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lundi 7 novembre 2011

La banlieue de Dunkerque en 1888

In Henri Cons – Le Nord pittoresque – édition de 1888, Les éditions du bastion, réédition 1989



« La banlieue de Dunkerque – Mardyck – Saint-Pol – Rosendaël


Les ruines que causeraient cette submersion du pays, si considérables jadis, le seraient encore bien plus aujourd’hui. Elle anéantirait en effet seulement d’immenses espaces conquis à la culture, mais des villages prospères qui se sont élevés aux portes mêmes de Dunkerque et jusque dans le voisinage de la frontière. Ni le pays des Wateringues, ni celui des Moëres ne comportent de grandes agglomérations et, en dehors des places fortes de Gravelines, Bergues et Dunkerque, une seule a pu s’y former, le centre agricole de Bourbourg sur l’Aa. Mais Dunkerque devait nécessairement déborder au-delà de son enceinte ; la basse ville se prolonge au-delà du canal de Bourbourg vers la Petite-Synthe, le long de ce canal de Mardyck dont le nom eut, dans les dernières années de Louis XIV, un si triste retentissement, et dont l’aspect est maintenant si lugubre. L’entrée se confondant avec celle du canal de Bourgbourg est couverte de bateaux, puis l’eau diminue, la cuvette ne renferme plus qu’un mince filet, ruisseau d’écoulement de quelques watergangs ; le pont près de l’écluse, étroit, en dos d’âne, tombe en ruines et l’écluse inachevée par laquelle les eaux devaient s’échapper dans la mer laisse détacher chaque jour quelqu’une de ses pierres ; franchissant une maigre rangée de dunes, un fossé continue le canal au milieu d’une plaine absolument nue, récemment desséchée. Mardyck, situé loin de cette écluse, a depuis longtemps cessé d’être un port ; Fort-Mardyck, qui en est plus proche, est un joli village de pêcheurs, mais où nul étranger n’est admis à la possession des terres. C’est donc au plus près de la ville que se sont groupés, de l’autre côté de ce canal, à proximité de la mer, tous ceux que la construction de la nouvelle enceinte, les travaux du port, le désir d’échapper aux charges qui pèsent toujours sur les habitants des villes, ont rejetés hors de Dunkerque.


Peuplé aujourd’hui de 5.000 habitants, Saint-Pol, dont la munificence d’un particulier a favorisé a favorisé la croissance et la prospérité, est comme une petite ville, dont les maisons basses, blanchies à la chaux, avec toits rouges et contre-vents verts, s’alignent régulièrement dans des rues étroites. La plage, séparée de la ville par toute l’étendue du port, est peu fréquentée par les Dunkerquois et n’attirent que peu ou point d’étrangers. C’est exclusivement jusqu’ici un bourg de pêcheurs, mais dont l’ambition grandit avec les années, et qui prochainement peut-être disputera une partie de sa clientèle à l’aristocratique Rosendaël.


Située à l’est du port, du côté de la ville commerçante, à laquelle elle est reliée par un tramway, la « vallée des roses » a toujours une nombreuse population de jardiniers qui tirent de son sol les légumes dont se nourrit Dunkerque et les fleurs dont elle se pare, mais elle est de plus en plus son lieu de plaisance et une ville d’eau. De l’ancien bourg de Rosendaël-les-choux aux limites de la commune vers Dunkerque, se succèdent les maisonnettes avec de petits bosquets, au milieu desquels sont souvent dressées des tables et installés des jeux ; c’est la banlieue populaire, le rendez-vous des ouvriers, des soldats, des boutiquiers ; puis viennent des constructions plus soignées, à l’apparence de maisons bourgeoises, de bonnes auberges, et enfin, faisant face au terrain militaire, s’étendant vers la plage, des hôtels, des restaurants, des chalets, des villas. Entre la rue principale et la plage, derrière ce front de bandière de chaque côté des rues tracées dans le sable, des habitations destinées aux baigneurs, fermées 8 mois au moins de l’année, ne s’ouvrent guère que pendant la saison, limitée à cette latitude aux mois de juillet et août, quelquefois en septembre, plus rarement en juin, et doivent, pendant ces deux mois, rapporter à leurs propriétaires le prix de la location d’une année entière. Sur la plage enfin ou même dans les dunes, les villas à l’architecture variée, à la forme fantaisiste, comme on en rencontre sur toutes les plages en vogue. Au milieu une belle construction en briques et pierres de taille, avec une longue terrasse, de grands salons de conversation, un théâtre, un hôtel ; c’est le casino. Plus loin, sur le territoire même de Dunkerque, en planches, vu sa situation dans la zone des fortifications, le Kursaal avec restaurant, salon de jeu, salle de spectacle, où des artistes en renom se font entendre au fort de la saison, au moment des courses, qu’à l’instar de Deauville et d’Ostende, Rosendaël offre à ses hôtes de passage. Sans avoir ni la magnifique jetée d’Ostende, ni les coteaux de Trouville, ni les falaises de Boulogne, avec sa grande ville à ses portes, la vue toujours variée de la pleine mer, le mouvement des navires qui entrent dans le port ou qui en sortent, ses promenades dans les dunes, ses campagnes si pleines d’originalité, son voisinage de la Belgique ; en dépit de son éloignement de Paris, de sa proximité de Boulogne et d’Ostende, de la mélancolie de son ciel, Rosendaël ne pouvait manquer d’attirer sur ses sables de nombreux visiteurs. Elle devra renoncer peut-être au rêve un instant caressé de marcher avec les stations les plus bruyantes et les plus fréquentées, mais elle restera la plage du Nord, et le département où fleurissent tant de centres, créés et vivifiés par le travail, suffira pour assurer la prospérité d’une ville de calme et de repos. »

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