La suite d'Histoires du Nord ...

vendredi 12 août 2011

Un personnage tombé dans l'oubli dunkerquois : Jean Marie Emmery (1754-1825)

in. Jacky MESSIAN - DUNE LIBRE, La Révolution à Dunkerque - auteur-éditeur, Dunkerque, 1989


"Jean-Marie Emmery, fils de Frédéric Emmery, natif d'ostende, négociant et consul de Suède et de Catherine Vanhée, native de DUnkerque, vit le jour dans cette cité le 16 janvier 1754. Les deux familles Emmery et Vanhée étaient alliées dans le "négoce" qui associait pudiquement le commerce de pacotille avec les Antilles (le "Mars" de 300 tx), l'armement d'un négrier de 250 tx (Frère et Soeur) et des parts dans les bâtiments corsaires très nombreux à Dunkerque (et souvent de bon rapport)

En 1776, à la mort de son père, il prend la tête de l'affaire familiale, montrant un talent et un caractère qui impressionnent vivement le monde commercial. Il hérite également de la charge de consul de Suède. Armant principalement sur les Antilles, il y expédie un navire au nom remarqué : "la Nouvelle Société". Il acquiert vite une réputation e sage, in sira de lui "sa promesse est une garantie, sa parole un contrat".
Les membres de la loge maçonnique "L'Amitié et la Fraternité", fondée en 1721 par les exilés écossais fidèles à Jacques III et qui serait la plus ancienne de France, le portent à la charge de "vénérable" dès 1778.

On a vu qu'il reçut le commandement de la Garde Bourgeoise dès les premiers jours de la révolution, dénommée Garde Nationale en janvier 1790. Il s'activera sans compter pour que ses hommes soient parfaitement équipés et organisés; on connait l'épisode du Régiment d'Infanterie N°1 dont les officiers désertèrent et le rôle que joua Emmery dans le retour au calme. En août 1791, il est élu député à l'Assemblée Législative où il sera un actif défenseur du commerce maritime et des intérêts du port de Dunkerque. C'est alors qu'il perd son épouse, Marie Desticher, âgée de 36 ans. Son mandat prenant fin le 21 septembre 1792, il rentre à Dunkerque où ses concitoyens le choisissent presque aussitôt comme maire (18 novembre 1792).

Il aura la lourde charge de la défense de la ville en 1793 dont on connait l'heureuse issue: quelques jours après la victoire, il épouse en seconde noce Isabelle Salle, mais déjà le spectre de la Terreur apparaît.

la Convention délégue Isoré à Dunkerque qui destitue Emmery et envoie une quinzaine de notables en prison: duriez, Tresca, Dupoiy, Fockedey, etc... Emmery, gravement malade est gardé à vue jusqu'à la chute de Robespierre.

En août 1802, le Premier Consul Bonaparte le nomme de nouveau maire de Dunkerque. Le chef de l'Etat rend visite à la cité en 1803; il est accueilli par le maure qui, présentant les clefs de la ville lui dira : "Je viens vous offrir citoyen Premier Consul les clefs de la ville, je les offre avec orgueil car ces clefs, le les ai refusées étant maire de Dunkerque au Duc d'York en 1793 quand avec quarante mille homme, il vint nous assiéger."

A la fin de son séjour, Bonaparte lui offrit une écharpe, marque d'estime qui ne fut accordée qu'à neuf maires de France.

Quelques temps plus tard, le 15 octobre 1803, Emmery reçut au camp de Boulogne la croix de Chevalier de la légion d'honneur, il était un des premiers Magistrats admis dans l'Ordre?

Malheureusement, ses affaires, liées à l'activité du port, allaient dépérissantes. Au bord de la faillite, craignant de ne plus pouvoir honorer sa signature, il démissionne de son poste de maire qu'il confie à Kenny. Sa dernière apparition publique sera de présenter avec Kenny, Drouart et Bonvarlet, la soumission de la ville à Louis XVIII (1814).

Usé, ruiné, accablé d'infirmités, il meurt le11 février 1825, au 70 de la rue du Moulin, qui en 1847, sera dénommée rue Emmery.

Les Dunkerquois peuvent être légitimement fiers de cet homme qui honora notre cité par ses vertus civiques et dont la statue sur la façade de l'hôtel de ville rappelle à tous combien il se dévoua aux intérêts de son pays."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire