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vendredi 21 octobre 2011

Grande Guerre : le martyre d’Armentières et d’Houplines

In M. Thiéry – 1914-1918 le Nord de la France sous le joug allemand – Paris 1919


« A ARMENTIERES


Armentières, tour à tour occupée et bombardée par les Allemands, subit le joug odieux des Barbares. Elle fut reprise aux hordes germaniques par nos vaillants amis anglais après une semaine de sanglants combats. Mais avant de l’abandonner, les misérables lui ont fait subir le sort qu’ils réservaient à toutes les villes qui leur échappaient. Ils bombardèrent la ville pendant plusieurs jours, transformant cette industrieuse cité en une torche immense, visant ostensiblement les principaux monuments, tuant soixante personnes et en blessant plus de cent vingt. Parmi toutes ces victimes, on ne comptait pas un soldat. Comme dans tous les grands centres industriels, les Allemands se sont acharnées sur les usines. Une filature a reçu, à elle seule, plus de quarante obus.


Houplines, le grand faubourg d’Armentières, a été, pour cette raison, le point de mire des vandales teutons. Pas une maison ne fut épargnée et c’est par centaines que l’on compte les immeubles complètement en ruines. Toute la partie droite de la mairie d’Houplines, si coquette et si élégante s’est effondrée. L’église Saint-Charles, bijou d’architecture, n’est plus qu’un monceau de décombres.


La vie commerciale et industrielle est morte à Armentières. Eau, gaz, électricité, épiceries, postes, tout a été détruit. Mais les courageux citoyens qui y sont demeurés ne désespèrent pas de rendre à leur ville son activité d’avant la guerre. Déjà, ils s’appliquent avec ardeur à réparer le désastre. C’est avec simplicité qu’ils racontent les angoisses qu’ils ont subies, les épreuves qu’ils ont traversées, ils narrent en détail les souffrances qu’a endurées le désastre. Armentières a été occupée deux fois par les Allemands. La première fois, ils n’y commirent pas trop de dégâts, se contentant de piller les magasins d’alimentation, de retenir comme otages à la mairie pendant vingt-six heures les deux plus jeunes prêtres de la ville, n’ayant pour se reposer qu’une simple chaise. Mais à leur retour, quelques jours plus tard, ils se rattrapèrent. Sous prétexte de réquisitions, ils forcèrent les habitants à leur livrer tout ce qu’ils possédaient. Le pillage fut organisé méthodiquement et quiconque ne se soumettait pas assez vite à leurs ordres était menacé d’exécution sommaire. Les conseillers municipaux demeurés à Armentières et tous les présidents des corporations de fabricants furent arrêtés comme otages et gardés cinq jours à l’hôtel du Comte d’Egmont, où siégeait l’état-major allemand. Ils furent même sur le point d’être fusillés, parce qu’une patrouille avait ramassé dans une rue le cadavre d’un soldat prussien. Le gouverneur de la ville, prévenu, ordonna l’exécution immédiate des otages. Déjà, toutes les dispositions étaient prises et les malheureux allaient être traînés au poteau, lorsqu’un événement imprévu se produisit. Un officier vint avertir le gouverneur qu’il s’agissait d’un ivrogne, victime d’une rixe entre soldats allemands. Le général n’ose pas, dans ces conditions, donner suite à son sinistre projet.


Depuis, Armentières, « pauvre et fière », comme on l’a appelée, n’eut plus à souffrir du fait de l’occupation ennemie. Et les millions perdus n’ont pu abattre l’énergie de ses vaillants habitants. D’ailleurs, la garde anglaise a veillé et protégé la courageuse et malheureuse ruche, momentanément privée de ses industrieuses abeilles, car un sixième seulement de la population était demeuré dans Armentières. »

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