La suite d'Histoires du Nord ...

jeudi 4 août 2011

Dunkerque 1940, vu par un pilote anglais

in R. Hillary - La dernière victoire, Delachaux & Niestlé, 1943,


Etudiant qui s'apprêtait à devenir journaliste, Richard Hillary devient pilote de chasse dès le début de la seconde guerre mondiale mais décéde en service en 1943.


"On chuchotait que des Lysandres [Lysander] faisaient le saut par dessus la Manche, deux ou trois fois par jour, pour essayer de lancer des approvisionnements à la garnison assiégée dans Calais. Ils n'étaient accompagnés parfois que d'un seul Hector, pour toute protection de chasse. Comme les Lysandres étaient censés opérés toujours à l'abri d'un rideau de chasseurs, nous imaginions bien combien déséspérée devait être la situation.

Alors vint Dunkerque.

Après des jours passés sur les plages sans voir d'avions britanniques, les rescapés, rentrés en Angleterre, étaient amers et c'était bien naturel. On ne pouvait s'attendre qu'ils sachent que, si nous n'avions réussi un moment à obtenir la supériorité aérienne derrière eux, au-dessus des flandres, ils n'auraient jamais quitté Dunkerque vivants. Pour nous, l'évacuation était encore une histoire de journaux. Un jour de permission, Noël Howes et moi nous rendimes en auto à Brighton et jugeâmes les choses par nous-mêmes.

La plage, les rues et les cafés grouillaient d'un amas de soldats - Anglais, Français et Belges. Ils n'avaient pas le sou mais étaient royalement traités par les habitants. Ils étaient en loques et fatigués. Pendant que Howes s'arrangeait avec une petite blonde et disparaissait avec elle et l'auto pour le reste de la journée, Noël et moi nous trouvâmes bientôt dans divers cantonnements avec le rôle d'interprêtes pour les Français. Ils étaient vraiment morts de fatigue, mais très patients. Cela avait été si long! Qu'importaient une ou deux heures de plus ! Leur requête la plus fréquente était un endroit où se baigner les pieds. Devant l'évidence du gâchis qui régnait dans la ville - quelques cantonnements se trouvaient bourrés et in ne restait nul espoir d'u trouver place; d'autres étaient dénués de tout - nous renonçâmes à nous rendre utile. Cueillant en route deux soldats français et un agent de liaison belge, nous les emmenâmes boire quelque chose. Le bar choisi grouillait d'uniformes kakis, amas de soldats transpirants et bruyants. Avant même d'avoir pu obtenir une boisson, nous étions entraînés dans de demi-douzaine de discussions sur la situation exacte de notre aviation au-dessus de Dunkerque. Ayant connu personnellement quelques pilotes qui avaient été tués dans cette action et possédant certaines précisions sur les faits exacts, nous trouvâmes difficiles de demeurer calmes.

Pour rendre justice au Corps expéditionnaire britannique, il convient de dire que son retrour de Dunkerque n'eut pas partout ces aspect de cohue. Une histoire des Grenadiers de la Garde faisait déjà le tour du pays. En colonne par trois, ils s'étaient avancés sur la jetée, à Dunkerque, avec leur paquetage sur le dos, comme s'ils partaient pour une marche sur route. Un officier du Territorial, les voyant au repos, s'avança et commença à leur aire distribuer cuillères et fourchettes, pour manger les aliments qu'on allait leur faire passer. Ses efforts furent suspendus par la réflexion sommaire et plutôt mordante d'une jeune sous-officier de la Garde : "Merci! dit-il, mais les grenadiers transportent toujours leurs propres services."

Les Français étaient moins amers, peut-être par simple politesse, mais plus probablement parce qu'ils avaient vu une ou deux escadrilles anglaises, mais aucune française. Mais ce fut notre agent de liaison belge qui nous surprit et qui nous fit plaisir en confirmant tout ce que nous disions.

"Comment pouvions-nous nous attendre à voir beaucoup de chasseurs britanniques? demandait-il. Un brouillard épais recouvrait les plages et ils étaient au-dessus."

Pourtant, il avait vu un combat : un spitfire isolé au milieu de quatre Junker. Pour lui, disait-il, ç'avait été symbolique et il reconnaissait avoir prié. Si ce Spitfire s'en tirait, alors ils seraient tous sauvés. sa prière fut exaucée. Le Spitfire descendit deux Allemands, mit le troisième hors de combat; le quatrième s'enfuit.

Nous demeurâmes là, assis, jusque tard dans la nuit, conversant, discutant, chantant, nous grisant. Les rescapés étaient fatigués, détendus, heureux e se reprendre, et , pour l'instant, sans soucis. Nous, nous étions prêts à tout, dans l'attente, éperonnés par notre premier contact réel avec la guerre, impatients de recevoir l'ordre d'entrer dans l'action."

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