 Chilhem, 1192 Kilhem) et Warhem (1164 Werhem, 1165 Warhem) le sens du premier membre est cependant incertain. Une petite maisonnette, une hutte était désignée à l'époque Mérovingienne comme étant une sali. Sali fut également souvent rattaché aux patronymes en –inga, par ex. Bissezeele (1085 cop. 14e Betsingsela, 1141 cop. id. Bizsingasela) "maisonnette des gens de Badtso".-Bollezeele (1123 Bullinesela, 1224 Bullinsela) "idem Bullo".- Ochtezeele (1183 cop. 14e Ohtinhesela, 1187 Uthtingsela) "idem Ufto".-Oudezeele (1067 cop. 1294 Oudinghesela) "idem Aldo".-Winnezeele (1121 Winningesele) "idem Wini".-Zermezele (1187 Sarmigsela, +/- 1190 cop. +/- 1215 Harmingesele) "idem Harmo". Sali est attaché à un nom de personne au Génitif dans Lederzeele (1123 Ledersela, 1139 Lidersele) "maisonnette de Leudhari" (leudi- "peuple"+harja "armée"). Attachés à un appellatif : Broxeele (1072 cop. 15e Brocselo) : Germ. Broka-, Nl. broek "marais" ; le village se trouve à une courte distance des marais bordant l'Yser. , dont une partie s'appelle encore Paddepoel.-Herzeele (1085 cop. 14e Hersela) : Germ. harja- "armée", donc un séjour pour l'armée, à peu près le même sens que celui d'herberg à l'origine. –Strazeele, déjà mentionné ci-dessus.


Les noms en hofa, datif de hof "ferme" appartiennent à une strate un peu plus récente que les noms en haim et en sali. Sont rattachés aux patronymes en –inga : Bavinchove (1122 cop. 1775 Bavingahova, 1224 Bavinchova) et Volckerinckhove (1213 Folkeringhehove) "ferme des gens" respectivement "de Bavo" et "de Fulkhari". Contrairement à haim et sali, qui tombèrent en désuétude après le 10e siècle, le mot hof continua d'exister dans la langue vivante : aussi des noms tels que Westhove et Zuidhove sont-ils beaucoup plus jeunes que les précédents.Un autre mot ancien pour "maisonnette" : le Germanique bothla-, se dissimule vraisemblablement dans Rexpoede (1123 Rikespold, 1159 Ricspout) "maisonnette de Riki". On désigne généralement par wik un établissement humain annexe, implantation-fille (dépendant d'un établissement plus ancien). Ainsi Craywick (1139 Craierwic) qui signifie "hameau aux corneilles". Burg "fortification" intervient à Bourbourg (988-94, falsum d'avant +/- 1035, Brucburgh). Le premier membre est broek "marais" : Bourbourg se trouve, tout comme Brouckerque, Cappelle-brouck et Saint-Pierre-brouck, dans l'ancien golfe de l'Aa demeuré longtemps humide, bourbeux. Il s'agit de l'une des places fortes qui furent édifiées peu avant 891 le long de la côte, contre les Normands (2).


Les noms en kerque et cappel se rencontrent principalement dans les polders : Flandre Occidentale et Flandre Française confondues : Ce type est donc généralement plus récent que la première occupation, habitation des polders et doit être surtout situé au 11e siècle, bien qu'il y ait des exceptions (Westkerke en Flandre Occidentale est déjà mentionné en 877). Comme premier membre on trouve très souvent le nom du seigneur du village ou d'un autre propriétaire foncier qui a fondé l'église ou la chapelle et en a donc été le premier propriétaire. Dans les polders et le cordon littoral avoisinant se trouvent : Brouckerque (1139 Brockerka) : broek "marais".-Dunkerque (1067 cop. 1294 Dunkerka).-Coudekerque (1139 Coldakerka) "Eglise où il fait froid".-Armbouts-cappel (1067 cop. 1294 capella Erembaldi). En dehors des polders se trouvent : Haverskerque (1139 cop. 1775 Haveskerke, 1186 Havekeskercha) : nom d'animal havik (faucon) ou nom de personne qui en est dérivé.-Houtkerque (1069 cop. +/- 1215 Hothkerche, 1141 cop. 14e Holtkerka) : holt, plus tard hout "bois".-Niepkerque / Nieppe (1084 Nepeglisia, 1216 Nipkerka), qui doit son nom, à la becque la Nieppe.-Oostcappel (1139 Hostcapella).-Wallon-Cappel (1201 Wales capple, 1218 Walonis capella) "chapelle de Walo".-West-Cappel (1123 Arnuldi capella).-Zegers-cappel (1139 Sigeri capella). Spijker (espier) est un mot ancien pour grenier. Ainsi Spycker (1164 Spicra). Schuur (grange) se trouve dans : Buysscheure (1200 Buiscura, 1210 Boiscure) : sans doute nom de personne Boid, diminutif de Boudin, Bald-wini.-Ruischeure / Renescure (1096 cop. 1775 Reinguenescura, 1197 Ringuinscura, 1201 Ruenscure) : nom de personne Hringa-wini.-Caudescure (1187 Coudescura) "grange où il fait froid". On rencontre Kot dans Zuydcoote (1121 cop. 1294 Soutcota) "baraque à sel" ; il y avait donc là un site saunier.


Tous les noms qui précédent étaient de véritables noms d'établissements humains. Beaucoup de noms d'établissement humains sont cependant à l'origine des noms aquatiques, hydronymes ou des noms de terrain : l'implantation était nommée en fonction du cours d'eau au bord duquel elle se trouvait ou selon des caractéristiques du paysage : un bois tout proche ou un marais, une élévation, etc. Becq(ue), aujourd'hui le Néerlandais beek, est, du moins en dehors des polders, le mot ordinaire désignant un cours d'eau naturel. Par ex. : Bambecque (1123 Babenbeca, 1139 Banbeke) "becque de Bavo".-Esquelbecq (962 cop. 1775 Hicclesbeke, fin 12e Ikelesbeka) "Becque de Hikkil" (nom de personne).-Hollebeke, sous Boeseghem (début 13e Holebeche) : hol "se trouvant dans un ravin".-Morbecque (1205 Morbeke) : moer "terrain propre à l'extraction de tourbe".-Steenbecque (1138 Steinbeka, 1170 Stenbeca). Un leed est un (important) cours d'eau creusé. Par ex. Nieuerlet (1127 ad Niwerledam, 1151 Niwerled) "nouveau fossé, nouveau canal". Comme dans l'ouest de la Flandre occidentale dijk a lui aussi le sens de "cours d'eau creusé", par ex. Mardyck (1121 cop. =/- 1220 Mardika, 1193 Mardic); une mare est un cours d'eau naturel, qui à Mardyck par conséquent sera canalisé. Le mot ordinaire pour désigner un"bois" était autrefois hout, plus anciennement encore holt. Par ex. Wormhout (début 9e cop. 10e Worumholt, 11e Wormholt, 1218 Wormhout); Worm signifiait à l'époque aussi serpent, de sorte que Wormhout sera sans doute "bois aux serpents". Eekhout "bois de chênes" à Wallon-Cappel. Un lo était un petit bois sur un terrain sableux plus élevé. Le datif pluriel est Loon (877 cop. 961 Loom); Loon se trouve sur une élévation dans les polders. Laar signifie peut-être "bois marécageux". Par ex. Oxelaere (1122, copies, Osclara, 1208 Oxslare); le premier membre est incertain; Ce laar était sans doute situé au sud du village au bord de la Peene becque. Broek/ Brouc(k,q) était le mot ordinaire pour "marais"; nous l'avons déjà rencontré dans Bourbourg, Broxeele et Brouckerque. De même Hazebrouck (1122 cop. 1775 Hasbruc, 1187, Hasabroc) : lièvre.-Rubrouck (1104 Rubroch), c'est-à-dire ruig- broussaille, marais couvert de broussailles. Une moer était un terrain propre à l'extraction de la tourbe. Par ex. la moer étendue où se trouvent aujourd'hui les Moeres, en France et en Belgique (1175 Moer); par l'extraction de la tourbe un lac s'est créé, qui fut à nouveau asséché au 17e siècle. Veld signifiait au Moyen-Age "terrain inculte, bruyère". Par ex. Ghyvelde (1067 Wimevelt, 1076 Gimevelt, 1218 Givelda); le premier membre est peut-être le Moyen-Néerlandais wime "osier". Ghyvelde se trouve à l'extrémité occidentale d'une vieille bande dunaire au milieu des polders (dune intérieure); à l'extrémité orientale se trouve Adinkerke. Godewaersvelde également (1185 Godeverdsvelda). Un schoot était un coin boisé de terre sableuse s'élevant au-dessus d'un terrain marécageux. Par ex. Hondschoote (1163 Hundescot, 1175 Hundescota); le premier membre est le nom d'animal hond (chien). Un ham était une langue de terre dépassant d'un terrain d'inondation. Ailleurs les hammen sont généralement les méandres des rivières (par ex. la Semois). En Flandre Française on remarque les hammen qui dépassaient dans l'ancien golfe de l'Aa ; Drincham (1111 cop. +/- 1220 Drincham), avec un premier membre peu clair; Millam (1115 cop. +/-1220 Milham), sans doute "ham du milieu"; Pitgam (1115 cop. +/-1220 Tidecham, 1139 Pitecham), de Theudinga ham "langue de terre de Theudo". Booneghem (844-64 cop. 961 Boningaham) "ham des gens de Bono" dépasse dans le marais de Clairmarais. Mais Uxem (981, falsum +/- 1035 Uckesham) "ham de Ukko" intrigue : il nous faudrait une carte du sol. Lynck (1177 cop. 1775 Link, 1178 cop. id. Linke), situé au bout d'une langue de terre qui dépasse des polders, se rattache sans doute au Germanique hlanku- "courbe"; cf Linkebeek, Brabant, situé dans un remarquable méandre de rivière. Dans l'aire linguistique Néerlandaise un berg n'est ordinairement qu'une colline. De même ici : Bergues-Saint-Winoc (1037 cop. 11e Berga, 1103 Bergis, 1112 Bergan, 1122 Bergen); Looberghe (1139 Loberge) : lo "petit bois". Hil aussi signifie "colline", par ex. Hil à Winnezeele (1169 cop. +/- 1275 Hil). Doivent leurs noms à la végétation : Eecke (1066 Hechas, 1187 Eca) : chênes, et Lynde (milieu 12e Lindes) : tilleuls. Cette vue d'ensemble donne sans doute l'impression, à tort cependant, que presque tous les toponymes sont transparents et explicables, à l'exception des noms archaïques. Néanmoins beaucoup de noms médiévaux sont obscurs. Il s'agit avant tout de collecter des formes anciennes fiables, ce qui nécessite encore beaucoup de travail d'archives. L'examen de la nature du terrain est souvent aussi nécessaire pour éclaircir le sens. Par exemple, ce que signifient précisément Bierne, Hoymille ou Crochte est très incertain. De même par ex. Gravelines (1040 cop. 1775 Gravenenga, 1097 cop. id. Graveninga, 1139 Greveninga, Gravelenges). Ma première supposition était une dérivation en –inga du Germanique gravan- "fossé" (comme l'Allemand Graben), donc un ensemble de fossés de drainage. Plus tard VERHULST (3) le lia au Roman grava (Français grève, gravier) "sable, caillou", ensuite aussi "plage de sable, rivage de sable", ce qui fournit une meilleure signification, mais laisse le n inexpliqué. L'examen du sol de tous les lieux avec des noms analogues (il y a par ex. encore Gravelin, 1178 Graveleng, à Illies, arr. de Lille) peut sans doute apporter plus de lumière en la matière.


St.-Amandsberg. M. GYSSELING


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1. Les formes anciennes ont été tirées de mon Dictionnaire Toponymique de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg, du Nord de la France et de l'Allemagne de l'ouest (avant 1226). Brussel (Tongres) 1960. le matériel plus récent en abondance chez Karel De Flou, Dictionnaire de la Toponymie de la Flandre Occidentale…Gand, 1914-38. Etude synthétique : M. GYSSELING et A. VERHULST, nom d'établissements humains et histoire de l'établissement humain dans les Pays-Bas, le Nord de la France et le Nord Ouest de l'Allemagne. Amsterdam, 1969.


2. H. VAN WERVEKE, "Burgus" : fortification ou établissement humain? Bruxelles, 1965, p. 49.


3. A. VERHULST, (en Français) Un exemple de la politique économique de Philippe d'Alsace, Comte de Flandre : la fondation de Gravelines (1163), in : Cahiers de civilisation médiévale X (Poitiers, 1967), pp. 15-28.

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