La suite d'Histoires du Nord ...

mardi 9 août 2011

1848 - Victor Hugo à Lille (certaines choses ne changent pas vraiment)

Un jour je descendis dans les caves de Lille;

je vis ce morne enfer.

Des fantômes sont là sous terre dans des chambres,

Blêmes, courbés, ployés; le rachis tord leurs membres

Dans son poignet de fer.


Sous ces voûtes on souffre, et semble un toxique;

L'aveugle en tâtonnant donne à boire au phtisique;

L'eau coule à longs ruisseaux;

Presque enfant à vingt ans, déjà vieillard à trente,

Le vivant chaque jour sent la mort pénétrante

S'infiltrer dans ses os.


Jamais de feu; la pluie inonde la lucarne;

L'oeil en ces souterrains où le malheur s'acharne

Sur vous, Ô travailleurs,

près du rouet qui tourne et du fil qu'on dévide

Du soupirail en pleurs


Là, dort le désespoir sur son haillon sordide;

Là, l'avril de la vie, ailleurs tiède et splendide,

Ressemble au sombre hiver...

... Caves de Lille! On meurt sous vos plafonds de pierre.

(Les châtiments)

1 commentaire:

  1. hum !ce texte pourrait convenir pour la prochaine campagne électorale...
    Adel

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