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mercredi 17 août 2011

Lens et les mines du Pas-de-Calais dans la Grande Guerre

in Guides Illustrés Michelin des Champs de Bataille - Arras et les batailles d'Artois - Michelin et Cie, Clermont-Ferrand, 1920




"LENS


Lens était à son origine un comté qui relevait des comtes de Flandre, de Bourgogne, d'Artois et du duc de Bourgogne; elle appartint à l'Espagne à la fin du XVe siècle et ne devint française que la paix de Pyrénées en 1659.


Avant la guerre, Lens comptait environ 35.000 habitants. Elle vivait surtout de l'industrie houillère. Son sous-sol appartemant aux riches bassins houillers du nord de l'Europe qui commencent près d'Aix-la-Chapelle pour aboutir au pied de Boulogne et se continuer en Angleterre par delà le détroit, était le siège d'une vie intense. Sa production annuelle était de 3 millions 1/2 de tonnes de houille. La vie de Lens qui tenait à ses mines, est arrêtée depuis la guerre, car Lens fut occupée depuis 1914 jusqu'au 2 octobre 1918 et depuis le 13 avril 1917 personne ne restait dans cette cille morte.


La ville n'existe plus. Sur la grande place se trouvait une église, l'église Saint-Léger, qui renfermait les reliques vénérées de Saint-Vulgan, mort près de Lens en 570. La base de sa tour remontait au XVe siècle. L'église elle-même datait du dernier quart du XVIIIe siècle et renfermait de belles boiseries contemporaines de son édification. Il ne reste rien de l'église Saint-Léger, rien qu'un tas de pierres. les cités ouvrières, ou corons, sont devenues poussière.


Pourtant Lens veut revivre : 43 pompes Sulzer, dont la construction du commandée aux usines suisses de Winterthur dès 1916, et qui développent une force de3.000 HP, vont être employées au nettoyage des mines. L'Etat comptait édifier, en 1919, 500 maisons, 1.500 en 1920 et 2.500 en 1921. Lens pourra alors reprendre son industrie normale, mais bien des années s'écouleront encore avant qu'elle retrouve son ancienne prospérité.




Opérations militaires autour de Lens


Lens fut occupée par les Allemands dès octobre 1914, après les combats autour de Douai. Les Allemands élargirent leur conquête par la prise du plateau qui domine Lens au sud-ouest (Liévin et angres) et enfin des crètes dominant la plaine de Lens : Notre-Dame de Lorette et la falaise de Vimy. En mai 1915, les Français s'emparèrent de l'éperon de Notre-Dame-de-Lorette dominant les corons qui s'étalaient dans la plaine de Lens. Avant le mois de septembre 1915, les lignes passaient à 1 km des lisières oues tde Loos, coupaient du nord au sud la route et la voie ferrée de béthune à Lens, occupaient les les lisières de la cité de Calonne, s'allongeaient devant Angres par les fonds de Buval. En septembre 1915, les Britanniques s'étendirent jusqu'aux lisières des corons de la fosse Calonne. Ils pouvaient voir, devant eux, fumer les hautes cheminées des usines de Lens, exploitées activement jusqu'à cette époque par les Allemands et des mineurs lensois que l'ennemi contraignait au travail. Le front de Lens fut assailli le 25 septembre par les Britanniques et par les Français en étroite liaison. Plusieurs lignes de tranchées tombèrent aux mains des assaillants, qui se rapprochèrent à 4 km de Lens. Dépassant Loos, véritable forteresse, les Britanniques atteignirent la côte 70, âprement disputée durant plusieurs jours. leur ligne avancée atteignant la route de Lens à Béthune était au contact de la 3e position allemande. Les Britanniques capturèrent 3.000 prisonniers, dont 50 officiers, 21 canons et 40 mitrailleuses. de nombreux habitants de Loos furent délivrés du joug ennemi et parmi eux, une héroïque jeune fille: Emilienne Moreau. Au sud de ce secteur, les Français, par la prise de Souchez, avancèrent vers Angres et Givenchy. Le secteur se stabilisa sur ces nouvelles positions durant l'année 1916.




L'activité se rallume brusquement après le repli allemand de mars 1917, de Lens au sud-ouest d'Arras, sur un front de 30 km. Les britanniques attaquent l'ennemi. Après les succès éclatants sur les bords de la Scarpe et sur la falaise de Vimy entièrement conquise, l'action s'étendant, plus au au nord-est, se rapproche de Lens. Le 13 avril, Givenchy et Angres tombent. Le lendemain, sous la pression de plus en plus forte des Britanniques, les Allemands doivent céder, au sud d'Avion, la chaudière, la Fosse n°6 et le Moulin Bucquet entre Givenchy et Angres. En même temps, la poche formée à l'ouest de Lens se trouve réduite par le prise du double crassier et enfin de Liévin, gros centre minier de 25.000 habitants avant la guerre. Entre Lens et cette ville s'étendent sans discontinuité, les corons des mineurs. La lutte est donc engagée dans les faubourgs extérieurs de Lens. Le 14, des éléments britanniques, descendant du sud de Loos, occupent la cité Saint-Pierre. Dans la nuit du 14 au 15 avril, ils enlèvent les défenses ennemies à l'est de Liévin, depuis le bois de Riaumont jusqu'à la lisière est de la cité saint-Pierre. L'investissement méthodique de Lens par le nord-ouest et l'ouest se poursuit par des combats sanglants. Les Britanniques avancent lentement, maison par maison, à coups de mines et de grenades. Lens et ses faubourgs sont écrasés sous les obus des deux artilleries.


Pendant l'année 1917, le cercle britannique se resserre sur la ville, après la conquête des nombreuses cités, faubourgs immédiats. Les Allemands ont pratiqué au tiers ouest de la ville une longue coupure nord-sud en rasant une série de maisons, constituant ainsi un espace vide battu par de nombreuses mitrailleuses. Ils ont organisé aussi la puissante position de Sallaumines, sur la croupe dominant, à l'est, la ville et d'où leurs nombreuses batteries pulvérisent les maisons de briques des corons. La lutte d'infanterie se ralentit, c'est la période des grandes offensives allemands de mars à juillet 1918. Le 18 juillet, les Alliés rispostent, leurs offensives se succèdent sans arrêt.


Les progrès réalisés au nord de l'Yser à la Lys par les armées anglo-belges, le repli allemand de la poche au sud d'Armentières et enfin le passage de l'escaut en avant de Cambrai par le 3e Armée britannique, amènent, le 3 octobre, les Allemands à évacuer Lens et les positions dominantes de Sallaumines sous la protection de fortes arrière-gardes.




LES MINES DU PAS-DE-CALAIS PENDANT LA GUERRE


Le bassin du Pas-de-Calais, dont le centre est Lens, forme, avec celui du Nord, le bassin houiller du nord de la France. La moitié en est restée entre les mains des Allemands d'octobre 1914 à octobre 1918. Le front y a peu varié et est resté fixé à l'ouest de Lens.


A l'ouest de Lens, les destructions dues seulement aux bombardements allemands sont relativement légères par rapport à celles de la partie occupée, où l'ennemi a exécuté des destructions systématiques avec une grande perfection technique, frappant uniquement les pionts sensibles, rendant ainsi la reconctruction longue, difficile et coûteuse. La destruction la plus grave est l'inondation des mines. Les puits de mine, dans le Pas-de-Calais, traversent, avant d'arriver à la couche houillère, une épaisseur de 100 à 150 m de terrains très aquifères appelés morts-terrains. Dans cette traversée, les puits sont foncés par des procédés spéciaux pour éviter l'envahissement de l'eau et ils sont revêtus intérieurement de cuvelages étanches en fonte, résistant à la poussée de l'eau. Une brèche dans le cuvelage amène l'inondation de la mine; avant leur départ, les Allemands ont fait exploser des charges de dynamite dans presque chaque puits, amenant l'inondation de nombreuses mines.




Occupation du bassin houiller


Dans le bassin minier, dès le début de l'occupation, au mois d'octobre 1914, les troupes allemandes se livrent au pillage et à l'incendie dans plusieurs cités ouvrières, aux bureaux et aux magasins de plusieurs compagnies (Dourges, Drocourt). La destruction des sièges d'extraction proches des lignes est entreprise par des procédés simples : des détachements de pionniers coupent les cables, précipitant cages et berlines dans le fond des puits et mettant le feu aux installations. "Nous voulons la ruine de la France", déclare à un ingénieur "l'officier chargé des destructions".


L'occupation s'organise ensuite. Elle est marquée par la réquisition et l'envoi en Allemagne de tout ce qui peut avoir une valeur industrielle : stocks de bois et charbon, approvisionnements, machines-outils, matériel électrique, cuivre; travail exécuté par des équipes spécialisées parfois sous la direction d'experts civils. Des chimistes viennent prélever pour les analyses, des échantillons des produits des usines (benzine, benzol, sulfate d'ammoniaque, etc.)


En 1915, les Allemands exigèrent la reprise du travail dans les fosses qui n'étaient pas encore hors d'usage, mais l'extraction resta très réduite. Sous l'effort des attaques alliées en 1915, 1916 et 1917, l'envahisseur cédant du terrain, morceau par morceau, marqua son recul par les opérations suivantes:


- évacuation de la population


- destruction complète de tout ce qui n'avait pu être détruit ou emporté


- inondation des travaux souterrains


Les mêmes destructions furent opérées sur une grande échelle avant la retraite définitive (fin septembre - commencement octobre 1918). Les méthodes, inspirées par des professionnels, ont été partout les mêmes : les chevalements sont abattus au moyen de charges d'explosifs placés contre les montants; les cylindres des machines d'extraction sont brisés à la dynamite; de même les compresseurs, les ventilateurs, les pompes, les arbres des tambours d'extraction; les chaudières (notamment les dômes de vapeur) sont crevés à coups d'explosifs, les cheminées sont abattus; enfin, les cuvelages sont crevés à l'aide de charges d'explosifs. Les deux puits du siège n°8 de Béthune, la fosse n°9 de Courrières sont complétement détruits par des fourneaux de mines qui créent d'immenses entonnoirs sur l'emplacement des puits. Dans quelques installations où le recul des Allemands fut précipité, l'oeuvre de destruction ne fut pas achevée; on a retrouvé des pancartes indiquant que les points où devaient être appliquées les charges d'explosifs avec les charges à employer. A la fosse n°7 de Courrières on a même trouvé un rouleau de toile renfermant un plan des bâtiments à miner et d'autres documents donnant la quantité d'explosifs à employer pour chaque opération. La reconstruction des mines dévastées constitue un travail formidable. Elle comporte la réfection des mines envahies du Pas-de-Calais (Lens, Liévin, drocourt, Courrières, Carvin, Meurchin), le dénoyage des travaux souterrains. Ce travail demandera plusieurs années pour être achevé complétement.




CITATION DE LENS


Lens a reçu la Croix de la Légion d'honneur et la Croix de guerre avec la citation suivante: "Ville glorieuse qui peut être citée comme un modèle d'héroïsme et de foi patriotique. Tombée au pouvoir des Allemands dès les premières heures de l'invasion de 1914, a été pendant quatre ans, tour à tour, témoin ou enjeu d'une lutte sans merci. Organisée par l'ennemi, en formidable redoute de défense, libérée en partie par une offensive alliée, mutilée et écrasée au cours de combats incessants, n'a jamais douté du sort de la patrie." "

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