La suite d'Histoires du Nord ...

samedi 4 février 2012

du mois de février 2012

Le mois de février cette année, improprement appelé « bissextile » - je vais tenter d’expliquer pourquoi – et plus long d’un seul jour il est vrai que tous les autres févriers depuis quatre ans, présente une particularité étonnante : il n’y a au cours de ce mois de 2012 que trois phases lunaires ce qui est excessivement rare. Cela n’a lieu que sept fois au cours de la période 1700-2100 : en février 1716 il n’y a pas eu de premier quartier de la lune. En 1756 il n’y a pas eu de nouvelle lune; en 1796 ainsi qu’en 1940 il n’y a pas eu de dernier quartier. En 2012 il n’y aura pas de premier quartier. En 2052 il n’y aura pas de nouvelle lune et en 20092 à nouveau pas de dernier quartier. C’est un phénomène très remarquable pour qui croit à l’influence de la lune, non seulement sur la nature et toutes les plantes mais aussi sur les hommes. J’ai longuement expliqué tout au long de mes chroniques qu’on constate des perturbations atmosphériques au moment des nouvelles lunes ou de la pleine lune. Ces constats ont donc une réelle importance pour le temps qu’il peut faire en février. Pour les amateurs de chiffres je dirai encore que ce mois de février 2012 a 5 mercredis pour la même raison qui a fait qu’il y avait cinq dimanches en janvier et qu’il y aura cinq samedis en mars. Mais cela est tout à fait normal n’en déplaise à tous ceux qui m’ont envoyé des diaporamas très discutables sur ce phénomène qui n’en est pas un. Ne cédons pas trop vite à ce genre d’info/intox et pitié pour nos boites aux lettres !



Ce mois de février qui à travers les siècles n’a été là que pour servir de complément aux calculs pour arriver à faire coïncider les calendriers avec le cycle du soleil, a toujours fait les frais de ses adaptations au point de perdre deux jours par rapport aux autres et cette année 2012 le voilà donc littéralement « déphasé » puisqu’il lui manque bien une part de phase de la lune ! De là à tirer des leçons et à faire des élucubrations sur toutes sortes de prévisions, prédictions et que sais-je d’autre, il y a un pas que je ne franchirai pas.


Pour nous rassurer s’il ne fait pas trop froid, nous pourrons observer le soir la belle Vénus qui brille longtemps après le coucher du soleil ( +3h56mn le 20 février)



Je dois encore dire que le terme « année bissextile » appliqué à notre année 2012 est impropre. En effet le mot bissextile signifie « bis » deux fois et « sextus » six. Le bissextile était ce jour que les savants avaient ajouté au nombre de jours de l’année pour arriver à faire concorder au plus près la durée moyenne d’une année avec la durée de l’année tropique soit 365,2425 jours. Il fallait bien inventer un système de rattrapage pour arriver à maintenir le début de l’année au début Mars c'est-à-dire aux calendes, avant qu’une autre réforme fasse passer le début de l’année au 1er janvier.


En se référant à la façon de nommer les jours à la façon des romains, on a décidé de répéter deux fois le sixième jour avant les Ides de mars. Le 24 février fut alors doublé et on le nommait « ante diem bis sextum Kalendas Martias « le sixième jour avant les calendes de mars » ce qui s’écrivait en abrégé « a.d.VI Kal.Mart. ».



Le problème devait se compliquer avec la disparition de deux jours de février, l’un pour faire du cinquième mois un mois dédié à la famille de Jules César en le baptisant Juillet puis de faire la même chose avec le sixième mois du calendrier romain, pour rendre hommage à Auguste en lui dédiant un mois devenu Août, d’égale longueur avec celui de Jules César.


Avec la réforme grégorienne on refit les calculs. Vu cette amputation faite à février, de façon qu’on pourrait qualifier de « normale » puisque février avait été ajouté après janvier pour arriver à un bon compte et maintenir le début de l’an au 1er mars. On maintint la nécessité d’un jour supplémentaire pour arriver au compte le plus juste possible mais ce ne pouvait plus être le 24 février. On inventa le 29 février pour cela avec une règle compliquée qui fait que ce 29 février n’existe pas tous les quatre ans comme on le dit trop souvent par simplification rapide. Ce 29 février n’existe que si le millésime de l’année est un multiple de 4, certes mais les années dont le millésime se termine par 00, pourtant divisibles par quatre, ne bénéficient pas de cet ajout, sauf si ce millésime qui se termine par 00 est divisible par 4. C’est ainsi que 1700, 1800, 1900, bien que multiples de quatre ne bénéficièrent pas de jour supplémentaire, mais 1600 et 200 en bénéficièrent.



Vous remarquerez que je n’emploie pas délibérément le mot année bissextile, car ce qualificatif n’a plus sa raison d’être. La raison d’être du 29 février est d’être « complémentaire » ou « supplémentaire » mais ce n’est pas très joli de dire année complémentaire ou supplémentaire. Alors on dit « année « bissextile » et cela nous ramène à l’origine de ce jour. C’est passé dans les habitudes même s’il n’est pas fondé d’employer ce mot. Rangeons-nous derrière cette pratique.


Un 29 février qui pose une série de questions. Quand un anniversaire tombe le 29 février que fait-on ? Bien sûr vous répondez : quand la personne est né le 29 février, son anniversaire les années non bissextiles est le 1er mars. Logique imparable. Pourtant à Taïwan, pour une personne née le 29 février, légalement on dit qu’elle est née le 28 février. Ainsi une personne née le 29 février 1980 aurait eu 18 ans le 28 février 1998.


Cette chronique doit aussi vous dire qu’il y a eu dans certains pays un 30 février. En 1700, la suède tenta de passer graduellement au calendrier grégorien et elle utilisa pendant 11 ans un calendrier julien amélioré. Sans entrer dans l’explication compliquée mise en place par nos amis suédois il faut savoir que pour arriver à retomber sur leurs pieds selon l’expression consacrée, ils inventèrent un 30 février 1712. De même en Russie devenue URSS, 1930 et 1931 eurent un 30 février du fait de la mise en place d’un calendrier proche de notre calendrier révolutionnaire.


Avis aux généalogistes !


Les années bissextiles entraînent avec elles toute une série de superstitions qui persistent encore aujourd’hui dans quelques pays. A Chypre un préjugé empêche de se marier pendant une année bissextile de crainte d’un mariage malheureux. Les mariages prévus sont alors ou avancés ou repoussés d’une année.


Parmi les faits remarquables intervenus un 29 février, ce qui permet de dire que c’est à cause du 29 février qu’il se sont produits, il faut parler de 1504. Cette année là, Christophe Colomb se sert d’une éclipse lunaire pour faire peur aux indiens en Jamaïque ( « indiens » :parce que, souvenez-vous, il croyait avoir découvert les Indes !) S’ils ne lui apportaient pas de la nourriture, Dieu obscurcirait la lune !



Le 29 février c’est le jour de parution de « La bougie du Sapeur » ce journal qui parait uniquement ce jour-là en hommage au Sapeur Camenber de Christophe, et dont le premier numéro parut en 1980. C’est un journal exceptionnel auquel la périodicité donne du recul pour traiter avec humour et lucidité l’actualité la plus brûlante. On imagine facilement les sujets qui vont être abordés cette année ! Ce journal est l’une des manifestations les plus concrètes et actuelles de la « paléofuturologie » c'est-à-dire de l’art génial de faire du neuf avec du vieux. Décidément, comme je l’ai dit dans mes chroniques depuis le mois de décembre, nous sommes en pleine actualité !


Vous connaissez sans doute les personnages du savant Cosinus, ceux de la famille Fenouillard et les lutins Plick et Plock. C’est du même auteur.


Comment ne pas citer ici l’acte de naissance de François Baptiste Ephraïm Camenber, fils d’Anatole Camenber et de Polymnie Cancoyotte enregistré à Gleux les Lure le 29 février 1844. Quand on connait mon goût personnel pour le fromage on comprendra mon insistance à citer ce détail !.dire qu’un jour j’ai raméné de Besançon à Paris dans ma sacoche, une ration de cancoyotte !


Ce que l’on sait moins c’est qui était ce Christophe. Né à Lure ( non je ne dis pas que les habitants de Lure sont de joyeux lurons ! ) en 1856 il s’appelait en réalité Marie Louis Georges Colomb. Docteur ès sciences, maître de conférences à la Sorbonne, sous-directeur du laboratoire de botanique, il est aussi l’auteur de nombreux manuels scolaires. Il a même donné des cours au fameux collège Sévigné de Paris. Il complète ses revenus par des dessins dans différents journaux et pour éviter des déboires avec sa hiérarchie il prend le pseudonyme de Christophe. Durant la seconde guerre il se réfugie avec sa famille à Nyons où il meurt des suites d’une occlusion intestinale mal soignée le 3 janvier 1945.


Le 29 février nous offre une belle invitation à redécouvrir ces différentes publications qui sont des précurseurs de la bande dessinée au moment où se déroule justement le festival du même nom à Angoulème.



J’ai annoncé dans ma chronique de Janvier, une période de froid. La voilà ! Mais ça n’a rien d’exceptionnel au point que nos Anciens ont fait de nombreux dictons pour nous prévenir de cela : « A la Chandeleur, l’hiver cesse ou prend vigueur ». On le dit pour ce jour ou pour la veille. Et beaucoup se souviennent du fameux 2 février 1956, où dans le midi il a fait moins 18°. Comme la veille il avait fait très doux et ce depuis plusieurs jours. La sève était montée dans les arbres, comme cette année. Et elle a gelé dans le tronc des oliviers, faisant craquer leur bois avec d’énormes ravages dans toutes nos régions. « Cette année-là on entendit les oliviers pleurer » .. le bois des arbres craquait sous le gel et faisait un bruit sinistre ! La plupart des sites de météorologies ce jour, font les rapprochements avec l’hiver 56.


Ce 2 février nous offre une quantité impressionnante de dictons tant il a été marqué par le regain du froid au cours des âges. On connait assez bien cette histoire de l’ours avec des tas de variantes selon les régions : « Si le deuxième de février, le soleil apparait entier, l’ours étonné de sa lumière, se va mettre en sa tanière. Et l’homme ménager prend soin de faire resserrer son foin, car l’hiver, tout ainsi que l’ours, séjourne encore quarante jours ». parfois on en rajoute. Dans les Cévennes, l’ours fait « un saut et trois pets avant de s’en aller » car il croit l’hiver fini. Ailleurs il « se passe la patte sur le nez » avant de retourner dans sa tanière. Ou encore « il voit son ombre le jour de la Chandeleur ( parce qu’il fait soleil) il prend peur et rentre dans son trou pour quarante jours. »


Cette vague de froid ne devrait pas durer autant ni revenir en fin de mois comme en 56. Encore qu’il faille toujours se méfier de la fin février, car c’est un malin : « il garde l’hiver au fonds de son sac ». ou « s’il ne donne de la teste, il donnera de la quoueste »


Parmi les surprises que ce mois nous réserve, il y a souvent au milieu du mois, un redoux et la nature fait alors ressentir les premiers frémissements d’un réveil du printemps. On disait au Moyen Age que les oiseaux commençaient à s’accoupler vers le 14 février pour la saint Valentin devenue une bonne affaire commerciale. Chez nous on dit : Per la San Valentin, l’aggasso mounto sou pin ; si noun li jaï, ti tengues paga gaï, proverbe que l’on peut traduire ainsi : Pour la saint Valentin la pie monte sur le pin ; si elle n’y fait pas son nid, ne te réjouis pas trop vite ! Ce proverbe est lié à l’observation du temps de ce jour de milieu février. Si alors l’oiseau monte à l’arbre, il faut voir s’il va ou non commencer d’y faire son nid. S’il ne commence pas son travail ce jour-là, c’est signe que l’hiver n’est pas encore fini. Bon rapprochement avec la Fête des Amoureux, instituée en 1496 par le pape Alexandre VI, un Borgia, pour le jour de la Saint Valentin, instituée mille ans plus tôt par le pape Gélase pour tenter d’atténuer les effets pervers des Lupercales. Gélase c’est lui qui avait fait utiliser les crêpes, gâteau symbole du soleil comme la galette des rois, pour nourrir les pèlerins venus à Rome. Je ne développerai pas plus cette fois ce que j’ai dit les années précédentes au sujet de la Chandeleur et des crêpes.


Février sera encore marqué le 21 par le Mardi-Gras, jour où l’on enlève la chair de nos repas, ce qui a donné « carnaval » ( carne levare ) pour entrer dans le jeûne du Carême, période de préparation de la fête de Pâques qui elle aussi pose d’importants problèmes de calendrier vu sa date fluctuante.


Ce mois de février 2012 sera donc à marquer dans les annales vu la façon dont il commence et nous ne serons pas tranquilles tant qu’il ne sera pas fini. « Tu n’as rien vu tant que février n’a pas montré son… dos ! »



Prudence donc et tenons-nous au chaud. Addisias



Jean Mignot, 31 janvier 2012

1 commentaire:

  1. quand j'étais petite, on chantait, en canon s'il vous plait, "la veille de la chandeleur l'hiver se passe ou prend vigueur , si tu sais bien tenir ta poêle, à toi l'argent en quantité ..." il faisait un froid de loup sur la plage mercredi, question météo je veux bien y croire, mais si on a bien fait sauter les crêpes, je doute que la suite sera vraie ...
    bon, comme vous dîtes, restons au chaud ...

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