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vendredi 16 septembre 2011

Mémoire sur les mesures à prendre pour secourir Lille en cas de siège (1708)

Alors que le Prince eugène de Savoie et Marlborough sillonnent les Flandres et approchent de Lille, les stratèges français, à l'origine de la construction de la citadelle de Lille (avec vauban et ses architectes) ainsi que de la nouvelle enceinte de la ville, venant remplacer la muraille espagnole de faible valeur, réfléchissent à la façon de secourir la ville devenue française en 1667, puisqu'ils en connaissent autant les forces que les faiblesses.





« La circumvallation d’une place se fait ordinairement à la distance de douze à quinze cens toises pour la liberté du campement, en laissant un intervalle entre la ville et le camp assez spatieux pour y manœuvrer des troupes.


Cela posé, l’ennemy peut établir sa ligne et ses quartiers autour de la place de l’abbaye de Lo[1], sur la haute Deûle et même plus près de la place : à la cense du Moulin de Labrichaux, distant d’une lieue sur le chemin Darras.


Aux environs de la cense d’Engruin ou du village de Ronchin sur le chemin d’Orchies ; à Lezennes sur le chemin du pont à Bouvinnes.


A Helemmes sur le chemin de Tournay au petit Wasquehal, distant de plus d’une lieue sur la Marcq et au village de Marcq, sur la rivière du même nom ; il fera plusieurs ponts sur cette rivière pour communiquer à ceux qu’il établira sur la basse Deûle entre l’Abbaye de Marquette et Wambrechies, à la cense de Cliquenoy laissant un petit ruisseau au devant de la ligne, à Lambersart vis-à-vis de la citadelle entre la haute et la basse Deûle et de là aux ponts qu’il aura établi sur la haute Deûle, à l’Abbaye de Lo ou plus près de la Place, s’il le juge à propos. Le pays est si couvert et si traversé de marais et de fossés depuis Wasquehal sur la Marcq, jusques à la haute Deûle, en traversant la basse Deûle, au dessous de Marquette qu’il n’est pas praticable de tenter un secours par tout ce costé de pays, qu’avec des difficultés qui ne sçauroient faire espérer un bon succès, mais on peut donner de la jalousie par ces endroits pour faire divertion à l’ennemy et profiter de son manque d’attention, s’il négligeoit trop ce costé de circumvallation.


Le chemin le plus ouvert pour marcher à l’ennemy se réduit entre le grand chemin de Tournay, au pont à Tressin, et le grand chemin Darras et au village de Seclin.


Cette distance qui est près de trois lieues peut donner la liberté de faire tels mouvements qu’on jugera à propos pour se porter sur l’ennemy, supposé qu’il demeure enfermé dans ses lignes de circumvallation qui n’aura pas moins de six lieues de circuit, peut estre l’ennemy prendra t’il le party de couper seulement tous les chemins qui arrivent à son camp, de faire des abbatis de bois, fortifier quelques postes principaux, se faire des communications aisées pour se porter facilement sur toutes les avenues et y faire teste, si on vouloit l’approcher par le pays fouré, et se porter en avant sur les bords de la Marcq : pour en deffendre le passage depuis le pont de Tressin, sur le chemin de Tournay, jusques au pont à Marcq, sur celuy de Douay, la rivière de la Marcq n’a point d’eau en cet endroit pendant l’esté, ny même une lieue au dessous du costé du pont à Tressin, cela se réduit à un fossé qui ne sçauroit arrester de l’infanterie, et que la cavalerie peut passer avec un peu de travail.


Le lit de la Marcq se perd en s’éloignant du dit Pont à Marcq, dans le voisinage de Mons-en-pévèle, à la source d’une l’une des branches de la marcq et en longeant sur la gauche on peut arriver à la hauteur de Seclin et même par delà, les marais qui sont en cet endroit estant secs et praticables en esté ?



Voilà le chemin le plus ouvert qu’on puisse tenir pour secourir la Place de vive force.



On doit supposer que l’ennemy ayant pris ses précautions pour se garantir de tous les événements par les autres parties du circuit de la Place rassemblera toutes ses forces pour se porter en avant du costé où il sera plus aisé de l’attaquer.


On pourroit en ce cas profitter du vuide qu’il auroit fait de ses quartiers entre la haute et la basse Deûle pour jetter brusquement un corps de trouppes dans la Place, capable d’attaquer et de détruire totallement sa tranchée et s’emparer, s’il estoit capable, de son artillerie. Le plus apparent moyen de secourir Lille seroit de ne pas laisser le temps à l’ennemy de faire ses établissemens et de l’attaquer, s’il le pouvoit, deux ou trois jours après qu’il auroit entièrement investy la Place.


La carte géographique du Diocèse de Tournay marque précisément tous les lieux énoncés dans ce mémoire et est assez juste pour s’y conformer »




In Bulletin de la Commission Historique du département du Nord, tome XXXIII, Lille, 1930
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[1] Loos

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