La suite d'Histoires du Nord ...

samedi 7 janvier 2012

Azincourt... vu par Shakespaere...


Si nous sommes marqués pour mourir, la perte


Infligée à notre pays est suffisante ; et si nous devons vivre,


Moins nous serons, plus grande sera notre part d’honneur.


Pardieu, je t’en prie, ne souhaite pas un homme de plus.


Par Jupiter, je ne suis pas avide d’or,


Peu m’importe qu’on vive à mes frais :


Cela ne m’afflige pas si d’autres portent mes habits ;


Ces choses extérieures n’habitent pas mes désirs.


Mais si c’est un pêché de convoiter l’honneur,


Je suis le plus coupable des vivants.


Non, par ma foi, cousin, ne souhaite pas un Anglais de plus.


Par la paix de Dieu, pour la plus belle de mes espérances,


Je ne voudrai pas perdre ce qu’il faudrait partager d’un si grand honneur


Avec un homme de plus. Ah, n’en souhaite pas un de plus.


Va plutôt, Westmoreland, proclamer dans nos rangs,


Que celui qui n’a pas d’estomac pour se battre


Peut partir ; on lui donnera un passeport


Et on lui remettra l’argent pour le voyage ;


Nous ne voudrions point mourir aux côtés d’un homme


Qui craindrait de mourir en notre compagnie.


C’est aujourd’hui la Saint-Crépinien.


Celui qui survivra à ce jour et rentrera chez lui sain et sauf


Se dressera sur la pointe des pieds quand on citera ce jour


Et se grandira au seul nom de Crépinien.


Celui qui aura vu ce jour et atteint la vieillesse


Chaque année la veille de cette fête festoiera ses amis


Et dira : « Demain, c’est la Saint-Crépinien. »


Puis remontant sa manche, il montrera ses cicatrices


Et dire : « Ces blessures, je les ai reçues le jour de la Saint-Crépin. »


Les vieillards oublient ; mais, même s’il oublie tout,


Lui se rappellera, en les enjolivant,


Les exploits qu’il aura accomplis ce jour-là. Alors nos noms,


Familiers sur ses lèvres comme des mots de tous les jours,


Le roi Harry, Bedford et Exeter,


Warwick et Talbot, Salisbury et Gloucester,


Seront célébrés au milieu de leurs libations.


Cette histoire, l’homme de bien l’apprendra à son fils,


Et la Crépin Crépinien ne reviendra jamais


A compter de ce jour jusqu’à la fin du monde


Sans que de nous on se souvienne ;


De nous, cette poignée, cette heureuse poignées d’hommes, cette bande de frères,


Car quiconque aujourd’hui verse son sang avec moi


Sera mon frère ; si humble qu’il soit,


Ce jour anoblira sa condition.


Et les gentilshommes anglais aujourd’hui dans leur lit


Se tiendront pour maudits de ne pas s’être trouvés ici,


Et compteront leur courage pour rien quand parlera


Quiconque aura combattu avec nous le jour de la Saint-Crépin.



In Shakespeare – Henri V- acte IV, scène III

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