La suite d'Histoires du Nord ...

mardi 3 avril 2012

du mois d'avril 2012

Voici un mois d’avril qui commence bien mal même si nous aurions un peu tendance à nous réjouir parce qu’il fait beau ! D’abord une semaine de Semaine Sainte, c'est-à-dire une semaine au temps perturbé comme la météo nous l’annonce. Mais elle a peu de risque de se tromper car c’est ainsi chaque année quelle que soit la date de Pâques puisque cette date est étroitement liée au cycle lunaire. Pâques, faut-il le rappeler est toujours le dimanche qui suit la première pleine lune de printemps, cette année le 6 avril.



Il va faire mauvais mardi et mercredi et le jour de Pâques ne sera pas très beau, et même le lundi de Pâques. Nous devrions ensuite avoir un temps de répit avec des températures plus fraîches, avant la nouvelle lune du 21 qui s’annonce très mauvaise parce qu’il y a, au moment où elle va se produire, la course de la lune à son apogée le 22 et un nœud lunaire, amorçant une lune descendante le 24. Cela correspond aux premiers saints de glace et au début de lunaison dite « lune rousse » qui est la lunaison qui suit la fête de Pâques et qui est à cheval sur Avril et Mai. Nous verrons bien si les dictons se confirment cette année. Je note déjà que la température s’est nettement rafraîchie et qu’on annonce même des températures matinales avec des ressentis en dessous de zéro ce qui tendrait à prouver les effets de la lune rousse qui brûle les jeunes pousses des arbres et des plantes. Tout ceci se terminera en beauté par une accumulation de signes les 20 et 21 mais, signes qui tous entraînent des perturbations atmosphériques, avec en plus une éclipse de soleil, qui ne sera pas visible en France mais qui devraient engendrer quelques répercussions sur le temps. On verra bien !



Pour le moment voici une série de dictons pour vous tenir en haleine, avec la précision qu’ils s’appliquent à leur terre d’origine et qu’ils peuvent donc être très contradictoires, avec des effets très différents. La chaleur ou la pluie n’ont pas partout les mêmes causes ni les mêmes effets.



Ne dit-on pas en Corse « Avril doux, c’est du bien partout » ; en Lozère « Avril doux, pire que tout ! » ; en Guyenne « Petite pluie d’avril fait bonne saison » et en Gascogne, ce qui rejoint le dicton de Guyenne « En avril éclairs, en mai, épis », ou encore « l’eau d’avril remplit le baril, l’eau de mai, le cellier », et aussi , toujours dans la même région « s’il tonne en avril, apprête cuves et barils »; dans la Nièvre « Gélée d’avril ou de mai, misère nous prédit au vrai » ; en Bretagne « Rude avril, cochon mort » et dans le Vivarais, ce beau dicton plus vrai que jamais cette année pour bien des régions « Quand tout le mois d’avril il pleuvrait, quand tout le monde s’écrierait : « tout est noyé, tout est perdu ! », encore il n’aurait pas assez plu ! » et chez nous en pays de langue d’Oc « Abrieou a trento, se ploovie trent’un, farié maou en degun » ( avril a trente jours. S’il pleuvait trente et un jours cela ne ferai de mal à personne !). Voici donc la preuve, s’il en fallait une, que ce n’est pas la première fois qu’il fait sec en cette période, au point d’en faire un dicton !



On trouve encore : « Avril venteux, rend le laboureur heureux », en Provence et on note ici et là le vent qu’il fait le jour des rameaux pendant la lecture de la Passion pour dire que ce vent soufflera pendant 40 jours ! « Vent qui souffle au jour des Rameaux ne change pas de sitôt » ou « Le vent du jour du buis dure quarante jours comme lui » .



En Alsace on dit : « Il n’est point d’avril si beau qui n’ait de neige à son chapeau ». Ça c’est sans doute pour la période des saints de glace. Dans les Vosges « Tonnerre d’avril abondance de blé et de fruits » ça c’est pour les prunes et la mirabelle ! En Picardie « Fleurs d’avril ne tiennent qu’à un fil, mais fleurs de mai on peut s’y fier ». En Beauce « Bouvier, quand tu vas au fenil, souviens-toi que le mois d’avril n’est pas cousu de bon fil ».


Vous pourriez sans doute me transmettre bien d’autres dictons que je ne connais point, tous semblables et tout autant contradictoires. Un seul fait la quasi unanimité « En avril ne te découvre pas d’un fil ! ».



Au passage je note les souhaits très proches entre Guyenne et Gascogne. Un beau sujet de discussion sur ces deux « régions » partagées entre Midi-Pyrénées et Aquitaine, et le constat, hélas, que nos découpages de communautés de communes, comme celui de nos départements, est plus soumis aux influences locales de quelques élus, énarques, députés ou préfet qui ne savent pas, ou ne veulent pas tenir compte des leçons de l’histoire. Pourtant elle leur serait d’un grand secours ! Comment comprendre que l’Aveyron soit en Midi-Pyrénées ? Comment comprendre que le préfet du Gard au nom pourtant bien d’origine méridionale, propose de rapprocher les cantons de Saint André de Valborgne à dominante protestante de celui de Valleraugue aux trois communes ( sur quatre) de la Terre Blanche, si fortement catholiques, si différentes et si éloignées en tous points. Et pas question de raviver des querelles de religion. L’histoire de nos régions parle, et on la retrouve même dans nos proverbes… qu’on ne doit pas enseigner bien sûr à cette fameuse école source de bien de nos règlements mais aussi de nos difficultés internes il faut bien le reconnaître car très éloignée des réalités de nos pays. On pourrait dire autant des fonctionnaires de notre Europe ! Il est vrai que c’est difficile d’enseigner le bons sens !



Nos dictons, comme ceux que nous venons de voir, ont une poésie, et une drôlerie qui en font un charme indéfinissable. Leur sagesse souriante nous pousse à regarder le temps. Et ils révèlent bien toute la profondeur troublante du désir humain de connaître le temps et.. le temps de demain !


Caprices du ciel, lune montante ou gelées précoces, nos ancêtres dépendaient tant du temps qu’il les rendait prudents. Aujourd’hui la productivité ou la recherche de rentabilité à tous prix nous entraîne à des folies. A du contretemps. Qu’importe ! on demandera des indemnités pour calamités agricoles !


Ces variations météorologiques, qui ont donné naissance aux dictons et proverbes, viennent, de génération en génération, d’une expérience paysanne et d’un vieux fond d’observation mâtiné de bon sens et coloré d’humour dont il faudrait, je pense, prendre plus compte pour en tirer des leçons et éviter les erreurs du passé, comme je viens de le souligner pour les découpages en cours actuellement dans toutes nos régions.



L’inlassable répétition de nos dictons fait office d’enseignement. La nature est reine, il faut s’en souvenir…


Loin de moi, dois-je préciser encore, de faire de ces dictons une règle d’autant que d’autres paramètres interviennent. Selon qu’on est au bord d’un lac ou de la mer, dans une vallée des Alpes ou des Pyrénées, en haut d’une colline, sur une hauteur, ou au pied d’une falaise, les influences seront à nuancer par la seule observation qui va de l’odeur souvent désagréable ou nauséabonde des vapeurs d’une usine, au bruit des véhicules sur une route, au train qui passe au loin, ou au TGV, ou au son des cloches dans le lointain !


« Douceur à la saint Anselme, le 21, la saison sera belle » mais il ne faudra pas se réjouir trop vite car les saints Cavaliers, Georges Marc nous amèneront quelque surprise. « Saint Georges, le 23, et saint Marc, le 25, sont réputés saints grêleurs ». « Entre Georges et Marquet, un jour d’hiver se met » ou « Quand saint Marc nous trempe, le ciel nous trompe ». Ces deux saints sont accompagnés de nombreux proverbes qui nous disent les ravages qu’ils font sur les cerises. Nous serons au début de la lune rousse qui peut brûler « roussir » les jeunes pousses et les fruits à peine formés. Pour ce qui est des effets tant de la lune rousse que des saints de glace je vous invite à lire ou relire ce que j’ai écrit les années précédentes car j’ai longuement développé ces deux sujets.


Il faut seulement savoir quand commence cette fameuse lunaison car elle varie chaque année alors que la fête de ces saints est, elle, toujours à la même date, ce qui fait que les prédictions qui leur sont attribués ne se produisent pas toujours. Retenez donc bien les dates de cette lunaison qui, cette année, débute le 21 avril et se terminera le 20 mai. Pour compenser les effets néfastes de cette période on pourra toujours essayer la procession des « litanies majeures » pour la saint Marc ou encore celles des Rogations bien plus tard les trois jours avant la fête de l’Ascension, même si elles ont été supprimées par décision « vaticane » il y a exactement cinquante ans cette année.



Avril sera-t-il un mois du renouveau ? celui d’une année nouvelle que son nom lui-même l’annonce « avril ; aperire :ouvrir ! » comme nous le rappelle cette vieille coutume du poisson d’avril et un mois ou tout d’un coup tout va devenir meilleur comme on voudrait nous le faire croire ?


Il faut donner du temps au temps comme je l’écrivais en pareille chronique au mois de décembre dernier.


« Je suis Avril le plus jolys


De tous en honneur et vaillance,


Car nous fusmes tous affranchis


En mon temps par un coup de lance,


Pour la saincte digne soufrance


De Dieu qui le monde créa.


On doit en avoir souvenance,


Car en mon temps resusita »



Grand Calendrier des bergers , Guiot Marchant - 1496



Et de cela j’ai sûre souvenance !


Adissias !



Jean Mignot


Le 2 avril 2012

1 commentaire:

  1. Dans tous les cas, passez de très joyeuses fêtes de Pâques :)

    Stéphanie

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