La suite d'Histoires du Nord ...

lundi 3 octobre 2011

L'honneur de Boufflers

A Versailles, apprennant la reddition de Lille, le Maréchal de Boufflers accourt à Lille et obtient de se retirer avec ses troupes dans la citadelle construite un demi-siècle plus tôt par Vauban. Après quatre mois de siège acharné, ayant épuisé hommes et munitions, abattu les arbres et épuisé quasiment toutes ses vivres, Boufflers se résoud à faire battre la chamade et fait planter le drapeau blanc de la colonie colonelle du Régiment de Touraine sur le bastion du Roi. Au plus ancien des régiments de la Place revenait de droit le douloureux privilège de demander la capitulation. La résistance acharnée des soldats de Boufflers est reconnue par les Alliés qui leur accorde les honneurs militaires.


(voir aussi l'article concernant la naissance du drapeau blanc, à l'occasion de cette capitulation, sur Histoires du Nord, premier du nom)






LA CAPITULATION DE LA CITADELLE DE LILLE – 1708



In Général Jean MILOT – La citadelle de Lille, reine des citadelles – Société de Géographie de Lille – Lille, 1967





« Suivant les usages du temps, on échangea les otages. Boufflers livra Monsieur de Belle-Isle, brigadier, le lieutenant-colonel de Chamerac, du Régiment de Châteauneuf, et Monsieur de Bussy, Major. Le Prince Eugène remit entre les mains des défenseurs le brigadier Wartensleben, le lieutenant-colonel Hamilton et le major Ranck. Le 9 décembre, après des pourparlers que l’intransigeance des députés hollandais fit traîner en longueur, la capitulation était signée.



A quelques modifications près, Boufflers obtenait pour la place ce que sa glorieuse défense lui avait permis de proposer. Le 11 décembre, l’état-major et toutes les troupes « tant françaises qu’étrangères » de la citadelle sortiraient par la Porte Dauphine avec armes, bagages et chevaux, tambour battant, balles en bouche, mèche allumée par les deux bouts et des munitions de guerre pour tirer chacun « dix coups », et les enseignes déployées, « six pièces de canon dont trois de douze livres et trois de huit livres » et des munitions pour tirer douze coups de chaque pièce, pour se rendre tous ensemble à Douai par le plus court chemin, et en un ou deux jours, aussi au choix des assiégés, sans que, sous quelque prétexte que ce soit, on puisse leur faire prendre une autre route et il leur serait « donné une escorte suffisante de la part des Alliés, tant pour la sûreté de la Garnison que pour celle des équipages ». Les Alliés s’engageaient à fournir les voitures « et les bateaux nécessaires pour le transport de l’artillerie accordée, comme aussi pour les malades, blessés et bagages ». Les blessés et les malades hospitalisés en ville depuis la capitulation de Lille partiraient avec le convoi, à condition d’être transportables ; sinon, tout comme les blessés de la Citadelle, ils seraient dirigés sur Douai aux frais des Alliés dès que leur état le permettrait. Avant le départ de la garnison, on se rendrait réciproquement les prisonniers faits pendant le siège de la Citadelle : ceux que les Alliés avaient internés dans des « places plus éloignées » seraient renvoyés à Douai dans les dix jours. Messieurs de Saint-Martin, de Tournin et de Maillebois seraient laissés à Lille comme otages pour les dettes contractées au nom du Roi. Les officiers, les ingénieurs, « les employés et tous autres qui se » trouvaient « dans la citadelle » pourraient faire prendre en ville « les meubles et effets » leur appartenant et les emmener à Douai par le convoi, ou au cas où la place manquerait, ils pourraient les laisser à Lille jusqu’à ce qu’ils eussent « trouvé la commodité » de les faire passer à Douai ou à Tournai aux frais des Alliés. Les Alliés fourniraient à la garnison avant son départ deux chariots et ils ne pourraient « prendre connaissance de ce dont ils » seraient « chargés ni les visiter sous quelque prétexte que ce fut ». Enfin on emporterait deux jours de vivres tirés des réserves de la Citadelle.



Conformément aux termes de l’article premier, deux heures après la signature de la capitulation, un poste des Alliés prenait possession du corps de garde de la Porte Royale. Le 10, dans l’après-midi, le Prince Eugène vint rendre visite à Boufflers parmi les ruines de la Citadelle : on dit qu’il se jeta dans les bras du vieillard qui, pendant quatre mois, l’avait arrêté devant Lille.



Le 11 décembre vers onze heures du matin, par un temps « de gelée très rude », l’héroïque garnison, défilant devant les Alliés rangés en bataille, sortit de la Citadelle par la Porte Dauphine avec tout le cérémonial que lui accordaient les termes de la capitulation.



Le Prince Eugène, ayant Boufflers à ses côtés, regarda passer cette troupe glorieuse qui, mal équipée et mal habillée après plus de cent jours de combats, en imposait à ceux qui l’avaient réduite mais non vaincue. Tandis qu’elle s’acheminait vers Douai, le Prince Eugène fit monter dans son carrosse Boufflers et ses deux intrépides lieutenants, la Frézelière et Luxembourg, et les emmena dîner en son quartier-général de Loos.



A la même heure, le brigadier Huffelt entrait dans la citadelle dont il avait été nommé Gouverneur.



Pour la septième fois de son histoire, Lille venait de changer de maître. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire