La suite d'Histoires du Nord ...

mardi 2 août 2011

le château de Roubaix, selon Théodore Leuridan (1933)

"La demeure légale du seigneur, le chef-lieu de son fief, était le château de Roubaix, c'était là qu'il exerçait ses droits, qu'il tenait ses plaids, et que lui-même était convoqué pour le service de guerre ou de cour. Ses vassaux y venaient lui rendre foi et hommage, faire l'aveu et le dénombrement de leurs fiefs, les censitaires y apportaient le cens car cens était portable et non quérable.

Le château de Roubaix contenait dans son enclos "parmi donjon, basse court, amassé de granges, escuries et estables, porte et plusieurs aultres édifices enthourez d'eauwes, jardin de plaisance et aussi pour la cuisine, deux bonniers d'héritage." [Cahier du vingtième de Roubaix, renouvelé et corrigé l'an 1633. CC 1, n°30]

Le donjon s'élevait au milieu d'une nappe d'eau; unen enceinte extérieure de fossés entourait la basse-cour, le parc et les potagers, et communiquait avec la nappe en un point formant un angle rentrant, résultat probable d'un détournement des fossés, opéré vers 1488, pour ménager de ce côté un jardin convenable à l'hôpital Sainte-Elizabeth. L'avenue aboutissant à la place, forme aujourd'hui une partie de la rie du château. A l'entrée de l'avenue et au-dessus d'une grande arcade était la salle aux plaids seigneuriaux, c'est-à-dire la Halle ou Hôtel échevinal, surmontée d'un beffroi.

Ce château (...) avait été bâti vers le milieu du XVe siècle, par Pierre, seigneur de Roubaix. Sanderus, dans son 3° volume inédit de la Flandre illustée, en a aussi dessiné le plan en relief. L'illustre savant savait une ingénieuse façon de marquer publiquement sa reconnaissance pour les bons procédés dont il était l'objet quand, accompagné de son graveur, il allait prendre le dessin des châteaux qui devaient figurer dans son travail; il faisait fumer les cheminées des lieux où il avait été bien accueilli. Des cheminées du château de Roubaix ne s'échappe aucune fumée, donc Sanderus et son compagnon ne furent point reçus au logis seigneurial, sans doute inhabité alors.

Les princes d'epinoy, de Ligne et de Soubise qui se succédèrent au marquisat de Roubaix durant les deux derniers siècles, et qui avaient d'autres demeures de prédilection, habitèrent peu ou point leur château de Roubaix et en abandonnèrent la jouissance à leurs baillis. Privé de la présence du maître, négligé dans son entretien, et tourmenté sans relâche par le temps, il avait fait un grand pas vers sa ruine quand vint la révolution française. Ce fut bien pis alors qu'il fut placé sous le séquestre de la régie des domaunes, et qu'on y établit un atelier de salpêtre. Un procès verbal de l'an X nous apprend qu'une partie des bâtiments d'habitation s'étant écroulés par vétusté et défaut de réparations, on fit démolir le reste et transporter les matériaux à l'église de l'hôpital Sainte-Elizabeth, autre ruine prématurée dont la chute était aussi décidée."

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