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jeudi 18 août 2011

Commines ou le bon sens

In Collectif - Visages de la Flandre et de l'Artois - collection "provinciales", éditions des horizons de France - Paris, 1949



" "Un bon juge des choses de l'esprit, Sainte-Beuve, a nommé Froissart" le grand prosateur du XIVe siècle" et a qualifié par ailleurs Commines d'avoir été au siècle suivant "le premier écrivain vraiment moderne". Qu'il soit né dans la petite ville dont il porte le nom, ou bien à Renescure, Commines appartient nettement à l'espèce des bords de la la Lys. C'est le type fin et développé du Flamand, n'agissant jamais qu'à bon escient, exerçant sur lui-même un parfait contrôle et refusant alliance avec qui est dépourvu à ses yeux de cette qualité essentielle. Ce fut pour cette qu'il quitta Charles le Téméraire, prince bien autrement chevaleresque que Louis XI, mais dont les emportements lui étaient odieux.


De même que le paysan flamand du Moyen-Âge, un Commines préfère le renard au loup. On l'imagine ajoutant avec malice quelques chapitres au vieux fabliau qui faisait encore la joie des veillées dans les chaumières où il avait pris naissance. "Comment Renart s'étant aventuré dans la tanière d'Isengrin, sut en sortir grâce à un particulier ressort", c'eût été l'affaire de Péronne. "Comment Renart enivra Isengrin et le laissa mort sous la table", c'eût été le récit des beuveries d'Amiens, où Louis XI noya dans un flot de vin de France les chevaliers anglais envoyés contre lui.


Il conte avec une amusante malice un épisode de l'incertaine bataille de Monthléry où, à un certain moment, certains combattants du parti du roi, et, certains du parti du duc, purent croire les uns et les autres que tout était perdu. Tel s'enfuit donc à bride abattue jusqu'à Lusignan, en plein Poitou; et tel jusqu'au Quesnoy, en Hainaut. "Ces deux n'avaient garde de se mordre l'un l'autre", ajoute Commines dont on entrevoit le fin sourire. Le descendant des Francs de la Lys, des deux traits marquants de leur caractère, la violence et la ruse, a peut-être perdu le premier pour retenir le second. Lais où il est pleinement leur fils, c'est quand il s'oppose de toutes ses forces à l'établissement d'une monarchie absolue vers laquelle tendait les légistes, et quand il exige que l'impôt soit consenti par le peuple. Il a horreur de voir foulé celui-ci, horreur de la guerre et des maux qu'elle entraîne, massacres, pillages, incendies. La misère secrète des rois est grande aussi, il ne l'ignore pas et cela d'autant plus qu'ils veulent ardemment dominer le monde. Commines écrit de Louis XI avec un merveilleux bon sens : "Ne lui eût-il pas mieux valu, à lui et à tous les autres princes, et hommes de moyen état qui ont vécu sous ces grands et vivront sous ceux qui règnent, élire le moyen chemin...; c'est à savoir moins se soucier et moins se travailler, et entreprendre moins de choses, plus craindre à offenser Dieu et à persécuter le peuple et leurs voisins par tant de voies cruelles, et prendre des aises et plaisirs honnêtes? Leurs vies en seraient plus longues, les maladies en viendraient plus tard; et leur mort en serait plus regrettée et de plus de gens, et moins désirée..."


Commines était croyant, voire théologien à l'occaasion, et ayant accompli le pélerinage de Compostelle, c'est justement que sa statue tombale - aujourd'hui au Louvre - le représente portant coquille sur son camail. "

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