La suite d'Histoires du Nord ...

jeudi 1 septembre 2011

septembre 2011

« Septembre a souvent la tranquillité un peu brumeuse de mai, ses teintes fines, ses tiédeurs et fraîcheurs mêlées, ses matins trempés de rosée et des couchants, où l’air tout entier prend la couleur de la chair de la fraise » nous dit Henri Pourrat. En effet notre neuvième mois de l’année qui a conservé à travers les siècles sa place de septième en refusant ainsi d’être déclassé, sans doute par revendication sur un avantage acquis alors que plus rien n’est justifié, principe si cher à nos syndicats alors que ça n’a plus rien à voir avec la réalité... – ah le mauvais exemple ! - septembre dis-je, se montre souvent comme un second et court printemps. On parle d’arrière-saison alors que l’été a encore quelques bons jours à vivre. Ce beau temps est une chance pour le cultivateur car il faut finir les récoltes tardives et faire les semailles d’automne.


« Beau septembre finit d’emplir les chambres (du grenier) » ou « En septembre se coupe ce qui pend » et encore « Août mûrit, septembre vendange, en ces deux mois tout s’arrange »


Cette année l’ensemble des cueillettes a au moins quinze jours d’avance. C’est peut être mieux pour les pluies si redoutées de ce mois : « septembre emporte les ponts ou tarit les fonts ». Septembre est en effet bien plus souvent le mois des inondations que le mois de la sécheresse.


Il faut donc se dépêcher de vendanger puisque les raisins sont à bonne maturité.


« En Champagne l’emploi du temps du vendangeur est bien défini par les habitudes et traditions. Il est logé chez le propriétaire, en chambre ou en dortoir, et en cas de mauvais temps il reçoit des bottes et des vêtements de pluie. Au lever il a droit à un petit-déjeuner copieux avec charcuterie, vin et eau-de-vie, comme à tous les repas. Il travaille quel que soit le temps, même sous la pluie et même… la neige ! Chaque coupeur a son rayon et les plus rapides aident les plus lents. Le raisin est cueilli avec délicatesse, ses grains triés un à un pour éliminer ceux qui sont tâchés. L’équipe revient au « vendangeoir » pour prendre un repas souvent très animé. Les vignerons employant plus de sept ou huit ouvriers, aménagent à demeure une grande salle en cantine ou possèdent une pièce spéciale à côté des chambres. L’après-midi, le vendangeur retourne à la cueillette, de telle sorte qu’il effectue à peu près huit heures de travail par jour, quelquefois plus. Il travaille également le dimanche. Le dîner est servi vers 19h ou 19h30. Les occupations qui le précèdent ou qui le suivent consistent en jeux de cartes, jeux de société, discussions, toujours devant un verre de vin. D’ailleurs un grand nombre de vendangeurs se retrouvent en fin de journée au café qui ne désemplit pas » écrit R.Tebib dans l’encyclopédie régionale « Champagne-Ardennes » éditée en 1981. Selon les régions et us et coutumes locaux on retrouve cette ambiance si admirablement rendue par le film de Gilles Legrand qui vient de sortir sur nos écrans : « Tu seras mon fils ».



Septembre est bien le mois idéal pour les vendanges et il faut les faire au plus vite avant l’équinoxe et les changements de temps. Déjà en ce début de mois on nous parle des grandes marées d’équinoxe... Avec elle, le 23 voici venu le temps des grands vents que quelques signes dans le ciel nous annoncent : le soleil est ceint de plusieurs cercles sombres ; les hirondelles passent toutes du même côté des arbres où les moucherons se sont abrités ; le son des cloches lointaines parvient à nos oreilles par saccades ; les forêts bruissent ; les oiseaux aquatiques s’ébattent sur les rivages. Ce sont les signes de l’automne qui arrive et avec lui la pluie, ce qui n’est pas toujours mauvais : « Lorsque beaucoup d’étoiles filent en septembre, les tonneaux sont alors trop petits en novembre » dit-on en Lorraine. Nos poètes ont souvent chanté ce mois des pluies tel Charles Trenet :



« Il pleut dans ma chambre
J'écoute la pluie
Douce pluie de septembre…
Le jardin frissonne toutes les fleurs ont pleuré
Pour la venue de l'automne
Et pour la fin de l'été
Mais la pluie fredonne
Sur un rythme joyeux
Tip et tap et tip top et tip
Et tip tip et tip
Et tip top et tap
Voilà ce qu'on entend la nuit
C'est la chanson de la pluie
»



La lune de ce mois nous donne quelques indications sur le temps qu’il va peut-être faire : « La lune de septembre est la plus clair, et en présage sept autres » trouve-t-on en Provence.


Le 5 septembre la lune est à son apogée. C’est la sainte Raïssa. En Saintonge on dit : « En septembre, si trois jours il tonne, c’est un nouveau bail pour l’automne » C’est le temps annoncé et prévu pour les premiers jours du mois. La courbe de la lune sera montante du 5 au 20 et on peut gager qu’il fera beau après ce mauvais démarrage avec la pleine lune le 12, jour de Saint Apollinaire qui était évêque à Valence vers 450 – 520. A ne pas confondre avec Sidoine Apollinaire son proche parent qui lui était évêque et gouverneur de Clermont-Ferrand et qui est à peu près le seul à avoir parlé de la Septimanie, avant feu notre président de région Languedoc-Roussillon. Apollinaire de Valence était lui né à Vienne et curieusement il avait succédé à Saint Mamert évêque du même lieu qui lui est à l’origine des processions des Rogations.


Du 20 au 30 septembre la courbe lunaire sera descendante et ce sera une bonne période pour semer. Précisément le jour de la saint Janvier le 19, un dicton nous dit « Qui sème à la Saint Janvier, de l’an récolte le premier » Les dernières hirondelles encore attardées dans nos contrées seront parties.


Saint Janvier c’est ce fameux évêque de Bénévent, patron du diocèse de Naples, dont le sang dans une ampoule de verre se liquéfie chaque année. Si le miracle ne se produit pas, cela annonce de grandes catastrophes pour Naples. Voici un récit d’une de ces manifestations : Au printemps 1799 alors que Naples était tombé aux mains des Français, le nouveau gouvernement napolitain, installé par eux, voulut asseoir son pouvoir en s’en remettant au jugement de saint Janvier ; un non-accomplissement du miracle de la liquéfaction aurait signifié le rejet divin du nouvel ordre républicain instauré par les Français.


Le général français Macdonald et son état-major étaient venus assister à la cérémonie. À six heures du soir, aucune trace de début de liquéfaction ne s’était manifestée et les Napolitains commençaient à vociférer contre les Français. À huit heures toujours rien et le climat tournait à l’émeute. Selon le récit qu’en fait Alexandre Dumas dans le chapitre XXII du Corricolo, Macdonald voyant l’ambiance s’échauffer se pencha sur un aide de camp et lui dit quelques mots à l’oreille. L’aide de camp se mêla à la foule des fidèles qui se pressaient pour aller baiser la fiole, arriva jusqu’à la balustrade, se mit à genoux et attendit son tour. Au bout de cinq minutes, le chanoine prit sur l’autel la fiole renfermant le sang parfaitement coagulé ; ce qui était, vu l’heure avancée, une grande preuve de la colère de saint Janvier contre les Français, la leva en l’air, pour que personne ne doutât de l’état dans lequel elle était ; puis il commença à la faire baiser à la ronde. Lorsqu’il arriva devant l’aide de camp, celui-ci, tout en baisant la fiole, lui prit la main. Le chanoine fit un mouvement. « Je veux vous dire, de la part du général en chef, reprit l’aide de camp, que si dans dix minutes le miracle n’est pas fait, dans un quart d’heure vous serez fusillé… » puis il se leva, et revint prendre sa place près du général. » Eh bien ? » dit Macdonald. « Eh bien ! » dit l’aide de camp, « soyez tranquille, général, dans dix minutes le miracle sera fait. ».


L’aide de camp avait dit la vérité : seulement il s’était trompé de cinq minutes. Au bout de cinq minutes, le chanoine leva la fiole en criant : « Il miracolo è fatto ! » Le sang était en train de se liquéfier.
Finalement, les troupes françaises évacuèrent Naples quelques jours après - le 7 mai - suite à l’ordre du Directoire donné le 4 mai : saint Janvier n’avait-il pas eu raison, en fin de compte ?


On peut se demander de plus si saint Janvier ne serait pas finalement antirépublicain car, en 1849, devant Pie IX, lorsque le sang ne voulût pas se liquéfier, c’était aussi une période où se jouait l’unification républicaine de l’Italie. Il y eu aussi même phénomène de non-liquéfaction en 1976. Et en 2000 c’était déjà fait quand on exposa la fameuse ampoule. Peut-être une question liée à l’heure d’été qui n’existait aps du temps de Saint Janvier !


La sainte Nadège le 18 marque la date ultime de leur départ : « L’hirondelle en septembre abandonne le ciel refroidi de l’automne ».


Nous entrerons en automne le 23 jour de la saint Lin, le pape successeur de Pierre, mort en 76 ap JC. Et la nouvelle lune arrivera le 27 pour la fête de Côme et Damien, deux médecins d’origine arabe du III e siècle, patrons des chirurgiens, si généreux qu’ils ne faisaient pas payer leurs services. On les appelle « les deux gratuits secoureurs ».


Ils furent décapités sous Dioclétien.


« Chirurgiens de haut parage,


Saint Côme et saint Damien,


sur moy faictes un chef d’ouvrage,


des maux froissez le lien »


« Servez saint Cosme et Damien, vous vous porterez toujours bien » Voila un bon conseil pour affronter la nouvelle saison et les premiers frimas. Car l’Automne est bien là « A la saint Michel la chaleur monte au ciel »


Avec cette comptine amusante :


« Pour la saint Michel


La neige est au ciel ;


Pour la saint Luc ( le 18 octobre)


Elle est au suc ( éminences volcaniques)


Pour la Toussaint


Elle descend ;


Pour la saint Martin ( le 11 novembre)


Elle est au chemin ;


Pour la saint André ( le 30 novembre)


Elle est sou le pied » (dit-on dans le Puy de Dôme)


J’ai déjà dit l’importance de cette date de la saint Michel, élargie à la fête de tous les archanges, pour des questions de simplifications « vaticanes » mais date qui est d’une importance considérable pour ses foires ici et là, qui se justifiaient parce que c’était le moment, à l’occasion de ces grands rassemblements d’embaucher les ouvriers agricoles, les commis et les servantes et autres domestiques. C’était aussi la date qui marque l’échéance des baux de ferme. Bref le moment de régler des comptes ! Comme souvent encore les rixes qui se produisent dans nos fêtes votives et foires. C’est ce qui arriva à Nîmes le 29 septembre 1567. Les esprits s’échauffèrent entre catholiques et protestants et ces derniers firent un massacre des bons catholiques qu’ils précipitèrent dans le puits qui se trouvait jusqu’à une date récente dans la cour de l’ancien évêché de Nîmes devenu musée. L’évêque de Nîmes ne dû la vie sauve qu’à l’intervention d’un protestant dont on connait le nom, Jacques Coussinal. Peut-être un présage d’œcuménisme dans une région où les tensions, quoiqu’on en dise restent réelles, sinon vives… cela est arrivé 5 ans avant la trop fameuse saint Barthélémy. ! On a un peu oublié cela, notamment au fameux Musée du Désert, ou on ne parle pas de la Michelade de Nîmes. Pas que je sache ! L’histoire ce sont des faits qu’on ne peut pas gommer pour faire bonne mine. Sans pour autant raviver des querelles stupides.


Adissias !


Jean Mignot 1er Septembre 2011


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire