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jeudi 11 août 2011

1er novembre 1914 : la conférence de Dunkerque

in Maréchal Foch - Mémoires pour servir à l'histoire de la guerre de 1914-1918 - 2 volumes, tome I, librairie Plon, Paris, 1931


La conférence se tient en pleine mêlée des Flandres, alors que les Allemands concentrent leurs efforts sur Ypres...




"La journée du 1er novembre a été particulièrement dure et cela ne sera pas la dernière de cette rigueur. l'ennemi a tout fait pour la rendre décisive. Le commandement a monté au plus haut le moral des troupes. Le duc de Wurtemberg, commandant la IVe Armée, le prince Ruprecht de Bavière, commandant la VIe, le général Von Deimling, commandant le VIe Corps, leur ont adressé des ordres significatifs. "La percée sur Ypres sera d'une importance décisive..."


Elles ont donné sans compter. Le Kaiser devait entrer ce jour-là à Ypres. Dans la matinée, il était venu de Tielt à Menin. Il devait être à 15heures à Gheluwe.


La résistance des troupes alliées avait une fois de plus riiné les espoirs de l'ennemi.


Entre temps, j'avais été convoqué à Dunkerque, pour recevoir à 16 heures le président de la République et un certain nombre de personnalités politiques. On arrivait de Paris, croyant la bataille beaucoup plus avancée et la victoire acquise; nous en étions encore loin. Retenu par les événements de la bataille, je ne pus m'y trouver que vers 18 h 30; mon chef d'état-major, le colonel Weygand m'y avait précédé dès 16 heures pour expliquer mon retard. Avec le président se trouvaient M. Millerand, ministre de la Guerre, le général Joffre, M. Ribot, ministre des Finances, lord Kitchener, ministre de la Guerre britannique, et M. Paul Cambon, ambassadeur à Londres. ces deux derniers venaient de traverser la Manche. Le contre-coup de nos secousses des derniers jours s'était dejà fait sentir en Angleterre. Lord Kitchener en particulier était très inquiet et m'aborda en disant : "Eh bien ! nous sommes battus". Je lui répondis que nous ne l'étions pas et que j'espérais bien que nous ne le serions pas. Je contais dans le détail les événements des trois dernières journées en particulier, qui avaient infligé des pertes sérieuses aux armées alliées, et comme je concluais que nous demandions au ministre de la Guerre britannique de nous envoyer le plus tôt des renforts, lord Kitchener, en ce 1er novembre 1914, alors que les jours nous paraissaient longs comme des mois, me répondit : " Le 1er juillet 1915, vous aurez en France un million de soldats anglais instruits. Avant cette date, vous n'aurez rien ou à peu près." Dans un ensemble parfait, nous reprenions : "Nous ne demandons pas tant, mais nous le voudrions plus tôt et de suite," et lui de répondre : "Avant cette date, ne comptez sur rien". Il nous restait donc à passer encore, sans plus d'aide, bien des heures difficiles.


Néanmoins, dans sa conversation, j'avais été frappé de sa juste vision de la guerre, à laquelle il prévoyait une longue durée. C'est dans cet esprit d'ailleurs que ce puissant organisateur avait, dès le mois de septembre, au lendemain de la Marne, entrepris dans l'empire britannique la formation de considérables armées.
Après avoir terminé mon compte-rendu sur le présent et fixé mes idées sur les renforts à recevoir, je prenais promptement congé du président de la République et de son entourage, pour rentrer à mon quartier-général de Cassel connaître les résultats définitifs de la journée et arrêter les décisions à prendre pour le lendemain."

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