La suite d'Histoires du Nord ...

samedi 1 octobre 2011

octobre 2011

Notre dixième mois de l’année, a gardé son vieux nom qui tire son origine de la huitième place qu’il occupait dans le tout premier calendrier romain. Avec octobre c’en est fini de l’été. Le mois va s’avancer dans un mouvement de déséquilibre issu des remous de l’équinoxe. L’arrière-saison va s’évanouir doucement, faisant place aux brumes tenaces, aux pluies et aux premiers frimas. Déjà on nous annonce une chute des températures pour le jeudi 6 octobre. Mais Octobre ne deviendra le « Brumaire » du calendrier républicain que le 22 du mois et restera encore très marqué par les travaux de Vendémiaire, vendanges et dernières récoltes, notamment des pommes à cidre.


Mois du grand déclin végétal, octobre va se dépouiller lentement, après l’offrande d’un flamboyant bouquet, et sombrer, avec des nuits de plus en plus précoces, dans une atmosphère mélancolique déjà esquissée en septembre, comme le chantent si bien ces vers d’Alphonse de Lamartine :


Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure,


Feuillages jaunissants sur les gazons épars !


Salut derniers beaux jours ! ….


Les jours en effet diminuent d’une heure et quarante-sept minutes dans le mois ; leur longueur moyenne est de onze heures et cinquante et une minutes dans la première semaine, de dix heures neuf minutes dans la dernière. Dans la nuit du 30 octobre, nous passerons à l’heure d’hiver ce qui va accentuer ce mouvement. N’oublions pas de retarder nos montres d’une heure.


J’aime à revoir encore…


ce soleil pâlissant, dont la faible lumière


perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois !


La brume qui vaut son autre nom à octobre dans le calendrier républicain, Brumaire, serait, parait-il, produite par un monstre marin qui, jaloux de la lumière du soleil, soufflerait une vapeur du fond des eaux pour assombrir le jour. Brumaire c’est aussi le mois des premières gelées, celui où certaines nuits, des champignons comestibles se transformeraient en elfes, tandis que d’autres deviendraient des démons.



Aux champs, les travaux sont urgents avant l’arrivée effective du froid, du gel et des pluies. Après la déchaume, il faut terminer les labours, les fumures et s’attaquer sans tarder aux semailles non effectuées en septembre.


Octobre marque le nouvel an agricole comme saint Michel en Septembre a marqué la fin de l’été. D’où ce dicton pour la saint Léger le 2 octobre : « Ne sème point à Saint Léger, si tu ne veux blé trop léger ;Sème au jour de la Saint François, Il te rendra grain de bon poids.


Mais n’attends pas la Saint Bruno, ton blé serait « abruné » ou noiraud (noirci). »


Saint Léger était évêque d’Autun. Il mourut vers l’an 680, victime d’un règlement de compte politique, comme ceux de ces dernières semaines ! Rien de nouveau sous le soleil !



Après la récolte des fruits, il va falloir songer à la taille des fruitiers à pépins, et selon les phases de la lune, il faudra penser aussi à préparer les trous pour les nouvelles plantations des fruitiers. Le travail ne manque donc pas !


Un autre dicton pour ce même jour de la saint léger, est un conseil d’hygiène : « A la saint léger faut se purger. » Sans doute parce que Septembre, mois par excellence des récoltes, donnait lieu à quelques ripailles et qu’il était donc tout indiqué d’aborder l’automne avec une bonne purge forcée. Il est d’ailleurs fortement recommandé de se purger à chaque changement de saisons. Nos aïeux étaient de chauds partisans de l’évacuation forcée pour bien commencer l’automne.



C’est souvent en ces périodes que se situe un nœud lunaire, jour où il ne faut pas travailler. Le jardin bien sûr ! Cette année ce sera le 2 octobre puis le 16 octobre et enfin le 29 octobre, déterminant la courbe lunaire montante jusqu’au 16 avec la pleine lune le 12 à l’apogée de la course de notre astre familier autour de notre terre, puis une courbe descendante du 16 au 29, ce qui sera une période favorable pour la plupart des plantations. Le 16 octobre pour la saint Gall il faut non pas planter mais couper les choux d’hiver : « Coupe ton chou à la Saint Gall, en hiver c’est un vrai régal » pour la soupe.


La période de lune descendante sera un moment idéal pour semer avant l’hiver et pour mettre en place les fleurs à bulbes à floraison printanière entre autres et s’occuper des pelouses. Mais ensuite après le 16 il faudra plutôt tailler et terminer les dernières récoltes, les coings si ce n’est pas encore fait et les citrouilles et les courges, entre autres et pas nécessairement parce que ça va être halloween. Le 18 pour la Saint Luc : « Ne sème plus, ou sème dru. » Et aussi : « A san Lu, Foou samenar mouei ou du. » Semer dru c’est semer épais car beaucoup de grains ne pousseront pas si on sème trop tard. Il ne faudra pas oublier de récolter les betteraves sucrières. C’est le moment où elles sont le plus chargées de suc : « A la saint Luc, la betterave devient suc. ».



D’autres grands saints populaires marquent ce mois d’octobre. Le 1er c’était aussi autrefois la Saint Rémi, celui qui a baptisé Clovis. Chacun connaît la fameuse phrase que le saint évêque aurait alors prononcé : « Courbe la tête, fier Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. » La réponse attribuée à Clovis relève de la légende et de la plaisanterie, mais comme elle est drôle, articulée sur un vilain jeu de mots, je ne la dirai qu’à ceux qui me la demanderont !


Le 6 octobre on fête saint Bruno, ce natif de Cologne, prêtre et professeur de théologie au XIème siècle qui se retira dans les montagnes de la Chartreuse en Isère pour y fonder l’ordre monastique des Chartreux.


Saint Denis, premier évêque de Paris, célébré le 9, est un des saints les plus populaires en France. Décapité, avec ses compagnons Rustique et Eleuthère, sur le Mont des Martyrs, Montmartre, il aurait pris sa tête sur ses mains et aurait marché jusqu’au lieu de sa sépulture, l’actuelle basilique de Saint Denis. Sur le trajet, à plusieurs reprises il se serait arrêté ou serait tombé. A ces prétendus endroits, s’élevait une sorte de mini oratoire devant lesquels les cortèges des Rois de France ne manquaient pas de faire une halte dans les processions accompagnant leur dépouille vers leur sépulture.


Dans les dictons pour ce jour-là il est toujours question de semis. On est dans les délais: « Qui sème à la saint Denis, bonne sèmerie. »


Pour ce qui est des prévisions du temps, s’il fait beau ce jour-là : « Beau temps à la saint Denis, l’hiver sera bientôt fini ! » Ou encore : « Beau temps à la saint Denis, Hiver pourri ! » Et s’il pleut : « S’il pleut à la saint Denis, la rivière sort neuf fois de son lit ! »



Les Uzétiens m’en voudraient si je ne parlais pas de leur saint Firmin dont la foire reste toujours fixée au 11 octobre, alors que tous les autres saints Firmin, celui d’Amiens et celui de la féria de Pamplona sont célébrés le 25 septembre. Il faut bien montrer nos particularités ! Notre saint Firmin fut élu évêque d’Uzès à 22 ans, en 538. Il mourut, selon la tradition en 553, au lieu-dit « Firminargues ». Il fut enterré dans la basilique qu’il avait fait construire dans un faubourg d’Uzès. Le lieu prit de l’importance et devint un vrai bourg avec sa propre administration et ses consuls. Il était situé dans l’actuel quartier de La Périne. Les pèlerins vinrent sur la tombe de Firmin. Cela attira toutes sortes de commerces comme dans bien des lieux de pèlerinage. On fit même une foire. Les affaires dégénérèrent et le clergé fit disparaître les reliques. La foire subsista jusqu’à la disparition de ce bourg. En 1385 la ville d’Uzès, fut autorisée, par lettres patentes du Roi de France, à organiser cette foire à l’intérieur des murs. C’est notre foire de la saint Firmin.



Il faut enfin noter, que c’est au moment de la fête de la sainte d’Avila, Thérèse, le 15 octobre, qu’eut lieu la réforme du calendrier grégorien. C’est précisément dans la nuit du jeudi 4 octobre 1582 que la grande mystique mourut. Elle fut enterrée le lendemain, mais on était alors déjà le vendredi 15 octobre !


Il fut en effet décidé par le Pape Grégoire, que pour rattraper le décalage du calendrier Julien avec le cycle du soleil, il fallait supprimer dix jours de calendrier. Ce décalage fut appliqué en France au mois de décembre de la même année, et le lendemain du 9 décembre 1582 fut donc le 20 décembre 1582. En Angleterre cette réforme ne fut appliquée qu’en 1752. Des pays comme la Russie et l’église orthodoxe appliquent encore le calendrier julien. Vrai casse-tête pour les historiens, voire aussi pour les généalogistes pour faire concorder les dates et aussi parce que ces jours de calendriers supprimés ne l’ont pas été aux mêmes dates ! Cette réforme du calendrier a entraîné aussi un décalage des fêtes et des dictons qui s’y réfèrent au sujet du temps, la plupart étant de création très ancienne. L’exemple le plus connu étant celui de la sainte Luce en décembre, qui ne correspond plus au solstice d’hiver ou celui de la saint Médard dont je vous ai entretenu dans de précédentes chroniques.


D’où l’importance de se référer à la lune qui elle n’a pas changé et de savoir, comme Monsieur Jourdain, quand il y a de la lune ou quand il n’y en a pas, pour replacer nos vieux dictons dans leur bon contexte.


Pour la saint Raphaël, le 24, patron des malades, des infirmes et des pèlerins, associé à Saint Michel déjà fêté, et à saint Gabriel dans le nouveau calendrier de l’église, la chaleur sera finie sans rémission. On pourra songer, si ce n’est déjà fait, à allumer le chauffage : « A la saint Raphaël, la chaleur remonte au ciel. » D’ailleurs, à la saint Crépin le 25 octobre, plus de mouches ! « A la saint Crépin, les mouches voient leur fin ! » Crépin et Crépinien, étaient deux nobles romains qui s’étaient fait savetiers par humilité chrétienne et pour échapper aux persécuteurs du IIIème siècle. Ils chaussaient les pauvres gratuitement, dit leur légende, tandis que nulle-part ailleurs, les riches ne trouvaient d’aussi bons souliers. Dans Jules César, Shakespeare les loue « d’avoir encore mieux soigné les âmes que les pieds de leurs clients » Ils sont devenus tout naturellement les saints patrons de tous ceux qui travaillent le cuir et bien sûr des cordonniers. On disait d’un homme chaussé trop à l’étroit et que les souliers torturent, qu’il est « logé dans la prison de saint Crépin ».


Il est encore question des mouches, ou de chaleur, le 28 octobre pour la fête des deux apôtres Simon et Jude : « A la saint Simon, l’éventail se repose. » On n’a plus besoin de cet objet si cher aux belles espagnoles et que l’on a vu revenir à la mode avec les périodes de fortes chaleurs de ces dernières années. .



Notons encore, puisque les loups sont d’actualité, pas toujours ces animaux redoutés des bergers mais aussi d’autres loups plus rapaces les uns que les autres ! - encore notre actualité ! - que c’est en date du 1er octobre 1438 que des loups sont entrés dans Paris et ont dévoré des parisiens. Quant à la bête du Gévaudan, sans doute un grand loup, elle a été tuée un 31 octobre. Voilà qui nous amène, avec les courges cueillies en octobre, et les loups-garous, aux fantasmagories et aux festivités païennes de fin octobre/début novembre, festivités qui ont donné naissance à ces fêtes d’Halloween dont on ne dénoncera jamais assez le caractère commercial et diabolique.


Soyez prudents et couvrez-vous bien :« Oou mes doctobre, Qu’a ges de raoubo, que n’en trobe. » Il est en effet désormais temps de penser à se couvrir ! … et n’oubliez pas le changement d’heure dans la nuit du 29 au 30 octobre.


A Diou sias.



Jean Mignot au soir du 30 septembre 2011

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