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jeudi 18 août 2011

Les villes de la Flandre Maritime en 1789

in Victor-Eugène Ardouin-Dumazet - Le Nord de la France en 1789, Flandre, Artois, Hainaut - Régis Lehoucq éditeur, Lille, 1989 (l'édition originale est un ensemble d'articles dans l'Echo du Nord, parus à la fin du XIXe siècle)


"A la suite des cahiers de villes de la Flandre maritime, il est intéressant de donner quelques détails sur leur organisation intérieure.


DUNKERQUE - Récemment relevée de ses ruines, cette ville avait pris au point de vue militaire une importance considérable. Son gouverneur était le Maréchal de Castries, gouverneur de la Flandre. la place était sous les ordres de M. de Boistel, maréchal de camp, commandant en second de la Flandre, avec M. de Guichard, lieutenant-colonel, comme major de la place. L'artillerie avait pour directeurs le colonel de Longeville et le capitaine de Château-Châlons; les fortifications dépendaient de M. de vigneau, maréchal de camp à Saint-Omer, mais le major de Prades en était l'ingénieur en chef.

Il y avait un hôpital militaire.

Le magistrat était comoosé d'un bourgmestre, dix échevins, trois conseillers municipaux, un procureur du roi syndic et un trésorier. Ce corps municipal exerçait, au nom du Roi, la haute, moyenne et basse justice sur Dunkerque et son territoire. Ainsi que nous l'avons dit, ce tribunal ressortait au Parlement de Paris et non au Parlement d'Artois. Le bourgmestre était M. Thiery.

Près de ce tribunal, outre le personnel ordinaire de greffiers, huissiers, sergents, etc., il y avait des traducteurs en diverses langues et une institution appelée "garde des orphelins", dont le nom dit assez les fonctions. On comptait trente-trois avocats à Dunkerque, cinq procureurs et quatre notaires.

Dunkerque possédait un collège, une école d'architecture, une école de dessin et de peinture.

Depuis 1700, la ville était le siège d'une Chambre de commerce. Le président était M. Faulconnier, assisté de sept conseillers.

Il y avait un tribunal d'amirauté, avec M. Coppens, seigneur d'Hondschoote, pour lieutenant-général civil.

Le port avait un pilotage, composé de quatre députés-négociants, dont deux étaient nommés par le Magistrat et deux par la Chambre de commerce. Le personnel se composait de deux capitaines, un receveur, un écrivain, deux chefs en mer, dix pilotes côtiers, quatre matelots, quatre matelots lamaneurs et un gardien du pilotage et de la Chambre.

A Dunkerque était le siège royal et général des Traites (impôts indirects) pour la Flandre. Ce tribunal, dont les cahiers demandent la suppression, connaissait tous les délits et contraventions en matière d'impôts indirects. il avait pour président M. de crocq. Sous le titre de chambre consulaire, la ville avait un tribunal de commerce depuis l'année 1700.

Quant au culte, il n'y avait qu'une paroisse mais quatre couvents d'hommes : Récollets, Capucins, Minimes et Carmes, et cinq couvents de filles : abbaye des dames bénédictines anglaises, Récollettines, Conceptionnistes, les pauvres Clarisses anglaises et les Augustines.



BERGUES - Le gouverneur de cette ville, appelée alors Bergues-Saint-Winoc, était le comte de Langeron; gouverneur purement honoraire quant à la résidence, comme tous les fonctionnaires de cet ordre. Le vrai chef de la garnison, le lieutenant du Roi, était M. de Salse. L'artillerie était sous les ordres de M. de Château-Châlons, capitaine en premier; le génie était dirigé par M. Lenglé de Mariencourt, colonel.

La ville était régie par un conseil appelé Magistrat, renouvelé chaque année par l'intendant de la province. Il comprenait un bourgmestre, quatorze échevins et cinq conseillers pensionnaires.

Le grand bailli était M. Coppens, seigneur d'Hondschoote.

Le Magistrat était en même temps un tribunal exerçant la haute et basse justice dans la ville et vingt-quatre villages. Il y avait, pour ce ressort si peu étendu, trente-neuf avocats, quatre procureurs et treize partageurs jurés et cinq notaires !

Ajoutons qu'il y avait une cour féodale d'où relevaient beaucoup de fiefs, le bailli était M. Desaunais.

Bergues possédait un Mont-de-Piété et un collège.

Il y avait deux abbayes : une d'hommes, celle de Saint-Winoc; une de filles, de la congrégation de Saint-Victor.

Il y avait en outre, deux couvents d'hommes : ceux des Dominicains et des Capucins, et trois couvents de filles : les hospitalières Soeurs Grises, les Capucines et les soeurs de l'Annonciation.



BOURBOURG n'était déjà plus fortifiée en 1789. C'était une ville appartenant directement au Roi. Le Magistrait jouissait de "plusieurs beaux privilèges", il avait le droit de porter l'épée et avait l'administration de la chasse. Comme plusieurs autres corps municipaux, il avait sur la ville et la châtellenie, composée de treize villages, droits de haute, moyenne et basse justice. Le roi était représenté par un grand bailli des ville et châtellenie de Bourbourg, alors messire Jean-Louis de Rigaud, vicomte de Vaudreuil, capitaine au régiment de Dauphin-Dragons. Ce seigneur ne devait pas résider souvent à Bourbourg, car il y avait un M. Deghels "grand bailli pour M. de Vaudreuil". la ville possédait en outre un vicomte héréditaire, M. Depape, seigneur de Crombèque, avocat.

Le bourgmestre était M. Norbert-Ferdinand Gillis; il y avait un premier échevin, M. Ignace Deny; sept échevins et trois conseillers pensionnaires. Les avocats étaient forts nombreux, on en comptait douze, six procureurs, deux notaires, deux greffiers au partage, quatre médecins, deux huissiers. Quatre autres fonctionnaires s'appelairent "officiers exploiteurs"; ils paraissent répondre à nos porteurs de contrainte.

Il y avait une abbaye de dames chanoinesses-comtesses, la reine Marie-Antoinette avait pris de le titre de première chanoinesse. A la suite de cette faveur, la Reine avait revêtu ses collègues "d'un cordon de couleur jaune liseré de noir, auquel est attaché une croix émaillée, portant l'image de la sainte Vierge, et sur le revers, le portrait de Sa Majesté". L'abbaye avait pour abbesse la comtesse de Coupigny; pour prieure, la comtesse de Basselers; il y avait dix-neuf chanoinesses-comtesses appartenant aux familles de Drack, de St-Mart, d'Assigny, de Héricourt, de Coupigny, de Dion (trois chanoinesses), de Contes, Patras de Compagnio, de Bernes, de Torsy, d'Authy, la Pasture, de Maulde (deux chanoinesses), de Juigné, de Malet-Coupigny et de la Crope de Bourzac.

L'ordre de Cîteaux avait une autre abbaye de femmes. Bourbourg comptait, en outre, un couvent de capucines et un couvent de Soeurs-Noires.



GRAVELINES était une ville très forte pour le temps, ayant comme gouverneur le lieutenant-général de Pontécoulant et le chevalier de Durfort pour lieutenant de Roi. L'artillerie avait pour directeur le capitaine Thomassin, le génie, le capitaine Lauwereyns.

La ville avait pour grand bailli, comme Bourbourg, le vicomte de Vaudreuil, comme bailli, M. Deghels; comme mayeur, M. Simonis. Le reste du corps municipal était composé de cinq échevins, un conseiller pensionnaire, un greffier et un trésorier. il y avait deux médecins, un otaire et cinq procureurs.

En sa qualité de ville maritime, Gravelines avait un tribunal d'amiraité.

il n'y avait pas de couvents, mais les membres du Magistrat était marguilliers nés de la paroisse.

Une seigneurie de la Morlière ressortait, pour les cuases civiles, au Magistrat de Gravelines: elle avait pour seigneur M. Magalon, comte de la Morlière, lieutenant-général des armées du Roi, maître de la garde-robe de la Reine. Cette seigneurie avait grand bailli, échevins, sergents, etc. Tout petit prince a des ambassadeurs...



HONDSCHOOTE, qui allait recevoir un si grand lustre par la victoire d'Houchard sur les Anglais, avait pour seigneur et gouverneur M. Coppens, grand bailli de Bergues, M. de Taverne, seigneur de Renescure et de Mont d'Hiver, ancien mousquetaire, était lieutenant de Roi.

Le corps échevinal comprenait un bailli, M. de Saint-Hilaire de Cruyninghe; neuf échevins, dont M. Sapelier, bourgmestre; deux conseillers pensionnaires et sept notables.

On comptait six avocats, deux procureurs, trois partageurs jurés, deux notaires, trois médecins et trois chirurgiens.

Hondschoote avait une garde bourgeoise composée de quatre membres, dont deux devaient faire des rondes de nuit; le jour, ils devaient se joindre au sergents de justice s'ils étaient requis.

Nous trouvons un établissement bien rare en ce temps-là : un pensionnat laïque, tenu par un sieur Narcisse Maccage.

Quatre couvents : Sainte-Trinité et Récollets, Pénitentes et Soeurs-Grises;



HAZEBROUCK - Encore une ville sans garnisons. Le Magistrat, nommé par le Roi, était un corps municipal composé d'un bailli, de huit échevins, d'un conseiller pensionnaire et d'un greffier. Ce Magistrat exerçait la haute et basse justice. Près de ce tribunal, il y avait treize avocats, trois procureurs, deux notaires et cinq partageurs jurés.

Le bailli était M. L. de Clercq.

Hazebrouck possédait trois médecins. les couvents y étaient rares: il n'y en avait que deux, un de Capucins, un de Soeurs-Grises.



CASSEL était une ancienne ville, mais délaissée. Elle était favorisée par deux routes, une belle chaussée d'accès sur la montagne, construite en 1751, et une autre créée en 1780 entre Cassel et Saint-Omer.

Il y avait un gouverneur, mais on ne voit pas qu'il y ait eu garnison. Le gouverneur était Charles de Vignacourt, comte de Flêtre, d'Herlies, seigneur de La Bassée, etc. Ce devait être là un gouvernement comme Notre-Dame de la garde:

Gouvernement commode et beau,

A qui suffit pour toute garde

Un Suisse avec sa hallebarde

peint sur la porte du château ...

car, en dehors du gouverneurqui n'habitait jamais Cassel, il n'y avait qu'un brigadier et trois cavaliers de maréchaussée.

Le signeur haut-justicier de Cassel était M. de Montmorency, prince de Robecq, lieutenant-général. Il y avait trois gentilshommes de fiefs, un substitut du seigneur, etc.

La municipalité était nommée par le Roi ou par le seigneur, car tous les conseillers pensionnaires étaient des fonctionnaires, le premier était M. Lenglé, chevalier, subdélégué de l'intendant. Le Magistrat avait été supprimé.

Il y avait nombre de fonctionnaires, pris parmi les "chicanous", dix-sept avocats, six procureurs jurés.

Cassel possédait une collégiale, dont le prévôt était M. l'abbé de Margnac, avec dix-huit chanoines et douze bénéficiaires. Le chapitre de Notre-Dame comprenait huit chanoines. Signalons enfin un couvent d'Augustines et un couvent de Récollets enseignant les humanités. En outre, il y avait des abbayes à Woestine et Clairmarais, et des couvents à Noord-Peene, Préavin et Steenvoorde.

De la châtellenie de Cassel dépendaient les villes d'Hazebrouck, Estaires et Watten, quarante-huit villages et six hameaux.



BAILLEUL était une ville ouverte faisant, comme aujourd'hui, un commerce de fils et de dentelles. Elle possédait une fabrique de serges.

Cette ville était le chef-lieu du bailliage dont nous avons analysé les cahiers. Le grand bailli, M. Maloteau de Beaumont, habitait Douai; le lieutenant-général civil, M. Van Pradelle de Palmaert, résidait à Bailleul. Le siège présidial comprenait, en outre, un lieutenant-général criminel, un lieutenant particulier, un chevalier d'honneur et huit conseillers. trente-sept avocats étaient près de ce tribunal, plus douze procureurs et six huissiers.

Le magistrat de la ville comprenait un grand bailli, le comte de Diesbacq, un lieutenant-bailli, un avoué, trois conseillers pensionnaires, quatre consaulx, un trésorier et cinq procureurs servant en ville.

Le territoire de Bailleul, appelé Lambacht, avait le Roi pour Seigneur; c'était une juridiction spéciale dont le grand bailli nommait les échevins, au nombre de huit. Le Bailli de Lambacht était M. de la Croix fils.

Une autre seigneurie s'appelait la Prévôté de Saint-Donat; elle appartenait à M. Brénart, évêque de Bruges; elle avait huit échevins. La châtellenie de Bailleul avait une assemblée composée du grand bailli, des nobles, vassaux et sept députés; cette assemblée se réunissait le premier dimanche de septembre "pour régler les affaires et examiner les comptes".

Bailleul possédait un collège, un couvent de Capucins, un de Soeurs-Noires et un de Soeurs-Grises.



ESTAIRES avait pour seigneur Anne-Louis-Alexandre de Montmorency, prince de Robecq, comte d'estaires et du Saint-Empire, marquis de Morbecq, baron d'Haverskerque, vicomte d'Aire, grand d'Espagne de la première classe, lieutenant-général, etc.

Ce haut personnage avait pour grand bailli M. A. hardouin, pour avoué M. Lebrun.

Le corps municipal comprenait six échevins et un arrière-ban composé de sept jurés et sept conseillers.

Dans le personnel administratif et la bourgeoisie, nous relevons: un clerc de loi, un trésorier, deux partageurs jurés, un avocat, deux procureurs, un "maubourg" des pauvres, un receveur des domaines, un médecin, trois chirurgiens et vingt-six portefaix "pour donner main forte au bailli, en cas de besoin".

il n'y avait qu'une paroisse, un couvent de récollets où l'on enseignait les humanités et un couvent de soeurs-Grises qui tenaient des pensionnaires, gardaient les malades, et tenaient une école pour apprendre à lire, écrire et à faire de la dentelle.

il y avait une une barque "très propre et bien conditionnée" pour conduire chaque jour au Pont-Neuf, près d'Armentières.



MERVILLE ne figure au Calendrier qu'au point de vue industriel: sa manufacture de nappes et de serviettes était "la plus considérable du royaume et des Etats autrichiens", on y fabriquait des nappes de toutes finesses, de toutes qualités et de tous dessins, depuis six quarts jusqu'à sept aunes du pays de largeur, avec des serviettes assorties;



LA MOTTE-AUX-BOIS - Ce lieu n'est plus qu'un village de 500 habitants, n'ayant même pas rang de commune, puisqu'il dépend de Morbecque; mais c'était jadis, au point de vue administratif, un centre considérable. Sa position au milieu de la belle forêt de Nieppe en avait fait le siège d'une maîtrise des Eaux-et-Forêts qui tenait ses séances le samedi. Près de ce tribunal, il y avait un receveur, un aumônier, un arpenteur juré, quatre procureurs, un garde général et quinze gardes particuliers, plus un garde pour chacun des bois de Bailleul, de Merris et d'Ecousses.

En outre la Motte-aux-Bois, qui avait possédé un château fortifié, pris en 1645 par les maréchaux de Gassion et de rantzau, était resté le chef-lieu de la seigneurie ressortissant à ce château, seigneurie portant en 1789 le titre de Château Royal dit les Cinq Tenances. Ce château royal était une juridiction qui tenait ses séances le mardi de chaque semaine. Il avait comme grand bailli pour le roi, M. Clennewerck, avocat au Parlement, capitaine. Un lieutenant-bailli, sept échevins, un greffier, un commis au greffe, un collecteur et cinq sergents complétaient cette juridiction.



On a dû être frappé de l'énorme quantité de gens de lois qui existaient dans la Flandre maritime. D'après les chiffres que venons de donner pour chaque ville, in voit alors qu'il y avait alors, dans les pays qui forment aujourd'hui les arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck; 178 avocats, 50 procureurs. Aujourd'hui, ces professions n'existent plus que dans les deux chefs-lieux et il n'y a que 16 avocats et 9 avoués.

Le nombre extraordinaire des avocats et des procureurs ou "chicanous" s'expliquait par cette multitude de tribunaux et de juridictions que l'on rencontrait dans chaque ville. Comme le justiciable devait entretenir ces nuées de magistrats, d'avocats, de procureurs, de greffiers, de sergents, etc. , on comprend les cris jetés dans les cahiers contre les gens de loi et de la Justice. Certes, tout n'est pas pour le mieux aujourd'hui, mais cependant il y a eu progrès sensible de ce côté-là. Et c'est à la Révolution qu'on doit ce progrès."

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