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vendredi 18 novembre 2011

Le meurtre du seigneur Arnoul d’Ardres

In Lamberti Ardensis historia comitum Ghisenensium, dans MGH Scriptores, t. XXIV, 1879, trad. du latin


Arnoul III d’Ardres fut égorgé par ses propres serviteurs aux environs de 1140. Selon le chroniqueur, ce représentant de l’aristocratie moyenne était généreux avec ses chevaliers mais faisait montre de rapacité envers les petites gens de sa seigneurie. La perspective d’un gain rapide le fait tomber dans un piège tendu par l’un de ses cuisiniers. Ce genre de meurtre ne reste pas sans punition, poursuivis par les proches du défunt, les coupables sont roués, empalés, écartelés…



« Comment Arnoul le Jeune a été tué par ses serfs et des assassins infâmes entre tous.


Son mari, Arnoul le Jeune, autant il était cher et agréable aux chevaliers, prompt et dévoué au service des princes de Guines au moins, ses seigneurs supérieurs, autant il était terrible et altier avec ses inférieurs par une certaine sauvagerie propitiatoire. De ce fait, certains de ses serfs et de ses sujets, ses familiers cependant et ses cuisiniers, et d’autres de leur race exaspérante et mauvaise, conspirèrent pour le tuer et se conjurèrent pour le faire mourir. Un jour donc, Arnoul sortit d’Ardres le matin lors de la fête solennelle des Saints-Innocents ; il s’éloignait vers Brêmes, comme s’il voulait entendre au moins une messe, en se tenant en dehors de l’église. Car il était interdit aux chanoines et aux prêtres d’Ardres de célébrer les mystères en sa présence ; et ce, tant qu’il serait à Ardres parce que, cité à venir en jugement en présence de l’évêque de Morinie, il restait contumace et rebelle, méprisant d’obéir et pour cela frappé d’une sentence rigoureuse de l’Eglise et d’excommunication. L’un des traîtres infâmes et des scélérats comptant au nombre de ceux qui complotèrent pour le faire mourir, accourt vers lui et presse le pas. Mentant à la manière de Judas, le traître le plus perfide et le plus indigne qui soit, il lui dit qu’il avait vu et entendu, dans le bois Fulbert, le long du chemin qui mène à Norhout, un riche paysan en train de couper le chêne le plus haut de tout le bois. Comme Arnoul était, nous l’avons dit, avare et cupide, cruel et tyrannique envers ses sujets, il pensait et espérait qu’il obtiendrait beaucoup d’argent d’un paysan qui n’existait pourtant pas. Il part au bois Fulbert seul avec le traître, pour ne pas être aperçu du paysan.


Alors qu’il se hâtait, seul à seul avec l’homme, par un sentier très étroit vers le son que faisaient les traîtres en martelant le chêne, comme si c’était le son de la cognée du paysan en train de couper le chêne, le traître qui le suivit sortait un gourdin qu’il avait caché dans le bois pour perpétrer son crime prémédité. Hélas, Seigneur, hélas ! Il jette de son cheval et renverse au premier coup porté sur la tête le chevalier chevaleresque, la gloire de la chevalerie, le bel homme au regard des fils enfants des Flandres. Les autres se hâtent, complices et coupables avec lui d’une si grande traîtrise ; ils jetèrent leurs mains sur lui, sortirent des coutelas et des poignards des plus impitoyables, et ils l’égorgèrent sans pitié. Son cheval, comme s’il redoutait les terribles assassins, s’enfuit effrayé et retourne à Ardres… »

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