La suite d'Histoires du Nord ...

dimanche 31 juillet 2011

Dunkerque, 1940 : le point de vue d'Otto Abetz

Otto ABETZ (1903-1958)



ambassadeur d'Allemagne à Paris de 1940 à 1944.


"Correcte et même souvent prévenante, l'attitude des troupes allemandes au cours de la campagne de France avait ruiné, dans la population française, beaucoup de préjugés invétérés. Par contre, un changement d'opinion radical s'était fait jour envers l'Angleterre. Ce n'était plus un secret que Londres avait forcé la main à Paris, par la déclaration de guerre de septembre 1939, et les Français ne rendaient pas seulement leur propre gouvernement , mais aussi le gouvernement anglais, responsable de la bouleversante défaite militaire. Le rembarquement de Dunkerque, le retrait sans avertissement préalable du corps expéditionnaire anglais qui se trouvait en Bretagne, l'absence de l'aviation anglaise confirmait ce mot qui courait de bouche en bouche que "l'Angleterre voulait se battre jusqu'au dernier des Français". Parmi les officiers et les soldats français faits prisonniers à Dunkerque, il y en eut des milliers qui se proposèrent pour combattre aux côtés de l'Allemagne contre les Anglais. Dans les semaines qui suivirent, pour peu que l'occasion s'en présentât, presque tous les Français étaient unanimes pour exprimer leur désir d'un renversement d'alliances.

Ce désir n'était pas moins répandu du côté allemand. Au début de la campagne de France, l'opinion publique avait pensé qu'Hitler voulait seulement s'assurer une meilleure base d'opérations contre l'Angleterre, et qu'il attaquerait l'île britannique en partant des côtes françaises. Les plus hauts dirigeants eux-mêmes, politiques ou militaires, ne voyaient pas l'ennemi à Paris, mais à Londres. Aussi l'étonnement fut-il grand lorsque Hitler renonça, à Dunkerque, à poursuivre les fugitifs anglais et dirigea les opérations vers le coeur même de la France.

Les raisons qui le retinrent ne sont pas seulement d'ordre météorologique, ni imputables aux difficultés militaires d'un débarquement. Si Hitler avait été absolument décidé à entreprendre l'opération, les objections techniques les plus valables ne l'auraient pas dissuadé.

Historiquement, il est à peu près établi aujourd'hui qu'Hitler a laissé intentionnellement les Anglais s'échapper à Dunkerque. Le corps expéditionnaire anglais était déjà pratiquement encerclé quand Hitler donna à sa Leibstandarte, sur le canal de La Bassée, l'ordre étonnant de se replier. En empêchant les chars allemands d'attaquer, il permit à l'ennemi vaincu de se retirer à Dunkerque. Il est impossible de supposer que la crainte d'une attaque de flanc, menée dans le Sud par Weygand, ait déterminé Hitler à ces décisions, si vivement critiquées par l'Etat-Major allemand. Notons que, dans certains milieux du haut commandement, on présula que Goering, jaloux de la victoire des armées de terre, avait conseillé à Hitler de laisser les Britanniques s'embarquer pour permettre à la Luftwaffe de les couler dans la Manche...
Le ministre plénipotentiaire Hewel, chargé de la liaison entre Hitler et Ribbentropp, m'a donné personnellement une autre interprétation: la veille de cette décision, si capitale pour la poursuite de la guerre, Hitler lui aurait confié "ne pas pouvoir prendre sur lui d'anéantir une armée si apparantée à la notre par la race et le sang". Il peut paraître à première vue invraisemblable qu'Hitler ait eu pareille idée, mais n'exprimait-il pas au cours d'un repas au quartier général, pendant le deuxième hiver de la campagne de Russie, son étonnement que "dans ce combat décisif entre Germains et Slaves, les Anglais fussent du côté des Slaves" ?

La théorie de la race nordique, si en honneur dans le troisième Reich, était bien faite pour amener Hitler à estimer la tenacité anglaise à sa juste valeur. Les Anglais ne sont ils pas faits du même bois que les paysans frisons qui préfèrent perdre en frais d'avocat cour et maison plutôt que de céder un pauvre bout de terrain ? et n'y a-t-il pas dans le caractère anglais quelque chose du bouledogue, qui n'accepte le combat qu'en hésitant, mais n'arrive plus à desserrer les dents lorsqu'il a mordu l'adversaire? "


in Otto ABETZ, Histoire d'une politique franco-allemande, 1930-1950, Mémoires d'un ambassadeur, STOCK, Paris, 1953, pp 134-135

5 novembre 1789 : les édiles dunkerquois et la Garde Bourgeoise entrent en conflit

ADRESSE A MM. LES COLONEL & CAPITAINES DE LA GARDE-BOURGEOISE



MESSIEURS


Il paroit d’après votre arrêté que c’est à tort que j’ai annoncé, que le plus petit nombre de vous faisoit la loi dans votre Corps, & que le parti le plus considérable murmuroit tout bas ; mais n’osoit se plaindre. Ce n’est pas sans raison, Messieurs, que j’ai avancé cette assertion ; les 54 Signatures au bas de votre arrêté, ne font que me fortifier dans cette opinion, & me persuadent d’autant plus, que ce n’est que par complaisance ou foîbless que plusieurs de vous ont signé, ce qu’ils ne pensent pas.


Oui, Messieurs, je répéte que plusieurs d’entre vous, m’ont assuré ce que j’ai dit dans mon Mémoire, si dans un moment, où vous étiez réunis pour un festin, ils n’ont pas osé se montrer contraire à une opinion qui n’étoit pas la leur, ils ont sans doute été retenus par quelques considérations particulières ; il est tout naturel quand on sert dans un Corps, de paroître penser comme les autres, & sur tout comme ceux que l’on craint de contredire, ou que l’on a intérêt de ménager.


Je ne les nommerai pas, Messieurs, ceux qui m’ont donné pareille assurance : s’ils ont pu signer le contraire de ce qu’ils manqueroient pas de le demantir ; mais si ma prudence exige que je ne les décèle pas, je n’hésite pas à vous dire, que trois de vous, qui sont membres cu Comité, ont déclaré qu’ils désaprouvoient votre conduite : un d’eux surtout en a tellement été indigné, que le 26 septembre, jour de l’adresse du Comité aux Députés des corporations, il a dit, qu’il ne serviroit plus avec vous, à cause de votre inconséquence & de vos procédés indécens & déplacés, & sur les représentations et exhortations de quelques-uns de nous pour l’engager à exécuter vos foiblesses, & à ne pas se porter à ce parti violent, qui vous eut fait tort dans l’esprit du public, il a non seulement dit, que sa résolution etoit invariable, mais il y a persisté dans des termes beaucoup plus fort que je crois superflu de répéter. Quoique ce particulier, l’un des chefs de votre Corps, ait changé depuis de sentiment, & cédé à vos sollicitations REITEREES, ce qui prouve la bonté de son cœur, il n’est pas moins vrai, Messieurs, qu’il vous a blamés en présence des personnes qui ne pourront me démentir.


Quant au jugement que vous portez sur mon mémoire en le déclarant injurieux, indécent, insidieux, une foule de conséquences qui résultent de vos arrêtés & discours, prouvent ce que j’ai avancé ; je crois inutile de m’étendre davantage sur le même objet, ne doutant pas que mon mémoire aura suffi pour désabuser le public, que vos vains efforts ont tenté de prévenir contre moi.


Au surplus, Messieurs, qui vous a donné le droit de me juger ? Vous êtes illégalement constitués, vous vous êtes arrogés des pouvoirs qui sont une usurpation, vous vous êtes créés de vous-mêmes sans l’avoeu & l’approbation de la Commune, que vous avez eu le front de braver & d’insulter, en refusant de vous soumettre à la délibération du 18 de septembre dernier, en méprisant le Comité qu’elle avoit choisi pour exécuter ses volontés, & ne dites pas, Messieurs, que j’en impose ! Votre arrêté du 23 octobre, & celui imprimé du trois de ce mois, que vous venez de m’adresser, font la preuve de ce que j’ai avancé, quel est donc mon tort envers vous ? Celui d’avoir été assez courageux pour me défendre, afin de prévenir l’effet des insinuations dangereuses que quelques uns de vous ont répandues sur mon compte pour m’aliéner l’esprit du peuple, & de ceux qui ne doivent trouver dans ma conduite que la fermeté d’un citoyen zélé pour le maintien des droits des ses commettans.


Ce n’est pas moi MM. qui me suis donné le droit de désaprouver votre conduite, c’est vous-même, c’est la Commune assemblée qui m’a choisi membre du Comité, ce sont les membres de ce Comité qui m’ont honoré de la première Présidence : ma qualité subsiste toujours, & aussi longtems que la Commune ne s’assemblera pas pour recevoir ma démission, je conserverai le droit de m’opposer aux efforts que vous faites inutilement pour vous maintenir dans un despotisme qui doit être reprimé ?


Ce n’est pas mon mémoire qui est indécent, c’est votre conduite à mon égard qui mérite cette qualification. Vous aviez le droit de vous plaindre & de demander justice si vous vous trouviez insultés& vous n’aviez pas le droit de me juger ; ce droit appartient seul à la Commune que je respecte & que vous bravez, je ne puis mieux lui prouver tout mon dévouement qu’en l’assurant qu’aussi longtemps qu’elle laissera subsister les pouvoir qu’elle m’a donné, je lui serai fidel ; & que rien au monde ne pourra m’intimider quand il faudra embrasser sa défense.


J’ai l’honneur d’être,


MESSIEURS,


Votre très-humble & très-obéissant Serviteur,


Signé, COPPENS,


Président du Comité de la Commune



Dunkerque le 5 Novembre 1789




X X X


A Dunkerque, de l’imprimerie de E. LAURENZ, Place-Royale.

18 septembre 1789: Dunkerque en révolution forme une nouvelle Garde Bourgeoise en remplacement de la Garde Nationale

L’AN mil sept cent quatrevingt-neuf, & le dix-huit septembre huit heures du matin, les BOURGMAITRE ET ECHEVINS de la Ville et Territoire de Dunkerque, assemblés à l’Hôtel de Ville avec les Repésentans de la Commune, nommés & convoqués en la manière accoûtumée, pour délibérer sur un Projet de formation d’une nouvelle Garde-Bourgeoise qui commenceroit à être en activité au premier Octobre prochain, époque à laquelle la Garde-Bourgeoise actuellement établie doit cesser le Service ; lequel Projet a été formé par ladite Garde-Bourgeoise, communiqué au Magistrat & par lui adressé aux différens Ordres & Corporations de la Commune & aux Citoyens qui ne sont d’aucune Corporation qui ont été à cet effet assemblés ; après que lesdits Représentans de la Commune ont eu librement ouvert leurs avis ; les voix recueillies sur chaque objet qui a été mis en délibération, il a été résolu & arrêté que le nombre des Garde-Nuit sera augmenté jusqu’à soixante ; que la Garde-Bourgeoise actuellement établie sera priée de continuer son Service jusqu’au premier Octobre prochain suivant les offres : qu’il sera formé actuellement un choix par Scrutin, d’un Comité de douze Personnes, qui agira de concert avec les Officiers Municipaux pour la formation d’une nouvelle Garde-Bourgeoise : auquel effet dénombrement sera fait des Habitans par les Officiers municipaux, conjointement avec les Membres du Comité, laquelle Garde-Bourgeoise ne fera cependant le Service qu’en cas de nécessité absolue, connue & jugée telle par ledit Comité & les Officiers Municipaux : qu’il sera libre aux Confreries de former elles-mêmes leurs Compagnies particulières & seront exempts ceux desdites Compagnies de tout Service dans d’autres Compagnies : que toutes les Compagnies formées se choisiront leurs Chefs, qu’il sera également libre aux Capitaines de navire de former leurs Compagnies, qui, comme celles des Confreries, seront néanmoins subordonnées au Chef-Général de la Garde-Bourgeoise & au Comité.


Ainsi fait les jour, mois & an que dessus, signé, Jacques Pilliet, premier Vicaire, J.P. Renier, Vicaire, Coppens, B. Coppens, le chevalier de Saint-Trey, F. Lorenzo, Grégoire Lorenzo, Coppens d’Hondschoote, Leys, Labenne, Blaisiel, Montgey, Olivier, Masuel, Woestyn l’aîné, Sancey de Blaigny, Sta, Delfaux, Mayens, Cloquette, Cailliez, Masselin, P.F. Chamonin, A.J. Figoly, H. Coppin, H.J. Edouart, Colin, De Berckem, Lefebvre, Meynne, Caffiery, Lemaire, J.B. Vandewalle, J.N. Dechofal, Ns Gaspard, Coupé, Pierre Bonvarlet, J. Busterel, Pierre Cousin, J.B. Leroy, A. Ducrocq, Louis Lantein, Weins l’Aîné, Math. Pol. Delafontaine, Delongue, Teste Desvignes, J. Gourain, Verbulst Medecin Docteur, A.G. Langlois, Ducatez, P. Catty, Ph. Ducamp, Piessen l’Aîné, César Buytens, Houwens, Fils aîné, Charles Versmée, W. Christiaens, J. Carlier, P. Duhaudt, J. Butté, J. Lt Drieux, Godefroy, Moran, Caron, Jh Baillet cadet, P. L’hermite, marchand, P. Prouvoost, J.B. Cousin, Antoine Seraes. P. Brax, J. Bailleul, M. Capendu, d’Hondt, Costenobel, Pieters, P. Everaerd, N. Boudin, Charles Quieux, G.F. Dart, J.F. Buquet, Ph, Duhamez, H. Tureille, Ch. Febvrier, Everaerd, Gamblin, Dodanthun, Thiery Bourgmaître, De Meulebecque, Looten de l’Enclos, Pol. Lointhier, Macnamara Casey, Chevalier de Dreuille, Vanwormhoudt, de Man, Taverne de Coudecasteele, Hovelt & Merlan, Commis-Greffier-Juré.


Et sur le champ il a été procédé à l’élection, par la voie du Scrutin, de douze Personnes pour former le Comité dont il est question au Procès-verbal qui précéde, & le choix est tombé par le premier Scrutin sur Monsieur Emmery Colonel de la Garde-Bourgeoise actuelle, par le second Scrutin sur Monsieur Coppens, Procureur du Roi au Siège de l’Amirauté ?


Et attendu qu’il est une heure sonnée, la continuation de l’élection a été remise à ce jour trois heures de relevée. Signé, Jacques Pilliet, premier Vicaire, J.P. Renier, Vicaire, Coppens, B. Coppens, le chevalier de St-Trey, F. Lorenzo, Grégoire Lorenzo, Coppens d’Hondschoote, Leys, Labenne, Blaisiel, Montgey, Masuel, Olivier, Montgey, Sancey de Blaigny Médecin, Delfaux, Sta, Cloquette, Maeyens, Lefebvre, H. Coppin, H.J. Edouart, P.F. Chamonin, Caillez, Masselin, P. L’Hermite, Godeffroy, Verbulst Medecin Docteur, J. Bustereel, J.B. Vandewae Père, J.B. Leroy, C. Macrez, J.N. Deschosal, Caffieri, Colin, Ns Gaspard, Couppé, Moran, Caron, Math. Pol, Weins l’Aîné, Ls Lantein, Lemaire, A. Ducrocq, Delafontaine, Meynne, Delongue, F. Gourdin, H. Houwens Fils Aîné, P. Catty, Ph. Ducamp, P. Brax, A.G. Langlois, J.B. Cousin, J. Butté, A.J. Figoly, J. La. Drieux, P. Provoost, Teste Desvignes, J. Bailleul, Cesar Buyssen, Piessen l’Aîné, Pierre Bonvarlet, P. Everaerd, Ch. Febvrier, H. Toreille, M. Capendu, G.F. Dart, d’Hondt, W. Christiaens, Pieters, J.B. Baillet cadet, De Berckem, Lefebvre, Ch. Queux, Dodanthun, J.B. Buquet, Antoine Seras, Ph. Duhamez, N. Boudin, Martin Costenoble, Thiery Bourgmaître, De Meulebecque, Looten de l’Enclos, Pol. Lointhier, Macnamara Casey, Chev. de Dreuille, Vanwormhoudt, de Man, Taverne de Coudecasteele, Hovelt & Merlan, Commis-Greffier-Juré.


Et le dit jour dix-huit Septembre mil sept cent quatrevingt-neuf, trois heures de relevée, le Magistrat assemblé de nouveau en l’Hôtel de Ville avec les Représentans de la Commune, il a été procédé à la continuation de l’Election par la voie du Scrutin, des membres du Comité dont il est question au Procès-verbal de ce jour au matin, & le choix est tombé par le premier Scrutin sur M. Coppens d’Hondschoote, par le deuxième sur M. Masselin, par le troisième sur M. Desvignes, par le quatrième sur M. Woestyn l’Aîné, par le cinquième sur M. Colin, par le sixième sur M. Edouart l’Aîné, par le septième sur M. Boubert, par le huitième sur M. Chomonin, par le neuvième sur M. Delille Père, & par le dixième sur M. Power.


Et à l’instant a été fait lecture d’une Lettre écrite à l’assemblée par M. Emmery, Colonel de la Garde-Bourgeoise par laquelle il déclare ne pouvoir accepter la nomination faite de sa personne de membre du dudit Comité dont il étoit informé, & sur cela , la matière mise en délibération, il a été arrpeté qu’il seroit procédé à un nouveau scrutin pour nommer un suppléant au cas que M. Emmery persiste dans la démission par lui donnée, & que ledit Sieur Emmery, seroit prié de retiré sa démission, & a aussi arrêté qu’il feroit des remerciemens à M. Emmery, pour les services signalés qu’il a rendu à la Commune & qui ont contribué au maintien de la tranquillité publique : & l’assemblée désirant témoigner sa reconnoissance à tous les autres Citoyens qui ont partagé le Service de la Garde-Bourgeoise & maintenu par leur zéle la tranquillité & le bon ordre, leur vote de remerciemens pour leur Service passé & pour celui qu’ils voudront bien continuer jusqu’à la fin de ce mois & charge le Comité de leur transmettre ensuite ayant été procédé au nouveau Scrutin pour le choix du suppléan, M. Mazuel, a réuni la pluralité des voix.


Ainsi fait et délibéré les jour, mois & ans que dessus. Signé Jacques Pilliet, premier Vicaire, J.P. Renier, Vicaire, Coppens, B. Coppens, le Chevalier De St-Trey, F. Lorenzo, Gre. Lorenzo, Coppens d’Hondschoote, Leys, Labenne, Blaisel, Mazuel, Woestyn l’Aîné, Olivier, Sancey de Blaigny, delfaux, Sta, Mongey, Maeyens, Cloquette, cailliez, Hy. Edouart, Masselin, P.F. Chamonin, lefebvre, Goddefroy, P. L’hermitte, J.N. Dechosal, J.B. Vandewalle père, Verhulst Med. Doct., Nas Gaspard, Couppé, Caffieri, J Bte. Leroy, J. Bustereel, Lemaire, C. Macrez, Louis Lantein, Caron, Moran, Math. Pol, Weins l’Aîné, Marchand, F. Gourdin, A. Ducrocq, H. Houwens Fils Aîné, Meynne, Delongue, De la Fontaine, A.G. Langlois, J-Lt Drieux, P. Bracx, Piessen l’Aîné, JB Cousin, P. Cady, Ducatez, P. Provoost, J. Bailleul, A.J. Figoly, Ph. Ducamp, Charles Versmée, J. Butté, M. Capendu, Pierre Bonvarlet, Teste Desvignes, César Buyssens, De Berkem, Lefebvre, d’Hondt, H. Toreille, P. Everaerd, Charles Febvrier, Joseph Baillet cadet, Antoine Serras, Martin Costenobel, N. Boudin, Dodanthun, G.F. Dart, W. Christiaens, J.F. Buquet, Pieters, Charles Queux, Gamblin, Ph. Duhamez, Thiery Bourgmaître, De Meulenbecque, Looten de l’Enclos, Pol. Lointhier, Macnamara Casey, Chevalier De Dreuille, Vanwormhoudt, De Man, Taverne de Coudecasteele, Hovelt & Merlan Commis-Greffier juré.



A DUNKERQUE


De l’imprimerie de B. Weins, Imprimeur ordinaire de la Ville, 1789


Conjurer le mal avec Saint-Sébastien en 1349

Avant que la légende de Saint-Roch ne vienne actualiser la protection recherchée auprès des saints et de leurs reliques, la dévotion à Saint-Sébastien, populaire dès le début de la Peste Noire, en fait un intercesseur privilégié contre cette épidémie. Exécuté par les archers de Dioclétien en 288, ayant survécu malgré tout, son corps est démembré et jeté dans l'égoût de Rome. Des reliques de ce martyr invoqué à Rome contre la peste en 654, sont recueillies en 826 par le monastère de Saint-Médard de Soissons. Gilles le Muisit, abbé de Saint-Martin de Tournai rapporte des événements jusqu'en 1352.


source : Gilles le Muisit, Annales, ed. Lemaître, Paris, 1966 trad. du latin


" On divulgua que se trouvaient au monastère de Saint-Pierre d'Hasnon, dans un tombeau, les reliques de Saint-Sébastien : à l'époque où sévissaient la mortalité, une telle multitude de gens s'y rassemblaient et y confluaient, nobles, chevaliers, matrones, membres du clergé, chanoines, religieux de tout ordre et personnes des deux sexes, que le spectacle était d'une très grande et admirable piété. Mais avec la fin de la mortalité, après la Toussaint, le pélerinage et la dévotion cessèrent. De même, à Sain-Médard de Soissons, où l'on disait reposer le corps du martyr Saint-Sébastien, pendant tout le temps que sévit la pestilence de mortalité partout en Francen des gens de toute provenance, de tout sexe et de statut affluèrent. La tourmente passée, le pélerinage et la dévotion s'arrèterent aussi."

13 juillet 1302: Courtrai, une défaite française

source : Chronique artésienne (1295-1304)n ed. F. Funck-Brentano, Paris 1899, adap. de l'ancien français


"Quand Monseigneur d'Artois [note : le comte d'Artois, Robert, mourut précisément à Courtrai. Fils de Robert Ier d'Artois, frère de Saint-Louis, il avait suivi ce dernier à sa la seconde croisade (1270) puis avait porté secours à Charles d'Anjou en Italie (1283) ] apprit que Pierre le Roy et ses gens étaient partis de Cassel et s'étaient retirés cers Courtrai - Monseigneur d'artois avait été à Arras de la Saint-Jean au 1er juillet - , il partit d'Arras. Son armée se montait bien à 10.000 armures de fer et 10.000 arbalétriers, sans les fantassins. etaient maréchaux de l'ost messire Guy de Nesle et messire Renaud de Trie, messire Jean de Burlats [note : Guy de Clermont sire de Nesle, et Jean de Burlats (auparavant sénéchal de gascogne et maître des arbalétriers) moururent à Courtrai] était maître des arbalétriers. Ils se rendirent ce jour-là à Lens, le lendemain à Marquette et ils y demeurèrent 4 jours. Ils apprirent que les Flamands étaient à Courtrai et assiégaient le château; les assiégés n'étaient pas certains de pouvoir tenir plus de huit jours. Monseigneur d'Artois et son conseil se rendirent compte qu'ils ne pouvaient pas faire de mal à leurs ennemis sans en être plus proches; ils décidèrent donc de se rapprocher, de se rendre près de Groeninghe, une abbaye de "nonnains grises" [note : Groeninghe ou Groeningen était une abbaye de franciscaines] . C'était un mercredi, le jour de la Saint-benoît, le 11 juillet, l'an 1302. Alors qu'ils s'apprêtaient à plier bagage, monseigneur d'Artois et les maréchaux donnèrent l'ordre de se ranger en bataille car l'ennemi était tout près en haut des fossés devant Courtrai. Ils avaient fait ces fossés très habilement : certains étaient tendus de cordes et d'autres étaient recouverts d'herbe et de claies, pour nuire à nos gens, et nos gens ne pouvaient pas combattre sans passer par ces fossés et se mettre dans un mauvais pas. Et y entrèrent donc monseigneur d'Artois et sa bataille [note : son corps de troupe], messire Raoul de Nesle, connétable, et les deux maréchaux, et messire Jacques de Saint-Pol [note : Jacques de Chatillon, comte de Saint-Pol, gouverneur de Flandre en 1300-1302 est mort à Courtrai], Jean de Burlats et un grand nombre de gens qui étaient en ordre de bataille, et ils ne se tinrent pas dans l'alignement de leur bataillon à cause du désir des prouesses qu'ils voulaient accomplir ce jour-là, et tous y moururent. Et ils se tuaient entre eux car ils tombaient dans les fossés et là ils se noyaient ou étouffaient les autres. Quand les Flamands se rendirent compte de la tournure prise par les événements, ils tuèrent un grand nombre de nos gens. Quand le comte de Saint-Pol qui commandait l'arrière-garde se rendit compte du malheur qui arrivait, il donna l'ordre, dès qu'il put, de battre en retraite, et chacun s'enfuit comme il pouvait, et ils jetaient leurs armures et laissaient leurs tentes et tous leurs biens, c'est ainsi que firent messire Louis de Clermont et le comte Robert de Boulogne. Et ils abandonnèrent sur le champ de bataille tous les princes et les chevaliers qui sont nommés ci-dessous sans compter le reste des chevaliers et des gentilshommes et fantassins qui trouvèrent la mort, noyés ou blessés, et dont il y eut bien 5.000 (...).

samedi 30 juillet 2011

une invention de reliques au VIIIe siècle d'après la passion de Saint Sauve de Valenciennes

Jusqu'au Xe siècle, les principales sources hagiographiques sont des légendiers, c'est-à-dire des recueils de vies de saints destinés à une lecture publique. Ils associaient quelquefois au souvenir des saints et des martyrs universels des premiers temps de l'Eglise les figures des premiers évangélisateurs vénérés dans la province où le recueil avait été composé. Leurs Vies sont en général des récits succincts, incomplets, dans lequel le stéréotype édifiant et le goût du merveilleux l'emportent sur la réalité biographique. La "Passion de Saint-Sauve, évêque et martyr" illustre ces tendances. Le texte fut compoosé au début du XIe siècle, lorsque le culte de cet évêque se répandit en Austrasie. Le récit s'intéresse presque exclusivement à la mort de l'évêque; il ne fut pas à proprement parler un martyr de la foi, puisqu'il fut assassiné avec son disciple, au temps de Charles Martel, par le fils de l'intendant du fisc de Valenciennes qui voulait dérober l'orfévrerie liturgique que l'évêque transportait. Les corps de l'évêque et de son disciple furent ensevelis clandestinement pendant trois ans dans une étable du domaine (chap.9). Tandis que Charles Martel, averti par une vision angélique, comme on le lit au chapitre 12, fit rechercher et châtier les assassins, qui furent châtrés et eurent les yeux crevés (chap? 13 et 14), le peuple, alerté par un miracle lumineux, "reconnait" les reliques et notifie le fait au clergé et aux évêques, qui procèdent à leur élévation et à leur translation solennelle. Le pape n'intervient pas, à cette époque, dans la définition du culte. Au-delà des stéréotypes classiques des récits miraculeux, l'épisode relate assez précisément l'institution d'un nouveau culte à l'époque carolingienne; la manifestation de la volonté divine qui empêche le déplacement des reliques cers certaines églises traduit sans doute, symboliquement, un conflit entre plusieurs sanctuaires pour la possession des reliques.



Pour information;"invention" est le terme adéquat pour découverte.






source : Maurice Coens, "La passion de Saint-Sauve, martyr à Valenciennes" in Annalecta Bollendiana, t 87, 1969, trad du latin






"CHAP. 11 : Le temps s'était écoulé, après le cours de trois années, le Christ notre seigneur Dieu, par les suffrages des mérites des saints hommes, commença à ouvrir le secret qui gisait caché dans l'étable. Cette année-la, il y avait une femme du domaine de Beuvrages, nommée Rasuera, qui se tenait remplie d'inquiétude, près de sa maison, dans le calme de la nuit. Une nuit, elle faisait donc la ronde autour de sa maison au milieu de la nuit profonde, comme elle avait fréquemment l'habitude de le faire? Elle tourna en effet son regard en face de ladite étable où Saint-Sauve et son disciple gisaient secrétement inhumés, et vit, très proche, une grande lueur dans l'étable et elle courut à la porte pour vérifier s'il y avait quelqu'un. La vieille femme reconnut alors qu'il s'agissait de la Vertu de Dieu [note : Virtus Dei : manifestation de la force divine surnaturelle qui est accordée aux saints et leur donne le pouvoir d'accomplir des miracles, ici, elle s'exprime sans intermédiaire], et elle parcourut du regard, observant attentivement l'endroit que le taureau gardait [note : au chapitre 10, l'auteur de la Passio raconte qu'un taureau montait la garde devant la partie de l'étable où avaient été enterrés les deux martyrs, empêchant le reste du troupeau d'en approcher et de le souiller]. Et elle aperçut deux lampes allumées attachées à ses cornes, brillant d'un si grand éclat qu'il n'y avait aucun espace, dans toute l'étape, où l'on ne pût voir comme en plein jour. Aussitôt après, ayant convoqué les voisins ainsi que les habitants de la ville et leurs domestiques, elle exigea que tous se rendissent en ce lieu pour y observer avec soin la vision qu'elle avait eue et pussent découvrir de quel fait il s'agissait, avec l'aide du seigneur, et dirent: "Vraiment, cette vision est angélique". La première nuit s'étant écoulée, ils se réunirent tous une seconde fois et virent comme ce qu'ils avaient vu précédemment. s'étant à nouveau réunis en conseil, ils commencèrent tous à proclamer ce mystère qu'ils avaient vu aux prêtres très sacrés de Dieu afin que le roi des cieux daigne révéler la gloire de ce mystère et qu'ils puissent connaître ce dont il s'agissait.






CHAP. 12 : En ce même temps, il fut révélé au très glorieux duc des Francs Charles [note : Charles Martel, c; 685-741, maire du palais d'Austrasie], par une vision angélique, qu'il devait envoyer ses représentants au fisc de Valenciennes [note : le fisc (fiscus) désigne un groupe de domaines et de revenus publics dont le centre administratif se trouve à Valenciennes, où il y avait un palais royal dont la plus ancienne mention figure dans un diplôme de Clovis III en 693] et leur faire rechercher très soigneusement l'endroit où le serviteur de Dieu Sauve et son disciple devaient reposer. La nuit s'étant écoulée, le prince réveillé commença à méditer dans le secret de son coeur ce que pouvait signifier cette vision. La nuit suivante, il fut à nouveau averti dans le sommeil de la nuit, d'ordonner qu'on recherchât ce qu'il était advenu du serviteur de Dieu Sauve. A nouveau la troisième nuit, l'ange du Seigneur vint à lui après le chant du coq [note : le chant du coq annonce l'heure du premier office, prime. Tout le début du chapitre est évidemment inspiré par l'épisode biblique de l'appel de Dieu à Samuel ], et après l'avoir frappé au côté, il lui dit: "je t'ai demandé une première et une seconde fois, à toi qui est duc et prince de l'armée du Seigneur, que tu fasses rechercher et enquêter avec le plus grand soin où reposait l'évêque Sauve, serviteur de Dieu. Pourquoi n'as tu pas obéi à ma voix? Hâte-toi rapidement et presse-toi au plus vite, réunis un conseil avec les grands qui y participent avec toi et tes domestici [note : le terme des domestici désigne les administrateurs des fiscs mérovingiens ], et poursuis avec soin les recherches au sujet dudit serviteur de Dieu Sauve et de son disciple. Prends garde de négliger l'autorité du Seigneur ton Dieu, car ces hommes sont devenus des amis et des martyrs de Dieu très haut." Réveillé, le prince manda et convoqua tous les princes, gouverneurs, magistrats, ainsi que les ducs et tous ses domestici qui gouvernaient sous son règne et son autorité, et leur exposa dans l'ordre ce qui lui avait été révélé pendant ces trois jours [note : triduum, expression qui a aussi une valeur liturgique, ce sont les trois jours de prières particulières qui précèdent les grandes fêtes chrétiennes et s'achèvent par un Te Deum ]. Il avait compris en effet, par la révélation de l'ange, que ce décret venait de Dieu et il leur recommanda d'enquêter avec soin sur le martyre et la mort du martyr Sauve et de son disciple et qu'ils envoient enquêter avec la plus grande industrie en tous lieux, villages, domaines, fiscs, par tout son royaume.. (...)






CHAP 15 : Alors le roi ordonna que l'on convoque l'ensemble des évêques et prêtres du Seigneur qui se trouvaient là, afin qu'ils transfèrent avec la plus grande révérence les saints corps en un autre lieu. Ce jour-là, les prêtres du Seigneur et tout l'ordre ecclésiastique firent une dédicace solennelle à l'assemblée du Seigneur Dieu [note : c'est-à-dire l'ensemble des saints auprès de Dieu], en l'honneur du bienheureux évêque Sauve, avec une grande joie, louant dieu et bénissant le Seigneur. Les saints corps furent transférés ce jour-là, et ils les embaumèrent en les revêtant de linges et de vêtements honorifiques et ils les placèrent dans un nouveau char; après y avoir attelé les boeufs, ils voulaient ramener [les corps] à la basilique du confesseur Saint Vaast [note : Saint-Vaast, évêque d'Arras en 499, puis de Cambrai en 510, mort en 539, l'abbaye qui porte son nom à Arras, fut édifiée sur son tombeau]. Le Saint-Esprit attacha au corps un tel poids qu'en vérité de nombreux boeufs sous le joug ne purent les déplacer hors de ce lieu. Voyant qu'ils étaient incapables de déplacer hors de ce lieu le véhicule avec les corps saints, tous les gens du peuple commencèrent unanimement à y prêter la main car ils voulaient le transporter à nouveau, avec un immense apparat, à la basilique Sainte-Farahilde [Note : Sainte-Farahilde ou Pharaïlde, jeune fille noble qui refusa le mariage imposé par son père. Après sa mort en 750, son corps fut transporté à gand. Elle devint la patronne de la ville lorsque les reliques furent ramenées dans le château comtal en 939 après le passage des Normands. Sa plus ancienne Vita conservée date du XIe siècle] mais ils n'y parvirent en aucune manière. Alors les grands pontifes et tous les prêtres du seigneur dirent "Hommes, frères et pères, il ne nous apparaît pas que les bienheureux aient la volonté de reposer en ces lieux. Lâchez-les, peut-être que le Seigneur révélera l'endroit où il convient de les [laisser] reposer. En effet, vous avez vu que de nombreuses paires de boeufs et une multitude d'hommes, poussant de leurs mains, n'ont pu en aucune manière les porter ailleurs. Ecartez donc cette foule et ne laissez que deux boeufs avec le véhicule. et peut-être les emmèneront-ils là où la volonté du Seigneur fera qu'ils soient patrons." Le peuple fit en effet comme l'avaient demandé les prêtres du Seigneur. La multitude s'étant retirée et deux boeufs seulement étant restésn bientôt leur marche fut si rapide qu'à peine la foule pouvait atteindre la très grande vitesse de leur course, jusqu'à ce qu'ils parviennent au fisc de Valenciennes, devant la basilique de Saint-Martin où le saint [note : il s'agit ici de Saint-Sauve], de son vivant, avait l'habitude de se rendre très fréquemment pour y prier. La communauté du clergé de Dieu attendait le peuple. enfin, le peuple s'étant rassemblé, les prêtres de Dieu déposèrent avec vénération les saints corps du char, comprenant qu'il était de la volonté de Dieu qu'ils fussent conservés dans cette basilique. Ils ensevelirent donc Saint-Sauve dans le temple très sacré, remplis d'une grande joie et rendant grâces à Dieu tout-puissant dans les Cieux, glorifiant son saint martyr et le disciple de celui-ci. Louange et joie éternelle en Notre Seigneur Jesus-Christ qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Amen.






CHAP 16 : Le très glorieux Charles, roi des Francs [note : malgré le titre de rex, il ne peut s'agir ici que de Charles Martel. Les gesta episcoporum Cameracensium confirment ultérieurement la donation de ses revenus par Charles Martel. L'usage du titre, équivalent de "prince" dans le contexte (détenteur de l'autorité souveraine) s'explique sous la plume d'un contemporain de Charlemagne] a donné au saint martyr Sauve le tiers de tous les revenus de ce fisc, qui existe ici jusqu'à nos jours."

Quand la commune de Furnes promet de soutenir le Roi contre le Comte de Flandre (janvier 1200)

Au début du XIIe siècle, les communes apparaissent nettement sur la scène politique. A Bouvines, les communes soutiennent Philippe Auguste. Dans les démêlés entre les comtes de Flandre et le roi de France, les communes flamandes sont souvent intervenues, pour soutenir l'un ou l'autre parti. Les villes flamandes étaient si puissantes qu'elles pouvaient se permettre de se rallier au parti qui leur semblait le plus intéressant...

(source A. Giry - Documents sur les relations de la royauté avec les villes en France de 1180 à 1314 - Paris 1885, trad. du latin


"Nous echevins et tous les bourgeois de Furnes, nous voulons qu'il soit connu de tous que, sur l'ordre de la Reine Mathilde, notre maîtresse, autrefois épouse du comte Philippe, et avec l'accord de Baudoin comte de Flandre et de Hainaut, nous avons concédé et juré sur les Evangiles, que, sauf le droit de notre maîtresse, si le comte cassait la paix qui a été conclue entre le Roi de France et lui à Peronne, la veille de la Circoncision du Seigneur [31 décembre], comme il est écrit dans la charte scellée de son sceau, s'il ne fait pas amende honorable dans les 40 jours, nous prendrons le parti du seigneur roi, sauf le droit et le douaire de notre maîtresse, tant qu'elle vivra, lui portant aide contre le comte, ne devant rien ensuite au comte, jusqu'à ce qu'il s'amende. Et pour tout ce qui touche à notre maîtresse, nous resterons dans le camp du roi, Fait l'an 1199."

La villa de Tubersent vers 850

Le cartulaire de Saint-Bertin dresse les biens de l'abbaye (aujourd'hui en ruines, au coeur de saint-Omer) et fait état autant de ses possessions que des taxes et recdevances à percevoir. La comptabilité en terres et en hommes étant le gage d'une gestion permettant aux moines de se consacrer à l'idéal monastique.

in B. GUERARD - Cartulaire de l'abbaye de Saint-Bertin, 1841, pp 106-107, traduit

1. - A Tubersent on a une église avec 8 bonniers et 1 journal, 1 mancipium.


2. - manse dominical : 15 bonniers de pré, 147 bonniers de terre arable, 9 bonniers de petite forêt, assez de pâture commune.


3. - 18 manses dont 1 à 12 bonniers, 10 à 10 bonniers, 7 à 9 bonniers. Y sont 12 servi qui font trois jours par semaine et 9 ancillae qui font 9 ladmones; les autres sont libres et font 2 jours par semaine et les 7 femmes libres font (chacune) 1/2 ladmo. Pour l'ost 4 sous, 3 chars aux vignes, ils font (chacun) 10 muids de brai et autant de farine (et donnent chacun) 2 poulets et 10 oeufs.


4. - 6 lunarii, et 15 luminarii qui paient à eux tous 2 sous 8 deniers.


5. - 1 moulin dont viennent en cens 12 muids.


6. -


a. - Terre à cens 9 bonniers, il cultive 4 bonniers et donne un mouton.


b. - Regenger a 1 bonnier et 1 journal, il cultive 1 bonnier


c. - Alave a 2 bonniers et cultive 1 bonnier;


d. - Le maire Hisegeger a 18 bonniers et 8 mancipia, 1 moulin, il paie 11 muids.


e. - les hommes qui font deux jours par an sont 29


f. - Saxger a 20 bonniers et 3 mancipia, il paie 3 sous


g. - Answald a 6 bonniers et 3 mancipia, il chevauche


h. - Alfunard le saxon a 9 bonniers




** ** **


note


1. Tubersant: Pas-de-Calaius arrondissement de Montreuil, canton d'Etaples


2. bonnier : 1,4246 hectare, journal : 1/4 de bonnier, muid : 0,53 hectolitre


3. mancipium, pluriel mancipia : esclave; servi : serfs, ancillae : serves; lunarii : gens qui travaillent le lundi, luminarii: gens qui doivent une redevance en luminaire, en cire; ladmo; mot inconnu, sans doute un textile, brai: orge préparé pour la brasserie.


la jeunesse d'un chevalier de Flandre : l'exemple d'arnoul d'Ardres (1181)

in Lambert d'Ardres, Histoire des comtes de Guines, MGH, Scriptores, XXIV, Hanovre 1879


"Arnoul passa son enfance près de son père. Lorsqu'il eut acquis la mâle vigueur de l'adolescence et fréquenté de ci delà bordes et tournois, il fut confié au vénéré et mémorable prince de Flandres le comte Philippe pour s'instuire diligemment et s'imprégner des coûtumes et des devoirs chevaleresques. A cela, il fut considéré pour son mérite comme le premier parmi les premiers des jeunes gens de la noblesse flamande. En effet, bien qu'il n'eut pas encore reçu la colée de la chevalerie, il était cependant actif aux armes, enclin à la vertu et à la probité, célèbre par son engouement à la cour, prompt à rendre service, large presque jusqu'à la prodigalité. Il avait le visage gai et d'une beauté telle qu'il surpassait tous ceux de son âge à la cour ; avec cela douc envers tous, affable, gracieux en toutes choses et pour tous, et tous en convenaient. Après quelques années, son âge et l'excellence de sa loyauté future, déjà évidente exigèrent qu'il soit adoubé et fait chevalier. Il voulut avant toute chose plaire à son père et lui réserver la gloire première de sa chevalerie : bien que le très révérend Prince Philippe, gloire de la Flandre ait désiré le faire chevalier et pourvoir aux dépenses et aux armes nécessaires à cet état, Arnoul prit congé de lui sagement, usant de toutes ses qualités nécessaires natives et retourna près de son père à Guines avec son ami Eustache de Salperwick.


Le comte sin père montra par des signes très manifestes combien l'arrivée de son fils le remplissait de joie Il convoqua ses fils, ses connaissances et ses amis à la cour de Guines, le jour de la Pentecôte. Il donna à son fils qui ne répliqua point, la colée chevaleresque et le consacra homme accompli par le serment de chevalier l'an de l'Incarnation de Notre seigneur 1181. Avec Arnoul, il gratifia Eustache de Salperwikck, Simon de Nielles, Eustache d'esque et Wallon de Prove des attributs des voeux de la chevalerie dont il prit pour lui les dépenses. Tous ensemble, éclatant de joie, ils passèrent ce jour solennel en un festin de très riches et très délicates nourritures et boissons. Arnoul, à peine revêtu des vêtements du chevalier, prit la chose à coeur et contenta les ménestrels, les mimes, les gens d'aventure, les conteurs, les bouffons, les jongleurs et tous ceux qui invoquaient son nom de telle sorte qu'il obtint en retour leur louange et leur reconnaissance. Alors que tout ce qu'il pouvait avoir et de demander il l'accordait d'une main libérale pour ne pas dire prodigue (...) donnant tout par petis morceaux; de son bien, de celui accordé par les siens, et échangé par les autres, à peine lui resta-t-il que lui même. Le jour suivant, il fut reçou dans l'église de sa ville d'Ardres, toutes cloches sonnantes, en grande procession, par les moines et clercs chantant à Dieu pour sa gloire "honneur et vertu de la Trinité" et par le peuple clamant et exultant de joie. A partir de ce jour, le comte fréquenta les tournois et parcourut de nombreuses provinces et de nombreux pays pendant presque deux ans, sans aucune aide ni protection de son père. Il eut pour compagnon inséaprable Eustache de Salperwick.


Après qu'Arnoul de Guines eut été confié par son père à la garde et au soin d'Arnoul de Cayeux, qu'il se fut attaché à la compagnie d'Eustache Barbier, d'Eustache de Salperwick, Hugues de Malny, ses domestiques et familiers, et qu'Henry de Campagne avec de nombreux autres nobles et illustres chevaliers se furent joints à lui, il préféra s'exiler dans d'autres pays y rechercher la gloire dans les tournois que s'appliquer dans sa patrie à des loisirs sans délires guerriers, afin de vivre glorieusement et de parvenir aux plus hauts honneurs du siècle. Arnoul devint le héros et la gloire de Guines; son nom acquit une telle renommée de loyauté dans de nombreuses régions qu'il parvint, non sans raison, à la connaissance de la comtesse Ida de Boulogne et toucha son coeur. Elle était la fille de Mathieu, comte de Boulogne, qui était déjà mort, et elle avait pris le nom et la dignité de comtesse. Elle avait d'abord été mariée à Gérard, comte de Gueldre, puis à Bertold, duc de Zeringhem sur le conseil du vénéré comte de Flandres Philippe, son oncle ; tous les deux l'abandonnèrent pour des raisons sous entendues se rapportant à l'article d'un caractère tempêtueux et quasiment comme une veuve sans mari, elle s'abandonna aux voluptés charnelles et aux délices du siècle On comprend qu'elle se prit d'un ardent amour pour Arnoul de Guines et autant qu'elle le put, elle l'attira à elle ou feignit de le séduire avec l'inconstance et la tromperie des femmes. Des lettres et des messages réciproques et secrets portèrent l'un à l'autre la révélation d'un amour réel et Arnoul, à son tour, tomba semblablement amoureux d'elle, ou, par prudence et précaution masculines, fit semblant de l'aimer. Toutefois, soit qu'il l'aimât véritablement, soit qu'il le simulât, il aspira à posséder la terre de Boulogne et la dignité comtale, en obtenant la grâce de la comtesse."

des conflits seigneuriaux à Bourbourg, Audruicq, Ardres et Guines vers 1140, d'après Lambert d'Ardres

Bourbourg était le siège d'une châtellenie du comté de Flandre: ses origines remonteraient à un château constrit contre les Normands à la fin du XIe siècle. Depuis les environs de 1115, le châtelain était Henri, qui avait épousé en premières noces Sibille, fille de Manassès, comte de Guines: en 1128, il participa aux luttes qui opposèrent les prétendants au comté de Flandre et il se rallia finalement à Thierry d'Alsace, dont il fut connétable de 1151 à 1155. Bourbourg était également le siège d'une importante abbaye qui, dans la première moitié du XIIe siècle, participa, avec les comtes de Flandre, à la reconquête des territoires qui avaient été envahis par la transgression marine des environs de l'an 1000. Or, dans cette frange occidentale du comté de Flandre, une crise, vers la fin du Xe siècle, avait favorisé la formation de comté vassaux, à peu près indépendants: l'un de ceux-ci fut le comté de Guines, qui fut démembré du comté de Boulogne et dont les comtes durent faire face aux-mêmes aux intrigues de certains seigneurs tel Almarus, qui tenta de construire un château pour son propre usage (§ 56). A la mort de Manassès, en 1137, le comté de Guines échut à un des neveux du défunt, Arnoul de Gand, qui dut s'imposer par les armes: vers 1139, Arnoul de Gand, en conflit avec Henri de Bourbourg, attaqua Audruicq, dont il fortifia l'église et dont son adversaire dut évacuer le château; Arnoul occupa tous les château de la terre de Guines (§ 55). Au nord de Guines se trouvaient les terrassements d'un ancien château détruit (§ 56) : Henri de Bourbourg, désireux de reprendre l'offensive, fit construire des superstructures en bois et il les fit transporter de nuit sur l'ancien site, où il construisit un nouveau château appelé "la Fleur" (§ 57); Arnoul s'en empara et le rasa (§ 58).


" § 55 - Henri, châtelain de Bourbourg (...) accourt rapidement vers Audruicq avec ses chevaliers et une foule armée d'hommes du peuple (...). Ayant réuni aveclui autant de chevaliers et de fantassins qu'il le pouvait, Arnoul de Gand (Comte de Guines) se hâte vers Audruicq et il assiège le château (...) Donc arnoul fortifie la tour de l'église en y plaçant des chevaliers et, avec eux, il s'enferme dans cette tour comme dans un bâtiment militaire. Alors, comme, par des opérations militaires, il avait presque contraint à se rendre ceux qui étaient à l'intérieur de l'enceinte de la forteresse (d'Audruicq) (...), Henri, pris de crainte au cours de la nuit, se retire à Bourbourg et laisse le rempart de la forteresse vide sans hommes, ni troupes. Arnoul s'empare de l'enceinte de la forteresse et franchit avec promptitude le rempart. Il se rend maître, région par région, de toute la terre de Guines et il place dans toutes les fortifications de cette terre autant de chevaliers et de soldats qu'il parut nécessaire (...). Lorsqu'Arnoul eut complétement soumis et occupé toutes les forteresses de cette terre de Guines, Henri, comme il n'y avait plus d'endroit où il puisse mettre les pieds en sécurité, réfléchit à la manière dont il pourrait et fortifier et renforcer, à l'aide de quelque équipement militaire, le rempart ou enceinte d'Aumerval: par la mise en état de défense de cette forteresse, il ne doutait pas de pouvoir soumettre à son autorité toute la Brendenarde et toutes les parties de la terre de Guines.


§ 56- Dans la Brenarde, jadis un homme très riche, appelé Almarus, avait tellement confiance dans ses forces et dans ses alliés qu'il eut l'audace de faire construire, dans la partie septentrionale du village d'Audruicq, une motte (agger) et de fortifier un donjon contre le comte de Guines. Mais comme Almarus, à cause de sa témérité et de l'audace de sa révolte, avait été chassé de sa terre d'une façon méritée par le le comte de Guines, la construction militaire et les aménagements installés auparavant par Almarus sur la motte furent ensuite détruits par le comte et renversés à terre; mais la motte dépouillée de sa construction et de sa palissade subsista. C'est pourquoi beaucoup de temps après ce lieu fut appelé le rempart ou la motte d'Almarus (Aumerval).


§ 57 - Henri, châtelain de Bourbourg, envoya secrètement des arpenteurs et des charpentiers au rempart et à la motte d'Almarus, avec mission de parcourir le site avec leurs règles de géomètres et d'estimer les proportions de la motte: conformément à ces données, ils devaient construire secrétement (...) près de Bourbourg un donjon, des défenses extérieures et d'autres organes de défense, puis dans le silence de la nuit profonde, avec l'aide de chevaliers, d'hommes et de soldats, les installer à Aumerval. Tout fut ainsi préparé, fabriqué, élevé et mis en place. Il nomma le château La Fleur, non parce qu'une lance dressée était plantée au sommet du donjon et que des fleurs des champs avaient été liées au sommet de la lance, ainsi que certains le racontent, mais parce que, dans la fortification de ce château, il installa la fleur et l'élite des chevaliers, des archers et des autres guerriers pour combattre les hommes de Guines. Arnoul, en se levant le matin et en voyant le donjon et les dispositifs de tir avec les autres organes de défense construits et élevés subitement et de manière inopinée à Aumerval, appela aux armes toute sa terre. Les barons de toute la terre de Guines qu'il avait appelé et beaucoup d'autres convoqués en grand nombre de plusieurs lieux vinrent [auprès du comte]. Après s'être regroupés en une troupe unique à Audruicq, ils assiègèrent le château appelé La Fleur ...


§ 58 - Le châtelain de Bourbourg, apprenant que Baudoin, seigneur du château d'Ardres, avait été mortellement blessé, n'osant demeurer plus longtemps à La Fleur, se retira de nouveau honteusement à Bourbourg avec les siens. Arnoul le poursuivit vivement avec les siens. Lorsqu'il arriva à La Fleur et qu'il apprit que le châtelain et les siens s'en étaient retirés, il détruisit complétement le donjon, les constructions de bois, les dispositifs de tir ainsi que le tempart et les renversa à terre: il les dispersa çà et là et il en fit transporter la plus grande partie à Audruicq. Ainsi, le rempart et la motte d'Almarus, comme jadis, restèrent jusqu'à aujourd'hui privés et dépouillés de leurs tours et de leurs organes respectifs. "

le château de Merckem

Comme pour la motte d'Ardres (voir précédemment), les descriptions de mottes castrales primitives sont rares. Cette description est tirée de la Vie de Jean, Evêque de Thérouanne, de Gauthier de Thérouanne, in MGH, SS, t XV-2, pp 1146-1147. La vita de Jean, évêque de Thérouanne (1099-1130), a été écrite vers 1140.


"Jean avait sa maison d'habitation dans le village appelé Merckem. or, il y avait à côté du cimetière de l'église une fortification (que nous poiuvons qualifier de château ou de forteresse) [munitio, castrum, municipium], très élevée, édifiée beaucoup d'années auparavant par le seigneur du village, selon l'usage du pays. En effet, dans le pays, les hommes les plus riches et les plus nobles ont coutume de consacrer la plus grande partie de leur temps à provoquer des conflits et à commettre des meurtres. Aussi ont -ils l'habitude, afin d'être mieux protégés de leur ennemis et afin de l'emporter par une plus grande puissance sur leurs égaux ou d'écraser ceux qui sont plus faibles qu'eux, d'élever à l'aide de remblais une motte [agger] de la plus grande hauteur possible, de creuser autour un fossé largement ouvert et d'une grande profondeur, de fortifier sur tout sa périphérie le bord supérieur de cette motte à l'aide d'une palissafe faite de pièces de bois équarries très solidement à la manière d'un mur, de disposer des tours sur le pourtour selon les possibilités, de bâtir, à l'intérieur et au milieu de cette enceinte [vallum], une maison ou une citadelle [arx] qui domine l'ensemble. La porte d'entrée de cette résidence [villa] ne peut être atteinte que par un pont qui, partant de la lèvre extérieure du fossé, s'élève peu à peu et progressivement : ce pont, soutenu par des poteaux réunis par deux ou même par trois et disposés de côté et d'autres à des intervalles convenables, traverse le fossé, en montant de manière modérée pour se mettre au niveau de la surface supérieure de la motte, dont il touche le bord extérieur, et pour atteindre de ce côté l'entrée située sur la face principale.

L'évêque logeait dans un refuge [asylum] de ce type avec son entourage habituel. Comme il avait confirmé une foule considérable de fidèles, tant dans l'église que dans le cimetière, par l'imposition des mains et par l'onction du saint Chrême, voualnt changer de vêtement parce qu'il avait décidé de bénir le cimetière (...), il retourna dans sa maison. Quand il eut achevé ce qu'il voulait faire, alors que, descendant de nouveau, il était arrivé vers le milieu du pont qui avait une hauteur de 35 pieds ou plus (...), et alors qu'une foule importante de fidèles se trouvait devant et derrière et l'entourait à droite et à gauche (...), le pont céda sous le poids et s'écroula disolqué, projetant en bas la grande foule de ces fidèles et leur évêque. Cet effondrement provoqua un grand fracas; les traverses, les poutres et les décombres s'écoulèrent avec une grande force et également avec un grand vacarme."

vendredi 29 juillet 2011

Les miracles de Saint-Ursmar ou le retour de la paix en Flandre par des reliques

Plus on avance dans le XIe siècle, plus les chevaliers font l'objet de récits de leurs violences et de les exactions comme de leurs réactions de vengeance personnelle. Les luttes internes dans la classe chevaleresque se font de plus en plus fortes et seule l'Eglise est susceptible, à cette époque, de mettre un terme à ces conflits, quitte à user de moyens surnaturels comme en Flandre, lorsque les moines de Lobbes, en Brabant, font circuler de bourg en bourg, de château en château, mes reliques de saint-Ursmar pour rétablir la paix avec le soutien du comte.

de Miracula S. Ursimari in tinere per Flandriam facta, dans MGH tome XV/2 chap 5 6 et 12


" S'il est bon de vanter les oeuvres de Dieu, il est mauvais de passer sous silence les mérites des saints qui sont les oeuvres du Christ. C'est en eux qu'il es juge digne de glorifier ses volontés. Aussi, bien que le risque d'être injste nous en dissuade, la chose l'exige et l'obéissance nous exhorte à instruire la postérité par l'écrit sur la manière dont saint Ursmar, avec l'aide de Dieu, voulut circuler en Flandre [...]

Nous prîmes la route et marchâmes, nous arrivâmes à une ville appelée Nieuwekerke, près de Strazeele? Là, certains chevaliers se haïssaient les uns les autres à un tel point qu'aucun mortel ne pouvait établir la paix entre eux. En effet, une telle discorde s'était élevée entre eux durant les années passées qu'à l'instigation du diable les pères perdaient leurs fils, les fils leurs pères, les frères leurs frères. Alors que les populations confluaient de partout vers le saint, il arriva que tous ces chevaliers également, venus de leurs contrées respectives, se rassemblèrent. Tous ceux qui étaient à l'écart de cette discorde nous firent connaître la chose et nous commençâmes à rencontrer chacun à leur tour ceux qui s'étaient séparés les uns des autres pour qu'ils abandonnent à dieu et au saint cette querelle afin que le nombre des morts ne croisse pas davantage. Certains acquiescèrent, malgré eux, par crainte de Dieu et par amour du saint ; mais une minorité commença à s'y opposer. Comme nous ne pouvions d'aucune façon les amener à s'accorder : " Eh bien, dit le doyen Baudouin, faisons circuler le saint, pour que ceux qui sont d'accord obéissent à notre conseil, mais que ceux qui ne le sont pas suivent leur chef le diable, en quittant notre assemblée." Nous avons élevé le sainte de terre, circulé avec précaution et en psalmodiant afin que tous soient inclus dans le cercke de la procession, aussitôt sortirent du cercle seulement les opposants à la paix, ignorant tout à fait ce que nos compatriotes avaient débattus entre eux. Car on pensa, tant grande était la foi dans le saint que nous suivions, que ceux qui ne pouvaient être inclus dans la procession, ne feraient pas ensuite prévaloir en eux le pouvoir de la haine. Sans retard voici que la ruse du diable se déclara ouvertement. En effet, un chien très noir traversa entre nous et eux, et les conduisit à s'éloigner de nous pour le suivre. Puis, ceux qu'il ne lâcha pas de son emprise, il les fit prendre part à un combat à peine trois mois après; aucun de tous ces contradicteurs n'en réchappa.

Nous avions quitté ceux que l'on ne pouvait convaincre en prêchant la paix. Et sur tout notre itinéraire nous faisions entrer la paix dans les coeurs de beaucoup, grâce à l'intervention du saint. Quelques jours après, nous choisîmes de nous arrêter au village fortifié (castrum) de Blaringhem. Nous n'aurions pu savoir qui du hasard ou de la providence divine nous y avait conduits, si le jour suivant ne nous l'avait appris. Il y avait à la tête de cet endroit un jeune du nom d'Hugues, que l'on pouvait vanter tant par la noblesse de ses moeurs que par celle de sa famill; il allait s'acquitter le jour même d'un réglement de justice qui n'aurait pu être apaisé sans verser beaucoup de sang si, si par la clémence de Dieu, saint Ursmar ne l'avait prévenu. Hugues avait en effet dans sa suite deux chevaliers qui s'étaient un jour injuriés très durement, comme le font les jeunes. La querelle n'échappa à leur seigneur, il fit venir les chevaliers, réclama un jugement à leur sujet, fit conclure une paux entre eux et leurs fit échanger un baiser.

Mais l'un d'eux, qui avait davantage été blessé en paroles, n'accepta pas en son coeur le baiser de la paix conclue; il le dissimula un temps certes, mais pas longtemps cependant, jusqu'à ce que l'occasion lui soit fournie. Car il était de petite famille mais de grande réputation de chevalier [...]

Il attendit deux jours que son seigneur Hugues s'absente; il chercha l'autre, qui ne se méfiait pas, pour parachever la paix et le trouva assis en sûreté dans une pièce basse. Il transperça sa poitrine d'un coup de lance pour réparer le tort cuasé, donnant la mort pour un seul mot. Cris et tumultes s'ensuivirent. Il entra aussitôt dans l'église, ne pouvant seul résister à un grand nombre? Les chevaliers voulaient le tuer dans l'église, mais un chevalier, qui était son seigneur après Hugues, donna des gages et le fit sortir, promettant de le rendre, dans cette même église, en armes, le 15e jour, en présence d'Hugues. C'est cette nuit-làque le saint confesseur arriva dans l'église, c'est-à-dire la nuit de l'Ascension du Seigneur. Lorsque ce fit ce matin, une très grande foule de chevaliers en armes, venus de toutes parts, se rassemblèrent. Ils étaient là pour s'emparer de l'homme par la force, si ce n'était pas possible par la raison. Hugues et les siens ne voulaient pas que l'accusé leur fût ravi. Tout l'aître [enclos sacré entourant l'église et comprenant le cimetière] rougeoyait d'écus, l'acier des armes étincelait sous le reflet du soleil du matin, le grondement et le hennissement des chevaux ajoutaient à la confusion. Les hommes d'Hugues se tenaient là, autour de l'église, les épées dégainées, avides de répandre le sang d'un pêcheur. Nous sommes entrés enfin dans l'église, passant au milieu d'eux, et nous avons trouvé le misérable, déjà presque mort, prostré devant l'autel. Nous avons d'abord célébré la messe pour les fidèles; en face d'un si grand péril, nous avons imploré la clémence divine, en larmes, par les litanies et de toutes les façons. Puis, revêtus des aubes et des chapes, nous avons fait une procession comme pour célébrer la messe principale. Nous sommes allés avec humilité à la rencontre d'Hugues, lui demandant de ne pas permettre que tant d'armes de chevaliers s'affrontent pour verser le sang d'un seul pêcheur. Mais nos prières n'y firent rien car les sanglots et les larmes interrompaient les mots d'excuse, contre le saint et nous mêmes. Nous sommes entrés dans l'église, nous avons de nouveau porté de nouveau le corps saint au milieu d'eux, sans qu'ils le sachent? Il s furent stupéfaits, tous baissèrent les yeux humblement, qui avait été porté au milieu d'eux, même s'ils ne le savaient pas, ils le montrèrent suffisamment par leur contenance. Les larmes coulaient de tous les yeux. La piété et la colère se livraient combat dans le coeur des ennemis. Finalement, la piété triompha chez Hugues et il permit à ce malheureux de s'en aller, lui accordant la vie, ses membres et même sa grâce. A cette occasion, on apaisa ce jour-là presque cent raisons de se haïr entre les chevaliers rassemblés là [...]. "

jeudi 28 juillet 2011

tradition et modernité



1780 : Louis XVI remet de l'ordre dans la justice dunkerquoise

EDIT DU ROY


PORTANT REDUCTION DES OFFICES DE PROCUREURS & DE NOTAIRES A DUNKERQUE


Donné à Versailles au mois de Juin 1780



LOUIS, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre : A tous présens & à venir, SALUT. Nous sommes informés qu’il y a neuf Offices de Procureurs en notre Bailliage de Dunkerque, & huit Offices de Notaires, dont les Procureurs audit Siège sont aussi pourvus, & que le nombre des Notaires & des Procureurs excéde celui qui peut être nécessaire pour le service du Public ; Nous avons jugé à propos d’en ordonner la réduction, & de renouveller en même temps les dispositions des Ordonnances sur l’incompatibilité des fonctions de Notaires & de Procureurs pour prévenir les inconveniens & les abus qui peuvent en résulter. A CES CAUSES, & autres considérations à ce Nous mouvant, de l’avis de notre Conseil, & de Notre certaine science, pleine puissance & autorité royale, Nous avons, par notre présent édit perpétuel & irrévocable, dit, statué & ordonné, disons, statuons & ordonnons, voulons & Nous plaît ce qui suit.



ARTICLE PREMIER


Faisons defenses à toutes personnes d’exercer en même temps les fonctions de Notaires & de Procureurs postulans au Bailliage de Dunkerque, voulons que ceux qui se trouvent en même temps pourvus desdits Offices, soient tenus de faire leur option dans trois mois pour tout délai, à compter du jour de la publication de notre présent Edit, faute de quoi ils demeureront de plein droit interdits de toutes fonctions desdits deux Offices, sans qu’ils puissent être relevés de ladite interdiction qu’après ils auront fait ladite option.



II


Le nombre des Offices de Procureurs en notre Bailliage de Dunkerque, sera & demeurera fixé à l’avenir à celui de cinq, & le nombre des Offices de Notaires à celui de quatre, sans qu’il puisse être augmenté sous quelque prétexte que ce soit, dérogeant à toutes Loix à ce contraires.



III


VOULONS que, dans le cas où, par l’effet de l’option ordonnée par l’article Ier ci-dessus, le nombre des Procureurs ou des Notaires se trouveroit excéder celui fixé par l’article II, audit cas les Offices qui viendront à vaquer, par mort, démission ou autrement, soient et demeureront éteints & supprimés, comme Nous les éteignons & supprimons, jusqu’à ce que le nombre des Procureurs se trouve réduit à cinq, & celui des Notaires à quatre.


IV


EXCEPTONS néanmoins de ladite suppression les Offices de cuex des Notaires & des procureurs qui laisseroient des fils, gendres & descendans en ligne directe, qui se trouveroient capables d’en être pourvus, à la charge par eux de faire pourvoir desdits Offices, & de s’y faire recevoir dans six mois après le décès ou la démission des Titulaires, passé lequel temps, ils n’y seront plus admis, & lesdits Offices demeureront supprimés.



V


ORDONNONS que la Communauté des Notaires de la Ville de Dunkerque, & la Communauté des Procureurs au Bailliage de Dunkerque, seront tenus de payer aux Propriétaires des Offices qui tomberont dans la suppression, l’indemnité à eux dûe, telle qu’elle sera réglée à l’amiable entre les Parties, si faire se peut, sinon suivant la liquidation qui en sera faite en notre Conseil en la manière accoutumée.



VI


VOULONS que l’indemnité, qui sera payée par la Communauté des Notaires & par la Communauté des Procureurs, tienne lieu d’augmentation de finance, tant pour chacune desdites Communautés, que pour chacun de ceux qui seront pourvus des Offices de Notaires & de Procureurs ; n’entendons que les Titulaires desdits Offices soient tenus de nous payer autres & plus grands droits que ceux qui nous étoient payés par chaque Titulaire avant ladite suppression.



VII


Voulons que les Notaires qui seront dans le cas de donner leur démission, ou les héritiers & représentans des Titulaires des Offices supprimés, soient tenus de remettre, dans trois mois, les minutes desdits Offices ès mains de tel Notaire de la ville de Dunkerque qu’ils voudront choisir, de toutes lesquelles minutes le Notaire à qui elles seront remises, se chargera par au pied de l’inventaire qui en sera fait sans frais par l’un des Officiers du Bailliage de Dunkerque suivant l’ordre du tableau, à la requête de notre Procureur audit Siège. SI DONNONS EN MANDEMENT à nos amés & féaux Conseillers les Gens tenant notre Cour de Parlement à Paris, & autres nos Officiers & Justiciers, que notre présent edit ils aient à faire lire, publier & registrer, & le contenu en icelui garder, observer & exécuter : CAR tel est notre plaisir, &, afin que ce soit chose ferme & stable à toujours , Nous avons à icelui fait mettre notre scel. DONNE à Versailles au mois de Juin, l’an de grace mil sept cens quatre-vingt, & de notre regne le septieme. Signé LOUIS, Et plus bas ; Par le Roi, LE PRINCE DE MONTBARREY, Visa HUE DE MIROMENIL . Et scellée du grand sceau de cire verte, en lacs de soie rouge & verte.



Registrée, oui & ce requérant le Procureur Général du Roi, pour être exécuté selon la forme & teneur, & copies collationnées envoyées au Siège royal de Dunkerque, pour y être lu, publié & registré : Enjoint au Substitut du Procureur Général du Roi d’y tenir la main & d’en certifier la Cour dans le mois, suivant l’Arrêt de ce jour. A Paris, en Parlement, toutes les Chambres Assemblées, le vingt-neuf Août mil sept cent quatre-vingt.


Signé LE BRET




A PARIS, Chez P.G. SIMON, Imprimeur du Parlement, rue Mignon


Saint-André-des-Arcs, 1780



1784, quand le roi accordait des privilèges aux Dunkerquois

LETTRES PATENTES DU ROI


Qui confirment les Privilèges ci-devant accordés tant à la Ville, au port, au Havre & aux Habitans de Dunkerque, qu’aux Négocians étrangers qui viennent s’y établir


Du mois de février 1784


Registrées en la Cour des Aides, le 19 mars 1784



LOUIS, PAR LA GRACE DE DIEU, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE, A tous présentes & à venir, SALUT , Lorsque Louis XIV eut acquis l’importante Ville de Dunkerque, il crut ne pouvoir mieux faire, pour y appeler & y fixer le commerce, que d’accorder à son port & à ses habitans les privilèges les plus étendus. Tel fut l’objet de Lettres-Patentes qu’il fit expédier, les unes au mois de Novembre 1662, les autres le 16 février 1700. Fidèle au plan & aux vues élevées de ce Prince, sur les traces duquel Nous faisons gloire de marcher, Nous balançons d’autant moins à confirmer ces Privilèges, que les avantages inestimables qui en ont été la suite, Nous apprennent quels heureux effets Nous devons en attendre dans les circonstances présentes. A CES CAUSES, & autres à ce que Nous mouvant, de l’avis de notre Conseil & de notre certaine science, pleine puissance et autorité Royale, Nous avons maintenu & confirmé, & par ces Présentes, signées de notre main, Nous maintenons et confirmons la Ville, le Port, le havre et les habitans de Dunkerque dans leurs Loix, Coutumes & Usages, ainsi que dans les Droits, Privilèges, Franchises & Exemptions dont ils ont joui avant & depuis les Lettres-Patentes des mois de Novembre mil six cent soixante-deux, & seize Février mil sept cent. Voulons que, conformément à ce qui est porté par lesdites Lettres, tous Marchands, Négocians & Trafiquans, de quelque Nation qu’ils soient, puissent aborder au Port de ladite Ville, & y débarquer en toute sûreté, y décharger, vendre et débiter leurs marchandises, acheter dans ladite Ville, & en tirer toutes celles que bon leur semblera, enfin les charger & transporter sur leurs vaisseaux, sans que lesdites marchandises, soit qu’ils les importent par mer dans lesdits Port, Havre & Ville, soit qu’ils les en exportent de la même manière, puissent être assujetties à des droits d’entrée ou de sortie, ni à aucuns autres droits, de quelque nature qu’ils soient, & sous quelque dénomination qu’ils soient connus, sans aucune exception ni réserve. Ordonnons toutefois que les marchandises dont l’entrée & la consommation sont généralement prohibées dans notre Royaume, & celles qu’il n’est permis d’y introduire que par certains Ports, ne pourront entrer dans la Flandre ou dans les autres Pays, Terres & Seigneuries de notre obéissance, par les Bureaux qui sont établis aux portes de notre Ville de Dunkerque, du côté de la terre. Naturalisons tous Marchands, Fabriquans et Négocians étrangers qui viendront s’établir & habiter dans ladite Ville. Voulons en conséquence qu’ils jouissent des mêmes privilèges, prérogatives, exemptions & avantages que nos naturels Sujets, sans que, pour ce, ils soient tenus ni d’obtenir aucunes Lettres de Nous, ni de Nous payer aucune finance, de quoi Nous les dispensons & déchargeons par ces Présentes, soit qu’ils fixent pour toujours leur domicile en ladite Ville, soit qu’ils s’y établissent seulement pour leur trafic ou négoce, à condition toutefois qu’ils se conformeront exactement à nos Ordonnances sur le fait de la Mer, & aux Statuts et Réglemens qui sont ou seront faits touchant leur trafic ou négoce. Entendons que, dans le cas où ils y contreviendroient, ils demeurent déchus desdits Privilèges. Dérogeons, à l’effet de tout ce que dessus, mais pour ce regard seulement, & sans que cela puisse tirer à conséquence, à tous les Edits, Ordonnances, Réglemens & autres choses à ce contraires. SI DONNONS EN MANDEMENT à nos amés et féaux les gens tenant notre Cour des Aides de Paris, & tous autres nos Officiers & Justiciers, qu’il appartiendra, que ces Présentes ils aient à faire lire, publier et registrer, & le contenu en icelles faire garder, observer & exécuter ponctuellement. Car tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme & stable à toujours, Nous avons fait mettre notre scel à cesdites Présentes. DONNE à Versailles, au mois de Février, l’an de grace mil sept cens quatre-vingt-quatre, & de notre règne le dixième. Signé LOUIS, & plus bas, par le Roi, signé le maréchal de ségur, Visa HUE DE MIROMESNIL.



Registrées, ouï & ce requérant le Procureur Général du Roi, pour être exécutées selon leur forme & teneur, imprimées, & copie collationnée d’icelles envoyée au Siège des Traites de Dunkerque, pour y être lues, publiées & registrées l’Audience tenant, enjoint au Substitut du Procureur Général du Roi audit Siège s’y tenir la main, & de certifier la Cour de ses diligences au mois. Fait à Paris, en la première Chambre de la Cour des Aides, le dix-neuf Mars mil sept cent quatre-vingt-quatre. Collationné. Signé, LE PRINCE

Francesco Balducci Pegolotti: Foires flamandes et commerce brugeois (première moitié du XIVe siècle)

Auteur du plus célébre des "manuels de marchands", composé entre 1310 et 1340, le Florentin Pégolotti a été facteur de la compagnie des Bardi et a occupé à Anvers de 1315 à 1317 son premier poste à l'étranger. Le passage consacré à la Flandre est, comme pour les autres régions, l'occasion d'accumuler toutes sortes de renseignements utiles aux marchand, commerciaux stricto sensu mais aussi monétaires et météorologiques ...


source : Francesco Bladucci Pegelotti - La pratica della mercature - ed Allan Evans, Cambridge (Mass.), 1936


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LA FLANDRE : c'est à savoir Bruges, Gand, Ypres, Lille et Douai mais nous parlerons surtout de Bruges, parce que c'est la terre où réside le plus grand nombre de marchands qui font marchandises et change en Flandre. Les poids et mesures de Bruges, Gand, Lille, Ypres et Douai sont identiques, sauf pour les mesures du blé, qui varient de l'une à l'autre, mais tous les autres poids et mesures sont identiques d'un lieu à l'autre; et il y a petites variations dans la mesure des draps, mais de peu et petite variation.

Il y a en Flandre plusieurs foires que l'on détaillera ci-après et en ordre, c'est à savoir:

La foire d'Ypres commence le premier jour du carême, et le deuxième lundi de carême, on met la draperie le matin jusqu'au mercredi suivant, tard le soir, où l'on crie le haro et on n'explose plus de draperie; et du jour du haro au 15e jour suivant c'est le terme du paiement de ladite foire.

La foire de Bruges comme le 8e jour après pâques; et le 14e jour après le début, au matin, on commence à exposer la draperie; il y a trois jours d'exposition, et après les trois jours d'exposition, tard le soir, on crie le haro et on n'expose plus de draperie ; et il y a ensuite un terme de 15 jours jusqu'au paiement de ladite foire.

La foire de Tourhout commence le 29 juin, et le 10 juillet au matin, on commence à exposer la draperie, le 12 juillet au soir, on crie le haro et on n'explose plus de draperie et le 27 juillet, c'est le terme du paiement de ladite foire.

La foire de Lille commence le jour de la Notre-dame de mi-août; et le 26 août au matin on commence à exposer la draperie; le 28 août, tard au soir, on crie le haro et on n'expose plus de draperie et le 12 septembre suivant c'est le terme du paiement de ladite foire.

La foire de Messines en Flandre commence le jour de la saint-Remi, soir le 1er octobre, et le 12 octobre au matin on commence à exposer la draperie; le 14 octobre, tard le soir, on crie le haro et on n'expose plus de draperie et le 29 octobre, c'est le terme du paiement de ladite foire.

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Bruges de Flandre. A Bruges, il n'y a qu'un poids, la livre et l'once; la livre vaut 14 onces et 400 livres font une charge de Bruges.
La laine se vend à Bruges au sac, un sac entier fait 60 clous et chaque clou fait 6 livres; on compte 60 clous pour 28 pierres de bruges, elle se vend à tant de marcs le sac; le marc vaut 13 sous 4 deniers d'esterlins et 3 esterlins valent un gros tournois d'argent.

Le marc d'argent, au poids de Bruges et de toute la Flandre, fait 6 onces au poids de Bruges, 21 marcs au poids d'argent font à Bruges 16 marcs au poids d'or. Le marc d'or de Bruges et de toute la Flandre fait 8 onces au poids d'or et c'est le même poids que le marc de Paris.

Le poivre noir, le gingembre, toutes les épices, grosses et légères, du Levant, la soie, le coton, en laine et filé, se vendent à la livre, au prix de tant d'esterlins et 3 esterlins valent un gros tournois d'argent.

Les amandes se vendent à Bruges à la charge, c'est-à-dire les amandes émondées, et la charge fait 400 livres de Bruges; et elles se vendent à tant de la monnaie telle que 3 livres de ladite monnaie valent 1 livre d'esterlins et 3 esterlins un gros tournois.

La cire en pain se vend à Bruges au poids, et un poids fait 180 livres de Bruges et se vend au prix de tant de marcs d'argent au poids, à 31 sous 4 deniers parisis le marc, et 21 deniers parisis valent un gros tournois d'argent.

L'huile, le vin, le miel, se vendent à Bruges au tinel [note : le tinel est une mesure de capacité utilisée pour les liquides] , au prix de tant de réaux d'or le tinel, à 2 sous de gros tournois le réal; et chaque tinel fait 360 lots de bruges et de toute la Flandre?

Le vair se vend à Bruges au millier de nombre, à raison de 1.000 [pièces] au millier, au prix de tant de réaux d'or le millier, le réal d'or vaut 2 gros tournois d'argent, ce qui vaut pour toutes les marchandises.

Les peaux d'agneau pour faire les "prene" [note : terme non identifié] et les fourrures de surcot, de toutes sortes et d'où qu'elles viennent, se vendent à Bruges à la centaine de nombre, à raison de 102 [pièces] à la centaine, au prix de tant de sous d'esterlins la centaine, et 3 esterlins font un gros tournois d'argent.

Le kermès de teinture se vend à Bruges à la centaine de livres, au prix de tant de réaux d'or la centaine. La guède se vend à Bruges à la queue, et la queue fait 650 livres de Bruges. L'alun se vend à la charge, qui fait 400 livres de Bruges, au prix de tant de sous de gros tournois la charge. Le brésil [note : bois rouge qui sert essentiellement à la teinture, couleur rouge ] se vend à la centaine, au prix de tant de réaux d'or la centaine. L'étain se vend au poids de Bruges qui fait 180 livres de Bruges. Le fromage se vend au poids de 180 livres de Bruges. Le cuivre, la garance s'y vendent à la centaine, à 100 livres la centaine. Le cumin et le riz se vendent à la charge, au prix de tant de sous d'esterlins la charge. Le fer s'y vend à la centaine de livres, au prix de tant de gros tournois la centaine. Le gras et le suif s'y vendent au poids, à 180 livres le poids, et aux prix de tant de sous d'esterlins le poids. Les figues sèches et les raisins secs s'y vendent au panier, comme ils arrivent d'Espagne, au prix de tant de sous d'esterlins le panier. Le savon s'y vend à la centaine de livres, au prix de tant de gros la centaine. Les draps qui sont importés en Flandre [se vendent] au marc; le marc [de poids] fait 4 "fortoni" et le "fortone" 4 lots, et le lot 7 esterlins [de poids] et demi. Les blés, l'orge et toutes autres sortes de grains se vendent à Bruges à une mesure qu'on appelle le "hoet" et au prix de tant de sous d'une monnaie qu'on appelle "monnaie de paiement", 3 sous de cette monnaie valent 1 gros sous tournois d'argent, et ladite monnaie sert à acheter à Bruges la viande et toutes autres victuailles qu'on doit acheter au détail. Une petite monnaie noire a aussi cours à Bruges et dans toute la Flandre, qu'on appelle "mitte", 3 deniers de "mitte" valent 5 deniers parisis faibles. [...]

A Bruges, il y a deux très grandes maisons , en manière de très grand palais [note : immeubles de l'italien "palazzi"] , lesquelles s'appellent "halles". Dans une halle, on ne vend que des draps de laine entiers et elle n'ouvre que trois jours de la semaine, le mercredi , le vendredi et le samedi. Dans l'autre halle, on vend aussi des draps de laine entiers et à la coupe et de toutes façons qu'on voudrait les avoir, et elle est ouverte toute la semaine [...].

Le port de mer de Bruges est à l'Ecluse, ville du littoral où toute la marchandise se charge et se décharge dans les nefs, cogues, galées et autres navires; laquelle ville de l'Ecluse est distante de Bruges de trois lieues de Flandre, soit de 9 à 10 milles. Entre la ville de l'ecluse et la ville de Bruges se trouve une ville appelée Damme, laquelle ville de Damme est sur une petite rivière qui va de Bruges à l'Ecluse, par laquelle petite rivière toute la marchandise va et vient sur de petits navires de Bruges à l'Ecluse et de l'Ecluse à Bruges, et de la ville de Damme à la ville de Bruges, il y a une lieue de Flandre, soit 3 milles.

La construction du donjon de bois du château d'Ardres vers 1200

Bien que ce donjon ait été construit à Ardres en Boulonnais, c'est une des rares traces écrites de la construction et de l'agencement d'un donjon à motte qui recouvrirent rapidement le royaume pour donner, plus tard, naissance à nombre de châteaux et autres forteresses. Ce qui prévaut aussi pour histoires du Nord 2, que l'artisan qui en mena la construction pour Arnould d'Ardres était de Bourgbourg, ville on ne peut plus flamande.


in Lamberti Ardensis historia Comitul Ghisnensium, éd. J. Heller, dans MGH scriptores t XXIV, 1879, chap. 127, traductions prédéntes J. Quicherat, V. Mortier, P. Deschamps


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"Comment Arnould fit une grande et belle maison dans le castrum d'Ardres : en voici la description.

Ensuite, la paix étant faite et ratifiée entre Manassès, Comte de Guines, et Arnoul, seigneur d'Ardres, celui-ci fit faire sur la motte d'Ardres, grâce à l'admirable travail des charpentiers, une maison de bois qui surpassait toutes celles construites en ce même matériau dans la Flandre d'alors.

Ce fut un artisan de Bourbourg, un charpentier du nom de Lodewic, presque l'égal de Dédale par son habileté professionnelle, qui la fabriqua et la charpenta.

Il la dessina et la fit presque comme l'inextricable labyrinthe, resserre après resserre, chambre après chambre, logis après logis, continuant par les celliers puis par les magasins à provisions ou greniers, édifiant la chapelle à l'endroit le plus approprié, en haut dans la partie orientale de la maison.

Il y aménagea trois niveaux, superposant chaque placher à bonne distance l'un de l'autre, comme s'il les suspendait en l'air. le premier niveau était à la surface du sol, là se trouvaient les celliers et les magasins à grains ainsi que de grands coffres, des jarres, des tonneaux et d'autres ustensiles domestiques.

Au second niveau, il y avait l'habitation et la pièce à vivre de la maisonnée. s'y trouvaient les offices, celui des panetiers et celui des échansons, ainsi que la grande chambre où dormait le seigneur et sa femme, et attenant à celle-ci, un cabinet, chambre ou dortoir des servantes et des enfants. Dans la partie la plus reculée de la grande chambre, il y avait une sorte de réduit où, au point du jour, le soir, en cas de maladie, pour faire des aignées ou encore réchauffer les servantes et les enfants sevrés, on avait l'habitude d'allumer le feu.

A ce même étage, la cuisine faisait suite à la maison : elle avait deux niveaux. En bas étaient mis les porcs à l'engraissement, les oies destinées à la table, les chapons et autres volailles tout prêts à être tués et mangés. En haut vivaient les cuisiners et les autres préposés à la cuisine; ils y préparaient les plats les plus délicats destinés aux seigneurs, ainsi que la nourriture quotidienne des familiers et des domestiques.

Au niveau supérieur de la maison, il y avait des chambres ahutes. Dans l'une dormaient les fils du seigneur, quand ils le voulaient, dans une autre ses filles, parce qu'il le fallait ainsi; ailleurs les veilleurs, les serviteurs chargés de la garde de la maison et les gardes prêts à intervenir, toutes les fois qu'ils prenaient leur repos.

Des escaliers et des couloirs menaient d'étage en étage, de la maison à la cuisine, de chambre en chambre et aussi de la maison à la loge, dont le nom venait de logos qui veut dire discours - et c'est à juste titre car les seigneurs avaient coutume de s'y assoir pour d'agréables entretiens - comme de la logeà l'oratoire ou chapelle, comparable par ses sculptures et ses peintures au tabernacle de Salomon."