La suite d'Histoires du Nord ...

samedi 17 décembre 2011

quand Lamartine se propose aux suffrages dans le Dunkerquois en 1839


A MESSIEURS LES ELECTEURS DE DUNKERQUE


Messieurs,


D’honorables offres de candidatures m’ont été adressées par un grand nombre de vos concitoyens : ils ont daigné se rappeler que Dunkerque était ma première patrie politique ; j’ai accepté franchement cette candidature. Voici pourquoi :


Je crois le pays menacé des plus grands périls, dans sa forme comme gouvernement, dans sa sécurité comme nation, par la crise que la coalition lui a suscitée.


Le gouvernement représentatif est attaqué dans son essence. On veut effacer deux pouvoirs constitutionnels de la charte. Au lieu de trois pouvoirs, on n’en veut plus qu’un. Le gouvernement se trouvera résumé tout entier dans une espèce de directoire ministériel indépendant de la royauté et nommé par une seule chambre. C’est bien pis que la république ; c’est le despotisme irresponsable d’une seule assemblée. Si les hommes qui veulent nous asservir ainsi à leur fantaisie révolutionnaire réussissent, c’en est fait de la liberté ! La liberté n’est que dans l’équilibre et dans l’indépendance des trois pouvoirs de la constitution.


Le principe de paix honorable fondé et maintenu depuis Casimir Perrier jusqu’à nous, est attaqué violemment par les mêmes hommes. Ils veulent non seulement déchirer les traités de 1815, mais les traités de 1830. En engageant la Belgique à les violer, ils entraîneraient la France et l’Europe entière dans une guerre sans cause, sans justice, sans honneur. S’ils réussissent, c’en est fait de la paix du monde, de ces industries, de ce commerce, de ces colonies, de cette agriculture qui ont besoin de longues années de sécurité et de paix !


Electeurs ! Votre sort est entre vos mains : en écrivant votre bulletin, souvenez-vous que vous écrivez la liberté ou la servitude, la paix ou la guerre, la richesse ou la ruine pour votre pays. Les noms d’hommes aujourd’hui signifient tout cela. Choisissez bien !


Je serais heureux que mon nom se présentât à votre pensée ; j’aimerais à revenir parmi vous deux fois l’homme de votre confiance. Je comprends vos intérêts maritimes, agricoles, coloniaux. Ces intérêts n’ont pas satisfaction ; ils n’ont pas égalité ; ils n’ont pas justice ; je le sais. Je me consacrerais à des défendre, car ils sont ceux du pays tout entier.


Porté à la candidature par plusieurs départements, on vous dira que j’ai des engagements avec d’autres que vous. Je n’en ai aucun, je vous l’affirme. Si j’avais consenti à en prendre quelque part, C’EUT ETE A DUNKERQUE, la patrie de ma reconnaissance et de mes souvenirs.


Libre de mon dévouement comme vous de votre confiance, je n’adresse pas un mot à d’autres électeurs qu’à vous, et vous devrez penser que si je n’avais pas un désir sincère et un espoir réel de pouvoir accepter vos suffrages, je ne me permettrais pas de les recueillir.



LAMARTINE


Ancien député du Nord et de Saône-et-Loire


Saint-Point, 23 février 1839


Dunkerque – imprimerie de VANWORMHOUDT

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