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samedi 15 octobre 2011

mercredi 28 août 1867 : une visite impériale à Dunkerque



In F. PHARAON – 26-27-28-29-30 août 1867, Voyage impérial dans le Nord de la France – Lille, imprimerie Danel, 1868



« Le train impérial arriva à Dunkerque à deux heures. Leurs majestés furent reçues à l’arrivée par les autorités civiles, judiciaires et militaires, ayant à leur tête M. Delelis, maire de Dunkerque, et M. le vicomte de Jessaint, sous-préfet.


M. Delelis présenta les clefs de la ville à l’Empereur et lui adressa le discours suivant :


« Sire


Lorsque vous fûtes porté sur le trône par la volonté nationale, le front couronné de l’auréole glorieuse du plus grand nom des temps modernes, le peuple français conçut l’espérance que votre règne serait marqué du sceau de la grandeur et de la prospérité.


Ses pressentiments ne l’ont point trompé, nos aigles victorieuses et les merveilles exposées en ce moment au Champ-de-Mars attestent à l’univers entier que la France est toujours la grande nation.


La patrie de l’héroïque Jean Bart, devenue par son importance commerciale, le quatrième port de l’Empire, doit au gouvernement de Votre Majesté l’agrandissement de son enceinte, le développement de ses bassins à flot.


Sire, les cris d’enthousiasme et de dévouement qui retentissent de toutes parts, témoignent des sentiments d’amour et de fidélité de cette population reconnaissante envers le Souverain qui, pour une seconde fois, daigne l’honorer de sa visite.


Confiante dans la haute sagesse du Prince qui, depuis bientôt seize ans, préside avec tant d’éclat aux destinées d’un grand peuple et qui entoure d’une égale sollicitude toutes les provinces de son empire, notre cité ose espérer, Sire, que vous mettre le comble à vos bienfaits pour elle, en imprimant une active impulsion aux travaux ordonnés par le décret de 1861.


Sire, avant de déposer ces clefs entre les mains de Votre Majesté, qu’il me soit permis de confondre dans mes sentiments d’admiration sincère et de profond respect pour votre personne, l’Auguste Souveraine qui par les charmes qu’elle répand sur le trône impérial, par ses vertus, par ses bienfaits, est la douce et puissante auxiliaire de votre belle mission.


Sire, puisse la Providence exaucer les vœux que, du fond du cœur, nous formons pour la conservation des jours si précieux de Votre Majesté, pour ceux de l’Impératrice et du Prince Impérial, dont les destinées sont à jamais unies à celle de la France. »


Ce discours fut couvert par les acclamations de la réunion d’élite qui avait été admise à assister dans l’intérieur de la gare à l’arrivée de Leurs majestés.


Lorsque les vivats eurent cessé de retentir, l’Empereur répondit dans les termes suivants :


« Monsieur le Maire,


Je n’ai point voulu passer près de Dunkerque sans visiter dette ville qui a joué un si grand rôle dans nos annales nationales et donné tant de preuves de patriotisme.


Je fonde de grandes espérances sur l’avenir commercial et industriel de Dunkerque, et, pour prouver l’intérêt que j’attache au développement de sa prospérité, j’ai amené, avec moi, le ministre des travaux publics, pour étudier une combinaison qui permettra le prompt achèvement des travaux commencés.


Je vous remercie, Monsieur le Maire, de l’accueil chaleureux qui m’est fait ainsi qu’à l’Impératrice, je vous remercie également des sentiments patriotiques qui vous exprimez pour le Prince Impérial, et des témoignages de votre dévouement sur lequel j’aime à compter. »


Leurs majestés sont ensuite montées en voiture et se sont rendues directement à l’église de Saint-Eloi où elles ont été reçues sur le parvis par le clergé de la circonscription paroissiale de Dunkerque ayant à sa tête M. le curé-doyen Delaeter.


Après avoir entendu le Domine Salvum fac Imperatorem, Napoléon III et l’Impératrice Eugénie se dirigèrent vers l’hôtel de la Sous-Préfecture.


La plume ne saurait décrire les splendeurs de la ville ; les ruelles les plus écartées étaient pavoisées, et quant aux rues qui étaient traversées par le cortège impérial, elles étaient littéralement couvertes de pavillons appartenant à toutes les nations du monde, depuis le disque japonais jusqu’au ciel étoilé de l’Amérique ; la ville de Jean Bart, fière de sa renommée, avait mis au vent tous les drapeaux que son activité maritime lui donnait le droit d’arborer ce jour-là ; les filets de pêche harmonieusement suspendus formaient des girandoles gracieuses dont l’uniformité était rompue par des guirlandes de fleurs aux couleurs éclatantes. Jamais semblable exhibition de pavillons et de fleurs ne se vit nulle part et l’imagination fantastique d’un poète arabe n’eût pu rêver toilette plus complète pour une fille de la mer.


A leur arrivée à la Sous-Préfecture, Leurs Majestés furent reçues par M. le sous-préfet et Mme la vicomtesse de Jessaint ainsi que par M. le maire de Dunkerque et Mme Delelis dont la fille vint, à la tête d’une députation de quarante jeunes personnes de la ville, offrir un magnifique bouquet à l’Impératrice en lui adressant quelques paroles gracieuses. Le corps des pêcheuses vint à leur tour prier Sa Majesté de bien vouloir accepter au nom de cette corporation un poisson en or dans une corbeille de fleurs. Notre gracieuse Souveraine daigna accepter avec sa bonté habituelle les modestes offrandes, et trouvant dans sa sollicitude pour toutes les classes laborieuses des paroles pleines de charme pour remercier les pêcheuses de Dunkerque. Elle remit, souvenir pour souvenir, un très beau médaillon à Mlle Delelis, une fort jolie bague, perles et diamants forme coquille à la femme Catteau, et une très belle croix, or et diamants, à la femme Delalande.


Les femmes des principaux fonctionnaires et notables de la ville ainsi que les dames qui s’occupent tout particulièrement des œuvres de bienfaisance, eurent l’honneur d’être présentées ensuite à Sa Majesté par Mme la vicomtesse de Jessaint.


Aussitôt après eut lieu la réception officielle des corps constitués et des fonctionnaires de toutes les administrations de l’arrondissement. Nous avons remarqué en outre quelques étrangers de distinction, notamment l’alderman Cottor qui était venu féliciter l’Empereur au nom de la cité de Londres, M. le commissaire de l’arrondissement de Furnes-Dixmude (Belgique), MM Plichon et Seydoux, députés, le comte Dubois et Lestiboudois, conseillers d’Etat, avaient accompagnés Leurs Majestés à Dunkerque. Pendant le cours de ces présentations l’Empereur a daigné remettre la croix d’officier de la légion d’Honneur à MM. de Clebsattel, ancien député, membre du Conseil général, président de la Chambre de Commercer, et Mollet, ancien maire de Dunkerque, la croix de Chevalier à MM. Delelis, maire de Dunkerque, l’abbé Delautre, archiprêtre de Bergues, l’abbé Delaeter, doyen-curé de Saint-Eloi, Lemaire, docteur, médecin des épidémies.


Pendant les quelques instants que leurs majestés ont daigné passer au buffet, qui avait été préparé dans un des salons de la Sous-Préfecture, les diverses sociétés chorales de la ville, sous la direction de M. Manotte, ont chanté avec beaucoup d’ensemble une cantate en l’honneur de l’Empereur.


Leurs majestés sont remontées en voiture pour aller visiter le chenal, les bassins, les nouvelles fortifications ainsi que les immenses travaux du port en voie d’exécution. L’Empereur et l’Impératrice furent suivis sans cette excursion, par toute la population dunkerquoise, et c’est au milieu d’une ovation continue et des plus spontanées que Leurs majestés, accompagnées de personnes de leur Maison, du ministre des travaux publics, de M. le sous-préfet vicomte de Jessaint, de MM. les ingénieurs du port et d’un grand nombre de fonctionnaires, visitèrent l’emplacement où doit être creusé le nouveau bassin, qui en assurant l’avenir de Dunkerque, dotera la France d’un établissement maritime de premier ordre.


En rentrant en ville, le cortège impérial s’arrêta chez M. Broquant pour visiter sa fabrique de filets de pêche. Avant de quitter l’atelier de cet honorable industriel, l’Empereur lui remit la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur, pour le récompenser des efforts persévérants à l’aide desquels il est parvenu à créer une industrie réclamée depuis longtemps par les mariniers et si utile à l’extension et à la prospérité de nos entreprises de pêche.


Après cette visite, Leurs Majestés se dirigèrent vers la gare et le départ eut lieu vers six heures passées, aux cris mille fois répétés comme à l’arrivée de VIVE L’EMPEREUR ! VIVE L’IMPERATRICE ! VIVE LE PRINCE IMPERIAL !


L’Empereur laissait à Dunkerque M. de Forcade de la Roquette, ministre des travaux publics, avec mission de se rendre le lendemain à Gravelines pour visiter le port, en reconnaître l’importance et s’enquérir des besoins de la population.


En terminant ce compte-rendu, n’oublions pas de mentionner ici que l’Empereur, dans son inépuisable bonté pour la classe nécessiteuse, adressa peu de temps après, à M. le sous-préfet, par l’entremise de M. le préfet du Nord, la somme de 7.000 francs à répartir entre le bureau de bienfaisance, les salles d’asile, la crèche Sainte-Eugénie, les pêcheuses et les ouvriers du port et des fortifications. Les médaillés de Sainte-Hélène furent ainsi compris dans les générosités impériales.


Enfin Sa Majesté daigna également adresser à Mme la vicomtesse de Jessaint un très beau bracelet comme témoignage du bon souvenir qu’elle avait conservé de sa visite à Dunkerque, et l’Impératrice voulut bien aussi envoyer un charmant médaillon à Mlle Broquant qui lui avait offert un bouquet à l’arrivée. »

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