La suite d'Histoires du Nord ...

mercredi 31 août 2011

les ailes perdues du Mont-des-Cats








une rentrée d'il y a à peine plus de cent ans...

... à Dunkerque... Finalement rien n'a réellement changé.


nostalgie de vacances passées...


Si Jesus avait été Flamand ...

Parfois, je me laisserais presque convaincre de revenir au christianisme ...

Nostalgie bourguignonne...

Petit moment de nostalgie en pensant à l'âge d'or de la Flandre; quand les villes drapières gagnaient leur autonomie face au pouvoir central, où noblesse et bourgeoisie travaillent ensemble, où les femmes sont plus qu'ailleurs proches de l'égalité avec les hommes, où les paysans sont alors assez riches pour mettre du beurre sur leur pain. Ouverte sur l'exterieur par la mer comme par les routes qui mènent tout croit à l'Italie et où l'esprit industrieux préparait dejà la Révolution Industrielle. Lieu de passage, lieu de métissage dans tous les sens du terme, il suffit de voir l'architecture de la Renaissance flamande, terre de travail mais aussi d'amusement où l'on met le même acharnement à s'amuser qu'à travailler. Souple aux changements de souveraineté, le Flamand est d'abord avant tout jaloux de sa liberté, car quel que soit le drapeau, tant qu'on lui laisse faire ses affaires, le Flamand finit par s'adapter...

petite pensée pour ceux qui vont bientôt faire leur rentrée

... qu'ils se rassurent, certaines furent bien pénibles que d'autres...


La libération de la Flandre se heurte à la poche de Dunkerque

in Serge Blanckaert - La 2eme guerre mondiale à Dunkerque, le siège le plus long (septembre 1944-mai 1945) - éditions le Phare, Dunkerque, 1976




Les armées de libération en Flandre

La 2e Armée britannique, ayant libéré Amiens, Arras, Lille, puis Gand, a atteint Anvers le 5 septembre. Le port est intact mais inexploitable car les Allemands tiennent encore l'estuaire de l'Escaut. Les éléments de la 1ere Armée canadienne, parvenus à Montreuil le 4 septembre, se sont heurtés aux défenseurs de Boulogne et à ceux de Calais. Ce mercredi 6 septembre, ils investissent les deux places mais continuent leur marche vers le Nord et ils pénètrent en Flandre Maritime. Avançant entre les Britanniques et l'Armée canadienne, à laquelle elle est d'ailleurs rattachée, la Iere Division Blindée polonaise (reconstituée en Grande-Bretagne) a passé la Somme, la nuit du 2 au 3 septembre, marché sur Hesdin, puis Saint-Omer (libérée le 5 septembre), a contourné Cassel et elle franchit, ce 6 septembre, la frontière belge, s'emparant de Poperinghe et approchant d'Ypres. C'est une voiture blindée polonaise qui, vers 15 heures, concrétise la libération d'Hazebrouck, tandis que des soldats britanniques sont acclamés à Bailleul et que les Canadiens sont sur le point d'entrer à Watten. Les Canadiens suivent aussi la R.N. 28 en direction de Zegerscappel, qui arbore le drapeau tricolore, et, de là, obliquent vers Esquelbecq.

A Wormhout, le même jour, les drapeaux tricolores sont sortis peu avant l'arrivée des Canadiens et, à la vue de ces emblêmes, deux motocyclistes allemands, venant de la direction de bergues, rebroussent chemin. Partout, les libérateurs sont accueillis dans l'enthousiasme. On les fleurit. on leur offre ce que l'on a à boire et à manger. Et on découvre, non sans plaisir, que certains des Canadiens parlent français alors que l'on attendait des Anglais. Le curé de Saint-Folquin, impatient d'annoncer la libération à ses paroissiens, est monté dans son clocher. Il voit, au loin, la poussière que soulèvent les chars canadiens à Guemps. Les habitants, aussitôt informés de l'imminence de leur délivrance, s'empressent au-devant des Alliés. Il est près de 16 heures quand deux blindés légers, couverts de fleurs comme pour une cavalcade, entrent dans Saint-Folquin pavoisée. Les deux véhicules militaires voudraient pousser une reconnaissance en direction de Bourbourg. Mais les Allemands ont fait sauter le pont sur l'Aa et dans l'après-midi même, ils ont installé un canon dans les ruines de l'église et posté des hommes sur les routes du Guindal et de Saint-Nicolas. Ne pouvant donc franchir l'Aa, les deux blindés canadiens se dirigent, à 17 heures, vers Gravelines. Mais une troupe de 250 Allemands vient d'établir dans cette place. Un de ses camions est en vue lorsque les Canadiens arrivent près du pont de l'Ecluse et ils le mitraillent. Les occupants du véhicule allemand ripostent au fusil et au pistolet. Les Canadiens reçoivent alors un ordre de repli et, à 19 heures, leur unité bivouaque à la ferme Creve-coeur.

Un ordre d'évacuer la ville est signifié ce même jour, 16 septembre, aux habitants de Dunkerque, par les autorités allemandes. Les berguois s'apprêtent à recevoir des réfugiés de la cité de Jean Bart quand, au cours de la soirée, des Allemands font irruption dans leur ville. les soldats constatent que le dispositif de minage du pont de la porte de Cassel, mis en place précédemment, a été démonté par des "terroristes". Ils se répandant aussitôt dans les rues et sous la menace de leurs armes, font sortir les hommes des maisons et les rassemblent en différents points de la cité. La nuit suivante, les Allemands font sauter des ponts desservant Gravelines et Bourbourg. Mais le Génie de l'Armée canadienne en construit un entre Saint-Folquin et le Guindal et, au petit jour, une colonne se met en route vers Bourbourg, bombardée par artillerie. Dans cette localité, les Allemands ont rageusement pris connaissance des "attentats" commis par les Résistants et libéré leurs propres soldats faits prisonniers. Vers 13 heures, le 7 septembre, un officier et quelques soldats allemands arrêtent un homme dans la rue et lui intiment l'ordre de les conduire chez le maire, M. Meesemaecker. Or, cet homme est un Résistant, M. Louis Braems, et il porte dans ses vêtements un plan de la ville avec indication du dispositif allemand. Ce document est destiné aux Canadiens, sont informés par les F.F.I. des positions défensives de l'ennemi. M. Braems, donc, s'éxécute et, chez M. Meesemaecker qui est marchand de vêtements, il parvient à dissimuler son plan entre deux coupons de tissu. Les Allemands exigent que le maire leur remette des otages qui seront éxécutés au moindre attentat contre les soldats allemands. Le maire, M. Braems et trois autres hommes sont ainsi enfermés, tandis que la menace des Allemands est colportée de maison en maison par un employé communal qui met les habitants en garde. Mais à 16 heures, des soldats canadiens traversent le canal de Bourbourg sur des canots et ils s'emparent de la distillerie. Les Allemands cèdent le terrain. Les Canadiens atteignent le Plantis et les abords de la gare. La libération de Bourbourg est entamée.

Celle de bambecque est chose faite et, en cette matinée pluvieuse du 7 septembre, les Canadiens de la 6e brigade de la 2e Division d'Infanterie rentrent à Hondschoote où les habitants leur offrent du lait et de bonnes bouteilles précieusement conservées pour le grand jour. Quelques Allemands qui, dans la cave d'une maison de la ville, attendaient d'être capturés, sont pris en charge sans incident. des patriotes armés assument la garde des ponts. Le même jour, les Canadiens venant de Wormhout, passent à west-Cappel, Rexpoëde et Oost-Cappel, puis entrent en Belgique. A midi, ils libèrent Warhem. Une dizaine d'Allemands retranchés près de la ferme veuve Brygo, non loin du village, vers la Basse-Colme, sont attaqués par les F.F.I. Un franc-tireur est tué. Les Canadiens interviennent et les Allemands sont capturés. L'ennemi a fait sauter les ponts sur la Basse-Colme en-deçà de laquelle il a posté des mitrailleuses. Les Canadiens ont toutefois trouvé un pont intact, celui du Pauwkensverve. Mais, c'est après avoir traversé le canal à bord de canots pneumatiques qu'ils attaquent des Allemands installés dans les maisons près du pont-à-Moutons. Ils font plusieurs prisonniers.

A Bergues, les Allemands ont relâché les hommes qu'ils avaient arrêtés et qu'ils voulaient employer à des travaux de fortification de la place. Les autorités civiles se sont opposées à cette prétention. Les Allemands ont placé une pièce anti-char sur la butte du rempart et le premier tank canadien qui se présente en vue de la porte de Cassel, ce 7 septembre, est canonné. Le siège de la cité de Saint-Winoc commence, à grand renfort d'artillerie. Il y aura, malheureusement, des victimes parmi la population civile.




Gravelines est aussi sous le feu des Canadiens. Dans cette journée du 7 septembre, des obus ont chassé de la tour les observateurs allemands. Dans la soirée, des fusants s'abattent sur la ville que l'Occupant évacue la nuit suivante, en détruisant les ponts de sortie vers Dunkerque. Les Allemands se replient dans Loon-Plage. Ils abandonnent aussi totalement Bourbourg, ayant fait sauter le Pont-Rouge et la passerelle du Coin du Bois à Bourbourg-campagne, et incendié le château Duriez. A 6 heures du matin, le 8 septembre, les Canadiens du Régiment de Maisonneuve (5e Brigade de la 2e D.I.) occupent l'ensemble de Bourbourg. A la même heure près, accompagnés par des F.F.I., les Canadiens occupent Gravelines pù ils capturent une quarantaine de soldats allemands. Puis les Calgary Highlanders portent leur effort sur Loon-Plage où l'ennemi se maintiendra jusqu'à la nuit suivante. Au-delà d'Hondschoote, en Belgique, les Canadiens de la 6e Brigade, ayant pour éclaireurs les résistants de l'organisation belge "Armée secrète", entrent à Furnes, franchissant un pont provisoire improvisé par les habitants pour remplacer le pont d'Ypres que les Allemands ont fait sauter. Le même jour, les Canadiens entrent à Nieuport, à Adinkerke, déserté par les Allemands partis vers Ghyvelde, et à Ostende. Mais, à Warhem, les Allemands contre-attaquent. Venus d'Uxem, ils détruisent le pont de Pauwkensverve sur la Basse-Colme. et, au Pont-à-Moutons, ils mitraillent les Canadiens. la bataille toutefois à l'avantage des Alliés qui font une cinquantaine de prisonniers, dont plusieurs blessés, mais qui n'occupent pas la position, regagnant leur point de départ au village de Warhem. la Basse-Colme n'est donc toujours pas franchie. Dans le secteur de la Haute-Colme, les Canadiens du Black Watch Regiment, venant de la direction de Looberghe, s'emparent, ce 8 septembre, vers 17 heures, du côté nord du hameau du Grand-Millebruggh. Les Allemands font feu de la distillerie et des maions situées de l'autre côté du canal. Les Canadiens franchissent celui-ci sur un canot pneumatique et entreprennent de nettoyer le secteur, opération qui est interrompue à la nuit et reprend le lendemain.

Le matin du 9 septembre, les Canadiens entrent à Loon-Plage. ils prennent en charge quatre prisonniers allemands qui s'étaient rendus aux gendarmes. L'ennemi a évacué la localité, nous l'avons dit, au cours de la nuit. il s'est replié sur l'ancien canal de Mardyck et s'y maintenir solidement. Les Canadiens de la 4e brigade de la 2e D.I. sont contenus à Spycker, au grand-Millebrugghe, à Bergues et le long de la Basse-Colme en-deçà de laquelle la zone des wateringues est inondée. Mais, ce 9 septembre, le Black Watch Regiment occupe Coppenaxfort. En Belgique, les Canadiens sont à La Panne qu'ils occupent totalement le 10 septembre et ils engagent le combat en direction de la frontière française. Les 13 et 14 septembre, les Queen's own Cameron Highlanders, rejoints par un bataillon du South Saskatchewan Regiment, attaquent les Allemands qui se cramponnent à Bray-Dunes. Ils libèrent cette localité avec l'aide des F.F.I. mais ne peuvent outrepasser la rue des Marins. Le front se stabilise dans ce secteur aussi, les Allemands gardant la ferme Vandevelde. Les habitants de Bray-Dunes que les Allemands arrosent d'obus sont évacuéés le 15 septembre . Ils partent pour La Panne, la plupart à pied, et sont hébergés dans différents hôtels, après recensement et visite médicale à l'hôtel Continental. Le même jour, l'aviation alliée bombarde Ghyvelde et dans l'arpès-midi, les Canadiens français des Fusiliers Mont Royal se lancent à l'assaut de cette localité. Des groupes de F.F.I. les ont rejoints et ils participent le lendemain au nettoyage du village et des environs où quelques nids de résistance allemands subsistent.

A 22 heures, les Allemands chassent de leurs demeures les habitants de Grande-Synthe. Le village est évacué, il font sauter l'église et le clocher, des maisons et même les arbres le long de la Route Nationale. Dans le même temps, les Allemands sont en effervescence à Bergues qu'ils s'appretent à évacuer. A trois heures du matin, le 16 septembre, ils chargent d'explosifs le beffroi et le clocher de l'église. A 5 heures du matin, ils quittent Bergues pour se replier vers Dunkerque. Soudain une formidable explosion secoue la cité de Saint-Winoc. Des témoins voient le superbe beffroi s'élever à trente ou quarante mètres de hauteur, telle une fusée, puis se casser dans les airs et retomber en débris. La tour de l'église saute elle-aussi et un dépôt de munitions dont les Allemands n'ont pas voulu faire profiter leurs adversaires, s'en va en explosions et en fumée. Vers 10 heures, nouvelle explosion : deux maisons de la rue Nationale à Bergues se sont volatilisées. a leur place, s'est creusé un profond cratère. Des corps humains mutilés sont été projetés aux alentours. Il faudra deux journées pour recueillir les restes de toutes les victimes. Le soir du 16 septembre, vingt-deux d'entre elles sont identifiées. Mais, leur nombre, d'abord imprécis, se fixera à quarante-deux. Une soixantaine de blessés ont été dirigés vers l'hôpital de Socx et, de là, vers les hôpitaux de Bailleul et d'Armentières. L'explosion des deux maisons que les Allemands ont piégé avant leur départ, émeut les habitants de toute la région libérée.

Les Dunkerquois croyaient encore à ce moment que leur ville ne tarderait plus à être libérée. Mais, les intentions de l'Etat-Major allié allaient autrement. Eisenhower a écrit à ce sujet dans sur rapport sur "Les opérations en Europe des Forces Expéditionnaires Alliées" : "Dunkerque était assiégée; mais, comme l'emploi de ce port moyen n'était pas indispensable, j'estimai inutile de faire de très grands efforts pour nous emparer. Comme pour les ports bretons, je décidai qu'il était préférable de contenir avec le minimum de forces nécessaires les troupes ennemies estimées à 12.000 hommes, plutôt que de monter une attaque de grande envergure."

Et Montgomery qui, précédemment, avait chargé Crerar de prendre rapidement les ports de Boulogne, Calais et Dunkerque, lui demanda le 13 septembre de dégager Anvers. C'était multiplier les tâches des Canadiens que, dans une instruction du 14 septembre, "Monty" déchargea de la prise de Dunkerque. "D'abord, écrivait-il, s'emparer de Boulogne puis de Calais. On s'occupera de Dunkerque plus tard. pour l'instant, il suffira de l'investir. Toutes les énergies de l'Armée seront employées aux opérations destinées à dégager Anvers, pour permettre l'utilisation de son port..." Ainsi, Dunkerque ne présentait aucun intérêt aux yeux de l'Etat-Major allié. Il est vrai qu'aux dommages causés par les batailles et les bombardements de 1940 à 1944, les Allemands avaient ajouté des destructions systématiques, opérées au début du mois de septembre. Même libéré, le port n'aurait pu être exploité avant d'imposants travaux de remise en état. Les brigades de la 2e Division d'Infanterie Canadienne, qui avaient blouclé Dunkerque, continuèrent donc leur marche vers la Belgique et, le 16 septembre, elles laissèrent à la 4th Special Service Brigade (4e Brigade de Services Spéciaux, composée de commandos) le soin de contenir les Allemands de la "poche" de Dunkerque.

Quelques jours plus tard, les Allemands déclenchèrent une vigoureuse offensive dans le secteur est. Dans la soirée du 27 septembre, ils attaquèrent les F.F.I. et des soldats écossais qui tenaient Ghyvelde. Les Alliés durent se replier et ils ne reconquirent leurs positions qu'après l'arrivée de renforts le matin.

Après cette tentative d'extension du territoire de la "poche", les limites de celle-ci se stabilisèrent pour un certain temps..."

Les navires de guerre construits aux Ateliers & chantiers de France - Dunkerque

Vous trouverez ci-après le nom, le type, le client, l'année de lancement et l'année de livraison des bateaux gris construits aux ACF de Dunkerque.
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sans nom - chaland porte-torpilles - Marine Militaire Française, 1904-1904
Bourrasque - torpilleur - Marine Nationale, 1925-1926
Adroit - torpilleur - Marine Nationale, 1927-1929
Lion - Contre-torpilleur - Marine Nationale, 1929-1931
Vauban - Contre-torpilleur - Marine Nationale, 1930-1930
Aigle - Contre-torpilleur - Marine Nationale, 1931-1931
Vauquelin - Contre-torpilleur - Marine Nationale, 1932-1932
Le Triomphant- Contre-torpilleur - Marine Nationale, 1934-1935
La poursuivante - Escorteur - Marine Nationale, 1936-1937
Baliste - Escorteur - Marine Nationale, 1937-1938
Cdt Bory - Aviso - Marine Nationale, 1939-1939
Cdt Delage - dragueur - Marine Nationale, 1939-1940
Lot - pétrolier - Marine Nationale, 1939-1939
Tarn - pétrolier - Marine Nationale, 1939-1940
Impétueuse - Aviso - Marine Nationale, 1940-1940
Boudeuse - dragueur - Marine Nationale, 1940-1940
Chasseur 9 - chasseur de sous-marin - Marine Nationale, 1940-1940
Chasseur 10 - chasseur de sous-marin - Marine Nationale, 1940-1940
Chasseur 11 - chasseur de sous-marin, Marine Nationale, 1940-1940
Chasseur 12 - chasseur de sous-marin, Marine Nationale, 1940-1940


A ceux-là s'ajoutent les pétroliers Seine et Saône, initialement commandés par la Cie Auxiliaire de Navigation, restés sur cale tout au long de l'occupation, la construction étant ralentie par la mauvaise volonté des ouvriers et quelques sabotages, lancés en 1948 et livrés en 1949, qui ont fait finalement leur carrière comme pétroliers ravitailleurs rapides dans la Marine Nationale.

Les remparts de Valenciennes (1897)

in Mgr Deshaisnes, Le Nord monumental et artistique - Lille, imprimerie Danel, 1897


"Les remparts de Valenciennes - A Valenciennes, de l'ancienne porte Cardon, qui est voisine de la porte du Quesnoy, construite en 1377, il reste une grande baie ogivale précédée d'un passage, dont la voûte est en arc tiers-point, et flanquée de deux grosses tours en grès; à une certaine distance en avant, comme tête de pont, a été élevé, vers la fin du XIVe siècle, un petit fort ou châtelet, dont le corps de garde et l'escalier avec leurs murs en pierre, leurs voûtes d'arête, leurs portes et leurs meurtrières, sont encore aujourd'hui en très bon état et permettent de se faire une idée des moyens usités pour défendre une ville vers 1377. En 1523, Charles-Quint rendit le petit fort moins vulnérable en l'entourant d'un boulevard revêtu de grès, dont les batteries flanquantes sont curieuses à cause de leurs embrasures à voûtes conoïdes et des évents qui permettent aux gaz de la poudre de s'évaporer.

Même après avoir visité Aigues-Mortes, et les curiosités de l'architecture militaire, on s'arrête avec intérêt devant la tout construite au dessus de l'entrée des eaux de la ville de Valenciennes et connue sous le nom de La Dodenne. Cette tour, qui date au moins de la première moitié du XVe siècle, présente un aspect imposant. au point de vue architectural, elle est remarquable; les spécialistes admirent le galbe heureux de sa base, la façon dont elle chevauche la rivière, l'habileté dont son constructeur a fait preuve en raccordant les parties coniques aux parties planes de l'arcade du devant et le motif architectural de sa voûte formée d'un arc surbaissé et d'un arc ogival.

Mentionnons en outre la Tour périlleuse. La partie inférieure de cette tour est très intéressante. Par un escalier bien appareillé et construit en grès, on pénètre dans une salle ronde, aussi en grès, couverte d'une voûte ogivale à nervures et percée au centre d'un regard pour communiquer avec les étages supérieurs. Cette salle est éclairée par des meurtrières donnant sur les fossés voisins."

La "Bourse" de Lille

in Mgr Dehaisnes, Le Nord monumental et artistique, Lille, imprimerie Danel, 1897


"La "Bourse" de Lille - M. Léon Palustre dit, dans son ouvrage sur La Renaissance en France, que "la Bourse de Lille est un chef-d'oeuvre et l'un des plus remarquables à tous égards, de l'architecture flamande au XVIIe siècle". et il ajoute : "difficilement trouverait-on ailleurs une plus grande habileté de composition et une aussi parfaite entente des effets décoratifs".

C'est un édifice en forme de parallélogramme, dont l'extérieur présente sur ses quatre faces, vingt-quatre maisons de marchands, et l'intérieur de la Bourse proprement dite.

L'intérieur, local où les négociants se réunissent pour traiter de leurs affaires, est formé d'une cour à ciel ouvert, longue de 19 mètres et large de 13m60, entourée de quatre galeries couvertes supportée par vingt-quatre colonnes en pierre noire polie. Les galeries dans lesquelles on pénètre du dehors par quatre entrées, sont pavées de larges dalles et offrent une coûte en briques décorées d'arcs doubleaux et de nervures croisées; elles sont surmontées d'un étage reposant sur une plinthe portée par des têtes de léopard qu'unissent des guirlandes de fleurs en pierre blanche, et percée de riches fenêtres à meneaux, moulures et balustres très bien sculptés, que domine une corniche encore beaucoup plus ornementée;

Ce qui est surtout remarquable dans la Bourse de Lille ce sont ses quatre façades extérieures, formées comme nous l'avons dit que vingt-quatre maisons de marchands. L'architecte a tracé, sur chacune des quatre façades, de grandes lignes architecturales dans lesquelles entrent des maisons qui présentent toutes un plan uniforme et la même ornementation; il a couvert cet ensemble d'une seule toiture de manière à imprimer à son oeuvre un caractère d'unité, un aspect monumental. Le rez-de-chaussée réservé aux magasins des marchands, est construit, depuis le sol jusqu'au premier étage, en larges grès en bossage et à refends, qui rappellent les palais de Florence. Les portes d'entrée des maisons sont petites et étroites; au contraire les fenêtres, qui doivent servir pour l'étalage des marchandises, sont larges, hautes et surmontées d'un tympan à objet sculpté C'est un ensemble simple et sévère, auquel les quatre entrées centrales avec colonnes, cartouches, cornes d'abondance et écussons aux armes du Roi, donnent un caractère monumental. Les deux étages qui surmontent le rez-de-chaussée, présentent l'aspect le plus riche; ils sont couverts de motifs sculptés. Entre leurs fenêtres, qui sont garnies de meneaux, de moulures, de volutes et de frontons brisés avec cartouche, montent alternativement des pilastres cerclés de bandes et des agines de fleurs d'où sortent des cariatides. Ces cariatides représentent ici une tête d'enfant, là une jeune fille, ailleurs un homme et une femme d'un âge mur, plus loin un vieillard à longue barbe; l'un porte avec aisance la corniche qui pèse sur sa tête, tandis qu'un autre semble gémir sous le même poids; la tête d'une jeune fille est couronnée de fleurs et de fruits et celle d'un jeune homme de pampres et de raisins; tous les âges de la vie sont représentés dans ces figures qui sont au nombre de trente-six. une seule représente un personnage connu: c'est celle du roi de Phrygie, reconnaissable aux deux appendices de sa tête, et dont Boileau a dit :

Midas, le roi Midas, a des oreilles d'ânes

Une très riche corniche couronne les façades extérieures de l'édifice. "Chose étonnante, dit encore M. Léon Palustre, l'oeil ne rencontre, pour ainsi dire, pas un espace où se reposer, et cependant on n'érpouve ni fatigue, ni ennui à contempler cette prodigieuse multiplicité de figures, qui ont juste le degré de perfection nécessité par la place qu'elles occupent."

C'est à l'intelligente initiative des marchands de Lille et au désir qu'avaient les échevins d'embellir la ville qu'est dû ce remarquable monument. Pendant longtemps on a ignoré le nom de l'architecte qui l'a elévé. M. Rigaux, archiviste de Lille, a découvert que c'est Julien Destré, maître des oeuvres de la ville de 1642 à 1677, qui en a fait le plan et qui l'a fait construire de 1651 à 1653. Plusieurs ecrivains ont cru que ce monument était imité de l'art espagnol: c'est une opinion qui n'est aucunement justifiée. Julien Destré s'est inspiré, pour l'ensemble, des traditions de la Renaissance italienne; et pour l'ornementation, du genre adopté à Bruxelles, et surtout à Anvers, et peut-être même dans quelques détails de la tour de Saint-Amand?

la bourse de Lille a été elle-même imitée. Divers motifs d'ornementation que l'on voit à l'hôpital de Seclin, à l'hospice Comtesse et à diverses maisons de Lille, situées rue de Paris, rue Royale, rue des Sept-Sauts, etc., etc., présentent des culptures rappelant celles de ce monument."

La christianisation du Nord de la Gaule : les témoignages de l'archéologie

in XVe centenaire du bapteme de Clovis - colloque inter universitaire et international - Reims, 19 septembre - 25 septembre 1996 - recueil des résumés préliminaires - deuxième session



P. DEMOLON (Service archéologique de Douai)



La christianisation du Nord de la Gaule : les témoignages de l'Archéologie





"Si le baptême de Clovis marque sans doute un temps fort dans l'évangélisation de la Gaule, il n'est, pour le Nord de la France, qu'une étape concrétisant la longue et difficile percée du christianisme dans ces pays du "bout du monde". En plus des textes, malgré tout peu nombreux, l'archéologie peut apporter témoignage des vicissitudes de cette pénétration, mais elle ne peut rendre compte que des faits et les traces positives laissées dans le sol et la documentation archéologique signifiante sont peu importantes. En effet, la difficulté la plus importante réside srtout dans la détection des symboles et notamment en milieu funéraire, qui permettent d'attribuer une pensée à un individu ou groupe d'individus. Hormis quelques objets significatifs comme la gourde de Concevreux, les fibules de Mézières, il est difficile de savoir si les thèmes chrétiens (Adam et Eve, cavalier à l'orant...) sont des symboles et des phylactères ou même de simples objets décoratifs.


La même question se pose pour les bâtiments reconnus en milieu funéraire et qui n'ont pas survécu jusqu'à nos jours et on s'interroge pour savoir s'il s'agit de chapelles liées à un culte, de chapelles funéraires ou de simples enclos de type familial. les exemples d'Hordain et de Les rues des Vignes sont particulièrement significatifs.Les traces les plus tangibles sont celles laissées par les églises et les abbayes connues par les textes. Elles sont malheureusement peu nombreuses et les occasions de fouilles exhaustives sont rares. Plusieurs cas méritent d'être mentionnés, Arras, cambrai, Hamage, Rouen, Tournai... Ces fouilles récentes ont permis de cerner, au moins partiellement, les installations religieuses et les habitats palatiaux. Néanmoins, ces exemples, qui s'échelonnent entre le Ve et le Xe siècle, montrent à l'évidence, à la fois la limite des interprétations des fouilles mais aussi leur faiblesse bien qu'ils soient associés à une évangélisation que l'on sait être importante.
Finalement, ce n'est que d.ans le courant du IXe siècle et plus probablement au Xe siècle que se mettent en place véritablement dans le Nord de la gaule les éléments contenus en germe dans l'avènement de Clovis."

Les royaumes francs au Ve siècle

Tiré de XVe centenaire du bapteme de clovis - colloque inter universitaire et international - Reims 19 septembre - 25 septembre 1996 - première session


Franz Staab, Landau

Les royaumes Francs au Ve siècle (résumé préliminaire)


1) approchant la notion de royaume au Ve siècle

La notion d'un royaume de l'époque de l'Ancien Régime demande des qualités qui nous semblent être quasi axiomatiques, parce qu'elles sont devenues par une grande partie aussi des qualités d'un état démocratique contemporain: l'unité du peuple et de son état, l'intégrité et la stabilité de son territoire, la succession légitime du gouvernement, le rôle presque exclusivement politique du roi. quant on essayerait de mesurer les royaumes mérovingiens des VIe et VIIe siècles avec les qualités ci-nommées, on aurait de grandes difficultés de les honorer du titre d'un royaume.

de l'autre côté, les qualités d'un royaume de l'autorité sont - naturellement, n'est-ce pas - mieux adaptables aux phénomènes du Bas Empire. Le royaume serait constitué par exeple d'un territoire ou d'une cité défendu par son roi et le peuple grec, qui font partie du monde grec, sans envelopper tous les Grecs. l'identité de ce royaume serait fournie par ses dieux locaux, sa dynastie et son conseil des vieux nobles. Le rôle du roi serait religieux de même que politique et militaire.


2) Deux types de royaume au Ve siècle : dans la Germanica Libera, dans les provinces romaines

Dans la Germanica Libera, les royaumes germaniques sont mal connus, car les auteurs romains ou grecs du Bas Empire ne s'intéressent pas trop aux conditions de la Barbarie. Mais ils montrent une curiosité envers les barbares qui entrent dans l'Empire, ou deviennent des soldats dans l'armée romaine. Bien sûr, la perception des barbares est guidée chez les Romains et les grecs par les notions et les images traditionnelles, mais pas toujours sans une réflexion scientifique. Une étude, par exemple, des mots usités par Ammien Marcellin pour qualifier les rois alamans, francs et leurs royaumes peut démontrer qu'il commande bien les outils de l'éthnographie grecque. aussi, on observe un grand intérêt dans les origines ou précurseurs des peuples barbares.

En général, on peut dire que les royaumes francs dans la Germanica Libera conservent des traits communs avec les autres peuples de l'antiquité, mais aussi les possibilités des associations des jeunes guerriers décrites par Tacite.

Au contraire, les royaumes dans les provinces romaines auront besoin d'une fonction supérieure de leur chef dans l'armée romain, d'une accomodation au foedus, d'une concentration sur leurs devoirs militaires. leur avantage sera d'une nature double : les revenus matériels et le renseignement de la civilisation romaine. A cause de cela, les royaumes barbares dans les provinces romaines deviennent plus riches, plus puissants et plus développés que les royaumes dans la Germanica Libera. Un stationnement dans des cités fortifiées ou des castra donne à leur roi un plus grand pouvoir. Les chefs barbares s'orientent dans les provinces, aussi comme les Romains, selon les structures militaires documentées dans la Noticia Dignitatum. Des choses modernes, comme des frontières dites naturelles ou des frontières linguistiques n'intéressent pas;


3) Le royaume de Cologne

Dès les temps de Constantin le Grand, les Romains devaient se défendre contre les Francs dans la région de Cologne. Mais l'empire restait victorieux jusqu'au succès définitif des Francs en 459/61. Les informations sur ces guerres contiennent quelques noms des rois, mais peu ou nul renseignent sur leurs royaumes. Cependant, le nom Merogaisus de l'un des rois battus et éxécutés par Constantin évoque un élément linguisitique significatif pour la future dynastie des Mérovingiens. Leurs racines semblent antéireures aux données indiquées par Grégoire de Tours.

Le royaume de Cologne n'était pas le seul royaume franc dans la Germania Secunda. Pour quelque temps, au moins un autre royaume s'était établi, c'est-à-dire le royaume de Xanten. Mais à l'époque de Clovis, c'était le royaume de Clovis qui avait concentré toutes les forces franques dans les régions de la Germania Secunda. A Cologne et à Xanten, on aimait l'élément linguistique sigi- dans les noms royaux, un élément qui n'était pas usité par les Mérovingiens dans le Nord de la France.

Comme grand adversaire des francs rhénans depuis les temps romains, on peut considérer le peuple alammanique. afin de gagner quelque secours contre les Alamans, les Francs rhénans coopéraient avec les Burgondes de la Sapaudia. Mais, avant les victoires de Clovis, les Alamans restaient les maîtres de la Germania Prima et posaient un danger incessant pour le royaume de Cologne. Le résultat de l'alliance avec Clovis pour Sigibert et Clodéric de Cologne, c'était d'abord la chute des Alamans, mais enfin aussi l'extinction de leur branche de la dynastie mérovingienne.


4) Le royaume de Tournai

Les origines des Francs dans le Nord de lagaule remontent probablement aux incursions franco-saxonnes du IVe siècle. Une grande différence entre ces Francs et les Francs rhénans n'existait jamais. Selon les études de Mathias Springer, la notion moderne des "Francs Saliens" serait le résultat d'une interprétation erronée d'Ammien Marcellin. A côté du Royaume de Tournai, il y avait aussi quelques autres dans des lieux fortifiés de ces contrées. Ils fleurissaient jusqu'à leur élimination par Clovis.

déjà, à l'époque de Childéric, le royaume de Tournai était devenu le plus fort dans le Nord de la, Gaule. La politique traditionnelle de ce royaume était une alliance avec Aegidius et après avec Syagrius contre les Burgondes et les Visigoths. Dans ce système, Childéric était un confédéré loyal de Syagrius, et aussi un amu respectueux de Sainte Geneviève. Comme les Burgondes étaient les alliés des Francs rhénans, il y avait quelques différences entre les intérêts des royaumes de Tournai et de Cologne.

Le renversement des alliances introduit par Clovis changeait tout. il confrontait Syagrius, épousait une princesse burgonde, ontenait l'aide de Cologne contre les Visigoths, annexait le royaume de Cologne et conduisait les Francs rhénans contre les Alamans.

Au VIe siècle, Cologne et Tournai avaient perdu leur rang de capitale d'un roi régnant. Mais leurs styles un peu différents dans les noms royaux survivaient. Enfin, c'était Charlemagne qui choisit comme capitale Aix-la-Chapelle dans l'ancien royaume de Cologne, mais seulement la tradition de Tournai pour ses fils Lothaire et Louis.

Les grandes abbayes, centres de culture

in Collectif - Visages de la Flandre et de l'Artois, collection "Provinciales", éditions les Horizons de France, Paris 1949


"Bonne Vierge fut Eulalie, Beau corps avait, plus belle âme. Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu, voulurent lui faire diable servir. Elle n'écouta pas les méchants conseillant qu'elle reniât Dieu qui reste là-haut dans le ciel, ni pour or, ni ragent, ni parures, par menaces du roi, ni prières, ni nulle chose ne la put jamais plier, la jeune fille, qu'elle n'aimât pas toujours le service de dieu; et ce fut traduite devant Maximilien, qui, en ces jours, était roi sur les païens. Il l'exhorte à ce dont jamais ne se soucie, qu'elle abandonne le nom de chrétien" (traduction des auteurs)


Cantilène de Sainte-Eulalie, le premier texte en langue romane, Xe siècle, Bibliothèque de Valenciennes


"Le Ve siècle ne s'acheva point que saint Vaast, premier catéchiste de Clovis, n'eût été fait par saint Rémy évêque de l'ancienne cité des Atrébates, c'est-à-dire Arras. Après sa mort fut fondée sous son nom une abbaye destinée à devenir un foyer de civilisation, concurremment avec les abbayes de Saint-Bertin et de Saint-Amand, entre autres. Alcuin s'appuyait sur elles quand, sous le règne de Charlemagne, il voulait faire de la France une "Athènes chrétienne". A la requête de son ami Radon, abbé de Saint-Vaast, il composa une Vie du saint qui avait permis à Arras de refleurir. Egalement lié avec Arnon, abbé de Saint-Amand, il lui expirmait son bonheur de se diriger "vers les charmantes demeures de Saint-Amand, cherchant mon ami très cher, disait-il, afin de rafraîchir mon âme par de doux entretiens avec lui".

Les manuscrits laissés par ces trois monastères témoignent qu'ils assumèrent, ici comme ailleurs, le rôle de ne point laisser périr les humanités. Faut-il rappeler que leurs annales, celles de Saint-Bertin, entre autres, sont les premières sources de l'Histoire de France?

Si nous ouvrons les Phénomènes d'Aratus à laBibliothèque de Boulogne, nous trouvons ce manuscrit orné par un moine bertinien, au Xe siècle, de miniatures visiblement calquées sur des modèles latins ou byzantins. Autre exemple, le fameux Liber Pilosus que la Bibliothèque de Valenciennes a hérité des Bénédictins de Saint-Amand, contient sur des feuillets de parchemin qui se font suite, la Cantilène de Sainte-Eulalie et le Rythmus teutonicus, premiers monuments de la langue romane et de la langue germanique."

mardi 30 août 2011











Ce n'est pas forcément que la météo soit propice cette année aux sorties. D'autres ne se gênent pas et, évidemment, en profitent, et offrent à leurs maîtres quelques suprises plusieurs semaines après ... Quatre boules de poils, une fois de plus cette année, à recaser... Ici comme ailleurs, c'est la crise du logement... Comment donc leur trouver une place ? Des amateurs ?

samedi 27 août 2011

D'Artagnan, gouverneur militaire de Lille

Parce que le Maréchal d'Humières connut une disgrâce temporaire, D'Artagnan, l'espion préféré de Louis XIV, l'homme en qui il avait tant confiance qu'il lui confia l'arrestation et la garde de Fouquet, se retrouva Gouverneur Militaire Lille. Le rude gascon, âpre au combat, querelleur, ne pouvait s'empêcher d'entrer régulièrement en conflit avec les architectes militaires qui fortifiaient Lille et surtout construisaient la citadelle, et se chamaillait durement avec le gouverneur de ladite citadelle. Peut-être que la capitale de Flandre, pacifiée, sous contrôle, ne lui offrait pas l'action qu'il méritait... ce qui ne l'empêcha point de demander à rejoindre son régiment en Hollande une fois les murs de la citadelle montés jusqu'au cordon et donc apte à se défendre seul, pour aller mourir sous les murs de Maastricht... Voici donc ses lettres de commission dans sa mission lilloise...





vendredi 26 août 2011

les pérégrinations arrageoises d'un touriste en 1898


































Alexis Martin - Les étapes d’un touriste en France De Dunkerque à Arras, Peronne et Montdidier - Paris, A. Hennuyer, imprimeur-éditeur, 1898


Dunkerque en 1898... la vision d'un touriste

















in Alexis Martin - Les étapes d’un touriste en France De Dunkerque à Arras, Peronne et Montdidier - Paris, A. Hennuyer, imprimeur-éditeur, 1898


La Flandre du Siècle d'Or à l'aube du deuxième millénaire



GEOGRAPHIE



La Flandre, cette plaine bordée par la mer du Nord et par l’Artois est réellement un «plat pays». Son apparente monotonie n’est brisée que par quelques buttes qui ne méritent pas même le nom de montagne car aucune d’entre elles ne dépasse 180 mètres d’altitude. Vues du ciel, elles se fondent si bien dans le paysage qu’il faut chercher les traces d’occupation humaine comme point de repère. Ce n’est, somme toute, qu’au détour d’un chemin que ces monts de Flandre impressionnent. Du côté français d’une frontière artificielle que rien ne vient signaler, quelques nuances subtiles donnent naissance à des petits pays, à peine différenciés. Le voyageur qui quitte le littoral pour s’enfoncer à l’intérieur des terres passe du «Blootland», une Flandre maritime totalement plate et nue, aux terres pauvres de sables à peine recouverts d’une faible couche de tourbe, au «Houtland», domaine boisé aux terres lourdes d’argile.... Le «Blootland» n’est qu’un ancien polder que la mer menace depuis sa dernière incursion il y a mille ans... Très lentement la pente s’élève... Les deux forment la Flandre Flamingante.


La Lys traversée, c’est la Flandre gallicane ou gallicante, que d’aucuns nomment aussi Flandre Wallonne qui s’offre au voyageur. Cette Flandre ne prend fin que sur les rives de la Scarpe, à Douai. Aux différences géographiques s’ajoutent les distinctions linguistiques. Au nord, le Flamand est néerlandophone, au sud, il parle le français. Dans cette dernière partie de l’ancien Comté, on trouve des «quartiers»: les Weppes, le Ferrain, tous deux argileux et qui prolongent la Flandre septentrionale, puis le Mélantois, crayeux, uni généralement au quartier de Carembaut et, enfin, le Pévèle, aux sols sableux, plus pauvres, qui assure la transition avec le Hainaut.


Un pays bas, plat et humide.


En Flandre, pas d’ondulation, pas de collines comme en Artois, encore moins de reliefs tourmentés. La mer, intimement unie à notre histoire, a modelé le paysage en déposant d’épaisses couches de sédiments et notamment d’argiles telles la Clyte. Au cours des ères géologiques, c’est l’alternance entre émersions et immersions qui donne à la Flandre le visage que nous connaissons en la dotant de deux atouts: des terres lourdes et fertiles et un bassin houiller né des forêts du carbonifère, régulièrement détruites par les avancées marines... L’eau est omniprésente. Le climat océanique est tempéré: les précipitations sont assez bien réparties tout au long de l’année. Dans le «Blootland», les sables sont pissarts car gorgés d’eau. alors que dans le reste de la Flandre, les argiles emprisonnent l’eau dans des nappes phréatiques facilement accessibles. Pour preuve s’il en est besoin, l’habitat flamand est dispersé. En surface, les principaux cours d’eau qui sillonnent la Flandre naissent tous en Artois. Ils profitent de l’absence de pente et de la nature imperméable du terrain pour s’étendre. Des parties importantes de la Flandre sont soumises aux débordements - moins fréquents aujourd’hui - et ont donné naissance à de nombreux marais. D’ailleurs, cette eau n’est jamais absente très longtemps et l’on comprend mieux que de nombreuses fermes aient gardé leurs fossés.


Un paysage sans cesse remanié par l’homme


Le Flamand est opiniâtre. Si les Romains ont trouvé au pied du Mont Cassel un vaste golfe, si Saint-Momelin a fondé son oratoire en venant par la mer, si les Lillois se retranchèrent derrière les marécages, ce sont des générations de flamands qui ont mis à sec les plaines et protégé leurs acquis. Assécher les marais ou drainer les polders est une besogne de tous les instants... Si l’on ajoute à cela des traditions de travail, il n’en fallait pas plus pour que la Flandre devienne le fer de lance de la Révolution Industrielle. Si Napoléon Ier promut les cultures industrielles dans une plaine fertile, son neveu Napoléon III offrit à la Flandre l’opportunité de faire travailler sa population nombreuse et d’appliquer son savoir-faire pluriséculaire grâce à ses richesses houillères. A la fois rurale, industrielle et industrieuse, la Flandre a toujours fait preuve d’une nature généreuse... ce qui n’a jamais manqué d’exciter les convoitises de ses voisins.




LE TEMPS DE SANDERUS ET DE LOUIS XIV


ASPECTS GEOPOLITIQUES



Sanderus (Antoine Sanders) naquit en 1586 à Anvers, à une époque marquée aux Pays-Bas par de graves troubles politico-religieux. D'une famille bourgeoise et instruite, il fut notamment éduqué chez les Jésuites à Gand puis mena à bien des études de philosophie à l'Université de Douai, citadelle, s'il en fut, de la Contre-réforme catholique et ville où les enfants de la bourgeoisie flamande étaient souvent placés pour se perfectionner dans la langue française. Maître ès-arts à Douai, prêtre, licencié en théologie à Louvain, curé près de Gand, il fut un temps aumônier d'un cardinal ministre du roi d'Espagne aux Pays-Bas, avant d'être nommé chanoine à Ypres où lui furent confiées des tâches administratives et pédagogiques. Il ne sut s'astreindre à demeurer régulièrement sur place: il préférait le Brabant où il finit par résider puis par décéder en 1664. Parmi les ouvrages qu'il écrivit, la Flandria Illustrata, publiée dès 1641 en latin et après sa mort en néerlandais (en 1735), est surtout intéressante de par la description des sites et monuments de la Flandre méridionale, celle qui passa à la France sous Louis XIV, de Dunkerque à Douai, et que semble avoir bien contemplé notre chanoine d'Ypres. La période de troubles qui vit naître Sanderus s'explique par différents facteurs: tout d'abord, à la différence de son père Charles-Quint, né et éduqué en Flandre, Philippe II roi d'Espagne et Comte de Flandre en 1555, est espagnol d'éducation. Il considère en particulier qu'au sein des XVII provinces des Pays-Bas, les sujets doivent être très catholiques, ne pas succomber au protestantisme, et même financer par l'impôt les guerres menées par l'Espagne. Dès 1560, la révolte gronde: "L'année des lumières" pour les protestants se place en 1566. Les Prêches des Haies deviennent de plus en plus fréquents. Entre Hondschoote et Killem, la chapelle des Trépassés dédiée à Notre-Dame des Affligés évoque un tel prêche. Le prêche de Boeschepe constitue l'un des plus importants. La répression espagnole engendre la violence. Les Iconoclastes, "briseurs d'images", sont traqués par les autorités civiles et ecclésiastiques nommées par le Roi d'Espagne. La répression est menée par le Duc d'Albe et son Conseil des Troubles, surnommé le "Tribunal du sang". En 1568, les Comtes d'Egmont (seigneur entre autres d'Armentières) et de Hornes, sont exécutés à Bruxelles tandis que Guillaume d'Orange, autre noble local, placé à la tête de la révolte, s'enfuit vers les Pays-Bas du Nord, véritable citadelle du Protestantisme. Les Gueux de Mer, marins, organisent la résistance en liaison avec les Gueux des Bois ou Boqueteaux. Résistances et violences s'exacerbent. En 1576, le nouveau Gouverneur, Don Juan d'Autriche, ne peut empêcher la province de Flandre de s'allier aux autres provinces contre le maître espagnol. Il faut toute l'habileté de son successeur, le subtil et modéré Farnèse, pour se concilier à la Paix d'Arras en 1579, les provinces francophones et catholiques de Flandre Gallicante, d'Artois et de Hainaut. Il entreprend ensuite la reconquête de la Flandre néerlandophone, non sans difficultés: en 1581, la ville de Bailleul demande au roi d'être déchargée de toutes les responsabilités concernant la publication des placards déclarant rebelles tous les magistrats par suite des derniers événements locaux... En 1582, les Gueux y brûlent l'hôtel de ville et l'église paroissiale. Farnèse prend Ypres, Bruges, Gand en 1584. Bruxelles et Anvers tombent l'année suivante. En 1598, Philippe II, lassé, fait des Flandres, au sein des Pays-Bas Méridionaux ou catholiques, un pays gouverné par sa fille Isabelle, mariée au Habsbourg d'Autriche, l'archiduc Albert. Sous leur égide, la reconstruction est alors relativement rapide. En 1599, Isabelle autorise la cité de Bailleul à procéder à la levée de 3.000 florins en rente pour restaurer la halle et le beffroi incendiés. Déjà, la ville est partie intégrante du paysage flamand: Tournai compte 20.000 habitants, on en dénombre 45.000 à Lille et 100.000 à Anvers. Economiquement, les guerres de la deuxième moitié du XVI° siècle ne semblaient pas avoir tout arrêté. En 1581, Bailleul avait obtenu du Gouverneur des Pays-Bas au nom du roi d'Espagne, une autorisation de commercer avec les Provinces rebelles du Nord, en échange d'une aide de 8.000 livres. A Lille, dans le village-faubourg de Wazemmes, on utilise de plus en plus la force motrice du moulin à eau, sans négliger, comme au village voisin de Moulins, celle du vent, ou comme à Ascq, celle des chevaux. Dans la cité même, dans les paroisses de Saint-Maurice ou de Saint-Sauveur, les saïetteurs et bourgeteurs sont fort implantés: plus de 40% des paroissiens de Saint-Sauveur sont des saïetteurs dont la plupart sont des travailleurs immigrés issus des autres parties des Pays-Bas du Sud ou de France. Nombreux, ils s'entassent dans des ruelles et courées insalubres où les maisons de huit habitants chacune constituent la moyenne. Dans la campagne flamande, le pays est régulièrement bonifié et remis en valeur, comme en témoigne l'assèchement des Moëres entre Furnes, Bergues, Hondschoote par Wenceslas Coebergher, le ministre des Archiducs. La trêve de douze ans conclue en 1609 avec les Pays-Bas du Nord, suivie après 1621 d'un certain modus vivendi entre les Pays-Bas du Nord et du Sud, permet également aux Habsbourg de restaurer la religion catholique en promouvant la Contre-réforme dans les Pays-Bas du Sud. Dès 1562, la fondation de l'Université de Douai, en réaction contre les tendances calvinistes de celle de Louvain, avait amorcé le mouvement. Désormais, les Capucins, remarquables Frères Prêcheurs, les Oratoriens, les Jésuites, s'installent dans tout le pays: à Bergues, Dunkerque, Cassel, Bailleul, Arras, Aire, Hesdin, Saint-Omer, Lille... Le niveau du clergé s'élève et l'encadrement du peuple flamand devient une réalité. En 1607, les Jésuites arrivent à Bailleul sur des terrains cédés par la ville en accord avec les Archiducs; en 1629, le produit de l'octroi leur est accordé et en 1624, la ville lève des impôts pour achever la construction de leur couvent avant de leur accorder, en 1651, avec la châtellenie, des rentes et la propriété sur l'usufruit de certaines terres. En 1629, trois échevins Bailleulois appellent les Capucins, puis, en 1631, la première pierre de l'église chargée des les accueillir est posée. En 1633, le roi d'Espagne amortit un terrain de 80 ares près de la cité, acquis par le Père Provincial des Capucins de Flandre, à l'effet d'y construire un couvent. A Lille, c'est en 1592 qu'une quinzaine de Capucins fortement soutenus par le Magistrat de la cité, viennent prêcher dans la ville. L'Evêque d'Ypres vient poser la première pierre de leur église en 1593; l'année suivante voit la bénédiction des couvent et église. Leur activité est assez soutenue pour que les locaux soient agrandis en 1615-1616. En 1614, les Hibernois, ou Irlandais, s'installent à leur tour. Leur école reçoit de jeunes Irlandais persécutés par les Anglais et que l'on prépare à retourner dans leur pays pour le catholiciser. Néanmoins, à la mort d'Isabelle, la Flandre, au sein des Pays-Bas Méridionaux, repasse sous le gouvernement direct de l'Espagne. Elle va dès lors se trouver en première ligne du conflit franco-espagnol, Bourbons contre Habsbourgs. En 1635, la France s'allie aux Provinces-Unies, fédérant les Pays-Bas du Nord, protestants, en vue de conquérir et de dépecer les Pays-Bas espagnols... Hesdin est conquise en 1639 et Arras en 1640. En 1648, les Provinces Unies et l'Espagne concluent la paix mais la France et l'Espagne demeurent en guerre. Dès 1646, le cardinal Mazarin, qui préside aux destinées de la France, avait affirmé: «l’acquisition des Pays-Bas Espagnols formerait à la ville de Paris un boulevard inexpugnable et ce serait alors véritablement que l’on pourrait l’appeler le cœur de la France». L'Artois, à l'exception de Saint-Omer et Aire, mais avec les flamandes Bourbourg, Gravelines et Saint-Venant, passe à la France à la suite de la Bataille des Dunes en 1658 et du Traité des Pyrénées de 1659. Dunkerque et Mardyck sont d'abord remises par la France à ses alliés anglais puis rachetées à ces mêmes Anglais par Louis XIV en 1662. En 1665, Philippe IV, roi d'Espagne, décède. C'est un enfant de quatre ans, Charles II, qui monte sur le trône. Louis XIV, au nom des droits de son épouse, l'Infante Marie-Thérèse, entre en Flandre. La Flandre du Sud est alors disputée entre France, Pays-Bas du Nord et Espagne, alternant paix et guerre jusque 1713, parfois avec l'intervention d'autres belligérants européens. En 1667, Louis XIV conquiert Lille, Douai et Orchies. Il crée à cette occasion les deux intendances de Flandre Flamingante ou maritime et de Flandre Wallonne ou Gallicante. Après la bataille de la Peene au val de Cassel en 1677, le Traité de Nimègue l’année suivante lui donne Bailleul, Cassel, Saint-Omer, Poperinge, Ypres mais rétrocède à l’Espagne Furnes, Courtrai et Audenarde enlevées en 1668 au traité d'Aix-la-Chapelle. Ce partage de Nimègue est d’ailleurs confirmé par le Traité de Ryswick en 1697. Néanmoins, par le Traité d’Utrecht, concluant en 1713 la Guerre de Succession d’Espagne entamée en 1708, Louis XIV renonce à Tournai, Ypres, Poperinge, Furnes, Loo, Dixmude et la rive gauche de la Lys de Menin à Ploegsteert. Il garde les Flandres Gallicante et Flamingante, qu’il réunit en une Intendance en 1715. Même si Louis XIV n'était pas vraiment un inconnu en Flandre Gallicante puisqu’il était déjà, par héritage, châtelain de Lille, il est logique que la prise de la Flandre méridionale, dans de telles conditions, ait été perçue comme une véritable conquête guerrière. Ainsi en 1645 comme en 1667, Lille, où l’on s’affiche «Bourguignon», résiste vaillamment. Les milices bourgeoises en tête, confréries ou serments d’archers et de canonniers réunis tiennent tête aux troupes françaises. Dans le quartier Saint-Sauveur, en 1667, il y a même des prières publiques durant toute la semaine que dure le bombardement par les canons français. De toute façon, le conquérant rencontre généralement l’hostilité des Flamands du Sud. En 1656, lorsque les troupes battent en retraite devant Valenciennes, le curé de Bailleul, Charles Blomme, organise un Te Deum et une messe d’actions de grâces pour la libération de la ville. En 1658, à l’annonce du Traité des Pyrénées, il prend la parole sur un théâtre édifié devant la maison échevinale, «en grande solennité»: l’essentiel est préservé car Bailleul ne change pas de souverain... Quand les troupes de Louis XIV doivent abandonner Broekburg (Bourbourg), les habitants organisent en grande joie un cortège bouffon pour «balayer les ordures hors du Pays». Les mesures prises par le nouveau maître du pays ne peuvent se permettre aucune légèreté. Ainsi, en 1669, le Gouverneur Marquis d’Humières reçoit de Paris une lettre l’approuvant d’avoir emprisonné les échevins de La Gorgue qui avaient refusé de prêter le serment de fidélité. Les résistances sont nombreuses. En 1673, quand un parti hollandais pille le bureau du domaine de Menen, la garde bourgeoise ne donne même pas l’alerte et le Contrôleur général Colbert y décèle une complicité manifeste entre Flamands et Hollandais. A Lille, l’Intendant Le Peletier doit reconnaître que les magistrats sont très peu sûrs au point que leur choix est extrêmement délicat... Force est d’avouer qu’«Il y a si peu de bons sujets en cette ville que les meilleurs ne sont ni raisonnables ni dociles»... En 1670 l’on acclame l’ambassadeur d’Espagne et, en 1674, certains Lillois exposent en public le portrait de Charles II, roi d’Espagne. A la même époque, le réduit de Saint-Sauveur reçoit en cellule le maïeur et le Rewart de Lille qui ont mal parlé au lieutenant du roi et un prêtre, qui y mourut, pour avoir parlé en termes négatifs de la guerre. En 1690 enfin, lorsque l’avocat Desruelles proclame qu’il «voudrait être encore sous la domination du roi d’Espagne et voir mort le dernier Français», l’Intendant reconnaît en cette déclaration «un discours assez ordinaire dans les débauches particulières de quelques-uns des gens du pays».




Les causes de cet état d’esprit hostile au roi français sont diverses et multiples. En premier lieu, les ravages des conquérants sont réels et importants. En 1645, dans les villages du Sud de Lille, les Français commettent des actes tels qu’«il semble que leur dessein n’est autre que de ruiner et ravager le plat pays». En 1653, les troupes du Duc d’Elbœuf pillent la cité de Bailleul et l’incendient : 470 maisons, 70 métiers à fabriquer du fil et 3 moulins sont détruits. En 1658, 800 soldats français opèrent une grande rafle de bétail dans la vallée de la Lys, exemple vivant d’une armée qui, au moins en partie, vit sur le pays. En outre, les Flamands n’ont pas une bonne idée de la religion et de la morale de Louis XIV: voilà un roi qui envahit un pays étranger en prétendant ne pas mener une opération de guerre mais faire une simple promenade pour s’assurer des intérêts de sa femme, l’infante d’Espagne! Un roi qui, chez lui en France, protège les Protestants, au moins jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes en 1685, et attaque les possessions des Habsbourg d’Espagne au moment même où les Turcs, en particulier à Vienne en 1683, se heurtent aux Habsbourg d’Autriche, ferme rempart de la Chrétienté ! Enfin, les Flamands n’apprécient pas les maladresses et l’autoritarisme de l’administration française, d’autant plus difficiles à supporter que la conjoncture économique n’est pas des meilleures: selon la chronique de l’ouvrier saïetteur Lillois Chavatte, de 1670 à 1692, «il faisait pauvre temps». Or, les Français écartent les Flamands des fonctions officielles et lucratives, attentent aux privilèges locaux, notamment en matière fiscale, ne respectent même pas la liberté d’enseignement de l’Université de Douai, instituent des passeports payants pour permettre aux Flamands de commercer librement et vont même jusqu’à installer des bureaux de douane qui rendent impossible la poursuite de l’exportation vers le reste des Pays-Bas Espagnols d’une production textile au coût désormais trop important. En 1699, Vauban peut écrire à bon escient: «Quand on les traitera en bons sujets... Il ne faut pas douter qu’ils oublient peu à peu leur ancien maître et qu’ils ne deviennent très bons français, leurs mœurs et leur naturel convenant beaucoup mieux avec les nôtres qu’avec ceux des Espagnols». L'avenir lui donna raison. En effet, le renouvellement des générations et la triste expérience de l’occupation hollandaise de 1708 à 1713, dangereuse pour la foi catholique comme pour la survie des industries locales en butte à une rude et déloyale concurrence hollandaise, amenèrent progressivement une certaine adhésion, à la fin du règne de Louis XIV, au nouveau maître. Si l'évolution de l'architecture refléta bien la francisation progressive de la Flandre (voir plus loin), la vie administrative au quotidien fut l'un des vecteurs de cette évolution. Louis XIV créa diverses institutions et fonctions qui firent peu à peu entrer la Flandre méridionale dans le giron de la France. En 1685 fut créé à Lille un hôtel des Monnaies, au pied de la Motte-Madame, cœur historique de la ville avec la Collégiale Saint-Pierre. L'année suivante, le Conseil supérieur de Tournai fut érigé en Parlement, compétent pour les questions de justice intéressant les Flandres et le Hainaut. Ce parlement fut transféré en 1709 à Cambrai puis à Douai en 1713. En 1691, un siège royal et général des Traites fut installé à Dunkerque, alors qu'à Lille, un Bureau des Finances, juridiction à la fois contentieuse, pour le domaine, et financière, était mis en place à Lille. En 1700, Dunkerque vit s'implanter une Chambre de commerce et un tribunal consulaire. Ce fut surtout l'action pragmatique des Intendants qui assura la francisation par le biais de l'administration. Les "Intendants de justice, police et finances, commissaires déportés dans les généralités du royaume pour l'exécution des ordres du Roy" se gardèrent bien de modifier les contours territoriaux même s'ils créèrent deux Flandres sur des bases linguistiques à partir de la Flandre méridionale. Leurs mémoires, aisément consultables, nous permettent au demeurant de connaître un peu mieux ces deux Flandres. Selon De Madrys "La Flandre entière a pour bornes : au midy, l'Artois, le Hainaut et une partie de la Picardie; au levant elle a encore le Hainaut et le Brabant; au nord, elle a aussi la mer d'Allemagne (mer du Nord) avec l'embouchure de l'Escaut, que l'on appelle le Hont-Escaut, qui la sépare de la Zélande; au couchant elle a la mer britannique (la Manche) et en partie la rivière d'Aa, avec le côté de l'Artois qui regarde les villes de Calais et de Boulogne. On divise ordinairement la Flandre en trois parties: la première est la Flandre Flamingante, où l'on parle Flamand; la deuxième est la Flandre Gallicane où l'on se sert de la langue françoise, et la troisième la Flandre Impériale, à cause du Comté d'Alost qui a été longtemps sous la domination des empereurs d'Allemagne."... Pour ce qui concerne la Flandre Flamingante, elle "s'étend depuis la mer du Nord jusqu'à la rivière de la Lys, elle a les villes de Gand, capitale du pays, Bruges, Ypres, l'Ecluse, Ostende, Nieuport, Furnes, Dunkerque, Bergues, Saint-Winoc, Courtray, Gravelines, etc..." Quant à la Flandre Gallicante, ou Wallonne, ou Gallicane, elle "a au septentrion la Flandre flamingante, au midy le Cambresis, au levant l'Escaut, et à l'occident la Lys; elle contient les villes de Lille, Tournay et autres"... Signalons que la Flandre Wallonne comprenait trois châtellenies: Lille, Douai et Orchies et celle de Lille disposait d'Etats étendant leur juridiction sur les quartiers de Carembaut, Ferrain, Mélantois, Pévèle et Weppes. Dans les faits, ces Intendants rassemblèrent peu à peu la totalité du pouvoir et de l'administration. Ils n'hésitèrent jamais à recommander au gouvernement du roi les personnages qui leur semblaient les plus dignes et fiables pour être nommés à des postes-clés, civils ou religieux. Ils s'impliquèrent dans la vente des offices à des "officiers", contrôlèrent les échevins et membres des Etats, imposèrent des modèles aux paroisses pour la tenue des registres, réglementèrent les levées des milices communales comme le droit de bourgeoisie, firent rédiger en langue française les actes officiels, y compris dans les tribunaux et instituèrent des notaires royaux. L'importance de l'université de Douai ne leur échappa point. Selon Dugué de Bagnols, "l'université est composée de quatre Facultés. Son établissement date de l'an 1559... Ses collèges principaux sont ceux du Roy, d'Anchin, de Marchiennes et de Saint-Waast. Il y a plusieurs bourses pour les pauvres écoliers. On y envoie la jeunesse des villes voisines pour y apprendre la philosophie, la théologie et le droit ou la médecine. les Flamands y envoient leurs enfants pour apprendre la langue française." Auprès d'eux comparés, les Gouverneurs, aux attributions essentiellement militaires, finirent par faire pâle figure, non seulement ceux des villes mais aussi le Gouverneur général de Flandre et de Hainaut lui-même. Si les militaires conquirent la Flandre, ce fut l'administration qui assura à la France la conquête des esprits et des hommes.




LE TEMPS DE SANDERUS ET DE LOUIS XIV


ASPECTS ARCHITECTURAUX



A partir de la deuxième moitié du XVI° siècle, en Flandre, le Moyen-âge cède définitivement le pas à la Renaissance, laquelle est, au moins au XVI° siècle, bien marquée par l'influence de l'Italie dont, au reste, les relations d'affaires avec la Flandre étaient réelles depuis quelques siècles déjà. En architecture, l'on assiste certes au maintien des structures traditionnelles, héritées du gothique ou de la dentelle de pierre à la brabançonne, mais aussi à la modification italianisante de la décoration, en raison principalement des courants lombards, florentins et romains par suite des influences de cour, d'ecclésiastiques ou de riches négociants en commerce avec l'Italie, ou encore de Jésuites maîtres d'œuvre de la Contre-Réforme Catholique. Cette évolution, qui a pu être qualifiée de conversion à la poétique des ordres ou à la métrique des frontons, n'empêche pas le goût local de s'exprimer par l'emploi des pignons gothiques en escalier et des lucarnes, et de façon plus moderne, pour l'Europe du bois de cette époque, par l'alternance de la pierre de taille blanche et de la brique rouge du pays. L'autre trait fondamental, accentué au XVII° siècle, est la transposition sur les façades, désormais décorées à la façon des bahuts flamands, chefs-d'œuvre des escrigniers locaux, de la richesse et de la truculence d'un peuple flamand désireux de vivre pleinement, notamment sous les Archiducs Albert et Isabelle, pendant les trêves intervenues au cours de ces siècles de guerre de religion mâtinées de tentatives d'indépendantismes. Triomphent alors sous la Renaissance Flamande, les bulbes, les gradins et ailerons, les consoles à volutes, les têtes d'anges et masques de monstres, les cariatides, cornes d'abondance, corbeilles de fruits et lions de Flandres. L'architecture militaire elle-même n'échappe pas à ce phénomène d'embellissement et les façades s'aèrent: les fenêtres à meneaux en croix font leur apparition, les tours deviennent plutôt des tourelles. Le château d'Esquelbecq possède neuf tours rondes surmontées de toitures coniques et pignons à redans, tandis qu’à Steene, le Zylof compte quatre tours Renaissance octogonales, une aile droite qui déploie courbes et pignons à volutes et un appareillage local de pierres et de briques. Contemporaines, les portes lilloises de Roubaix et de Gand offrent un aspect militaire civilisé par l'emploi des matériaux locaux et des lucarnes. C'est surtout dans l'architecture civile urbaine que s'épanouit la Renaissance Flamande, y compris en Artois avant la conquête française. L'Hôtel de ville d'Arras est complété en 1572 par une aile Renaissance tandis que s'élèvent au XVII° siècle les maisons des deux places à arcatures en grès, à pignons à gradins et ornementation fine et abondante. A Hesdin, la bretèque de l'Hôtel de ville, de 1629, est richement décorée; à Aire-sur-la-Lys, le bailliage, à la charnière des XVI° et XVII° siècles, présente sur la frise nombre d'entrelacs, de trophées et de rosaces. En Flandre, à Hazebrouck, le collège des Augustins accuse encore un aspect médiéval dans son aile gauche de 1518 et ses trois belles niches gothiques en son centre, mais l'année 1616 voit apparaître sur l'aile droite volutes, cartouches et rinceaux. Le Landshuys de Cassel compte des fenêtres ogivales au rez-de-chaussée mais s'orne de colonnes à la porte d'entrée et d'un modillon Renaissance à la corniche. L'Hôtel de ville d'Hondschoote, de 1558, présente simultanément les caractéristiques du gothique et de la renaissance avec ses pignons à degrés, sa porte en arc surbaissée à crosses végétales, ses baies à meneaux, ses moulures, sa tourelle surmontée d'un toit à bulbe et l'inévitable alternance de briques et pierres sur sa façade arrière. A Bergues, le Mont-de-Piété de 1629 est italianisant: la façade, où l'horizontalité l'emporte sur la verticalité, est divisée par des cordons et les fenêtres, bien encadrées, ne présentent pas de croisillon et sont séparées par de larges trumeaux et surmontées de frontons; le haut pignon présente une ornementation exubérante avec de nombreuses niches et cartouches en placage. C'est ici la patte de Wenceslas Coebergher (1560-1634) qui, comme son contemporain Rubens, est parti plusieurs années en Italie avant d'entrer en 1604, en tant qu'ingénieur et architecte, au service d'Albert et Isabelle, tout comme Rubens, peintre officiel de la cour des archiducs depuis 1609. Coebergher a fait édifier entre 1619 et 1633 une vingtaine de Monts-de-Piété. Rapidement le style baroque qui s'impose dans l'architecture religieuse et officielle et à partir de 1630, devient omniprésent dans notre architecture. Le beffroi de Veurne (Furnes), de 1628, est de structure gothique mais quasiment baroque, comme la tour de Saint-Amand de 1633, par le foisonnement de son ornementation supérieure. L'origine de la mode baroque en Flandre est sans doute religieuse: les architectes Jésuites, en grâce auprès des archiducs, sont essentiellement Hoeymaker, de Tournai (1599-1626) et Dublock, de Mons (1583-1656) auquel on doit notamment la chapelle du lycée de Saint-Omer, construite de 1615 à 1629. L'ancienne façade du collège de Douai est érigée en 1591 à partir de plans expédiés de Rome où le style de la Contre-Réforme Catholique semble être né à l'occasion de la mise au point en 1573 du projet de l'église du Gesu, dont le style de façade se retrouve incontestablement imité dans la Flandre du XVII° siècle. La tour (1633) de l'ancienne abbaye de Saint-Amand élevée entre 1626 et 1640 d'après les consignes de Nicolas Du Bois, abbé de Saint-Amand (1622-1673) est tout à fait baroque: haute de plus de 80 mètres, elle est surmontée d'un dôme octogonal divisé en cinq étages et surchargé de courbes, volutes, placages extrêmement denses et riches. Bien que le courant baroque en Europe soit d'origine italienne, romaine surtout, et bien que l'influence espagnole sur l'architecture flamande n'appartienne qu'au domaine du mythe à écarter définitivement (car limitée à la Contre-Réforme Catholique, à certaines techniques de fortifications, et à la mode vestimentaire du début du XVII° siècle), cette tour fait irrésistiblement songer à la Clerecia de Salamanque, édifiée en 1617. Mais rien d'étonnant à cela, dans une Europe baroque, partout tributaire de l'Italie. S'inscrivent très bien dans ce cadre historique architectural, les constructions de Lille en Flandre Gallicante ou Wallonne dont le gentilhomme florentin Ludovico Guiccardini écrivait dans son ouvrage imprimé chez Plantin à Anvers en 1582 que l'on la tenait "pour la principale, pour le fait des marchands après Anvers et Amsterdam entre toutes ces villes des Pays-Bas sujets au roi catholique". Ce qui reste de l'hôtel Beaurepaire de 1572 encore visible rue Saint-Etienne, même si 1572 passe pour être une année de restauration partielle de l'ancienne maison des Templiers, fait irrésistiblement penser par l'italianisme d'abord, à une façade sur cour de la maison de Rubens à Anvers, par l'allure générale d'autre part, au bailliage d'Aire-sur-la-Lys, de 1598, où les influences italianisantes en façade la disputent aux croisées ogivales du péristyle. Des spécialistes y ont vu aussi une présence du style malinois du XVI° siècle, agrémentés de spécificités lilloises que nous qualifierons plus génériquement de flamandes méridionales comme à Aire-sur-la-Lys, à savoir: couronnement classique, piliers stylisés du rez-de-chaussée, candélabres et ornementation. Les nouvelles boucheries, construites en 1550 sur la Grand-Place, dans le style de Gand, Bruges et Bruxelles, mariaient élégamment les formes gothiques à une décoration italianisante: façade en brique mais cadres des baies en pierre, triple pignon à escaliers reliés par une claire voie sculptée, portes et fenêtres ogivales, rampe de fer ouvragée, tabernacles pour statues de la vierge à l'enfant et de saintes. Au sommet du pignon central rugissait le Lion de Flandre tenant une bannière de laiton. N'hésitons pas à verser une larme furtive: ce splendide bâtiment fut abattu en 1717 pour permettre la construction de la Grand'Garde. La nouvelle Halle, Grand-Place, à côté de la vieille, stoïque depuis le XIII° siècle et qui regardait vers l'actuel Opéra, fut construite en 1594-1595 par jean Fayet, maître des œuvres de la ville. Cette halle qui offrait de fortes analogies avec l'Hôtel de ville de Furnes, manifestait le goût du magistrat pour l'emploi des ordres antiques, corinthien et composite et l'ornementation déjà utilisée par les huchiers et escrigniers flamands... Difficile ici de ne pas déceler l'influence anversoise de l'architecte et éditeur de manuels Hans Vredeman de Vries et un air de parenté avec les hôtels de ville de Leiden ou les maisons d'Enkhuizen dans les Pays-Bas du nord. A la porte de Gand aussi, les consoles latérales sont, somme toute, des pierres sculptées à la façon des pièces de bois des escrigniers. D'une façon générale, les pignons à gradins et ailerons à volutes abondèrent dans la cité des marchands, avant d'être détruits au XVIII° siècle... A partir des années 1600, des années de paix relative, le magistrat de Lille s'efforça de faire remplacer le bois par la brique et la pierre. les maisons de bois typiques à Lille étaient notamment sises au coin de la rue Grande chaussée et du marché aux fleurs. Le magistrat supporta toutefois les pans de bois maçonnés de briques, à châssis non revêtus, ou bien à châssis revêtus par la maçonnerie des trumeaux. A partir des années 1620, les influences bruxelloises se firent pressantes. L'architecte Franquart mit à la mode les cartouches auriculaires, le tailleur d'images Roland Maille exporta l'exubérance bruxello-anversoise à la Rubens. les ateliers de pierre sculptée se multiplièrent et donnèrent aux constructions lilloises contemporaines cet air cossu, voire touffu et pré-baroque italianisant qui les caractérise si bien. De ces années 20 et 30 sont la maison des Vieux-hommes, rue de Roubaix, le Mont-de-Piété de la rue du Lombard, initialement très proche de celui de Bergues, et dont la verticalité abrupte est aimablement adoucie par un jeu de cordons horizontaux, la maison de Gilles de la Boé, dite maison flamande, dont il manque aujourd'hui les pignons à volutes et les statuettes même si demeurent les consoles à volutes, sous les niches, quelques maisons particulières rue de Paris et sur la Grand-place près de la Bourse, rue des Trois Couronnes. A partir des années 1640, se diffuse à Lille comme dans tous les Pays-Bas, du Nord comme du Sud, le recueil de meubles du maître hollandais Krispijn Van Den Passe, dont s'inspirèrent tous les escrigniers flamands de l'époque. Julien Destrée, présenté comme le promoteur du baroque décoratif flamand à Lille, avait été lui-même escrignier, ce qui explique que la Bourse, commandée en 1652 sur ordre de Philippe IV d'Espagne, comte de Flandre, fut un fabuleux bahut flamand posé sur la Grand-Place. Maniéristes ou baroques sont les quatre portes saillantes des quatre façades, la scansion répétée à l'extrême des baies du rez-de-chaussée et la colonnade de la cour intérieure. plus classique, l'emploi des ordres, le soubassement à bossages et l'ordonnance générale du bâtiment. Bien typique de la Renaissance flamande du XVII° siècle sont les lignes horizontales barrant la verticalité, l'emploi de la brique rouge, de la pierre de taille blanche et du grès, les lucarnes, le campanile, les cornes d'abondance, les cariatides gainées et fortement expressives par opposition à leurs homologues italiennes, les têtes de léopards, les ogives et les guirlandes de fleurs, les têtes humaines de tous les âges, charmantes ou hilarantes selon les cas. De la même veine aussi, même si l'exubérance est nettement moins présente, sont les riantes maisons de 1666 du quai de la Basse-Deûle (aujourd'hui Avenue du Peuple Belge), face à l'Hospice Général du XVIII° siècle, tellement plus austère, ainsi que les bâtiments de 1664 de l'Hospice Gantois qui encadrent la Salle des Malades du XV° siècle et où il faut avant tout contempler avec ravissement la merveilleuse porte avec mauclair et imposte sculptés. La conquête française n'empêcha pas l'art flamand de demeurer productif dans la deuxième moitié du XVII° siècle. L'Hôpital de Seclin, édifié de 1634 à 1701, perpétue la tradition flamande par ses placages décoratifs baroques, par ses pignons à degrés, ses lucarnes et fenêtres, son appareil en briques rouges et pierres blanches. A Lille, la transition du style flamand lillois au classique français du XVIII° siècle, ménagea quelque peu les techniques autant que les mentalités et détermina même l'éclosion de ce qu'il est convenu d'appeler le style franco-lillois. Les alignements de la Citadelle engendrèrent ceux du Beau Regard, près de la Bourse, en 1687 et les immeubles Anselme Carpentier du Rihour à la Grand-Place, mais toujours avec l'alternance de brique rouge et de pierre blanche et le maniérisme décoratif à la Flamande. Les amours joufflus de Lepautre et d'Abraham Bosse, agrémentés de rinceaux enroulés de fleurs entrelacés et de corbeilles de fruits, remplacèrent doucement les angelots de Francquart et leurs guirlandes de fleurs et de fruits, ainsi que cela apparaît sur quelques hôtels particuliers, et quelques maisons des rues Esquermoise, Grande-Chaussée et Lepelletier. Désormais, l'ornementation se décline dans les frontons courbes, les bandeaux verticaux, les cartouches, les trumeaux-pilastres, et dans l'espace entre les baies de chaque étage, sur un mode simplifié par rapport à l'antérieure exubérance flamande. De bons exemples en sont donnés par certaines maisons 1700 de la rue du Nouveau Siècle, ou d'autres, dans un style plus versaillais, à l'entrée de la rue royale. Prenons deux exemples précis et aisément consultables à l'œil. Tout d'abord, l'Hôtel d'Ailly d'Aigremont, bâti en 1703 par un lillois, anversois de souche mais tout pénétré des concepts architecturaux italiens et français, aujourd'hui hôtel de commandement du Gouverneur militaire de Lille, à l'angle des rues de Roubaix et des Canonniers. Ce qui est lillois, c'est l'emploi de larges consoles peu saillantes mais décorées par un motif de cartouche, c'est la diversité des matériaux, pierres et briques, c'est la décoration du pavillon qui fait face à la rue des Canonniers, toutes inspirées de l'art des tailleurs d'images lillois et qui nous renvoie ici aux escrigniers du XVII° siècle flamand. Ce qui est français et classique, c'est la façade de l'hôtel, ses travées, l'emploi des ordres dorique et ionique, le fronton triangulaire, l'ordonnancement général marqué par l'harmonie et l'élégance, et enfin l'ornementation à la Lepautre du pavillon déjà nommé, quoique mâtinée de réminiscences du baroque flamand. L'autre exemple est d'autant plus intéressant qu'il est plus tardif, c'est le seul vestige de l'Hospice Saint-Sauveur, daté de 1730. La galerie du rez-de-chaussée et l'étage qui la surplombe évoquent le cloître de la Bourse de Destrée mais avec une prédominance inversée, l'étage apparaissant plus imposant: l'on est ici assez proche de la façade intérieure de la Porte royale de la Citadelle; l'ordonnance ionique s'appuie sur une console sculptée, la décoration végétale traditionnelle est sobre, l'alternance locale de la pierre et de la brique fait la part belle à la pierre blanche, les cornes d'abondance à la flamande baroque sont contrebalancées par deux personnages finement drapés à la française et qui présentent des médaillons ovales comme dans nombre d'édifices baroques du XVIII° siècle. En ce qui concerne les arts militaires, la Flandre change de visage avec l’arrivée des Français. S’il restait bien quelques forteresses médiévales dont les plus belles menaçaient ruine, elles ne correspondaient plus depuis longtemps aux impératifs de la poliorcétique. Les villes importantes étaient cernées de remparts bastionnés, suivant en cela les exemples italiens. Sanderus signalait des murs de terre pour protéger Armentières mais les autres villes telles Bergues et Lille ou encore Douai avaient une ceinture de remparts en briques, matériau il est vrai abondant en Flandre. Quand Vauban entreprit de constituer le Pré carré, il n’eut parfois qu’à modifier des ouvrages existants. Le Maréchal d’Humières démantela les derniers châteaux. La seigneurie en ruines d’Erquinghem-Lys servit de remblais aux murs de la citadelle. Le château de Comines, édifié en 1385 par Jean de la Clyte, servit aux artilleurs français pour s’entraîner. Non seulement le nouveau maître des Flandres ne pouvait accepter l’existence d’hypothétiques points de résistance, mais ces reliquats médiévaux ne correspondaient pas aux plans dressés par Vauban. Ce dernier remaniait des ensembles souvent inspirés par le Comte de Pagan et par le néerlandais Coehoorn. C’est avec génie qu’il impose sa marque dans le paysage castellologique flamand, lui confirmant si besoin en était sa position hautement stratégique... L’ingénieur fit de Dunkerque un port de guerre pour servir de base pour les capres et corsaires comme Jean Bart ou Forbin. il renforça d’autres villes comme Bergues et Gravelines. Les modifications les plus sensibles résident dans la création de forts secondaires pensés comme de véritables camps retranchés pour défendre les points de passage stratégiques. On pense alors à Fort-de-Scarpe, près de Douai ou aux Forts Louis et Vallières près de Dunkerque. L’œuvre majeure, illustration parfaite de la poliorcétique française est cependant à Lille. En effet, c’est dans un marais, lieu le moins commode qui soit, que Vauban et Simon Vollant édifient la «Reine des Citadelles». S’intégrant parfaitement dans le paysage pour offrir le moins de prise possible aux boulets ennemis, devant loger les troupes en temps de paix et être le dernier réduit défensif en cas de guerre, c’est une «petite ville» (traduction d’ailleurs de l’italien «Cittadella») qui s’organise. Les prévisions de Vauban furent couronnées de succès en 1708. La citadelle, vaillamment défendue par le Maréchal de Boufflers - dont elle porte aujourd’hui le nom - résista longtemps après la chute de la ville et les Autrichiens ne la prirent qu’à la suite de la capitulation de ses défenseurs. Le XVIII° siècle démontra que l'évolution engagée en Flandre française vers un style plus dépouillé, classique français, basé sur des alignements de pierre blanche, fut irréversible.




LES SIECLES FRANCAIS


La Flandre sous le règne français



Peu avant la mort de Louis XIV, les Intendances des Flandres maritime et intérieure furent réunies sous l’autorité d’un unique intendant. Depuis lors, la Flandre ne quitta plus le giron français et devait ressembler au reste du royaume. Les Bourbons y placèrent leurs fidèles par nomination ou par vente des charges d’officiers. La francisation devint ici la règle: les actes administratifs sont réglementés et rédigés en français dans toute l’Intendance. Si cela ne posait aucun problème en Flandre Gallicane ou Wallonne, l'habitude fut plus difficile à perdre au nord de la Lys. Des siècles d’usage du flamand et une certaine résistance ne rendirent la francisation réellement définitive qu'avec la IIIe République... sans toutefois parvenir à effacer totalement les traces des racines flamandes...


Un plus forte influence méridionale


Durant le Moyen-âge, la Flandre était un comté du sud des Pays-Bas; à partir du XVIII° siècle, elle s’intégra, avec l’Artois et le Hainaut, aux Pays-Bas Français. Les Lumières conquièrent Lille où des loges maçonniques sont fondées dès 1744. Le classicisme architectural gagne peu à peu les villes: les places royale et dauphine à Dunkerque, le palais de Justice de Bailleul, la rue Royale de Lille en témoignent. Partout s'élèvent des hôtels particuliers, richement décorés où le goût français s'impose. Dans les campagnes, le style français se répand. Le caractère castral des anciennes demeures seigneuriales s’efface puis disparaît... Au besoin même on reconstruit pour répondre aux nouveaux canons esthétiques. Le bien-être devient la règle. L’installation définitive des Français correspond à la mise à mort des fortifications privées. Les châteaux deviennent réellement résidentiels, réservant les aspects fortifiés aux enceintes urbaines, aux forts et à quelques fermes car les temps, après tout, ne sont pas si sûrs... Dans ces nouvelles résidences, les murs s’ouvrent de larges fenêtres. Les douves deviennent des éléments décoratifs quand le terrain oblige à leur conservation, des ponts dormants sont jetés au-dessus d’elles pour remplacer les anciens pont-levis. Les seigneurs flamands s’étaient adaptés à un nouveau style de vie. Il reste quelques rares témoins de ce XVIII° siècle triomphant que les guerres ou l’urbanisation n’ont pas mis bas... Ainsi à Baisieux, le manoir d’Escarmain construit dans les premières années du XVIII° siècle où la pierre et la brique se mêlent harmonieusement pour rythmer la façade. Un des plus beaux exemples de cette architecture qui nous soit parvenu se trouve à Bondues. Le Château du Vert-Bois offre au regard une magnifique tour-porche érigée en 1666, qui permet d’accéder au château reconstruit en 1743 sur une motte castrale. La façade, percée de nombreuses baies, est ornée de pilastres toscans et l’ensemble, bien que massif, est des plus harmonieux. De l’ancienne fortification rurale ne subsistent plus que les larges douves... Avec toutes ces grandes et larges fenêtres, le siècle français se résume à l’intrusion de la lumière. Dans la même commune, on peut parfois admirer un exemple rare d’austérité du XVIII° siècle au château de la Vigne, construit par Lesaffre en 1777 pour Michel Aronio de Romblay. Sans exubérance, rompant avec les habitudes du XVI° siècle et des escrigniers flamands, la brique y prédomine mais sans fioritures. Comme au Vert-Bois, le toit est couvert d’ardoise et la pierre ordonne les façades avec des chaînes et des bandeaux saillants. Il n'est pas une ville de Flandre où l'on n’érige de luxueux hôtels particuliers. L'Ancien Régime finissant, Lille ressemble un peu plus à Paris. La noblesse, sans délaisser totalement la campagne où elle a transformé radicalement son style de vie, adopte de nouvelles habitudes. Quelques architectes, à Lille, imposent une nouvelle façon de construire. Les cours intérieures sont encadrées d'ailes percées de larges fenêtres. Fermées de grilles, ces cours ne sont pas cachées à la vue des passants. Colonnades et guirlandes ordonnent la façade d'entrée ou rythment les porches. Quelques hôtels, certainement parmi les plus beaux fleurons du dernier siècle royal nous sont parvenus en assez bel état. L'Hôtel d'Avelin, intégré au Rectorat académique, est l'œuvre de Lequeux, qui comptait parmi les plus actifs à Lille. Si l'hôtel resta célèbre pour avoir accueilli Louis XVIII sur la route de l'exil vers Gand, il est un témoin émouvant de ces nouvelles normes. Partout à Lille, on peut constater le succès de ces nouvelles habitudes de construction, l'Hôtel Petitpas de Walle et l'Hôtel de la garde, rue de l'Hôpital militaire, l'Hôtel de l'Intendance, abritant aujourd’hui l'Evêché. Le style français influence aussi les peintres et la littérature devient de plus en plus francophone. Malheureusement pour la Flandre, si l’époque est florissante pour les Arts, la situation est plus difficile pour l’économie. La Flandre subit la rude concurrence des Pays-Bas et de l’Angleterre et ses produits subissent une forte taxation à la barrière douanière qui la sépare du reste du royaume. Au cours de la lente agonie de l’Ancien Régime, seule l’Agriculture est saluée comme un modèle d’ingéniosité et de prospérité. Les campagnes de Flandre ont de forts rendements grâce aux efforts constants dans l'assèchement des marais, parce que l’eau est abondante et surtout parce que les cultures industrielles comme le lin ou le chanvre sont en plein essor. Tous les visiteurs qui sillonnent la Flandre saluent unanimement cette avance sur ses voisins et la maîtrise des paysans flamands.


Une fin de siècle difficile


La profonde crise économique de la fin du XVIII° siècle préfigure déjà la révolution de 1789. Le chômage est endémique, les vivres sont chères, l’indigence profonde. Les cahiers de doléances sont presque tous unanimes dans leurs réclamations: constitutions d’Etats propres à la Flandre maritime nettement séparés de la Flandre Gallicane, abolition des barrières douanières mais plus forte taxation des produits étrangers, unification des poids et mesures qui varient souvent d’un village à l’autre, fin des juridictions, des droits et des exemptions issus de la féodalité, réalisation de grands travaux de voirie... On réclame surtout un traitement égal en matière de justice et de fiscalité... La Révolution révèle la richesse nouvellement acquise de quelques spéculateurs, enrichis grâce aux biens nationaux et à la thésaurisation de leurs pécules face à un assignat sans cesse dévalué, seule monnaie disponible pour le petit peuple. Pour beaucoup, la seule solution pour gagner une maigre pitance reste de s’engager dans les armées révolutionnaires, ceux qui restent sont sans cesse soumis aux combats et aux représailles des belligérants, quel que soit le pavillon sous lequel ils combattent. Si au début de la Révolution, il n’était nullement question de remettre en cause l’ordre établi, on fit malgré tout officiellement table rase du passé, notamment en niant la place de la religion dans la vie quotidienne et dans l’organisation sociale. Cette question religieuse s’est posée avec acuité. La Constitution civile du clergé ne recueille pas l’assentiment des Flamands, chez qui on trouve pléthore de réfractaires. Nombreux furent les prêtres qui prirent la route de l’exil avec quelques rares émigrés nobles. A l’opposé d’autres régions de France, la Flandre refuse la Terreur, la guillotine ne s’accommode pas du climat. Cela n’empêcha pas le patriotisme républicain de s’épanouir face aux armées des princes étrangers comme en témoigne la résistance héroïque devant les Autrichiens en 1792, de la ville de Lille retranchée derrière les admirables fortifications héritées de Vauban.


La naissance d’un département industriel


Les révolutionnaires les plus convaincus voulurent effacer toute trace du passé. Ils imposèrent aux Flamands de rebaptiser les lieux dont la consonance évoquait l’Eglise ou la Royauté. Quelque temps, Dunkerque porta le nom de «Dune libre». Au delà de l’aspect symbolique, il fallait créer de nouvelles structures administratives. Les provinces furent redécoupées en départements, affublées de nouveaux noms qui ne devaient en rien rappeler le passé. Comme tout nouveau territoire, il fallait donner un chef-lieu. Ce rôle fut dévolu à Douai jusqu’à ce qu’elle fût détrônée par Lille en 1803. Ce fut à cette occasion que les qualités d’entrepreneurs des Flamands furent bien évidemment remarquées par Napoléon et les effets de sa politique européenne se firent ressentir sur les terres de Flandre. Ce n’est pas pour rien que la statue du Premier Consul orna longtemps la Vieille Bourse de Lille. En effet, les Français subissaient cruellement la pénurie de produits avec l’application du blocus continental. Il fallait remplacer les marchandises auxquelles les Français s’étaient habitués. Cette décision, si difficile à supporter dans les ports, fut l’occasion d’implanter en Flandre de nouvelles cultures industrielle avec le tabac et la betterave sucrière. Idéalement placée, la Flandre suscita de nouvelles vocations industrielles. Rien en manquait pour lancer la nouvelle révolution industrielle. La vapeur se nourrissait de la houille extraite au sud du département, les villes devenaient de plus en plus attractives et l’économie, lancée dans un libéralisme outrancier, s’affranchissait des contraintes des corporations et des métiers. Très rapidement, le XIX° siècle flamand s’assimilait à la Révolution Industrielle. Placée sur un carrefour européen, la Flandre, tout comme le reste du département fut l’objet de toute l’attention du monde de la finance: les capitaux plus nombreux étaient drainés par des banques modernes, les patrons créaient de gigantesques usines, à l’anglaise, et bâtissaient parfois des quartiers entiers pour y loger leurs employés. Le littoral ne fut pas en reste et Dunkerque, port encore militaire, se doubla d’une vocation commerciale plus affirmée. Ce havre fut remis à l’honneur sous le Second empire et la Troisième République, de nouveaux bassins furent creusés, le nombre de kilomètres de quais fut sensiblement augmenté, une forme de radoub fut creusée grâce à l’action de Jean-Baptiste Trystram. La terre du Nord se hérissa de nombreuses cheminées d’usines: filatures, sidérurgie, constructions mécaniques, distilleries, matériel ferroviaire et naval, forges... La Flandre devint une gigantesque usine. Les grands bourgeois remplaçaient une noblesse bien affaiblie par la Révolution mais encore prestigieuse. Commença en Flandre comme en France le règne des Capitaines d’Industrie au service desquels les architectes se placèrent. Les usines comme les demeures de la haute-bourgeoisie personnifiaient un nouvel ordre, du moins le voulait-on: les maisons de maître s'élevèrent sur les nouveaux boulevards, comme sur les routes de Lille à Roubaix et Tourcoing. L’usine devenait la nouvelle source de pouvoir et devait en être le reflet. Point de petits ateliers mais des halles de briques et d’acier, des cathédrales ou des châteaux-forts de l’industrie signifiaient à la population que les nouveaux maîtres tenaient leur destinée en main... La brique devient décorative. Le XIX° siècle est le siècle de l’acier qui permet les grandes voûtes. On avait amené la charpente et la façade de la Gare du Nord à Lille, on édifiait partout des halles, des marchés en poutrelles et colonnes d’acier. De même, les Ateliers Nationaux rasèrent la Motte-Madame pour ériger la basilique de la Treille, devenue cathédrale en 1913. L’industrie flamande est puissante mais la misère règne dans les quartiers ouvriers. Toute la ville ne change pas au même rythme. La croissance urbaine a été si spectaculaire que la voirie n’a pas toujours suivi. Ainsi Victor Hugo déplorait le paupérisme extrême et la mortalité des habitants des caves de Lille. Les quartiers populaires sont des foyers d’infection et les épidémies prospèrent avec la promiscuité et malgré les efforts du corps médical. Croup, diphtérie, variole, choléra viennent s’ajouter à la malnutrition et à l’alcoolisme. Les accidents du travail viennent faucher les enfants que la maladie n'a pas décimés. Les villes, encore enserrées dans des remparts, sont humides et propices aux maladies car les canaux et rivières qui les parcourent ne sont souvent que de vastes égouts à ciel ouvert. L'inquiétude des hygiénistes est légitime. Ainsi l’on propose, sans toujours rencontrer le succès, des cités ouvrières idéales, fermées aux turpitudes de l’extérieur mais permettant de mieux contrôler l’ouvrier. De nombreuses villes gardent le souvenir de ces initiatives comme la Cour Napoléon à Lille... Cette misère n’empêche pas une forte immigration d’ouvriers plus pauvres encore venant essentiellement de Flandre Belge où sévissaient la maladie de la pomme de terre et la crise du textile gantois. Rien d’étonnant à ce que la Flandre ait aussi été une terre de luttes sociales et de syndicalisme... Après tout, le gantois De Geyter ne composa-t-il pas l’Internationale dans un café de Saint-Sauveur? Contrairement aux époques précédentes, la ville s'organise différemment. Ce n’est plus un espace protéïforme mais une succession de quartiers spécialisés qui s’ordonnent désormais, soit autour des quartiers anciens souvent remaniés, soit à l’abri des enceintes agrandies pour les villes les plus importantes. Les quartiers résidentiels, les quartiers ouvriers, les quartiers-ateliers... La ville est plus encore qu'auparavant un espace de ségrégation sociale.


Les remises en question du XX° siècle


En Flandre belge, les architectes relisaient le passé en créant la néo-renaissance flamande. Les Français ne tardèrent pas les imiter. Le plus prolifique fut certainement Louis-Marie Cordonnier. S’il imita l’Hôtel de ville de Dilbeek en dressant les plans de l’Hôtel de ville de Dunkerque au début du XX° siècle, c’est surtout pour la nouvelle Bourse de Lille que l’on remarque la finesse de son œuvre. Alternant, comme à Dunkerque, la brique rouge et la pierre blanche, il donne à Lille un aperçu de son autre œuvre majeure, le Palais de la Paix de la Haye, où siège la Cour Internationale de Justice, relecture idéalisée des ouvrages de ses prédécesseurs. La première guerre mondiale lui donna une autre opportunité de mettre en pratique ses idées. Le front s’étant stabilisé très vite du port d’Ostende à la frontière suisse, peu de villes de Flandre échappèrent aux bombardements et au cheminement des tranchées. Si les populations de certaines villes comme Lille vécurent un martyre en y étant séquestrées par les troupes d’occupation, d’autres subirent de sévères destructions, parfois en étant - comme Radinghem, Bailleul ou Comines - totalement rayées de la carte. Louis Cordonnier fut chargé de la reconstruction de la vallée de la Lys: on lui doit entre autre le relèvement du Beffroi de Comines et de l’Hôtel de ville. Seules quelques concessions à la modernité furent acceptées dans une recréation à presque l’identique, parfois en remodelant le tissu viaire... Le conflit a suscité un constat inédit pour la Flandre. Cette frontière ne pouvait plus reposer sur ses fortifications, qu’elles datent de Vauban ou de Napoléon IIII. Le conflit était une rupture. Les murs ne pouvaient résister aux nouvelles armes, ni à l’artillerie lourde, ni à l’aviation, encore moins aux nouveaux explosifs. Obsolètes, ces murailles étaient même des pièges pour la population si la ville venait à tomber aux mains de l’ennemi. On proposa donc aux municipalités de racheter leurs remparts, à charge pour elles de supporter leurs démolition. Lille entreprit comme Douai rapidement leur mise à bas, car ils entravaient l’expansion. D’autres villes, pauvres, furent condamnées à une simple extension dans les faubourgs, à Bergues comme à Gravelines, le coût des travaux étant alors prohibitif. Les villes rouges de Flandre jettent leurs derniers feux durant cette brève période de paix. Avec Cordonnier, d’autres architectes élaborent leur vision du passé. Emile Dubuisson érige la haute tour du beffroi de Lille entre 1930 et 1932. Symbole communal, le beffroi de 105 mètres de haut, usait des dernières techniques de construction, mêlant la brique au béton. Il couronne néanmoins un vaste bâtiment inachevé. Partout où cela est possible, on veut encore respecter un passé glorieux en s’inspirant de ses formes mais en y mêlant des techniques de plus en plus novatrices... A l’inverse, les expériences de Mallet-Stevens à Croix ne rencontrent pas grand écho auprès du grand public. Une génération plus tard, un ras-de-marée d’acier ravage la France et la Flandre est une fois de plus le théâtre d’une bataille qui la dépasse. Bombardés, canonnés, troupes et civils sont jetés sur les routes alors que villes et les voies de communication sont pilonnées. Durant plus de quatre ans - Dunkerque fut libérée au lendemain de la capitulation de Berlin - villes et usines subirent les combats, le moindre point d’appui fut utilisé par les belligérants provoquant des dégâts considérables. Ainsi, si l’on prend le seul exemple de Dunkerque, c’est la presque totalité de la population qu’il faudra loger à son retour, dans les quelques maisons encore habitables, dans les blockhaus, dans les chalets américains en carton bitumé. Les architectes doivent reconstruire des villes entières avec peu de moyens, avec l’obligation de respecter des marchés d’état, avec des moyens de transport et de production inexistants. 1945 est une année zéro pour la plupart des Flamands. Ajoutons à cela les débuts du «baby-boom» et l’on comprend les partis-pris des urbanistes. Ainsi, de nombreux quartiers sont reconstitués non plus à l'identique avec le passé mais à l’uniforme avec les autres villes. L’architecture se standardise. Là où on logeait quelques familles, ce sont des ménages plus nombreux qu’il faut abriter... Une fois la reconstruction achevée, les Flamands tout comme les autres Français, profitent de l’expansion des «Trente Glorieuses». Il faut loger dans l’urgence des populations sans cesse plus nombreuses, souvent déracinées, qu’elles soient issues de l’immigration ou de l’exode rural... La brique cède alors le pas au préfabriqué, la maison à l’immeuble... La grande banlieue n’est plus un projet, elle devient une réalité. D’autres tentent enfin des expériences radicales. Ainsi au quartier St-Sauveur où, parmi d’autres, quelques monuments très anciens sont rasés pour construire des immeubles modernes dont les styles sont totalement étrangers à la Flandre. Il s’en fallut de peu que l’hospice St-Sauveur ne fût totalement rasé pour céder la place à une barre sans histoire et sans âme. Les Trente Glorieuses ont été une période de rupture. Pour loger des centaines de familles attirées par les grands travaux comme la construction d’Usinor-Dunkerque ou l’extension des ports, par les emplois dans la sidérurgie ou les filatures, des villages se muent en villes-champignons. Comme lors de la reconstruction, l’urgence justifiait tout. Ainsi, de nombreuses communes comme Grande-Synthe perdaient leurs dernières caractéristiques rurales pour devenir des «banlieues-dortoirs». Des dortoirs qui offraient alors un confort moderne et souvent inconnu jusque là mais dont le vieillissement a été fulgurant: dans la croyance d’une croissance éternelle, on avait omis d’offrir un cadre de vie autre que le logement. Une expérience urbanistique doit cependant être soulignée pour son ambition. En créant Villeneuve d’Ascq à partir des villages d’Ascq, Annappes et Flers, il n’a pas été besoin de faire table rase du passé comme à St-Sauveur. Des trois villages judicieusement conservés ont été sortis de terre une ville et un véritable laboratoire de l’urbanisme moderne. Là il y avait assez de place pour transférer les facultés de Lille, où les étudiants déjà nombreux, étaient à l’étroit. Cet éloignement ne fut pas une sanction de Mai ‘68 car les travaux avaient été entamés largement avant la «révolution estudiantine»... Une des villes les plus modernes de Flandre prospérait sur un des terroirs les plus anciens : un fiscus royal carolingien. La ville grandissait, il fallait aussi réserver de nouveaux espaces pour ces nouvelles activités.


Après avoir été le sud des Pays-Bas puis le nord de la France, la position des Flandres évolua encore. Avec le T.G.V., concurrent très sérieux de l’avion, Lille devenait la périphérie de Paris, une nouvelle et plus proche banlieue. L’ouverture des lignes vers la Belgique plaça à nouveau l’ancienne ville comtale au plus près des cités avec lesquelles le commerce était traditionnel. La Flandre change. Les petites villes rurales aux alentours de Lille sont pleines d’attraits pour les citadins qui désirent fuir le vacarme urbain, et Lille attire sociétés et cadres qui estiment les loyers trop élevés dans la capitale française. Euralille, dernier projet du XX° siècle certes, est aussi la création d’un nouveau centre urbain et en même temps une plaque tournante des mouvements de personnes comme le fut en son temps la vieille gare du Second Empire. Sanderus oserait-il encore dessiner nos villes ?


Eric Vanneufville & François Hanscotte