La suite d'Histoires du Nord ...

samedi 1 octobre 2011

Pourquoi le Flamand de France ne peut être dans le " bloc identitaire"



Depuis quelques semaines, je feuillète quand mon état de santé le permet le dossier du Canard enchaîné concernant Mme Marine Le Pen... et je reviens régulièrement sur les pages concernant les groupes identitaires...


Il est bien connu, en temps de crise économique surviennent d'autres crises : crise de foie, crise de confiance dans le système socio-économique et dans le microcosme politique, encore marqué en France par le jacobinisme et deux cents ans de centralisation plus poussée que sous l'Ancien Régime... Temps de difficultés, donc temps de repli où l'on ne manque pas de désigner des ennemis objectifs, en l'occurence les financiers internationaux et des ennemis subjectifs: les autres, ceux qui ne relèvent ni de sa propre culture, de sa propre langue, et aussi, malgré les leçons du siècle passé, ceux issus d'autres peuples, ou d'autres ethnies... Notez bien qu'ici il n'est nullement question d'autres races, le concept est dépassé depuis bien longtemps et la science a bien démontré qu'il n'y avait en tout et pour tout qu'une seule race: la race humaine, les différences ne sont que des variables.


Or donc, la plupart des identitaires, sous couvert de sauvegarde d'une Flandre rêvée, voire fantasmée, se couvre des oripeaux d'un nationalisme régional qui esclut l'étranger. Malheureusement, la Flandre de France est toute petite, donc forcément, les "autres" sont pléthore.


Regardons cependant de l'autre côté de la frontière: les Flamands de Belgique s'opposent aux francophones Wallons. le débat pourrait se réduire à un combat entre germanité et romanité... Certains le voudraient mais la raison est plus prosaïque. Il ne fait pas oublier qu'en Belgique, la promotion sociale fut assurée pendant longtemps aux seuls francophones et le roi, qu'on rappelle neutre et "étranger" car issu de la maison de Saxe-Coburg, ne peut intervenir sauf à prendre des décisions ultimes comme la journée d'abdication de Baudoin lors du vote sur l'avortement. Au-delà, le roi fait la Belgique, mais au seul titre de caution morale car finalement neutre... ou coincé entre les communautés (et encore laisserons nous là la communauté germanophone octroyée à la Belgique par le Traité de Versailles). Pour les Flamands de Belgique, il s'agit avant tout de revanche. En effet, depuis la naissance de la Belgique en 1830, c'est le pays noir wallon qui tient l'économie : mines, villes-ateliers, industrie lourde alors que les Flamands, qui ne parlent pas ou si peu la langue du pouvoir, restent avant tout une communauté rurale mais dont la façade portuaire, certes restreinte, offre dès le XIXe siècle, de nombreuses opportunité. Au XXe siècle donc, le Flamand, c'est le paysan, le "bouseux" qui doit quitter le pays par manque de travail comme au moment de la crise textile à Gand ou Vervins pour faire des allers et retours au dessus de la frontière pour joindre les villes textiles de Flandre française, puis pour s'y installer... Aucune commune du département de nord ou du pays minier n'échappe à cette vague massive d'immigration. Ils doivent aussi subir les attaques de la communauté en place qui, francisée à l'extrême par Louis XIV comme par la IIIe République, voit arriver d'un mauvais oeil ces "cousins" oubliés que de toute façon ils ne comprennent qu'à de rares exceptions.


Pourtant, la similitude des noms, la ressemblance des accents et le fond chrétien permettent une intégration relativement rapide... Après eux, les Polonais, puis les ressortissants des anciennes colonies et autres protectorats les rejoignent, avec des bonheurs plus ou moins réels quand à la facilité à se glisser dans le moule.


Revenons quelques instants à la Belgique flamande. Elle profite du cataclysme de la fin des trente glorieuses, ses ports attirent de plus en plus et l'arrière-pays de ces havres se couvrent de nombreuses zones d'activités alors que l'industrie wallonne, qui date de la Révolution Industrielle se meurt lentement et fait glisser la moitié de la Belgique dans la précarité. Vengeance qui se consomme depuis maintenant une quarantaine d'années et qui ne se dément pas au vu des crises gouvernementales qui se succèdent outre-Quiévrain et dont lesquels les vexations et humiliations des combats de l'Yser reviennent régulièrement, tout autant que le souvenir tronqué de la bataille de Courtrai de 1302 où les milices flamandes culbutent la fine fleur de la chevalerie française, sans faire de quartier, et confisquent les éperons d'or des seigneurs de France... tout en oubliant au passage que quelques communes flamandes avaient fait serment de fidélité au roi de France comme Veurne, et que des milices wallonnes comme celles de Liège étaient côté flamand... Mais la politique a pour curieuse habitude de redessiner les repères historiques...


Mais en France alors? La France a toujours été bon gré mal gré une terre de passage, si ce n'est d'accueil. La terre de Flandre n'échappe pas au phénomène. Située au nord-ouest de la plaine germano-polonaise, elle a vu passer autant les peuples en armes que les armées et a payé le prix fort des derniers conflits. Les guerres finies, il faut reconstruire et pourtant, on ne rechigne pas à faire venir de loin, de plus en plus loin, de nouveaux bras pour relever le pays. L'essentiel des combats de la Grande Guerre avait eu lieu dans ce quart de France qui part de la banlieue d'Ostendre en Belgique à la frontière suisse en passant par la Somme et effleurant Paris... Tout est à rebatir, et l'on peut, ainsi qu'aurait pu le dire H.U Rudel, voir tous les clochers alentours en se perchant sur une chaise. La seconde guerre mondiale laisse un bilan semblable mais étendu au reste du pays... Avec cette volonté toutefois, de profiter des trente glorieuses et donc du plein emploi... un emploi tellement abondant qu'encore une fois l'on fait appel à une immigration massive que l'on intègre plus ou moins bien.


Or, le rejet des populations endogènes par les indigènes est un phénomène classique en temps de crise économique. Le manque de connaissance des populations venues d'ailleurs concourt à ce rejet, autant sinon plus que la volonté de certaines personnes de ne pas vouloir s'intégrer en apportant ses us et coutumes, voire d'imposer leur mode de vie... Un dictoon dit "quand on, va à Rome, on vit comme les Romains" mais ces "resistants" à l'intégration ne sont qu'une minorité, imités souvent par manque de perspectives des jeunes qui pensent, par l'exacerbation de l'évocation des racines, trouver une existence sociale qui leur est souvent refusée. A la République donc de les intégrer comme elle le fit des Belges, des Polonais et autres populations.


De plus, que dire de la Flandre historiquement parlant. Ses limites ont toujours été fluctuantes, même Arras a longtemps été flamande, pourtant elle est capitale artésienne... D'une petite bande côtière coincée sur le Zwin, à Bruges, la Flandre a conquis, perdu, reconquis souvent ses voisins... tout en excitant la convoitise des puissants rois de France. Après tout, le sud des Pays-Bas espagnols n'a-t-il pas été conquis par les troupes de Louis XIV pour offrir à Paris un boulevard défensif pour en faire véritablement le coeur de la France, ainsi que le souhaitait Mazarin dans les instructions aux plénipotentiaires de Strasbourg en 1646... Tout cela pour éviter à nouveau le traumatisme de Corbie de 1636 !


Les Français donc se sont installés en terre conquise et ce n'est qu'à l'intervention de Vauban que cette occupation s'est faite plus facilement en recommandant de ne pas exclure les Flamands des postes à responsabilité. De l'hostilité de 1667, on passe à la défense de la frontière lors du siège de 1708... Autre raison, la Flandre d'alors est riche, assez riche pour que le paysan flamand puisse mettre du beurre sur son pain, que les villes regorgent d'atelioers de drapiers et autres foulons, que le travail des produits de luxe n'est pas un secret pour les Flamands et que la vie culturelle des Flandres, des peintres aux chambres de réthorique, est foisonnante.


Pourtant la Flandre a continué son metissage notamment par le circuit des grandes foires où les produits du monde entier transitent, où les monnaies de toutes les parties connues du monde changent de main grâce aux banquiers italiens. Au delà même de toute considération économique locale, il faut ajouter que la Flandre, même aujourd'hui côté français, fait sous Charles Quint, partie d'un empire sur lequel "le soleil ne se couche jamais"... Cela créé des liens autant que des habitudes. Avec son importante façade maritime, très peuplée, notre Flandre n'est en fait qu'un vaste port... et que certaines de nos villes sont alors mondialement connues.




Certes, certains identitaires diront que le facteur culturel est le pivot de leur réflexion. Mais de quelle culture parle-t-on? Est on ici nostalgique du Siècle d'or des Archiducs où les grandes villes étaient autant d'Athènes du Nord? Est-ce le souvenir des riches heures de la souveraineté bourguignonne qui prévaut? Ou tout simplement les réminiscence d'un passé très proche où tout allait ou sembler allait mieux pour le commun des mortels?


Faut-il alors se référer à la langue. Côté belge, elle a été réformée pour suivre le néerlandais et s'est éloignée de celle parlée au Siècle d'or alors que de ce côté-ci de la frontière définitivement tracée à la paix d'Utrecht, se trouve une situation radicalement différente: de part et d'autre de la Lys, institutions comme particuliers ne parlent pas la même langue: flamand au nord jusqu'à la mer, français au sud... et d'avoir comme dans l'actuelle Belgique, des textes rédigés dans la langue de chacun pour que tout soit compréhensible... D'ailleurs, les coutumes de Flandre sont rédigées en version bilingue. Le Français ne gagne du terrain au nord de la Lys que par l'action des conquérants français qui imposent outre le fameux édit de Villers-Cotterêts, la tenue des preches en français. Mieux encore, la IIIe République impose le français dans toutes les étapes de la vie. A l'école, les enfants surpris à parler flamand ou à pratiquer un idiome local comme le Dunkerquois ou le Rouchi sont sévèremement châtiés, et les prêtres qui montent en chaire pour précher en flamand sont engeôlés... Très vite donc, le flamand se replie, en tant que langue, en divers dialectes locaux, très variables d'une communauté rurale à l'autre, et qui est de peu de secours aux Pays-Bas ou en Belgique... La langue, pour autant qu'elle soit importante dans la dimension culturelle d'une population, s'est rétrécie pour ne plus concerner que de petites portions de la population, essentiellement des personnes âgées et des volontaires pour apprendre dans différents cercles et associations... Quant à la langue que l'on commence enfin à enseigner dans quelques rares écoles et collèges, ce ne peut être que le néerlandais et non point le flamand dialectal.


Reste alors, comme évoquent certains identitaires, la religion. Mais de quoi parle-t-on en Flandre? D'abord de christianisme mais un christianisme tardif car les terres de Flandre font partie des derniers territoires évangélisés en Europe. Les vies de St-Vaast, de St-Erkembode, de saint-Wulmer ou encore de Sainte-Godelieve le montrent bien... Le christianisme est chose récente au regard du reste de la France (d'où des réflexes parfois surprenants dans la mentalité collective). Considère-t-on alors le catholicisme romain ou le réformisme protestant. Pourtant la lutte entre les deux interprétations du dogme s'est faite âpre et d'une violence inouïe entre les Gueux iconoclastes et les catholiques locaux... au point de constater des massacres. Qui en Flandre ne se souvient de la répression du Duc d'Albe, le duc de sang, des prêches des haies, des buchers et autres assassinats... La révocation de l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau en 1685 a poussé bien des réformés à franchir définitivement les frontières, pourtant il est encore de nombreuses églises réformées en Flandre et les temples, quoique discrets, ne sont pas cachés? Quid alors de l'Islam, épouvantail de certains identitaires ? L'Islam est plus jeune que le christianisme d'à peu près sept siècles et connait les mêmes "maladies de jeunesse" que le christianisme tels la guerre sainte ou l'exaltation religieuse. Après tout, les chrétiens catholiques ont dépassé l'idée de croisade depuis quelques siècles. N'avons nous pas eu nos propres fanatiques et inquisiteurs, n'avons nous pas eu nos propres déviants comme les Bogomiles ? Il faut donc avoir de la patience pour que l'infime partie de musulmans en Flandre s'adaptent comme la majeure partie de leurs corréligionnaires et entrent dans la masse des habitants de nos contrées. D'autant plus que la Flandre de France fait partie depuis 1905 d'un vaste état laïc où Eglise et Etat sont totalement séparées (malgré quelques discours de politiques qui remettent ce fait en cause - on a parlé semble-t-il de la supériorité morale des curés sur les maires et instituteurs...), une laïcité qui n'est guère plus remise en cause sauf quelques ultramontains royalistes et autres tradtionnalistes dissidents depuis le concile Vatican II... Mais là aussi, ce phénomène concerne réellement combien de gens ? Que par tradition on maintienne dans certaines villes des processions chrétiennes comme la bénédiction de la mer, cela ne semble pas choquer outre mesure. Les Protestants du XVIe siècle priaient dans le secret des champs et des haies, à l'abri de leurs demeures puis sont apparus au grand jour. Pour l'heure, les mosquées sont rares et la prière publique est parfois un pis-aller, mais un pis-aller que l'on ne retrouve pas encore dans nos rues. La décence des lieux de culte est essentielle au calme et à la pondération. Il fait donc faire montre de patience et le sujet religieux ne sera pas un obstacle. Après tout, qui relève encore par exemple que le vendredi, l'immense majorité des cantines scolaires propose du poisson aux repas ? Personne, pourtant la référence implicite au Vendredi Saint est latente mais nul ne la relève... Alors pourquoi pas des repas casher ou hallal, tant qu'ils ne sont pas imposés à la majorité pour la simple liberté de conscience... D'autant plus étonnant que personne non plus ne s'élève contre la présence de sapins décorés à Noël dans les lieux publics ou les écoles. Pourtant, il s'agit bien d'une tradition mais païenne, qui a profité du syncrétisme des évangélisateurs... Or il est devenu le symbole d'une fête religieuse (qui plus est n'est même pas fêtée à la bonne date... mais l'errreur dyonisiaque est une autre histoire)...


Alors que reste-t-il finalement aux Identitaires ? Parler du fonds germanique des Flamands. la référence serait certes historiquement correcte mais elle évoque des souvenirs bien peu agréables car relevant d'un discours d'un autre âge... Leur reste la celtitude pour certains mais que sait on des Celtes au final : pas grand chose. La thèse ethnique est donc caduque par manque de sources fiables et de toute façon battue en brèche par le mélange des populations depuis plus de deux millénaires qui veut qu'un quart des Français au moins serait affilié à Charlemagne, pas si flamand que cela après tout...




Enfin, le monde est un village où l'information arrive en temps réel, quasiment immédiatement et l'on nous demanderait de nous replier sur nous même ? Irréaliste ! Impossible ! Le tout est donc d'avoir la patience que les rares extrêmes soient intégrés à la masse de la population... Après tout, si l'on regarde ne serait-ce que nos fêtes, un point essentiel dans la compréhension des peuples, le brassage est réel, des références communes se trasnmettent et s'acceptent.... et ce n'est pas parce qu'une minorité visible est agissante ou remuante que les autres le sont nécessairement. Quand dans une manifestation, des jeunes cassent, sont ce tous les jeunes qui cassent et dégradent ? Si un policier est "ripoux", demande-t-on de condamner tout le commissariat.




Les identitaires font donc fausse route car leur postulat de départ est faux. Le peuple flamand est un peuple dur, dur à la tâche, dur à la fête, qui a connu d'incroyables souffrances, peut etre pas au point des peuples génocidés, mais tout de même le sang versé par nos ressortissants dans chaque guerre ne l'a jamais été en modeste quantité... Comment demander aussi à une population de rejeter les personnes plus faibles, plus fragiles, qui souvent fuient leur pays d'origine pour ne pas y mourir, soit par violence politique, par fait de guerre ou pour ne pas mourrir de faim quand nos parents et grands-parents ont si souvent pris le chemin de l'exil lors des conflits ? Et que tant de Flamands sont nés hors des frontières de leur "région historique" lors de ces mêmes conflits ? Il faut donc savoir raison garder, la présence d'autres cultures n'est pas un frein, elle reste un enrichissement donc nous ne savons plus profiter... Voilà ce manque de patience, cette absence de vue sur le long terme et cette volonté de se replier sur une Flandre fantasmée qui n'existe pas ou plus, c'est selon qui fait que les Identitaires de Flandre font fausse route.... Quand à évoquer l'Europe contre, finalement, le reste du monde, la façade est faussement accueillante car l'Europe est une mosaïque de peuples qui se sont affrontés, se sont déchirés, voire massacrés et qui tentent maintenant de vivre dans une union difficile à gérer, entre les mains de politiques et technocrates sans que les électeurs aient finalement grand chose à dire... Or les racines de l'Europe ne sont pas toutes occidentales, pas toutes chrétiennes et finalement, n'empruntent que peu à la Flandre ou à son ancien empire... L'Europe telle que décrite ici ne peut être une union d'exclusion, à condition toute fois que l'on définisse qui est en Europe et qui ne l'est pas... La question turque n'est donc en rien innocente... Voilà donc les raisons pour lesquelles les identitaires font fausse route mais plus encore, c'est qu'ils revêtent les oripeaux d'un nationalisme qui n'est celui de la thèse française, en réduisant ce nationalisme à un régionalisme bon chic bon teint. Ils lui préfèrent la thèse du sang des pangermanistes et des théoriciens allemands comme Théodore Mommsen en oubliant qu'en France, Fustel de Coulanges et Ernest Renan parlent eux de volonté commune de vivre ensemble, dans une communauté d'esprit et de culture... Tout n'est donc qu'affaire de temps mais sans céder aux exigences des plus fanatiques ou des plus fantaisistes mais direz-vous, c'est la responsabilité de tout le monde...

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