La suite d'Histoires du Nord ...

lundi 31 octobre 2011

bleu hiver au dessus de la mer



2 sur 3

A l'approche de l'hiver, deux adorables petites chattes; l'une blanche et noire, l'autre noire à 99%, rayée noir mat et noir brillant, attendent de nouveaux maîtres... Un bon geste avant que l'on ne soit obligé de les emmener à Ypres...

étudier à en perdre la tête



samedi 29 octobre 2011

in memoriam



sic mundi gloria transit



la Porte de Paris, au pied de la mairie et de son beffroi, n'ouvre plus sur la campagne environnante et n'indique plus qu'un point de passage dans son quartier

froides réflexions



miroirs de l'eau berguois



nostalgie hivernale



frapper sans heurter



sous l'égide du géant de Boulogne



tranquillité vespérale



bientôt l'hiver



la solitude du gardien de la Slack



du haut des remparts de Boulogne



une certaine idée de l'accueil boulonnais...



petit passage le long de la Mer du Nord

Ces jours, nous sommes dans un parfait alignement terre-lune-soleil, renforçant l'attraction lunaire et donc augmentant d'autant le niveau de la mer... Passé le long de la plage de Malo, quelle ne fut pas l'étonnement de constater la plage presque entièrement couverte par les flots, réduisant la bande de sable fin à sa plus simple expression ...








jeudi 27 octobre 2011

mise au point en temps de crise : les différents systèmes économiques

Comment voulez vous qu'on y comprenne quelque chose ???






Socialisme :Tu as 2 vaches et tu en donnes 1 à ton voisin qui n'en a pas.


Communism e:Tu as 2 vaches, le gouvernement les réquisitionne toutes les 2 et te donne un peu de lait

Fascisme : Tu as 2 vaches, le gouvernement les réquisitionne toutes les 2 et te vend le lait

Nazisme : Tu as 2 vaches, le gouvernement les réquisitionne toutes les 2 et ensuite te fusille

Bureaucratie : Tu as 2 vaches, le gouvernement les réquisitionne toutes les 2, en abat une, trait l'autre, et jette le lait...



Capitalisme : Tu as 2 vaches. Tu en échanges une contre un taureau, tu élèves tout un troupeau de vaches, tu les vends toutes et tu vis de tes rentes jusqu'à la fin de tes jours.

Système américain : Tu as 2 vaches. Tu en vends une, et tu forces l'autre à produire du lait pour 4. Tu es étonné lorsque l'animal tombe raide mort.

Système syndical : Tu as 2 vaches. Tu te mets en grève parce que tu en veux 3.

Système japonais : Tu as 2 vaches. Tu les manipules génétiquement afin qu'elles deviennent 10 fois plus petites, et qu'elles produisent 20 fois plus de lait. Tu crées tes propres cartons de lait et tu inondes le marché mondial avec.



Système allemand : Tu as 2 vaches. Tu les manipules génétiquement pour que ça en devienne 100, qu'elles ne doivent manger qu'une fois par mois et qu'elles sachent se traire elles-mêmes.

Système britannique : Tu as 2 vaches. Elles sont folles toutes les deux.

Système italien : Tu as 2 vaches, mais tu ne sais pas très bien où exactement... et maintenant tu vas manger tes spaghetti.

Système russe : Tu as 2 vaches. Tu les comptes et tu te rends compte que tu en as en fait 5. Tu re-comptes, et cette-fois tu en as 30. Tu comptes une dernière fois et tu en vois 17. Tu arrêtes de compter, et tu ouvres ta quatrième bouteille de vodka de la matinée.

Système israélien : Tu as 2 vaches, tu construis un grand mur autour.

Système palestinien : Tu as 2 vaches, tu leur apprends à lancer des pierres (au-dessus du mur).

Système français : Tu as 2 vaches, et ce sont les vaches les plus importantes du monde.

Système suisse : Tu as 500 vaches mais aucune ne t'appartient. Tu gagnes de l'argent en les gardant chez toi pour un étranger "anonyme".

Système indien : Tu as 2 vaches et tu les vénères.

Système chinois : Tu as 2 vaches. 300 personnes les traient quotidiennement. Tu prétends avoir un taux de chômage nul, et une productivité bovine maximum. Tu exécutes le journaliste responsable de la fuite sur les chiffres réels.

Système flamand : Tu as une seule vache et tu l'épouses.

vivre l'occupation à Lille pendant la Grande Guerre

Le journal d'une Lilloise, de Jeanne Du Thoit



de la revue ‘Lecture Pour Tous’ du 1er avril 1916

Lille, 4 octobre 1914.
— La première bombe vient d'être lancée sur la ville, à midi, atteignant une cité ouvrière, rue des Pénitentes. La stupeur est générale. On vivait dans une sorte de quiétude, on ne croyait pas le danger si proche.

La nouvelle se répand que les Allemands ont tenté un coup de main (on parle même d'un train blindé): ils sont à Fives, on se bat dans les faubourgs.

Dans l'après-midi le canon gronde, la fusillade ne cesse pas dans le lointain, et pourtant les Lillois, superbes d'audace imprudente, défilent dans la rue des Pénitentes pour examiner les dégâts produits par la bombe.

Vers cinq heure:., la canonnade augmentant, c'est une dispersion générale, chacun rentre chez soi.

5 octobre.
— On continue à se battre dans les environs, mais les Allemands ne sont pas en nombre. Ils sont repoussés par la troupe arrivée à Lille depuis quelques jours.

Chacun va aux nouvelles, avide de connaître le résultat des combats de la veille. On apprend des choses navrantes. Des maisons sont incendiées, des gens tués....

« Allez à Fives, me dit-on, vous verrez ce qu'est l'image de la guerre. »

Les habitants de Saint-André, de la Madeleine, pris d'une sorte de panique, arrivent à Lille où l'affluence devient énorme. Personne ne veut rester dans la banlieue.

6, 7 et 8 octobre
. — Accalmie, les journaux nous rassurent, le danger semble écarté momentanément. Les faubourgs sont débarrassés des ennemis qui ont été refoulés. Les chasseurs du 17e font des reconnaissances aux environs, et quand, à la tombée de la nuit, ils reviennent à la caserne, par escouades, les fenêtres s'entr'ouvrent sur leur passage et on les interroge fiévreusement.

« Dormez tranquilles vous n'avez rien à craindre pour cette nuit, » répondent nos braves.

Et sur ces mots, pleins pourtant de menaçantes éventualités, la ville s'endort plus confiante et plus calme.

9 octobre
. — La sérénité renaît; depuis plusieurs jours le bruit du canon a cessé. Le danger serait-il réellement écarté? Hélas, non!

A onze heures du matin, un bruit formidable retentit; c'est une bombe lancée par un Taube.

L'hôtel des postes, visé, n'a pas été atteint. Les projectiles sont tombés sur l'hôtel de Bretagne, rue d'Inkermann, n'occasionnant heureusement que des dégâts matériels. La foule s'empresse, se rend sur les lieux du sinistre, commente l'événement. Il faut s'attendre à tout et les plus optimistes commencent à entrevoir la gravité de la situation. Plusieurs habitants font des installations sommaires dans les caves, en prévision des heures qui vont suivre. Cependant les autorités n'ont pas encore parlé, on essaie de se rassurer, tout en éprouvant malgré soi uri affreux serrement de cœur.






Samedi 10 octobre. — L'agitation en ville est extrême. Des affiches signées par le maire sont apposées sur les murs; des attroupements se forment pour les lire; les yeux ne peuvent se détacher des gros caractères imprimés qui s 'étalent sur la muraille. Inutile de se faire illusion, le danger est immédiat! Le maire supplie la population de se montrer calme et digne.

« La proximité des armées ennemies, dit l'affiche, fait redouter des incursions sur notre territoire. Que chacun reste chez soi et ne prenne pas part à la lutte, s'il veut éviter d'atroces représailles sur les femmes et sur les enfants. »

La consternation est générale; on va donc se battre!

Une question se pose: Lille est-elle ville ouverte ou ville fermée? Les opinions les plus opposées, les plus absurdes aussi se croisent; on en est réduit aux hypothèses. Il faut attendre, et cette attente est mortellement angoissante.

La ville est silencieuse et déserte. C'est une ville morte ou plutôt une ville qui semble attendre la mort. Les magasins sont fermés, les volets sont mis aux fenêtres. Çà et là il y a bien quelques rares passants, mais ils marchent tête basse, ils ont l'air tout désemparés.

Rue Esquermoise, une vision terrible: du côté de la rue de la Barre surgissent des ulhans coiffés de leurs casques à pointe. Ils viennent de la direction de Saint-André.

J'ai besoin de tout mon courage pour traverser la rue et pénétrer rue Basse, dans le premier couloir qui s'offre à moi. De là je vois les cavaliers allemands passer au galop. Ils sont une quarantaine et paraissent inquiets, jetant des regards à droite et à gauche comme des gens peu sûrs d'eux-mêmes. Ils se dirigent vers la mairie pendant que je me sauve à toutes jambes pour rentrer chez moi.

Une heure plus tard, la rumeur publique nous apprend ce qui s'est passé. Les uhlans ont demandé au maire le passage de la ville pour dix mille hommes, mais on ne sait pas au juste ce qu'a répondu M. Delèsalle. Quant aux uhlans, ils sont partis, leur mission étant terminée.

Alors se produit un coup de théâtre inattendu. Les chasseurs à cheval, sortis dès l'aube pour faire une reconnaissance aux environs, rentraient fatigués et débouchaient Grand' Place quand ils aperçurent les Allemands. Nos héroïques soldats s'élancèrent à leur poursuite et, d'après ce qu'on nous dit, bien peu ont échappé au massacre.

L'après-midi est calme, personne n'ose sortir; on pressent quelque chose de grave, et, selon l'expression du maire qui durant tous ces jours d'angoisse s'est montré admirable, on attend « dans le silence qui convient aux grandes douleurs ».

Vers cinq heures et demie, de nouveaux coups de feu retentissent. Des cyclistes allemands précédant des cavaliers sont arrivés par le grand boulevard et, en traversant la rue des Arts, se sont rencontrés avec quelques soldats français. Ceux- ci ont tiré, les autres ont riposté. Pendant que la lutte continue, les cavaliers allemands vont droit à la mairie pour s'emparer du maire et des adjoints. Ce sont des garants pour leur sécurité et, selon leur habitude, ils les mettent devant eux pour se faire conduire à la Préfecture. Mais ce plan échoue devant la fière attitude des goumiers qui gardent la Préfecture. Alors, ne se sentant plus en sûreté, ils prennent le parti le plus sage, la fuite.

Jusqu'à six heures et demie, on entend le grondement du canon et des mitrailleuses; les balles sifflent, elles cinglent les façades des maisons. Quand un calme relatif se rétablit, on va aux nouvelles chez les voisins et voisines. Le bombardement est imminent; il faut passer la nuit dans les caves!
La plupart des habitants s'y résignent, mais ce n'est qu'une fausse alerte, la nuit s'écoule dans le silence.

Dimanche 11 octobre.
— A neuf heures du matin, coups de canon... panique indescriptible.... Tout le monde rentre chez soi, effaré... les églises se ferment... on descend dans les caves. A dix heures, accalmie. On reprend espoir et peu à peu les curieux vont aux informations. Les portes de la ville sont maintenant gardées par des soldats qui organisent des barricades. Des chariots, des charrettes mis en travers de la chaussée sont entassés les uns sur les autres. Il fait froid. On va distribuer des cache-nez et des gants de laine à ceux qui exposent si courageusement leur vie pour la défense de la ville. Et ils nous rassurent, ces braves, ils nous font espérer que les Allemands n'auront pas la satisfaction d'avoir la clef du Nord: Lille!

L'après-midi s'écoule lentement et confirme cet espoir. Le canon gronde dans le loin tain, mais malgré cela les Lillois se promènent tranquillement en "famille, tous veulent voir les barricades élevées aux portes, ces fameuses barricades dont tout le monde parle.


La Ville en Flammes


Lundi 12 octobre.
— Quelle nuit!... Nous n'avions pas jugé bon de descendre dans la cave, espérant passer une nuit calme. Mais vers dix heures un bruit infernal nous réveille. Cette fois c'est bien le bombardement, réglé, méthodique. Les bombes pleuvent sur la ville. Nous nous précipitons dans la cave et nous y passons des heures que jamais je n'oublierai. Il faut avoir entendu le sifflement des obus et leur éclatement formidable pour comprendre toute l'horreur de la situation! La maison tremble, tout menace de s'écrouler, et devant nous, se dresse menaçante la vision d'être ensevelies sous les décombres.

A peine sommes-nous remises d'une émotion, d'une alerte, que de nouveau le sifflement d'un obus recommence. Nous l'entendons passer au-dessus de nos têtes et s'abattre avec fracas sur une maison voisine. Les bombes se succèdent sans interruption depuis dix heures du soir jusqu'à deux heures du matin. Nous sommes mortes de fatigue, de frayeur.

Vers trois heures une sorte d'apaisement se produit; nous décidons de remonter dans nos chambres pour essayer de nous reposer. Mais quand nous nous approchons de nos fenêtres, quelle épouvante! tout le ciel est en feu!

Le crépitement des incendies arrive jusqu'à nous, nous frissonnons de terreur!

La prudence exige que nous songions à parer à tout événement. Qui sait si, tout à l'heure, notre maison ne sera pas, elle aussi, la proie des flammes?

Nous nous habillons en toute hâte et, fiévreusement, nous préparons une valise. Il y a des allées et venues dans la rue, et des voix angoissées demandent quels sont les bâtiments qui brûlent.

C'est le « Bon Génie »... c'est la « Salpêtrière ».... On dit que tout le quartier va sauter.

Cependant le canon ne tonne plus (les Allemands n'ont pas encore toutes leurs munitions) et les pompiers et les soldats s'emploient de toutes leurs forces pour arrêter le progrès des incendies.

Il n'est, bien entendu, plus question de repos pour la nuit.

Nous attendons le lever du jour avec anxiété pour nous rendre chez des amis où nous serons plus en sûreté. Leur cave est voûtée, les éboulements y seront moins à craindre.
A cinq heures et demie du matin, le bombardement recommence, et c'est seulement à huit heures que nous pouvons, au bruit de la canonnade, quitter la maison.

Vers dix heures, le bombardement reprend d'une façon terrible, pour ne plus s'interrompre. Toute la nuit, par les soupiraux des caves, on entrevoit les lueurs rouges des incendies qui éclairent tragiquement cette lugubre nuit.

Mardi 13 octobre. — Six heures du matin. Depuis deux heures le canon s'est tu et ce silence pèse lourdement sur nous. Qui a été victorieux?

Toute la rue Faidherbe brûle. On marche dans des flaques de sang. La ville est aux Allemands! Depuis moins d'une heure, ils sont entrés dans nos murs, ayant l'audace de chanter leur hymne national au milieu de la ville en flammes.

Dix heures. — Lille brûle! Tous les quartiers ont été visés, les incendies ont éclaté partout! Les Allemands ont coupé les eaux: impossible d'éteindre le feu qui se propage avec une rapidité foudroyante. Les étincelles jaillissent de tous côtés; les morceaux de bois enflammés sont projetés à de grandes distances, provoquant de nouveaux incendies, et tous les habitants, dans un affolement général, tentent de s'enfuir pour échapper à cette fournaise! Mais s'enfuir où? Devant le sort inexorable auquel on ne peut échapper, un sombre désespoir plane sur toute la population.

Midi. — On nous annonce que le maire a obtenu (moyennant 2 millions) que les eaux lui soient rendues. Les pompiers de Roubaix et de Tourcoing sont réquisitionnés. On va circonscrire le feu et dynamiter les maisons voisines de celles qui brûlent, afin d'éviter de dangereux écroulements.

Dans l'après-midi, je fais un tour en ville. Hélas! tout dépasse en horreur ce que j'avais pu concevoir. Les chevaux blancs des goumiers n'ont pas encore été ramassés: ils gisent éventres, les entrailles pendantes. Les ruisseaux sont rougis, une odeur acre de fumée me prend à la gorge et j'aperçois les immenses brasiers où les pompiers lancent les jets d'eau et multiplient les efforts pour protéger les immeubles avoisinants.

Je croise des familles entières qui fuient éperdues, serrant dans leurs bras tout ce qu'il leur est possible d'emporter. Des charrettes les suivent, contenant des matelas, des berceaux. Pauvres gens! Force leur a été de quitter leur foyer, le danger était trop grand. Ils jettent un dernier regard sur leur maison qui n'existera plus dans quelques instants et pleurant, sanglotant, ils s'enfuient! Pendant ce temps les autorités allemandes s'installent à la mairie, à la préferture.

Mercredi 14 octobre.
— Encore une nuit affolante, pleine d'affres angoissantes. Les incendies ont pris hier une extension si considérable que personne n'a osé se coucher. Et voilà la troisième nuit que nous passons debout, éveillées, prêtes à nous sauver au moindre signal.

La ville est éclairée comme en plein jour par la lueur des flammes. Des gerbes de feu s'élèvent de toutes parts et s'éparpillent dans toutes les directions. On entend des craquements effroyables; ce sont des pans de murs qui s'écroulent, des toitures qui s'effondrent. Des papiers carbonisés voltigent dans la cour, ils viennent de plusieurs kilomètres de distance. Le vent fait rage, la nuit est mortellement longue!

Enfin, vers cinq heures du matin, une immense colonne de fumée noire s'élève du milieu du brasier; c'est la fournaise qui s'éteint, le feu a fini son œuvre de destruction.




Les Allemands à Lille


A dix heures, je sors. Partout c'est l'image de la désolation, de la mort. Les ruines de la rue Faidherbe et de la rue de Paris fument encore. Des portes, des armoires, des meubles à moitié carbonisés gisent lamentablement sur le sol. Ici, des lits sont suspendus dans le vide, là des monceaux de pierres et de décombres barrent les rues. Les habitants pâles, exténués, s'abordent tristement. Ah! ce n'est plus la belle Lille d'il y a... quelques jours, si vibrante de vie intense. La nature semble vouloir être en harmonie avec les événements. Il pleut, une petite pluie fine et froide qui vous glace jusqu'aux os tombe sans discontinuer. Des automobiles allemandes circulent dans toutes les directions, officiers et soldats sont en quête de réquisitions.

Déjà des signes à la craie sont faits sur certaines maisons. Sur tous les murs on colle des affiches jaunes et vertes portant des inscriptions qui commencent toutes par ces mots: Ordre à la population lilloise. Ils ordonnent, ils sont donc les maîtres! Des Taubes planent au-dessus de la ville.... C'en est trop! Je ne puis en supporter davantage! Je rentre chez moi, et là, j'éclate en sanglots.


Pendant l'Occupation

Janvier 1915.
— Depuis le 13 octobre, jour de deuil pour notre ville, chaque matin, en me réveillant, la même impression angoissante me saisit. Mes yeux sont à peine ouverts que déjà me revient le sentiment poignant de la réalité. Dans une sorte de demi-conscience, j'écoute les bruits de la rue. Ne vais-je pas entendre le cri de ceux qui vendent les journaux locaux: la Dépêche, l'Echo du Nord? Hélas, non! Ce sont les bottes allemandes qui résonnent sur le pavé, ce sont les accents des voix teutonnes, au timble rude et grossier, qui parviennent jusqu'à moi.

Cette nuit a été particulièrement lugubre. Des régiments entiers d'Allemands sont passés dans notre rue. Ils venaient de la Madeleine: tapies dans l'obscurité, en écartant légèrement le rideau de la fenêtre, nous avons assisté au défilé qui a duré deux heures. Les grosses pièces de canon s'étaient arrêtées devant notre porte. Oh! ces pièces qui, dans quelques heures, cracheraient la mitraille et sèmeraient mort autour d'elles! Quelle impression elles nous faisaient!

Tantôt les cavaliers passaient au galop, tantôt ils s'arrêtaient brusquement aux cris gutturaux des chefs. Le bruit des sabots des chevaux sur le pavé, le roulement des lourdes pièces d'artillerie, les lueurs sinistres projetées par les réverbères, nous offraient une vision d'enfer.

Que Lille est triste et morne par cette froide journée de janvier! Les gens vont et viennent comme des âmes en peine. La vie est suspendue! Les usines ne fonctionnent plus; le travail est arrêté partout!

Il faut cependant songer à la vie matérielle, et de grand matin, les ménagères sont en quête pour faire leurs provisions.

La plupart des boulangeries sont fermées, et il faut parfois faire queue pour avoir... du pain! Et quel pain! Ce fameux pain K qui nous rend tous si malades! Quand nous le voyons arriver sur la table, des nausées nous prennent, et, bien souvent, c'est en soupirant et les larmes aux yeux, que nous nous décidons à le manger. Il le faut bien: il n'y en a pas d'autre!

Quelques personnes se procurent du blé (comment et à quel prix!) et le moulent dans des moulins à café. D'autres achètent des farines mixtes (seigle et fécule de pommes de terre) et arrivent à faire un pain supportable. Nous allons essayer de ce système. Le pain K est si écœurant depuis quelques jours! A l'extérieur, la croûte est épaisse, dure — on dirait une pierre — et à l'intérieur, c'est une sorte de pâte molle, visqueuse, où le doigt s'enfonce et reste collé! Impossible de le manger frais. Nous le laissons souvent trois ou quatre jours dans la cave.

De quoi se compose-t-il donc? Personne ne le sait! Les docteurs nous conseillent d'en manger le moins possible et de le remplacer par des pommes de terre.

Ces dernières, heureusement, sont à un prix raisonnable. On trouve aussi facilement des œufs conservés. Les villageois installent, chaque matin, des caisses remplies d'œufs sur les trottoirs; ils ont hâte d'écouler leur marchandise pour ne pas être réquisitionnés.

Le lait est rare! Les vaches des fermiers habitant la banlieue ont été prises en grande partie par les Allemands. Quant aux laitiers, ils sont men souvent arrêtés aux portes, et obligés de donner aux soldats le contenu de leurs bidons!

Les vivres ont augmenté , la vie est chère! La viande est hors de prix et va devenir un article de luxe.

Hélas! « Il faut manger pour vivre » et les seuls magasins qui vendent sont les magasins de victuailles. Aussi les devantures offrent un aspect hétéroclite! Ici, l'étalage d'une modiste s'est transformé en une exposition de fromage, beurre et œufs. Là, un coiffeur se met à vendre du riz et des haricots. Les prix sont écrits en grosses lettres pour attirer la clientèle!

Dans les grandes épiceries, il faut attendre son tour, et les Allemands accaparent tout. Ils ne se contentent pas de leurs magasins à eux, installés rue Nationale, où il trouvent d'énormes saucisses, des pâtés colossaux, des produits de charcuterie de toutes sortes. Ils exigent ce qu'il y a de plus fin, de meilleur et envahissent tous les endroits où il y a quelque chose à prendre. On ne peut rencontrer un Allemand, sans un paquet sous le bras. Le plus souvent, c'est un paquet de gâteaux ou de friandises!

Il y a pénurie de pétrole! Plus une goutte d'essence et les bougies se font rares! Aussi les pauvres gens s'éclairent avec une sorte de veilleuse, au bec lumineux, inventée pour la circonstance.

L'échange de la monnaie est aussi devenu un problème qui se complique de jour en jour. Il n'y a plus de pièces d'argent. Des billets émis par la ville sont mis en circulation (billets de 10 fr., 5 fr., 2 fr., 1 fr., 0 fr. 50 et 0 fr. 25) et la monnaie de billon se fait si rare qu'on parle même de faire des billets de 0 fr. 10.

La misère est grande et les secours de chômage que doit distribuer la ville sont nombreux. La Caisse d'épargne a enfin rouvert ses portes, et tous les quinze jours, on peut toucher 50 francs en billets de la ville.

La vie qu'on mène ici est une vie automatique, abrutissante! Plus de journaux à lire, sauf le Bien public de Gand, censuré par les Allemands, et la Gazette des Ardennes, dont la rédaction est toute allemande.

Un seul thème à discuter! Toujours le même: l'occupation! C'est un cauchemar qu'on vit à toute heure du jour. Aussi, pour échapper à cette obsession qui me tue, je sors le plus possible. Je vais aux nouvelles, je veux me rendre compte de la physionomie de la ville.






Tout d'abord, je vais en pèlerinage, place Saint-Martin. Je salue notre cher drapeau, le fanion en zinc que les Allemands (négligence inouïe de leur part) ont oublié d'enlever au poste de police.

Hier, je le regardais discrètement, le moindre geste étant sujet à suspicion, quand des gens, hommes et femmes, se mirent à courir devant moi dans une grande agitation.




« Des prisonniers! »

En effet, de la porte de Gand, surgissaient des uhlans à cheval qui encadraient nos vaillants pioupious, nos chers soldats français. Mon cœur se serrait pendant qu'on leur jetait du pain, du chocolat, des cigares, tout ce que l'on avait sous la main. Comme on les interrogeait avec avidité!

« D'où venez-vous?

« — D'Ypres! — De La Bassée! »

L'un d'eux jetait une adresse de parents qu'il fallait prévenir.

Hélas! ils ne faisaient que passer dans notre ville, et, le soir même, ils partaient pour un camp allemand.

Sur ma route, j'aperçois de nouvelles grandes affiches. Encore! Qu'ont-ils donc inventé aujourd'hui pour nous tourmenter? Ce sont des ordres:

« Tous les pigeons doivent être mis à mort dans les vingt-quatre heures.
« Les groupes de plus de cinq personnes sont formellement interdits, etc.... »
Encore des réquisitions:
« Tous les harnais, toutes les selles de chevaux doivent être déposés à tel endroit, tel jour, à telle heure.... »

Grand'Place, que tout est changé! Je n'y suis pas encore habituée! Le cadran de la Grand'Garde est largement ébréché. Un obus a fait un trou béant dans le mur de L’Ècho du Nord. Des soldats allemands font le guet, baïonnette au canon. Une mitrailleuse est installée, en face de la halle Saint-Nicolas, menace perpétuelle pour la ville.

Tous les cafés regorgent d'officiers allemands qui prennent leur apéritif. Leurs autos (les autos qu'ils ont volées) sont alignées, et les chauffeurs, vêtus de peau de buffle, lisent leur correspondance ou déploient leurs journaux, en attendant les ordres des chefs.

Cette vue me cause un malaise indéfinissable. Je me hâte. D'ailleurs, il est presque onze heures, et je ne veux pas être témoin du pas de parade des troupes de couverture qui, musique en tête, partent chaque matin de l'hôpital militaire, enfilent la rue Nationale, font le tour de la Grand'Place et se dispersent ensuite, enchantés de l'impression qu'ils pensent avoir produite sur la population.

Quelles nouvelles vais-je rapporter ce matin? Rien, où pas grand'chose. J'ai bien rencontre des voitures de ravitaillement qui disparaissaient, les unes du côté d'Haubourdin, les autres vers Saint André, mais ce n'était pas une indication. J'en étais réduite aux conjectures.
Tous les jours, les ennemis affichent des communiqués. Faut-il les croire? Pour tous, l'impression est la même. On voudrait ne pas les lire,on passe indifférent, et pourtant, malgré soi, on revient, pour essayer de deviner le sens caché entre les lignes. On écoute les réflexions des gens sensés, on hausse les épaules à la lecture du chiffre fantastique de prisonniers faits par les Allemands; et les officiers nous croisent, officiers de parade, la figure balafrée, la cravache à la main, qui sourient d'un mauvais sourire, en voyant que nous rie sommes pas dupes de leurs mensonges.

Les après-midi sont bien monotones. La même idée obsédante nous poursuit. On essaie bien de s'occuper, mais c'est un travail machinal; on est vite lassé. La pensée est au loin... dans les tranchées... à Paris, dont nous ne savons rien. Que se passe- t-il là-bas?

Je reste des heures entières à consulter la carte, je fais des plans, mais ma stratégie est bientôt mise en défaut, réduite à néant, et je pousse un gros soupir.

J'ai besoin de mouvement. Je sors, je vais, parcourant l'un ou l'autre des quartiers de la ville.

Partout des ruines, des maisons aux étages branlants, des poutres qui menacent de tomber. A chaque pas, une nouvelle émotion, une oppression qui m'étouffe.

Au-dessus de ma tête, se livrent des combats aériens. J'aperçois distinctement les panaches de fumée, les flocons noirs qui disparaissent dans le ciel gris du nord. Je tremble pour ceux qui sont là-haut, pour nos héroïques aviateurs! Malheureusement l'avion est trop haut, il m'est difficile de suivre les péripéties du combat. Peu à peu, les coups de feu se font plus rares....L'aéro disparaît! Où va-t-il? Chez nous! Je le regarde disparaître avec joie et orgueil, et, en même temps, je souris intérieurement, en voyant devant moi l'expression grimaçante d'un soldat allemand, à figure rabougrie, qui, lui aussi, a suivi les phases de la lutte....

Plus loin, je rencontre des automobiles chargées de couronnes mortuaires en fleurs naturelles. Il y en a à profusion! A qui sont destinés ces monceaux de fleurs? Pour le coup, ma curiosité est excitée.

« C'est pour un haut personnage qui est mort à l'hôpital Saint-Sauveur, me répond- on. — C'est le Kronprinz! ajoute une autre personne; toutes les diaconesses allemandes ont pleuré ce matin; il paraît qu'on va transporter, ce soir, le corps en Allemagne! »

J'avoue que je ne crois pas à la mort du Kronprinz, c'est une fable qu'on m'a contée trop de fois, mais j'apprends quand même la nouvelle avec plaisir.

Il est cinq heures. C'est l'heure du thé. A la Marquise de Sévigni, les salons du premier étage sont brillamment éclairés, les rideaux sont écartés, afin qu'on puisse mieux voir les officiers allemands siroter leur café ou leur chocolat!

Sur toute ma route, c'est un fourmillement de Boches. Ils sont partout, ils ont toutes les audaces, on les retrouve jusque dans les églises.

Et à mesure que le jour tombe, les rats sortent plus nombreux (c'est le surnom bien suggestif qu'on leur a donné ici), ils se répandent dans les rues. La ville leur appartient plus encore, si c'est possible, puisque les civils doivent être rentrés pour huit heures. Dès ce moment, les despotes allemands ne tolèrent plus de lumières aux fenêtres. Des coups de crosse aux portés rappellent à l'ordre ceux qui seraient tentés d'oublier la consigne.

Fatiguées, lasses de trop penser, nous nous couchons, tandis qu'au loin, le canon gronde. Sa voix nous est devenue si familière que nous nous endormons quand même, pour nous réveiller le lendemain, et revivre une nouvelle journée de tristesse sous le joug écrasant des oppresseurs.

la naissance de la Résistance

Le monument des fusillés du square Daubenton, à Lille en 1938. Durant la seconde guerre mondiale, les Allemands le dynamitèrent mais les pierres furent récupérées par les lillois, ce qui permit sa reconstruction au retour de la paix. Le sculpteur en profita pour le remettre aux goûts du jour en retaillant les visages et coller à la nouvelle mode du moment...



La résistance est chère au cœur des gens du Nord, que ce soit à Lille ou ailleurs, quelle que soit la forme de l’oppression. Si l’occupation de 1940 fut si douloureuse, c’est aussi parce qu’elle renvoyait à un souvenir dramatique : celle de la Première guerre mondiale. Lille, sur laquelle l’Etat-major ne comptait que peu, puisqu’à la veille du conflit l’on envisageait de la désarmer, fut rapidement enlevée par les troupes du Kaiser. L’irruption des troupes allemandes le 12 octobre 1914 par la Porte de Douai ne permit pas aux 2.795 soldats français d’opposer une longue résistance et jeta les lillois dans le désarroi. Une longue occupation commence alors que la population est prisonnière des remparts de la ville, jusqu’à ce que les Anglais puissent entrer dans la capitale des Flandres le 17 octobre 1918…




Durant ces quatre années, privations, réquisitions, humiliations, rafles, déportations, voire pire. Un monument perpétue le souvenir de ces années noires souvent oubliées du reste de la France. C’est que la situation de Lille est spécifique : la ville, proche du front, est capitale pour les Allemands. Autant dire que la population lilloise est soumise à de rudes épreuves car le régime qui leur est imposé est d’une dureté exemplaire. Des réseaux se constituèrent pour mettre sur pied une résistance efficace. Le monument qui se dresse devant l’esplanade de la citadelle, au devant du canal de dérivation de la Deûle, rend hommage au comité Jacquet, aussi important pour les Lillois que Louise de Bettignies, en l’honneur de qui l’on baptisa une petite place au cœur du vieux Lille, ou Léon Trulin à qui l’on dressa une statue avenue du Peuple Belge. Jacquet et ses amis constituèrent un comité, véritable réseau qui collectait des renseignements, exfiltrait des pilotes alliés. Ce comité très actif fut dénoncé, arrêté par traîtrise puis jugé. Quatre hommes furent fusillés le mardi 22 septembre 1915 dans les fossés de la citadelle après avoir été détenus quelques jours dans une cellule de la Porte royale de la citadelle: Eugène Jacquet, Georges Maertens, Sylvère Verlust et Ernest Deceuninck. Tout comme le jeune Léon Trulin, les trois premiers inhumés au cimetière de l’Est tandis que la dépouille d’Ernest Deceuninck fut, comme il l’avait souhaité, transporté de ce cimetière à celui d’Armentières dont il était natif. Une statue lui fut dressée à Armentières mais elle fut discrètement démontée sur ordre des Allemands en 1940 puis retrouvé sa place à la libération. A Lille, un monument fut commandé en 12929 au sculpteur Desruelles, les quatre hommes font fièrement face au sort qui les attend, le dos au mur. Le sculpteur les associa à Léon Trulin, gisant à terre. En 1940, les Allemands s’installant à nouveau dans la ville dégradèrent le monument très sérieusement, il fut parmi les premiers que les Lillois restaurèrent. Aujourd’hui, les souvenirs des résistants des deux conflits se rejoignent puisque les années 90 virent s’élever un autre monument près de lui, dédié lui au Général de Gaulle, autre enfant illustre de la cité flamande.




D’autres Lillois résistèrent tels Léon Trulin, associé au souvenir du Comité Jacquet. Immigré belge installé à Lille, ce jeune garçon gagna l’Angleterre en juin 1915 mais ne put s’enrôler dans son armée exilée. Il regagna le continent non sans être chargé de missions de renseignement. Capturé, il fut passé lui aussi par les armes le 8 novembre 1915. Il était à peine âgé de 18 ans .




Il serait injuste d’oublier Louise de Bettignies. Les femmes, dans les deux conflits, prirent une large part à la résistance à l’oppression. Noble, Louise de Bettignies était issue d’une famille qui connut quelques revers de fortune. Elle n’en avait pas moins reçu une éducation soignée, en étant notamment diplômée d’Oxford. Polyglotte, elle refusa même de devenir la gouvernante des enfants de François-Ferdinand d’Habsbourg, dont la mort précipita le monde dans la guerre. Au début de la guerre, elle fit un voyage rapide en Angleterre, où elle se mit à la disposition de l’Intelligence Service, selon elle, plus efficace et plus généreuse que les services français. A la tête d’un réseau, elle oeuvra dans le renseignement puis finit par tomber entre les mains des Allemands. Incarcérée à Bruxelles, elle fut condamnée à mort le 2 mars 1916, peine commuée en travaux forcés à perpétuité. Transférée à Siegburg, soumise à de mauvais traitements, elle finit par tomber malade. Mal soignée, elle décède en détention le 27 septembre 1918 à Cologne.

samedi 22 octobre 2011

à propos de la pauvre mais fière Armentières


visite impériale

Quelques temps avant la fin de la guerre, le Kaiser vint à Avesnes où son armée avait établi son état-major, ville qu'ils quittèrent parce qu'il y faisait trop froid... et l'on se plaint du climat du Nord...

Grande Guerre : Roubaix et Tourcoing sous la botte allemande

In M. Thiéry – 1914-1918 le Nord de la France sous le joug allemand – Paris 1919



« Roubaix et Tourcoing sous la botte allemande


Depuis la délivrance de Roubaix et de Tourcoing par les armées alliées, on a des renseignements sur le long martyre que les populations de ces deux villes eurent à endurer pendant les quatre années d’occupation.


En voici quelques échos.


Roubaix et Tourcoing, les deux cités jumelles de l’énergie et de l’effort industriel, subirent le vol méthodique, avec étiquetage, estimation de prix, bordereau d’envoi, bref un acte de banditisme industriel. Naturellement, les Allemands n’ont pas oublié leurs méthodes terroristes : rapts d’enfants, emprisonnements, amendes, lourds impôts, mais c’est la production, la source de richesses des deux puissantes cités qu’ils ont voulu tarir, et pour plusieurs années. Les deux villes ont gardé leur physionomie, leur aspect cossu, et devant les somptueux monuments publics, où revit notre Renaissance architecturale, devant les beaux hôtels, les larges avenues, on pense tout d’abord que l’activité des deux villes va bien vite renaître.


Hélas ! Il faudra attendre longtemps !


Toute cette beauté n’est plus qu’un décor qui cache des misères et des ruines. Les Allemands n’ont point dégradé les demeures des riches filateurs, patrons de tissage, teinturiers, imprimeurs sur étoffes, mais leurs usines n’existent plus ; ils ont laissé leurs toits aux pauvres gens, mais les métiers qui les faisaient vivre ont été brisés, détruits. Là aussi, comme partout ailleurs, la méthode allemande peut être fière de ses résultats.


Quatre ou cinq soldats vont, sous les ordres d’un chef, de maison en maison. Sitôt la porte franchie, ils se partagent le travail. Avant même que la maîtresse de céans ait pu se ressaisir, les uns montent au grenier, les autres au premier étage, d’autres explorent le rez-de-chaussée et la cave ; impossible de les suivre dans cette besogne, ils sont trop nombreux ; la maison est à leur merci, et bien des choses, en dehors des cuivres et des métaux, disparaissent. En moins d’une demi-heure, les barres d’escalier, les plaques des portes, la batterie de cuisine, les chaudières, les pendules, les œuvres d’art en cuivre ciselé et en bronze, les lampes, les chandeliers, tous les appareils d’éclairage non indispensables sont enlevés.


Ils ne s’arrêtent devant aucune supplication : les chambres des malades sont visitées comme les autres, peut-être plus que les autres ; dans une maison de Lille, une jeune fille supplie : « Maman est malade…, vous allez l’effrayer, vous allez la tuer ! Prenez tout, mais de grâce, ne pénétrez pas chez elle ! Qu’elle ignore que vous êtes ici ! » En vain, elle implore : sans aucun ménagement, à trois, ils entrent dans la chambre, arrachent aux fenêtres les tringles de cuivre, laissent tomber les rideaux et s’en vont.


Toutes les armoires sont ouvertes, les tiroirs vidés, renversés, les meubles déplacés ; c’est un massacre de toutes les œuvres d’art, de toutes les choses précieuses, de tous les souvenirs de famille, des antiquités. Rien n’est respecté : dans une coupe de vieux Saxe garnie de cuivre ciselé, on donne un coup de marteau, elle vole en éclats et le cuivre, lancé insolemment, va rejoindre les objets précieux, jetés pêle-mêle, dans un coin. L’argenterie fait l’objet d’examens minutieux ; ils s’emparent de tous les couverts, de tous les surtouts, de tous les objets en ruolz, les couverts des pauvres, presque toujours en étain, sont enlevés avec les casseroles, qui sont la seule richesse de leur cuisine. Dans les cafés, ils ont pris les pompes à bière, la tuyauterie, les mesures en étain, l’épicier s’est vu enlever ses plateaux de balance, ses poids en cuivre. Ils mettent les chambres, le salon, la salle à manger, toute la maison dans un état lamentable.


Avant de partir, ils vous interrogent pour vous demander si c’est bien tout, si vous n’avez rien caché. Ils déclarent alors que des gendarmes, des professionnels, passeront qui inspecteront l’immeuble et s’assureront que rien n’a échappé à la vigilance des soldats.


Et tandis que le chef jette un dernier regard pour s’assurer que rien n’a été oublié, ses hommes regardent un œil, ses hommes regardent d’un œil satisfait les objets qui se sont entassés pêle-mêle au hasard de leurs découvertes. Ils gisent là, les souvenirs du passé : vieilles pendules qui marquèrent tant d’heures de joie, vieux cuivres qui décoraient les meubles, lampes qui jetaient leur douce lumière sur les heures d’intimité ; une main sacrilège les a confondus dans un désordre affreux. Les soldats les réunissent en un faisceau informe, tous ensemble, ligotés, enlacés, attachés avec des cordes, on les emporte. Si vous faites une demande au chef, si vous le suppliez de vous laisser un souvenir quelconque, un objet familier, une chose indispensable, une œuvre d’art dont toute la valeur est dans le travail, il vous déclare que toute demande doit être présenté au dépôt des réquisitions, ordre, alors, vous est donné de vous présenter, le lendemain, à l’adresse indiquée. On vous laisse une fiche, avec un numéro correspondant à celui du paquet qu’on emporte. Chers souvenirs confondus dans la masse, froissés, pressés, ils s’en vont, à travers les rues, encadrés de casques à pointe, dans un cliquetis lugubre : protestation inconsciente des choses que l’on heurte, que l’on emporte, qui se désagrègent, contact imprévu des aspérités meurtrières, protestation des promiscuités, se confondant maintenant en un cri unanime : cri de ralliement des petites et des grandes choses, dépouilles du riche et du pauvre, unis eux aussi par les mêmes douleurs, faisant ensemble l’ascension du même calvaire, dans la même espérance, dans la même foi en la victoire ?


Les choses ont leur destin ; pour qui les comprend, elles ont une âme ; pour les Allemands, elles ne sont que matières, matières qui se couleront dans le même creuset : celui de la bataille.


Le lendemain, vous vous présentez au bureau des réquisitions : devant vous on pèse « la marchandise », œuvres d’art de nos maîtres, fines ciselures des siècles derniers, tout se met dans la balance ; un bon vous est délivré, représentant la valeur au kilo, et c’est tout. Parfois, on risque une demande : une femme, désignant un souvenir de famille, implore le soldat : celui-ci se hâte vers l’objet et, sous les yeux de la réclamante, le brise… et lui dit en riant : « le voilà, votre souvenir ! » Vous réclamez un bronze, une œuvre d’art : parfois on vous la rend ou bien on vous offre de la racheter au prix estimé par l’Allemand.


Après le passage des ravisseurs la maison a perdu l’éclat de ses cuivres, l’ordonnance qui la faisait chaude, accueillante, sympathique ; partout gisent des rideaux, du linge, des chaussures, tout ce qui compose l’intérieur est bouleversé.


Courageusement, la femme passe des cordons dans les rideaux, fixe les tentures avec des clous, remplace les barres d’escalier par des cordes. Ses enfants la regardent ; pour bien fixer dans leur mémoire l’œuvre de destruction poursuivie par l’ennemi, elle fait avec eux, en pleurant, le tour de la maison. Mais c’est pour la France que l’on souffre, et l’on souffre dignement, forçant l’admiration de l’ennemi, qui ne peut vaincre ni la fidélité ni le courage français ; c’est la façon de combattre des civils envahis, perdus, noyés dans la masse militaire teutonne qui les dépouille au profit de l’armée, au profit des populations, et qui se rit des malheurs, des tortures qu’elle leur inflige.


A Roubaix, ce fut, durant l’occupation et les dernières semaines, la mise à sac froidement exécutée, pour rien, pour le plaisir de nuire, des usines qui avaient échappé jusqu’alors à leur rapacité. Toutes les matières premières, sans exception, espèce par espèce, ont été réquisitionnées et expédiées en Allemagne. Quand on leur reprochait leur pillage, ils réglaient la facture en … bons de réquisitions. Des usines entières furent ainsi dépouillées de leur matériel au profit d’acquéreurs, en qui les industriels spoliés reconnaissaient sans peine des concurrents allemands, voire d’anciens fournisseurs, faisant main basse sur leurs livraisons pour les revendre ou les détruire en vue d’autres commandes : perquisitions incessantes de jour et de nuit, opérées par une équipe de cambrioleurs-jurés, dénommés par les Roubaisiens les perceurs de murailles.


M. Fray, secrétaire général de la mairie de Roubaix, a raconté ce que furent les derniers jours de l’occupation. Au cours des quatre années écoulées, il fut mis cinq fois en cellule et déporté pendant près d’un an à Vilna, puis au camp de Gustrow. Il n’est guère de notable, dans la cité roubaisienne, qui ne puisse inscrire à son casier d’honneur pareille série d’outrages. Dans les derniers mois de l’occupation fut instituée à Roubaix, par les soins de la Kommandantur, sur un ordre émanant de la 5e armée siégeant alors à Gand, une commission de destruction des utilités industrielles. Elle avait dans ses attributions l’enlèvement du matériel des usines, auquel procédaient des prisonniers russes, réduits au rôle de bêtes de somme. Elle exigeait, par voie d’affiches, les déclarations ders matières premières, de marchandises. Restaient les métiers, les machines ; on rafla le cuivre, puis des équipes se chargèrent du reste à coups de marteaux. Ce fut la destruction systématique de tout ce qui pouvait, de près ou de loin, favoriser la reprise éventuelle du travail et le relèvement industriel des entreprises ruinées. Cette commission s’est acquittée consciencieusement de sa tâche. C’est elle qui, au dernier moment, a fait procéder au rapt du bétail, des derniers chevaux subsistant, à l’enlèvement des rails des tramways sur un long parcours et à la destruction des tramways eux-mêmes. C’est par ses soins que les pionniers du génie ont fait sauter la gare et ses passages souterrains, tous les ponts et jusqu’aux passerelles des canaux, les conduites d’eau, les grues de déchargement du charbon sur les quais, les tuyaux d’aspiration des moulins et les moulins eux-mêmes. Destructions sans nécessité stratégique et qui ne visaient qu’à retarder à l’extrême le retour à l’activité de l’industrie terrassée. Pour qu’elle revive, il faudra songer avant tout à remettre en état les voies fluviales, les écluses fracassées, les voies ferrées détériorées, reconstituer machines et matériel anéantis.


Combien de temps encore, de prodigieux efforts exigera cette résurrection ?


Le jour de la prise de Menin, il y eut une panique terrible à la Kommandantur où un grand brasier fut allumé avec tous les papiers et documents de service. Puis, ses préparatifs terminés, la kommandantur fit part à M. Thorin, le courageux adjoint qu’aida dans sa tâche M. Fray, secrétaire de la mairie, des craintes hypocrites au sujet de Roubaix. Certainement les bombardements des alliés allaient le détruire. Pourquoi les Roubaisiens n’adresseraient-ils pas une supplique aux neutres afin d’éviter ce supplice ? Les Allemands, pleins d’humanité, comme chacun sait, transmettraient la requête. Si la supplique avait été rédigée, elle aurait été apportée solennellement un jour, sur la table de la paix. Et c’étaient nous les barbares ; le tour était joué. Les Roubaisiens éventèrent le piège et les ennemis n’insistèrent point pour cette fois-là. Mais tenaces, ils devaient bientôt revenir à la charge ; ce fut le capitaine Schraeder, fils d’un banquier berlinois, que l’on chargea d’une autre proposition : il s’agissait de soutirer des notables cette affirmation que l’ennemi n’avait pas – comme le déclarait la presse de l’Entente – procédé à des déprédations par cruauté, par plaisir. On lui montra les dégâts, simplement.


Le 3 septembre, un ordre fut affiché, contraignant à la déportation la population mâle, de dix-sept à cinquante ans. Dix mille roubaisiens, furent de la sorte et dans les pires conditions évacués sur Valenciennes. Il restait alors soixante-cinq mille habitants à Roubaix. Enfin le 16 octobre, deux officiers, accompagnés de quatre soldats se présentèrent à la mairie et intimèrent à M. Thorin, premier adjoint, faisant fonction de maire, d’avoir à verser sur l’heure une contribution de sic cent mille francs pour achat de charbon et frais de logement des troupes. Sur le refus du magistrat, ils se firent ouvrir la caisse municipale, prirent les quatre cent cinquante mille francs qu’elle contenait et, d’un geste large, sur l’insistance du maire, témoin indigné du vol, consentirent à lui laisser cent mille francs pour les secours urgents. La même opération s’effectua à la même heure à Wattrelos et à Tourcoing, où ils dérobèrent deux cent cinquante mille francs.


Méchanceté, fourberie, cynisme, voilà les trois faces de l’âme allemande.


Le long martyre de Tourcoing ressemble, hélas ! trait pour trait, à celui de Roubaix. L’ignominie allemande d’une ville à l’autre ne varie qu’en degré. La municipalité résista dignement, à l’exemple de M. Dron, sénateur et maire de Tourcoing, emprisonné depuis le mois de mai 1918 en Allemagne ? Là aussi tous les métiers ont été mis en morceaux et les usines dépouillées.


Dix mille Tourquennois, et parmi eux des enfants de quinze ans, furent déportés. Là aussi, les jeunes filles naguère furent emmenées en captivité, gardées un an dans les camps ardennais, livrées aux pires misères, aux plus monstrueuses promiscuités. Une mère est devenue folle en apprenant les tortures sans nom infligées à son enfant.


A Tourcoing, l’ennemi montra, plus que partout ailleurs, sa rapacité extraordinaire ; il fit argent de tout, négociant les souffrances, les larmes en bon argent français. Il y eut dans la population ouvrière d’horribles drames que l’on ne peut narrer ; ce fut pis que l’esclavage pour les enfants et les femmes. Nombreuses furent les protestations, nombreux aussi les jours de prison.


Là aussi, les écoles ont été transformées en casernes, quand ce n’était pas en écuries. Singulière façon de répandre la Kultur. Les livres jetés au fumier, les enfants maltraités ou contraints, par ordre à une oisiveté déprimante. Les travailleurs dénommés impudemment volontaires menés à coups de matraque, les femmes, qui refusaient de coudre des sacs pour leurs redoutes, martyrisées.


Là aussi, ils ont fait sauter comme adieu les chaudières de quatre-vingts usines.


On ne saura jamais tout ce qu’on souffert ces populations du Nord sous le joug allemand ?


Aussi, à Tourcoing, comme à Roubaix, comme à Lille, aux hosannahs de la délivrance se mêlait le cri passionné, le cri de vengeance jailli de quatre ans de haine et d’abominables misères ;


- N’oubliez jamais ! S’il est une justice, il faut qu’ils payent le mal qu’ils nous ont fait ! »

ahhh les pénitents de Furnes...



vacances finies, il faut ranger le matériel

souvenir de famille lointain

Dès années durant, ma grand-père maternelle me parlait de l'Oncle Achille et de son mythique carnet de chants, que c'etait un bel homme et puis qu'un jour, pendant la guerre, celle de 14, il s'était, on ne s'est pourquoi enrôlé dans la Légion étrangère et qu'il était mort en Indochine... Ses médailles trainaient dans un tiroir du koot'che dans la cour... souvenir d'enfance qui reste en mémoire jusqu'au jour on trouve par hasard la copie de sa fiche de renseignements régimentaire pour son décès avec presque un soulagement, engagé oui, mais dans la Coloniale... dernière question, pourquoi ?

memento

Les halles de Nieuport ne se supportèrent pas mieux l'invasion allemande de la Grande Guerre que le reste de la ville.

le général Négrier



Le titre du document d'origine peut paraître trompeur, on se trouve là à la limite de la biographie et du panégyrique...



In Notice biographique sur le général Négrier, Par l’ancien colonel du 16e de ligne Borgarelli d’Ison. 1849


« Le 24 juin 1848, devant les barricades élevées à la bastille par les Insurgés de la République rouge, le général Négrier tombait frappé à mort, au moment où il proférait des paroles d’ordre et de conciliation.


Il appartient à un de ses plus anciens camarades, à un de ses plus anciens amis, de rappeler quel fut ce brave guerrier, cette victime d’une insurrection sans exemple. Plusieurs actes du gouvernement provisoire, à dater des circulaires Ledru-Rollin, les élucubrations incendiaires de la commission du Luxembourg, l’organisation des ateliers nationaux, l’élévation aux emplois publics d’un nombre considérable d’agents incapables ou indignes, le passage déplorable aux affaires de la commission exécutive, ne laissaient que trop prévoir cette formidable explosion. Cette insurrection, que la fermeté de la majorité de l’Assemblée Nationale, que la vigueur et l’habileté du général Cavaignac, que l’héroïsme de toutes les gardes nationales et de l’armée ont vaincue, sera-t-elle la dernière ? et, quand elle le serait, qui rendra à la France le sang généreux versé avec tant d’abondance et de dévouement, par l’élite de ses citoyens, pour la défense de la société et de la civilisation si violemment attaquées ?


Le général Négrier appartenait à une honorable famille du Maine, que le général Lannes ramena d’émigration, à son retour de l’ambassade de Lisbonne, alors que Napoléon, véritable restaurateur de l’ordre social, réunissait tous les Français en un seul faisceau.


A peine âgé de 18 ans, le jeune Négrier entra comme volontaire dans le 2e régiment d’infanterie légère et débuta, en 1806, par les campagnes de Prusse et de Pologne, pendant lesquelles il mérita par sa bravoure, le grade de sergent et la décoration de la Légion d’honneur.


Il fit les campagnes suivantes en Espagne et au Portugal, et n’en sortit, avec son régiment, que pour la campagne de France en 1814, après s’être élevé successivement, par des actions d’éclat et par une blessure grave, aux grades de chef de bataillon et d’officier de la Légion d’Honneur, dont il était pourvu dès le mois d’octobre 1813.


Il se fit remarquer en 1814, en s’associant à ces prodiges de valeur que la bravoure, accablée par le Nombre, accomplissait, sous les yeux de l’empereur, en combattant l’Europe entière coalisée contre la France.


La Restauration lui conserva son grade dans son régiment. Mais, toujours inspiré par un sentiment de dignité nationale et par cet enthousiasme que Napoléon savait si bien fomenter dans le cœur des braves, Négrier recevait, un an après, une blessure grave à la tête sur le champ de bataille de Waterloo, où, avec l’intrépidité du lion, il concourrait aux derniers actes d’héroïsme, il assistait à la glorieuse agonie de l’armée française.


La seconde restauration, sentant le besoin de rattacher à la nouvelle armée les braves et loyaux militaires de l’ancienne qui consentaient à servir encore, rappela en 1816, Négrier dans la légion de Lot-et-Garonne. Il fut nommé en 1825 lieutenant-colonel du 54e de ligne, d’où il passa en 1828 sur sa demande au 16e de ligne, avec l’espoir de faire quelques campagnes en Morée, et la certitude d’y trouver un colonel pour ami, mais ce régiment devait rentrer en France et Négrier n’alla point en Grèce.


Sa conduite en 1830, fut celle d’un loyal militaire, exemplairement fidèle à ses serments. La Restauration lui manqua ; mais il ne manqua point à la Restauration et la ville d’Angers où il commandait une partie du 16e de ligne, sait avec quelle sagesse courageuse, quels succès il protégea l’ordre dans les moments les plus difficiles.


Nommé successivement colonel du 54e de ligne en août 1830, général de brigade en 1836, et de division en 1841, il a exercé plusieurs commandements, il a fait plusieurs campagnes en Algérie. Persuadé que l’indulgence pour les coupables expose les hommes paisibles à de grands dangers, convaincu qu’une inflexible sévérité contre des ennemis dangereux est un acte tutélaire envers la société, une occasion se présenta où il dut faire, à Constantine, l’application de ses principes. Cette province est complétement calme et soumise : tel est le résultat que l’on doit opposer à ses détracteurs.


La Révolution de 1848 a trouvé négrier en possession de l’important commandement de la 16e division militaire à Lille.


Il reçut bientôt après un témoignage éclatant de confiance de la part des habitants du département du Nord, qui l’ont compris dans le nombre de leurs représentants à l’Assemblée nationale, et à la questure, qui lui a été dévolue ensuite, ne pouvait être confiée à des mains plus intègres ni plus courageuses.


Sage dans sa conduite, prudent et réservé dans ses relations habituelles, Négrier était d’une probité inflexible, d’un admirable désintéressement. Il était bon époux et bon père, il était ami fidèle et dévoué.


Etranger à la politique, étranger aux partis, il a servi successivement l’Empire avec enthousiasme, la Restauration et la monarchie de 1830 avec fidélité. Il aurait servi de même la République… C’est un sentiment supérieur à tous les autres a dominé les actions de toute sa carrière : l’amour de la patrie.


Passionné pour son état, pour les dangers, pour la gloire, il consacrait tous ses moments de loisir à l’étude de l’art militaire dont il possédait à un degré éminent les connaissances les plus élevées et les plus petits détails.


Ses conseils étaient sur, son action énergique.


Observateur exact de la discipline, nul plus que lui ne se dévouait aux intérêts et au bien-être du soldat, dont il savait captiver la confiance et l’affection.


Guerrier magnifique, il se grandissait sur le champ de bataille comme un héros de l’antiquité ou comme les Lannes ou les Ney.


Si la France, ce qu’à Dieu ne plaise, devait encore affronter le sort des batailles, ses armées, ses généraux nous étonneraient sans doute encore par des prodiges de valeur et d’habileté ; mais au moment de marcher à l’ennemi, les chefs et les soldats qui l’ont connu s’écrieraient, en le rappelant à leur mémoire : Pourquoi les balles des assassins nous ont-elles ravi cet intrépide guerrier, cet habile général, dont le vide se fait sentir si douloureusement au milieu de nous, dont les talents et l’action rendraient assurément la victoire plus prompte et plus complète. »

vendredi 21 octobre 2011

Grande Guerre : le martyre d’Armentières et d’Houplines

In M. Thiéry – 1914-1918 le Nord de la France sous le joug allemand – Paris 1919


« A ARMENTIERES


Armentières, tour à tour occupée et bombardée par les Allemands, subit le joug odieux des Barbares. Elle fut reprise aux hordes germaniques par nos vaillants amis anglais après une semaine de sanglants combats. Mais avant de l’abandonner, les misérables lui ont fait subir le sort qu’ils réservaient à toutes les villes qui leur échappaient. Ils bombardèrent la ville pendant plusieurs jours, transformant cette industrieuse cité en une torche immense, visant ostensiblement les principaux monuments, tuant soixante personnes et en blessant plus de cent vingt. Parmi toutes ces victimes, on ne comptait pas un soldat. Comme dans tous les grands centres industriels, les Allemands se sont acharnées sur les usines. Une filature a reçu, à elle seule, plus de quarante obus.


Houplines, le grand faubourg d’Armentières, a été, pour cette raison, le point de mire des vandales teutons. Pas une maison ne fut épargnée et c’est par centaines que l’on compte les immeubles complètement en ruines. Toute la partie droite de la mairie d’Houplines, si coquette et si élégante s’est effondrée. L’église Saint-Charles, bijou d’architecture, n’est plus qu’un monceau de décombres.


La vie commerciale et industrielle est morte à Armentières. Eau, gaz, électricité, épiceries, postes, tout a été détruit. Mais les courageux citoyens qui y sont demeurés ne désespèrent pas de rendre à leur ville son activité d’avant la guerre. Déjà, ils s’appliquent avec ardeur à réparer le désastre. C’est avec simplicité qu’ils racontent les angoisses qu’ils ont subies, les épreuves qu’ils ont traversées, ils narrent en détail les souffrances qu’a endurées le désastre. Armentières a été occupée deux fois par les Allemands. La première fois, ils n’y commirent pas trop de dégâts, se contentant de piller les magasins d’alimentation, de retenir comme otages à la mairie pendant vingt-six heures les deux plus jeunes prêtres de la ville, n’ayant pour se reposer qu’une simple chaise. Mais à leur retour, quelques jours plus tard, ils se rattrapèrent. Sous prétexte de réquisitions, ils forcèrent les habitants à leur livrer tout ce qu’ils possédaient. Le pillage fut organisé méthodiquement et quiconque ne se soumettait pas assez vite à leurs ordres était menacé d’exécution sommaire. Les conseillers municipaux demeurés à Armentières et tous les présidents des corporations de fabricants furent arrêtés comme otages et gardés cinq jours à l’hôtel du Comte d’Egmont, où siégeait l’état-major allemand. Ils furent même sur le point d’être fusillés, parce qu’une patrouille avait ramassé dans une rue le cadavre d’un soldat prussien. Le gouverneur de la ville, prévenu, ordonna l’exécution immédiate des otages. Déjà, toutes les dispositions étaient prises et les malheureux allaient être traînés au poteau, lorsqu’un événement imprévu se produisit. Un officier vint avertir le gouverneur qu’il s’agissait d’un ivrogne, victime d’une rixe entre soldats allemands. Le général n’ose pas, dans ces conditions, donner suite à son sinistre projet.


Depuis, Armentières, « pauvre et fière », comme on l’a appelée, n’eut plus à souffrir du fait de l’occupation ennemie. Et les millions perdus n’ont pu abattre l’énergie de ses vaillants habitants. D’ailleurs, la garde anglaise a veillé et protégé la courageuse et malheureuse ruche, momentanément privée de ses industrieuses abeilles, car un sixième seulement de la population était demeuré dans Armentières. »

L’Eglise et la sorcellerie en Flandre




In J. Français – L’Eglise et la sorcellerie, précis historique, suivi des Documents officiels, des Textes principaux et d’un Procès inédit, Paris, librairie critique Nourry, 1910.




« D’après un document contemporain, « durant les XVIe et XVIIe siècles, dans les Flandres, le Brabant et le pays de Liège, une multitude innombrable de sorcières ont péri dans les flammes ; ces exécutions ont dépeuplé des localités entières, et les personnes les mieux famées, dénoncées comme sorcières, ont été jetées dans les prisons et exposées à des périls extrêmes. » (Rapport au Conseil de Flandre 1664…) Les tribunaux des Pays-Bas attribuaient une importance capitale à la Marque. Ce fut elle qu’on rechercha spécialement sur Liévin Pien, échevin de la ville de Gand, avant de le décapiter, le 28 août 1539, et sur les deux sorcières exécutées à Melin en 1681. La femme d’un meunier de Gand, Adrienne Schepens, arrêtée en octobre 1601, se défendait énergiquement d’être sorcière. On lui trouve une marque à l’épaule gauche, un coup de quenouille, dit-elle, que lui a porté sa belle-mère, deux marques sur l’épaule droite dans lesquelles l’aiguille s’enfonce profondément sans que le sang jaillisse et sans que l’accusée paraisse sentir aucune douleur (Ndla. : Dans les Pays-Bas, on connaissait un moyen d’éviter la Marque : il fallait passer un fil dans le menton d’un mort et coudre à son habit ce fil avec la même aiguille. Pour avoir été surprise pendant cette opération, Georginne Polet fut poursuivie en 1609 (Reg. crim, 18 mars 1609)).


On avait à Oudewater une preuve beaucoup plus singulière : on pesait l’accusé dans la balance de la ville et on le relaxait que si son poids « s’accordait avec ses proportions naturelles ». C’était là un privilège dont la ville d’Oudewater, avec son peseur juré, était très fière.


J. Cannaert a réuni les dossiers de quelques procès de l’époque qui nous occupe. Le 23 décembre 1595, la Cour de Flandre condamnait Elisabeth Vlamynck « à être exécutée par le feu sur un échafaud dressé en cette ville de Gand ». Les griefs sont le pacte, le sabbat, le succubat « prouvés tant par ses propres aveux faits à la torture qu’autrement ».


Le mardi 14 juillet 1598, c’est le tour de Cornélie Van Beverwyck, une vieille femme de 75 ans, surnommée Nèle aux pieds-nus. Griefs : depuis plus de dix-huit ans, elle ne se confesse ni ne communie plus, elle a une marque à la jambe gauche, elle s’est unie personnellement à Satan en plein jour à Ackerghem, elle garde certaines herbes qui lui servent à ensorceler les bestiaux et les gens, à faire perdre aux commerçants leurs pratiques. Cela « constitue le crime de lèse-majesté divine. » Elle est brûlée vive. Pour des délits similaires, l’Ecoutète d’Avers fait condamner le 22 août 1603 Claire Goessen, originaire de Strasbourg.


Les échevins de Vere condamnent à être brûlées vives Digna Robert, surnommée Vin-et-Eau, qui faisait périr les navires sur mer et Gertrude Willems qui couchait avec un diable nommé Heyne (1565).


En août 1604, les échevins de Gand envoient au bûcher une vendeuse de pain d’épices, Elisabeth de Grutere, âgée de 70 ans : elle avait aussi un démon comme compagnon de débauche ; il lui était apparu le soir de Noël, tandis qu’elle maudissait ses haillons en songeant aux femmes pauvres comme elle, mais orgueilleuses et bien mises, qu’elle avait vu défiler aux portes de l’église.


Les loups-garous apparaissent vers le milieu du XVIIe siècle : Mathieu Stroop est étranglé et brûler à Singhem sur ses aveux de lycanthropie ; en 1661, Jean Vindevogel, d’Oycke, près Oudenarde, subit le même supplice pour avoir, en plus, apparu dans les airs pendant l’orage qui mit le feu à l’église de Sainte-Walburge et ensorcelé plusieurs personnes.


Martha van Vetteren était une sorcière plutôt bienfaisante : elle guérissait les moutons de la clavelée, retrouvait les bestiaux volés, faisait pousser le blé sur les sillons, procurait à ses amies des maris fortunés qui mouraient bientôt. Elle est néanmoins brûlée vive en 1684. La sentence prononcée en juillet ne fut exécutée qu’en octobre, après la délivrance de l’accusée qui était enceinte.


L’une des accusées les plus chargés de griefs fut Josine Labyns de l’arrondissement de Courtrai. Comme la plupart des sorcières, le diable lui était apparu dans un moment de détresse et de noire misère ; mais il avait revêtu pour elle un costume qu’on ne lui voit guère dans l’histoire de la sorcellerie : il était vêtu en prêtre et rencontrait Josine dans l’étable du voisin. D’après une clause de leur pacte, Satan la payait pour chaque personne ou bête ensorcelée. Voici le prix auquel le diable estimait ses victimes : 14 sols parisis pour un cheval, 10 pour un homme, 6 pour une vache, 5 pour une femme, 3 pour un enfant. Ce diable était un bien mauvais plaisant, qui prisait un cheval et une vache plus qu’un homme ou qu’une femme. Et encore estimait-il un Belge plus qu’un Picard (Ndla : comparons ses prix en France. Il donnait à une sorcière exécutée à Neuville en Picardie, en 1586 : 2 sols six deniers pour un homme, 2 sols par femme, et 12 deniers par bête. …). Josine fut étranglée et brûlée, tous ses biens confisqués, par sentence du 1er août 1664.


Le procès de Suzanne Gaudry (…) se déroula à Mons en 1652. Nous avons l’avantage de posséder son procès entièrement, chose fort rare, et il est resté jusqu’ici inédit (Archives du département du Nord, 7566 bis). Nous le publions parmi les documents joints à ce travail. Les plaintes d’Alfred Maury et du Dr Richet sur la rareté des procès de sorcellerie publiés entièrement feront comprendre l’intérêt de ce document.


Suzanne Gaudry était née près d’Oudenarde « le jour qu’on faisait les feux de joie pour la paix d’Anvers entre la France et l’Espagne. », mais elle ignorait son âge. Ce n’était point une miséreuse ; elle avait maison et jardin, les hallucinations diaboliques se liaient originairement chez elle à de l’érotisme. Sa tante avait été brûlée comme sorcière. Elle était, en outre, atteinte, hystérie ou sénilité ? de cécité partielle et de surdité. On lui reprochait la mort de sa voisine et celle d’un cheval, attribuée à ses sortilèges. Sous le prétexte qu’on la relaxerait de suite, les paysans lui conseillèrent d’avouer tout ce qu’on lui reprochait, et de fait, elle ne fit aucune difficulté d’avouer ses rapports avec Satan, mais elle nia pourtant d’abord les autres accusations. La Cour de Mons fit reprendre l’information. L’accusée revint sur ses aveux. Mais on lui trouva la marque, et à force de la torturer, elle finit par laisser échapper des aveux qu’elle retira aussitôt. Finalement, elle refusa de répondre. Elle n’en fut pas moins condamnée, le 9 juillet 1652, à être attachée à la potence, étranglée et brûlée pour crime de lèse-majesté divine. (Ndla : Ajoutons quelques faits rapportés par Scheltema : « d’après le protocole de la ville de Ruremonde en l’année 1613, eurent lieu dans cette ville et dans ses environs des poursuites pour sorcellerie d’une rigueur sans exemple jusqu’alors, tant sur le rapport des méfaits reprochés aux sorcières que de la cruauté des peines dont on les frappait. Suivant ce document, plus de mille individus, vieillards et enfants, et plus de six mille bestiaux auraient péri par le fait des sorciers, qui auraient en outre, en certains endroits, entièrement détruit les récoltes, les pâturages, les vergers et les forêts, en conséquence, à partir du 24 septembre 1613, jusqu’au mois de novembre, on en pendit et brûla soixante-quatre, deux par jour. A Ruremonde, l’origine de ces poursuites fut un propos d’enfant, à la suite duquel une femme fut soupçonnée de s’adonner à la magie ; ces poursuites eurent pour résultat le malheur et la perte d’un grand nombre de familles, tant de la ville que des villages voisins, Stralen, Oul, Wassenberg, Swalm et Herringhem. Le plus célèbre de ces procès est celui d’une sage-femme, nommée Eutjen Gillis, qui devait avoir exercé la magie depuis plus de trente ans et qu’on appelait la Princesse des sorcières, tandis que son complice, un chirurgien du nom de Maître Jean, était appelé le Porte-Drapeau des sorciers. Ils furent l’un et l’autre brûlés vifs après avoir souffert d’effroyables tourments. » »)