La suite d'Histoires du Nord ...

mardi 1 mai 2012

du mois de mai 2012


Ce mois de mai 2012 ressemble comme deux gouttes d’eau au mois de mai 2007. Mais je vous vois venir.. Non non ! Pas pour ce que vous pensez. Notre mois de mai 2012 commence un mardi comme en 2007. Les jours fériés, le 1er, le 8 tombent  aux mêmes jours de la semaine. L’Ascension est le 17 et la Pentecôte le 27 avec son lundi férié sujet à controverses, comme en 2007. Les « Saints de Glace » sont toujours aux mêmes dates les 11,12 et 13 mai et « Méfiez-vous de saint Mamert, De saint Pancrace et de saint Servais, car ils amènent un temps frais, Et vous auriez regret amer » reste donc bien d’actualité parce que nous sommes en pleine lunaison de cette lune dite « rousse », pour laquelle je vous ai annoncé du mauvais temps, au moins jusqu’au 20 mai, dans ma chronique d’avril. Et comme les autres années les médias et autres prévisionnistes, bien plus enclins à nous parler  ( j’avais envie d’écrire à nous manipuler !) envers et contre tout de la campagne électorale, n’ont toujours pas dit le moindre mot sur les effets de cette lune rousse et sur les premiers saints de glace et ceux qui vont suivre. Car le mauvais temps de ces jours –ci, même si nous en souhaitons le changement, n’est pas pour demain. Nous ne serons pas tranquille tant  que l’Ascension ne sera pas passée : « « A l’Ascension, dernier frisson. » ou la saint Urbain du 25 de ce mois puisque aux alentours du 20 il y a de fortes chances que le temps soit perturbé à cause du changement de lune et de l’éclipse du  20 : « Que la saint Urbain ne soit passée, Le vigneron n’est pas assuré. ».
C’est alors vraiment qu’on pourra affirmer, après le dicton qui nous incite à la prudence vestimentaire en avril :
« En mai fait ce qu’il te plait »,  en provençal : « oou mes de maï faï ce que ti plaï ». On dit aussi : « qui s’alaoujo avant lou mes de maï, segur nuon soou ce que faï ! »
Mois de Mai, mois où nous aspirons à tous les changements, mais au point parfois d’oublier les leçons de l’histoire et de dire un peu n’importe quoi, notamment sur quelques traditions bien ancrées dans le calendrier  de ce mois-ci.
De la nécessité donc de quelques rappels, sur le 1er mai, sur le muguet, sur le droit de vote et sur les élections au mois de mai.

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Du 1er mai d’abord : Nous pensons un peu trop souvent être à l’origine de tout, nous les français alors que le 1er mai est d’origine américaine même si le modèle « américain » est un peu vite dénigré selon qu’on se situe d’un bord ou d’un autre. .
En 1884, au cours du IVe congrès de l’American Federation of Labor,  les principaux syndicats ouvriers des États-Unis s’étaient donnés deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils avaient choisi de débuter leur action un 1er mai parce que beaucoup d’entreprises américaines entamaient ce jour-là leur année comptable.
Beaucoup de travailleurs obtiennent immédiatement satisfaction de leur employeur. D'autres, moins chanceux, au nombre d’environ 340.000, doivent faire grève pour forcer leur employeur à céder. Le 3 mai 1886, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester, à Chicago. Une marche de protestation a lieu le lendemain. Dans  la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers. C’est alors qu’une bombe explose devant les forces de l’ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les rangs de la police.
Trois syndicalistes sont jugés comme anarchistes et condamnés à la prison à perpétuité. Cinq autres sont pendus le 11 novembre 1886 malgré des preuves incertaines. Sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago, sont inscrites les dernières paroles de l’un des condamnés, Augustin Spies : «Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui.»
Trois ans après le drame de Chicago, la II ème Internationale Socialiste réunit en Congrès à Paris, 42, rue Rochechouart, salle des « Fantaisies parisiennes » ( quel drôle de rapprochement !), pendant l’Exposition universelle qui commémore le centenaire de la Révolution française.
Les congressistes de ce parti, se donnent pour objectif la journée de huit heures (soit 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé). Jusque-là, il était habituel de travailler dix ou douze heures par jour (en 1848, en France, un décret réduisant à 10 heures la journée de travail n’a pas résisté plus de quelques mois à la pression patronale).
Le 20 juin 1889, sur une proposition de Raymond Lavigne, ils décident qu’il sera «organisé une grande manifestation à date fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès. » La première date est fixée au 1er mai 1890. C’est bien une décision d’un parti politique ! Le 1er mai 1891, à Fourmies, une petite ville du Nord de la France, la manifestation tourne au drame. La troupe équipée des nouveaux fusils Lebel et Chassepot tire à bout portant sur la foule pacifique des ouvriers. Elle fait dix morts dont 8 de moins de 21 ans. L’une des victimes, l’ouvrière Marie Blondeau, habillée de blanc et les bras couverts de fleurs, devient le symbole de cette journée. Avec le drame de Fourmies, le 1er mai s’enracine dans la tradition de lutte des ouvriers européens. Quelques mois plus tard, à Bruxelles, l’Internationale socialiste renouvelle le caractère revendicatif et international du 1er mai. L’horizon paraît s’éclaircir après la première guerre mondiale. Le 23 avril 1919, le Sénat français avait ratifié la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant, à titre exceptionnel, une journée chômée et le traité de paix de Versailles, le 28 juin 1919 fixe dans son article 247, « l’adoption de la journée de huit heures ou de la semaine de quarante-huit heures comme but à atteindre partout où elle n’a pas encore été obtenue». Cette histoire du 1er mai est bien une initiative d’un parti politique et non de syndicats. Quand ceux-ci reprennent à leur compte les manifestations du 1er mai, les revendications les plus diverses viennent s’ajouter à l’unique revendication de la journée de 8 heures des origines. .
La Russie soviétique, sous l’autorité de Lénine, décide en 1920 de faire du 1er mai une journée chômée. Cette initiative est peu à peu imitée par d’autres pays.
Les manifestations du 1er mai 1936 prennent une résonance particulière car elles surviennent deux jours avant le deuxième tour des élections législatives qui vont consacrer la victoire du Front populaire et porter à la tête du gouvernement français le leader socialiste Léon Blum
C’est pendant l’occupation allemande, le 24 avril 1941, sous le régime présidé par le Maréchal Pétain, que le 1er mai est officiellement désigné comme la Fête du Travail et de la Concorde sociale et devient chômé. Cette mesure est destinée à rallier les ouvriers au régime de Vichy. Son initiative revient à René Belin, un ancien dirigeant de l’aile socialiste de la CGT (Confédération Générale du Travail) devenu secrétaire d’État au Travail dans le gouvernement du maréchal Pétain. Déjà une  cohabitation !
À cette occasion, la radio officielle ne manque pas de préciser que le 1er mai coïncide avec la fête du saint patron du Maréchal, Saint Philippe (aujourd’hui, ce dernier est fêté le 3 mai) !
En avril 1947, la mesure est reprise par le gouvernement issu de la Libération qui fait du 1er mai un jour férié et payé... mais pas pour autant une fête légale. Autrement dit, le 1er mai n’est toujours pas désigné officiellement comme Fête du Travail. Cette appellation n’est que coutumière et en droit du travail, il n’obéit pas à la même réglementation que les autres fêtes légales, notamment pour les questions liées à la rémunération et au salaire de ce jour.
En 1955, le pape Pie XII institue la fête de saint Joseph artisan, destinée à être célébrée le 1er mai de chaque année.

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Du muguet ensuite :L’origine et la tradition du muguet du premier mai est toute autre. Il n’en était pas question dans ces années-là.
En France, dès 1890, les manifestants du 1er mai avaient pris  l’habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle rouge, pour symboliser la division de la journée en trois parties égales : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. Ce principe d’équilibre entre le travail, et le repos ainsi que les loisirs est bien inscrit dans la trop fameuse et si décriée loi sur les trente-cinq heures !
Le triangle rouge est quelques années plus tard remplacé par la fleur d’églantine. En 1907, à Paris, le muguet, symbole du printemps en Île-de-France, remplace cette dernière, reprenant en cela une tradition instaurée sous Charles IX, qui le 1er mai 1561, ayant reçu un brin de muguet en guise de porte-bonheur, avait décidé d’en offrir chaque année aux dames de la cour. La tradition était née. Si on veut être fidèle à l’histoire et au sens profond et au symbolisme du muguet du 1er mai, il faudrait que tout brin ou bouquet de muguet soit accompagné d’un ruban rouge. La chanson : « Il est revenu le temps du muguet » est associé à ce jour, semble-t-il depuis 1936.
Le muguet, doit son nom au parfum de « muscade ». En ancien français, on écrivait «  musgue » ou «  musque ». « Mugueter » c’était « conter fleurette », « flirter ». Longtemps furent organisés en Europe des « bals du muguet ». C’était un des seuls bals de l’année où les parents n’avaient pas droit de cité. Ce jour-là les jeunes filles s’habillaient de blanc et les garçons ornaient leur boutonnière d’un brin de muguet.
Un « muguet » c’était un jeune élégant. Une « muguette » une jeune élégante. Un « muguet » affecte « d’estre propre, paré, mignon auprès des Dames. » Il fait le « muguet ». On dirait aujourd’hui « il fait le beau… » ou «  il drague ! »
Une « muguette » sent bon comme le muguet…
Une autre tradition est liée au mois de mai et a encore cours dans nos campagnes au moment des élections. Il s’agit du « mai » , ou « planter le mai ». Quand il y avait des élections municipales et que les élus l’étaient pour la première fois, ses colistiers venaient planter un arbre devant leur porte en leur honneur. C’était souvent l’occasion d’un bon repas ou du moins de boire ensemble un bon verre. L’arbre était généralement un sapin ébranché auquel on ne conservait que la cime. Il était décoré d’un drapeau tricolore, parfois d’une pancarte sur laquelle était écrit : « Honneur à notre élu » C’est une tradition qui se perpétue encore dans nos campagnes, mais je n’ai pas pu trouver d’indications pour savoir si on la perpétue aussi du côté du Palais de l’Élysée.

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Des consultations  du peuple en mai  et du vote et de son droit ou de l’abstention : Une autre très vieille coutume voulait que ce soit au mois de mai que  se tiennent  les assemblées politiques. Quand je vous disais qu’on n’a rien inventé !
En réalité, cela se passait d’abord au mois de mars chez les Francs, et les guerriers se réunissaient autour de leur chef, dans un lieu qu’on appelait « le Champ de Mars ». Si le discours des chefs plaisait, les guerriers applaudissaient en frappant sur leurs boucliers avec leurs framées. Sinon ils étouffaient sa voix par des murmures. Les framées ont été remplacées par les vociférations de nos élus dans les assemblées. Sur ce point nous sommes témoins devant nos écrans de télévisions que les attitudes ont peu changé !  Et ce n’est d’ailleurs pas un très bon exemple. Pas plus d’ailleurs sur le plan de la présence sur les bancs des assemblées.  Chez les Francs, il ne pouvait être question d’absentéisme. Si vous ne participez pas, vous n’avez plus le droit d’être citoyen !
Nos amis Belges en ont tiré le vote obligatoire. S’abstenir est une infraction, non seulement chez nos voisins mais dans bien d’autres pays alors que nous campons sur notre exception française, à l’encontre d’un droit chèrement acquis à la Révolution. Il serait facile d’extrapoler et de faire de bons rapprochements avec la situation de tant d’habitants qui participent à la vie nationale et donc émargent aux acquis, tout en refusant de se mouiller. Je veux parler  des quelques  millions de personnes ( on parle de 5 millions) qui pourraient, mais ne le font pas, acquérir la nationalité française, par simple démarche alors que d’autres, voudraient si vite l’acquérir pour jouir d’une protection dont ils ne peuvent donner des preuves d’une appartenance suffisante.. Vaste débat  sur lequel il faudrait être bien clair avant de parler du droit de vote des étrangers qui n’est souvent qu’une promesse électoraliste. Je pourrais citer, en nos temps troublés, ce que m’a dit, en présence de deux témoins très fiables, le ministre chargé des questions d’émigration dans le  tout premier gouvernement issu des élections de  1981, qui plus est un ministre d’État, déclaration qui était un aveu que les promesses du candidat que vous savez, avaient d’abord un objectif électoraliste, «  il faut calmer les esprits et gagner du temps » et des voix.. ! Le temps me semble venu pour moi de dire cela. C’est encore une anecdote de l’histoire, en lien avec notre actualité.   Et c’est encore une histoire de mois de mai ! Ne nous voilons pas la face. Que la revendication de droits ne nous fasse pas oublier les exigences des devoirs des citoyens.  Pas seulement que le droit de vote !

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Sur les dates des élections  au mois de mai enfin : Sous Charlemagne, la date de ces assemblées de chefs et de guerriers, fut repoussée au mois de mai. Les évêques, qui sous Clovis avaient été admis à ces assemblées, prirent bientôt un rôle prépondérant, rejoignant le pouvoir des comtes et seigneurs. Le rôle des guerriers s’effaça peu à peu. Ces assemblées disparurent à la fin de l’empire carolingien ; « les champs de mai » furent remplacés par « les Etats Généraux ». On se souvient en particulier de ceux de mai 1302 sous Philippe le Bel et plus généralement de ceux de mai 1789 ! Mais les 36 réunions des États Généraux en 487 ans n’ont pas toujours eu lieu en mai. La dernière en 1789 était au mois de mai. On sait ce qui s’en suivit.
C’est un concours de circonstances qui nous amène à voter en mai, pour les élections présidentielles pour la double raison de la démission du Général de Gaulle en fin avril 1969 puis du décès de M.Georges Pompidou en avril 1974.
Ou sont les acquis de ces grands mouvements, notamment ceux de la Révolution ! On pourrait faire des rapprochements troublants ! Mais demain sera un jour nouveau où il fera beau et où tout va changer, on nous l’a promis et d’abord « la télévision l’a dit ! »
« Bonjour les ennuis le 7 mai !..  » comme titre avec beaucoup de réalisme un grand hebdomadaire. Car demain il va falloir s’affronter à la réalité des questions qui se posent au pays. Fini les promesses électorales. «  C’est maintenant que les ennuis commencent » avait déclaré, avec beaucoup de lucidité, Léon Blum en 1936 !

Courage. Gardons le moral ! A Diou sias !  Jean Mignot le 30 avril 2012

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