La suite d'Histoires du Nord ...

samedi 31 mars 2012

Le Cambrésis dit adieu à ses avions de chasse

Le fanion de l'escadron de chasse 1/12 Cambrésis a été plié, rangé, à jamais. Seul l'esprit Tigre de l'escadrille SPA 162 survivra au sein du 1/7 Provence, qui sera dès le 27juin parrainé par la ville de Cambrai.



« En ce jour du 30 mars 2012, l'escadron de chasse 1/12 Cambrésis est dissous. » Son fanion est roulé, rangé, à jamais. Beaucoup retiennent leurs larmes. Elles ne peuvent que couler sur certains visages. Si la fermeture de la BA 103 ne sera officielle que le 28 juin, la dissolution de l'escadron de chasse 1/12 Cambrésis sonne le glas de la présence des avions de chasse dans la région.


PAR STÉPHANIE ZORN
PHOTOS BRUNO FAVA


Une triste journée.




Voilà, c'est fini... Le couperet était tombé un jeudi noir de juillet 2008. Depuis, presque la moitié des 1 500 militaires de la base aérienne cambrésienne René-Mouchotte a déjà fait ses valises, mais les Mirage 2000 du 1/12 Cambrésis vrombissaient toujours et encore dans le ciel cambrésien, repoussant dans les esprits cette fin inéluctable programmée depuis quatre ans.
Hier, sur le tarmac de la BA 103, quelque sept cents invités sont venus rendre un dernier hommage à cette prestigieuse unité de l'armée de l'air. De nombreux anciens passés par l'escadron de chasse 1/12 Cambrésis, mais aussi la grande majorité des personnalités et des élus que compte le territoire.
Le général Martel préside la cérémonie. Le numéro 2 de l'armée de l'air est lui-même un ancien du 1/12, qu'il a quitté en 1984... au bras d'une Cambrésienne. Plusieurs médailles sont remises avant la dissolution.



Soixante années d'engagements



Les grandes heures de l'escadron de chasse 1/12 Cambrésis sont applaudies : « Soixante années d'engagements opérationnels au service de notre pays », dans les cieux tchadien, irakien, bosniaque, kosovar, djiboutien et français bien sûr. Le 1/12 se composait de trois escadrilles de tradition, dont deux seront mises en sommeil. Mais si l'EC 1/12 est dissous, une partie lui survivra à travers la prestigieuse escadrille SPA 162 Tigre, dont les traditions s'envolent vers Saint-Dizier, avec pour nouvelle tanière l'escadron de chasse 1/7 Provence, volant sur Rafale.



Dernier vol
La cérémonie achevée, quatre Mirage du 1/12 Cambrésis s'envolent. Un Rafale de Saint-Dizier et deux Mirage de Mont-de-Marsan les accompagnent. Les moteurs vrombissent, les coeurs sont serrés. « Qu'ils vont nous manquer ! » Les pilotes sont salués et acclamés par tous les invités. Un Extra 330 de l'équipe de voltige livre un show époustouflant.



La foule est invitée à venir écouter le dernier hommage du lieutenant-colonel Jean-Luc Daroux, qui restera comme le dernier commandant de l'escadron de chasse 1/12 Cambrésis : « Jusqu'au bout, le 1/12 s'est acquitté des missions extérieures et intérieures qui étaient les siennes. » Le général Martel lui succède. Il évoque « une transformation nécessaire », la « modernisation » des armées. Même s'il reconnaît qu'il est « difficile de ne pas faire parler le coeur en pareille circonstance... Car cette dissolution signifie le départ des ailes françaises de cette région si chère au coeur des aviateurs. » Des ailes françaises chères aussi, surtout, au coeur des Cambrésiens.



« Ni nostalgie ni oubli »



« Ni nostalgie ni oubli », conclut le numéro 2 de l'armée de l'air, rappelant aussi le lien privilégié qui perdurera entre Cambrai et l'armée de l'air, puisque la ville parrainera officiellement le 1/7 Provence à partir du 27 juin, à la veille de la cérémonie de dissolution de la BA 103.
Maigre consolation. Ce vendredi 30 mars 2012 restera gravé dans la mémoire du Cambrésis. Le jour de la dissolution de l'escadron de chasse 1/12 Cambrésis demeurera une journée tristement historique pour la région, même si la BA 103 ne fermera définitivement ses portes que le 28 juin.
Un dernier hommage rendu également par la Patrouille de France, dont trois Alphajet ont soudain surgi dans le ciel cambrésien. Pour un ultime adieu au 1/12.
En bleu, blanc, rouge. •




in LA VOIX DU NORD, édition régionale du 31 mars 2012

BA 103 : soixante ans d'histoire... survolés

La petite histoire ne dit pas si c'est en allant contempler paître les vaches aux environs d'Épinoy qu'a germé dans l'esprit du jeune Louis Blériot le rêve de pouvoir un jour les admirer de bien plus haut que depuis le plancher.


Mais si ce n'est pas l'exorde de la fabuleuse aventure des Faucheurs de marguerites dont le ciel cambrésien sera le décor, il sera le théâtre d'une formidable histoire d'amour entre Cambrai et l'aéronautique, qui dure depuis soixante ans... En 1941, sous le joug des nazis, plus de mille ouvriers construisent à Épinoy trois pistes de goudron, d'où les avions de la Luftwaffe préparent l'invasion de l'Angleterre.



En 1951, en pleine Guerre froide, le site est retenu pour abriter une base OTAN. L'escadron 1/12 s'y installe en 1953. Rejoint en 1954 par le 2/12 Picardie et en 1955 par le 3/12 Cornouaille. Les bombardiers du 3/93 Sambre y poseront un temps leurs imposantes ailes d'acier... Algérie, Tchad, Lybie, Irak, Ex-Yougoslavie, Kosovo, Afghanistan : sur Ouragan, Mystère puis Mirage, les pilotes cambrésiens mèneront des missions aux quatre coins d'une planète en ébullition, assurant aussi la protection des centrales nucléaires ou la surveillance de sommets tels que le G8 d'Évian, en 2000.


Le 17 juin 2008, Nicolas Sarkozy dévoile le Livre blanc de la Défense. Le spectre d'une fermeture plane rapidement au-dessus de la BA 103.
Le 25 juin, plus de 1 500 personnes manifestent devant les grilles de la base. Une imposante chaîne humaine relayée le 4 juillet par une pétition riche de quelque 11 412 signatures déposée sur le bureau du ministre de la Défense. En vain. Le 24 juillet, le couperet tombe... Le 9 février 2011 est signé le contrat de redynamisation du site de Défense (CRSD). Une enveloppe de 34 ME pour accompagner la reconversion de la base, agrémentée d'avantages fiscaux et d'aides à la création d'emplois.



Les 26 et 27 juin 2010, sous les perfides uppercuts d'un généreux soleil, un dernier meeting en deux rounds met KO debout plus de 60 000 spectateurs. En mai 2011, le ciel cambrésien, nimbé de vrombissants bolides, sert de ring au Tiger Meet, un exercice estampillé OTAN. Le 23 mars 2012, quatre Mirage 2000 adressent leur dernier « Salut du Cambrésis ».



H. FÉ.
in LA VOIX DU NORD, édition régionale du 31 mars 2012

vendredi 30 mars 2012

fenêtres aveugles



A se balader dans l'agglomération dunkerquoise, tout comme dans le reste de la région, de lever les yeux et se rappeler que si autant de fenêtres ont été murées dans les maisons anciennes, c'était avant tout pour éviter un impôt sur fenêtres et portes...

à noter dans vos tablettes... à la date du 7 avril prochain

dimanche 25 mars 2012

N-D de la Treille, un rêve malgré tout inachevé

Face à la crise politique et économique grave, la Révolution de 1848 accoucha d'une mesure inédite : la création des Ateliers Nationaux. Avec des moyens dérisoires et des salaires de misère, les ouvriers desoeuvrés trouvaient un travail "volontaire" par lequel on espérait les garder sous contrôler et réduire l'ardeur des revendications. A Lille, la motte castrale établie depuis le Moyen-Âge, la fameuse Motte-Madame, avait perdu de sa superbe. Depuis longtemps, elle ne jouait plus aucun rôle militaire, stratégique ni même institutionnel. L'endroit avait longtemps servi de dépotoir aux bouchers du quartier puis était, par l'entremise d'un cabaret, devenu un "lieu de perdition". Le quartier populaire s'il en est, devait retrouver un peu de lustre or l'église ancestrale, la collégiale saint-Pierre, avait été détruite par les acheteurs de Biens Nationaux lors de la Révolution de 1789 et des années noires qui suivirent. A son emplacement aujourd'hui, le Palais de Justice et le Conservatoire... et la statue du Maire André...





Une fois place nette faite devait s'élever là une basilique gothtique (il n'y a alors pas de siège épiscopal, Lille dépend de Cambrai). Usant des techniques les plus modernes dès le début de son érection, la basilique devait être l'ultime représentante du gothique en reprenant les meilleurs éléments des plus belles cathédrales de ce style en France.




Le poids démographique de plus en plus affirmé du nord du département obligea à une réfonte de la carte épiscopale. Lille devient Evêché en 1913, partageant le département avec Cambrai. De basilique, Notre-Dame de la Treille, dédiée à la Vierge tutélaire de la ville, passait au rang de cathédrale. Malheureusement, l'argent commença à manquer chez les principaux mécènes. Les grandes familles du textile, touchées par la Grande Guerre puis par la crise économique, ne pouvaient plus apporter leur écôt... Après la Seconde Guerre, la priorité était ailleurs... La cathédrale, achevée avec un autre projet à la fin du XXe siècle, ne reçut jamais ni tours ni flèche... mais l'on peut encore, dans un des transepts, admirer la maquette du projet et tenter d'imaginer quel visage aurait eu alors le vieux coeur de Lille.

souvenirs de conscrits : la caserne Guilleminot de Dunkerque



Comme sa soeur, la caserne Jean Bart, la caserne Guilleminot fut durement touchée pendant les combats de la dernière guerre. Finalement remplacée par un collège qui en reprend le nom, il ne reste plus de son passé militaire qu'une casemate couverte d'un talus herbeux.




souvenirs partiels de Dunkerque

Retrouvée au hasard des albums, une simple carte rappelle le passé récent de Dunkerque, corsetée dans ses remparts. La carte postale, quelle meilleure publicité à l'époque où seul le courrier faisait réellement entrer l'image dans tous les foyers, entre messages laconiques et "romans-fleuves", envoyant de banales politesses comme les messages plus intimes... Aucun village n'aurait su vivre sans ses cartes postales et il n'est pas jusqu'au plus petit d'entre eux qui n'ait ainsi laissé de traces. Familles, métiers, passants, monuments, scènes de folklore, tout est bon et constitue un trésor iconographique quasiment inépuisable... Parfois la carte se veut plus explicite encore et devient, par les vicissitudes historiques, un témoin... Si vous connaissez Dunkerque, faites le compte - pour vous en faire une idée - des batiments encore existants aujourd'hui...

un petit saut à la montagne de Watten



Enfin un peu de soleil, il faut en profiter, prendre de la hauteur, direction pour un bol d'air sur la montagne de Watten... Du soleil mais aussi une plaine maritime inondée de brume. La terre exhale ses dernières froidures et encore, çà et là, revient planer un peu de temps de sorcière. L'abbaye malheureusement fermée, on prend son temps au pied du moulin dressé à la pointe d'un des bastions du fort, et l'on devine avec amusement les reliques des fausses braies, ces murs gazonnés, qui dessinent des lignes brisées dans le paysage.








jeudi 22 mars 2012

parfois plus simple que les mots : Evolution de la frontière du Nord


profitez-en, 1 minute 26 de pédagogie

ACTU : Demain midi, dernières rafales de rugissements dans un ciel cambrésien bientôt orphelin de ses Mirage

Quatre Mirage 2000 pour un survol et des adieux symboliques au Cambrésis. PHOTO MAX ROSEREAU


Un dernier meeting en juin 2010. Un dernier « Tiger Meet » en mai 2011. Et un dernier adieu en 2012. Demain, entre 12 h et 12 h 50, avant la dissolution officielle de l'escadron 1/12 Cambrésis, programmée le vendredi 30 mars, les pilotes de chasse de la base aérienne de Cambrai-Épinoy feront rugir une ultime fois les moteurs de leurs bolides dans le ciel cambrésien. Nom de code de l'opération : « Salut du Cambrésis ». ...

Un « Salut » qui doit le sien à un implacable lobbying, exercé depuis la fin de semaine passée par tout ce que le Cambrésis compte d'amoureux de l'aéronautique. Tandis que l'événement, discrètement préparé depuis un an, a bien failli passer à la trappe à cause d'un état-major de l'armée de l'air invoquant le devoir de réserve en période électorale pour ni plus ni moins annuler ce survol au parfum très symbolique. En ce qu'on aurait paraît-il pu taxer les pilotes de « favoritisme » en ne déployant leurs ailes d'acier qu'au-dessus de certaines villes !


Fallacieux ? C'est vrai, sans doute aurait-on préféré que les pontes de Balard et de l'hôtel de Brienne allèguent d'une volonté de faire quelques économies pour priver ainsi les pilotes, le commandement et le personnel de la BA 103 de ce baroud d'honneur auquel ils tenaient tant. Et qu'une majorité de la population cambrésienne attendait impatiemment... Mais bon, qu'importe la façon dont l'état-major aura été convaincu de l'opportunité de maintenir cette manifestation, les chasseurs braveront bel et bien le mirage argumentaire de leur hiérarchie. Quand bien même, alors que c'était initialement prévu, ils seront privés d'un « Salut » plus global, aux principales villes du Nord - Pas-de-Calais... Ce ne sera pas pour autant demain l'épilogue d'un triste feuilleton entamé en juillet 2008 avec l'annonce de la fermeture de la BA 103, sacrifiée sur l'autel de la restructuration de la Grande Muette. Certes, la base sera, au lendemain du 30 mars, orpheline de ses Mirage, transférés à Saint-Dizier. Et une base aérienne sans avion, c'est comme un désert sans... mirage !

Soixante ans d'amour
Mais il restera de nombreux mois avant que ne prenne fin, ad vitam aeternam, l'irrésistible histoire d'amour qui unit le territoire, patrie de Louis Blériot, à ses avions de chasse, rugissant dans le Cambrésis depuis presque soixante ans. Probants témoignages que les 60 000 visiteurs enregistrés lors du meeting de 2010, et les 50 000 autres comptabilisés un an plus tard sur le tarmac de Niergnies, en marge du « Tiger Meet ».


La dissolution de la BA 103 sera, elle, effective fin juin. Démarreront alors les opérations de démantèlement du site, qui dureront jusqu'à l'été 2013.


Ensuite ? Avant de s'assurer une reconversion économique durable, la base servira probablement de camp de repli aux ouvriers du chantier de construction du canal Seine - Nord... À ceux qui s'en soucieraient, précisons que la surveillance et la protection de l'espace aérien de la région seront assurées depuis la base aérienne de Creil, Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Comme c'est déjà le cas depuis 2001.


Hubert FERET
in LA VOIX DU NORD, édition régionale du 22 mars 2012

lundi 19 mars 2012

La frontière : question de guerre et de diplomatie

Vaste sujet que frontière ! Cet espace marque une fin, qu’il s’agisse d’une ligne imaginaire, une limite naturelle ou encore une zone de marche, qui n’est pas un no man’s land mais une zone-tampon où l’autorité principale est mal définie. Si le mot prend tout son sens au XVIe siècle, c’est qu’il devient un leitmotiv tant politique que géographique. Il n’est plus question de bordure ou de finage, la frontière s’impose à tous les esprits comme une limite intangible et comme un élément naturel du langage.





Pourquoi des frontières ?


La question semble a priori inutile. Il faut remonter aux premières sédentarisations : une civilisation nomade se fixant sur un territoire plus ou moins longtemps, doit reconnaître l’espace sur lequel il exerce son influence quand il ne subit pas son environnement. L’espace ainsi considéré est donc un « espace vital », une aire à borner sur laquelle le groupe exerce son autorité, tire ses subsistances, et par voie de conséquence, doit défendre et prémunir de toute agression. Il importe donc connaître ET faire reconnaître ses possessions. Outre les textes, outre la coutume (très vivace au nord de l’Europe), il est nécessaire de représenter l’espace dominé le plus fidèlement possible ainsi qu’en témoignent nombre de terriers tant seigneuriaux qu’abbatiaux. La mesure est d’autant plus importante au fur et à mesure que la communauté grandit, gagne en puissance, agrandit son territoire. Le besoin de connaître les ressources à disposition est vital, notamment pour les levées en hommes. Finalement, s’enfermer dans un territoire, c’est acquérir à plus ou moins long terme indépendance et sécurité, que n’offrent pas les aléas du nomadisme.



Ce qui vaut pour un clan, une tribu, une seigneurie vaut aussi pour l’Etat, or ce dernier a connu un net recul avec la chute de l’Empire carolingien. De son éclatement sont nés des royaumes sans grande autorité, constitués de principautés à l’image de la Flandre, qui ont confisqué à leur profit de nombreuses prérogatives régaliennes. Pour les rois, notamment pour les Capétiens qui au Xe siècle sont quasiment des seigneurs comme les autres, même souvent moins puissants que certains de leurs vassaux, il faut se faire entendre, se faire obéir et se faire respecter. Il importe donc d’éliminer toute forme de concurrence. Ceci est crucial pour la suite mais si l’on peut permettre une digression, il faut convenir que l’on trouve là tous les germes du futur état jacobin… La représentation du territoire doit être la plus fidèle possible et donc doit rendre compte de la question sensible de la frontière : la limite floue des marches s’estompe pour laisser peu à peu place à la ligne, qu’elle soit naturelle ou imaginaire. La lente construction de l’état royal et consolidation des frontières sont des événements simultanés.




Trouver des limites


Si l’on considère le relief de la moitié septentrionale de l’Europe, il est évident que l’on y trouve que peu de repères remarquables, de reliefs infranchissables. Il est plain, sans cloisonnement et la circulation des plus aisées. D’ailleurs, la plaine flamande, sous-ensemble de la plaine germano-polonaise est au cœur d’un « couloir d’invasion ». La question de la souveraineté pèse alors de tout son poids dans les relations entre voisins. L’on choisit donc de borner par la seule limite tangible à disposition : en montagne les lignes de crête, en plaine les cours d’eau… et le nord de l’Europe n’en manque pas. Cette ligne, usitée depuis les Celtes, continue de garder la même fonction en scindant nettement l’espace. Le cours d’eau n’est plus seulement un lien possible entre les populations mais aussi une séparation franche dans l’espace. D’ailleurs, cette habitude de borner les terres par des cours d’eau perdure en Flandre : dans les dénombrements féodaux, les parcelles sont ainsi délimitées… posant un problème délicat pour les retrouver puisqu’aujourd’hui, la plupart n’existent tout simplement plus. Ajoutons à cela qu’en plus, en 1.500 ans, soit depuis le début du Moyen Age, la physionomie du continent a considérablement changé : défrichements, assèchements, poldérisation de la côte frisonne, quasi disparition des marais, et donc, en corollaire, de nombreux cours d’eau. La matérialisation des frontières, des limites doit évoluer vers le concept –à l’origine abstrait – de frontière artificielle.




La représentation des territoires est jusqu’alors peu conforme à la réalité : soit ce sont des vues cavalières, parfois grossières, soit ce sont des plans et des cartes qui ne correspondent que de très loin à la réalité du terrain, faute de moyens de levée et de modes de représentations conformes. Et encore, plus le territoire est vaste et plus les « blancs » sont nombreux à remplir. La carte n’est alors qu’indicative, une représentation imagée qui reste encore « floue » dans ce qu’elle doit représenter.




L’émulation de la Renaissance



En Europe, pourtant, on trouve des émulateurs puissants pour présider à la naissance de la cartographie moderne, conforme au terrain : le mouvement humaniste et la Renaissance. Cette dernière permet de découvrir ou redécouvrir - c’est selon - les connaissances antiques, qu’il s’agisse de l’art ou de la philosophie. L’Europe bénéficie de contacts plus appuyés avec l’Orient ainsi que de la découverte de nouveaux continents. L’intérêt se porte au-delà du monde chrétien, tant dans le temps que dans l’espace. On regarde désormais plus loin que son territoire, que sa ville et sa banlieue. Et l’on commence à considérer d’autres « vérités », antérieures au christianisme ou extra-occidentales. Un grand progrès ayant déjà été fait avec Copernic et Galilée, les géographes poursuivent naturellement cet élan dans la compréhension du monde. Un monde qui a changé : il n’est plus centré sur l’action divine en faisant de l’homme son principal sujet d’étude en tant qu’être naturel et non en tant que création « à l’image de Dieu »… L’Homme devient objet d’étude, tout comme le milieu dans lequel il vit, de la façon dont il vit. Cette curiosité ouvre donc le champ à de vastes possibilités de recherches et de réflexion en imposant surtout l’idée de relativisme.




Le rapport avec les cartes ? On opère une lente transition du portulan vers la carte. Le portulan, destiné à la navigation maritime, n’est qu’une reconnaissance des côtes… La carte – elle – commence à s’intéresser à l’arrière-pays. Cette envie, ce besoin de savoir et de connaître perdure jusqu’au milieu du XXe siècle au travers des grandes expéditions ordonnées notamment par les rois européens, mais aussi par les sociétés de géographie, de toutes tailles, qui publient les récits et les documents mais qui missionnent aussi des explorateurs. D’ailleurs, Louis XVI ne demanda-t-il pas des nouvelles de La Pérouse avant de monter sur l’échafaud ?




Figures fondamentales ou Pères fondateurs ?



S’il est bien deux personnages essentiels pour la cartographie, ce sont bien Gérard Kremer, dit Mercator (1512-1594) et César-François Cassini, dit Cassini III (1714-1784).




Le premier qui fait tant souffrir les élèves de France et de Navarre est à l’origine d’une projection permettant de représenter la terre en totalité avec – cependant – un défaut : elle déforme démesurément les régions les plus éloignées de l’équateur. Qu’importe ! Parallèles et méridiens sont perpendiculaires, aide précieuse pour la navigation mais, pour précises que soient ses cartes, les « terra incognita » sont nombreuses… Sa carte de la Belgique qui, curieusement, recouvre quasiment l’Eurorégion, différencie bien les provinces, nomme les ports et villes, situe les cours d’eau mais elle est largement figurative. La carte est toujours à la limite de l’œuvre d’art d’autant plus que mappemondes et planisphères sont l’apanage de ceux qui se veulent puissants et informés … Le cabinet de curiosité a alors encore de beaux jours à vivre : la géographie comme la cartographie sont aussi des enjeux de mécénat donc de politique.




Pour mesurer l’importance de la demande accrue de fiabilité des cartes, encore faut-il savoir qui en commande l’exécution car cela à son importance pour le second, Cassini.




Qui donc a besoin de cartes de plus en plus précises ?


Si l’on considère une population occupant un territoire, elle doit se définir selon trois termes : l’état, le pays, la nation, qui clairement définis, permettent à un gouvernement, de quelque forme qu’il soit, d’assurer le fonctionnement de la communauté. Revenons sur ce fameux triptyque :


- L’état est la forme d’autorité reconnue, il a des obligations, notamment de protéger les populations et les biens, et donc doit organiser l’économie, les transactions monétaires, la police, la justice, etc… L’Etat n’est que la mise en place de l’organisation des relations sociales et économiques avec la possibilité d’ordonner, de punir et de contraindre.


- La Nation est un concept plus discuté en Europe. Cette querelle ne prend fin qu’après la seconde guerre mondiale mais elle a accompagné la formation de tous les Etats-Nations. Cette notion est d’une importance cruciale pour deux régions frontalières : la Flandre et l’Alsace-Lorraine. Selon les Français, Fustel de Coulanges et Ernest Renan en tête, la nation est une communauté se reconnaissant dans des valeurs communes et dans la volonté d’adhérer à ces dernières. Pour les Allemands, et surtout selon l’historien Theodor Mommsen, la nation est ethnique et linguistique, un quasi droit du sang. Ceci explique que pour la France, l’Alsace-Lorraine est française afin de respecter le vœu de ses habitants, alors que pour les IIe et IIIe Reich, elle ne peut qu’être allemande à cause de sa langue et de la culture germanique… expliquant l’annexion du traité de Francfort en 1871 à la fin de la Grande guerre, puis durant toute la seconde guerre mondiale, par l’Allemagne. Quant à la Flandre, on ne saurait expliquer autrement le regroupement des zones occupées du département du Nord. Durant la Première guerre, l’exploitation économique est confiée à des sociétés allemandes dans les zones occupées. Lors de la suivante, le Nord est zone interdite rattachée au commandement de … Bruxelles.



- Le pays est la seule idée concrète du triptyque : du latin « pagus », le terme désigne à l’origine la plus petite circonscription territoriale qui soit… Le terme désigne un espace occupé et limité, offrant d’ailleurs trois mots à la langue française : le pays, une aire bornée, le paysan, c’est-à-dire l’habitant du pays désigné en latin par « paganus » mais aussi le mot « païen » car les campagnes sont christianisées en dernier.







Une fois ces trois conditions réunies, le gouvernement peut exercer son autorité. A lui donc de la faire reconnaître et pour cela, il doit s’enquérir le plus exactement possible de ses ressources. Ceci est d’autant plus important que l’Europe est un continent perpétuellement en conflit : entre le début de la guerre de Trente Ans et la fin du règne de Louis XIV, l’Europe n’a connu que presque un mois de paix générale…




Lors de la constitution des grandes monarchies, il n’est question que d’agrandir les royaumes « par la lance de chair ou par la lance de fer », ainsi que le disait le chroniqueur Froissart, autrement dit par le mariage ou par la guerre et donc de reculer les frontières. Problématique qui prend toute sa dimension aux XVIe et XVIIe siècles, alors que la France est encerclée par les Habsbourg, notamment d’Espagne, qui tiennent les Pays-Bas au nord de l’Artois. Il faut donc connaitre les forces en présence de part et d’autre de la frontière, reconnaitre les places fortes et surtout, en l’absence d »un « train des équipages », savoir où se ravitailler… Pour la France, il manque une frontière au nord qui empêche les incursions vers paris… Une invasion vers Paris est possible par le Nord par manque d’obstacle ! Cette fragilité au nord prend toute sa dimension en 1636 quand les Espagnols s’emparent de Corbie. Pourtant voisine d’Amiens, la prise de cette petite ville menace Paris… parce que rien ne peut se dresser sur le chemin entre l’abbaye samarienne et la capitale. Pour Mazarin, il faut donc faire reculer la frontière de la France au Nord et à l’est pour créer un boulevard – terme militaire s’il en est – qui placerait enfin Paris au cœur de la France. Cette crainte justifie d’avance les annexions à l’est et la guerre de dévolution menée par Louis XIV. Vauban joue un rôle décisif en poussant le jeune roi à former son « pré carré ». Il faut fermer la frontière par une double ligne de villes fortifiées. Pas question de murailles comme dans le cas du limes romain, la guerre est encore au siège des villes. Les architectes militaires ne peuvent que s’intéresser à la cartographie. Les relevés effectués par les arpenteurs de Vauban comme de ses successeurs prennent en compte la réalité du terrain afin de dresser des défenses efficaces. Comment expliquer alors, sans cette maîtrise de la représentation géographique, la rapidité de la mise en défense des places-fortes ou l’utilisation de l’eau comme élément défensif dans une région aussi plane ?



C’est l’aube du siècle d’or des géomètres et arpenteurs, qui mesurent la terre et retranscrivent leurs données en cartes.




Un outil autant stratégique que diplomatique


La carte est en même temps un outil militaire et diplomatique, à l’image de l’exposition permanente à Versailles des plans-reliefs devant lesquels passaient systématiquement les ambassadeurs étrangers se rendant à l’audience royale. Ainsi la carte est instrumentalisée pour servir la puissance souveraine, à l’image du recueil du chevalier de Beaulieu, qui entreprend de dessiner les plans, le profil et la carte du territoire des villes conquises par Louis XIV au nord de la France… Connaître ses possessions mais aussi faire connaître sa puissance à ses ennemis potentiels devient le but politique assigné à la carte, et donc rendant la question des frontières plus primordiale encore. Ici la carte rejoint la numismatique : si la pièce de monnaie permet de connaître plus ou moins bien le visage du souverain (Louis XVI en fit l’amère expérience à Varenne), la carte permet d’exposer ses possessions donc son autorité voire sa puissance. Il ne faut pas oublier que sous le règne de Louis XIV, la France n’est certainement pas l’Etat européen le plus vaste, mais il est le plus peuplé avec, estime-t-on, vingt millions d’habitants...



Cassini ou le grand bond en avant


La carte de Cassini est une avancée essentielle. Reprenant la base des travaux de Delambre et Méchain pour le calcul du méridien de Paris (permettant de fixer la valeur du mètre) dans des conditions très difficiles de Dunkerque à Perpignan (voir le monument dans le parc du Fort de Petite-Synthe). La couverture générale de la France est un travail titanesque entrepris par César-François Cassini et ses géographes… Les levées durent de 1756 à 1789. Les 181 feuilles, qui assemblées forment la carte du royaume, sont publiées de 1756 à 1815. Les témoignages rapportés font état de zones inconnues sur la carte auxquelles il faut ajouter l’ignorance de nombre d’habitants qui ne savent ce qui se trouve de l’autre côté de la montagne ou de la vallée, ou qui sont parfois incapables de nommer les lieux qu’ils voient au loin. Ajoutons cependant qu’aujourd’hui encore, il est des gens en France, et même dans la région, qui n’ont jamais vu la mer autrement qu’à la télévision. Certes, il y a des voies de communication, autant par terre que par voie d’eau et les relations entre les grandes villes existent mais elles sont difficiles, saisonnières le plus souvent et très lentes. En fait, le territoire français est un espace qui reste méconnu, voire souvent inconnu.




Le but avoué de Cassini est simple : mesurer les distances par triangulation et assurer le positionnement des lieux. La triangulation, mesure mathématique simple nécessitant trois points de repère que l’on relie et qui permettent la mesure des distances avec ce trait de génie mathématique qu’un triangle, quel qu’il soit aura toujours trois côtés et que la vérification de la mesure est la plus simple qui soit : la somme des angles donne « normalement » 180° ! Il veut mesurer le royaume, c’est-à-dire déterminer le nombre innombrable de bourgs, villes, villages semés dans toute son étendue » et enfin représenter ce qui est « immuable dans le paysage ». Cela prend plus la dimension d’une exploration que d’une promenade de santé.




Saluons au passage cette œuvre titanesque pour plusieurs raisons :


- Il restait peu de vestiges de l’expédition de Delambre et Méchain


- Il faut sans cesse batailler avec les autorités locales


- Convaincre les plus superstitieux qui accusent ces étrangers venus avec de drôles de machines d’être à l’origine de mauvaises récoltes, voire qui les molestent.


- Les langues et patois innombrables du pays : même pas 30 de la population maîtrise le français et il ne faut pas nécessairement compter sur les curés de campagne à peine plus éduqués que leurs ouailles.


- La peur de l’ « étranger », celui qui n’est pas de la communauté… une xénophobie primaire.




Néanmoins, et si l’on ajoute la normalisation du dessin, la carte ainsi établie reste aujourd’hui fiable à quelques mètres près. De plus, on commence à fixer la nomenclature durablement en figeant l’orthographe et en francisant nombre de toponymes. La carte rend compte surtout plus finement des accidents de terrain qui s’ajoutent aux éléments humains : ainsi voies d’eau, routes mais aussi montagnes et marais sont indiqués (d’ailleurs, les urbanistes actuels feraient bien de la consulter plus souvent pour éviter moult désagréments). Plus encore, les feuilles concernant les littoraux donnent une idée des bancs proches de l’estran et des rades, quoique celles-ci soient l’objet de tous les soins des écoles d’hydrographie.




Cependant la carte reste l’apanage des plus fortunés et des plus érudits, et en l’absence des fameuses frontières naturelles, il n’est d’autre choix que de matérialiser la limite par des bornes. Il s’agit bien de marquer les limites de souveraineté mais pas d’entraver la circulation. La frontière existe mais ce n’est pas un mur infranchissable.



La révolution de la carte d’Etat-Major


Le XIXe siècle, marqué par les guerres d’Ancien Régime et surtout par les guerres napoléoniennes, voit un progrès décisif avec la carte d’Etat-major. Etablie et régulièrement révisée, à l’échelle de 1/80.000, elle est d’une précision alors exceptionnelle compte-tenu, comme pour la couverture de Cassini, que les levées se font au sol. Les moyens aériens n’existent pas. Indiquant de plus en plus de détails, notamment les altitudes, les pentes et dénivelés, éléments trop souvent méconnus des officiers supérieurs qui déplacent des troupes à pied ou qui veulent établir des batteries d’artillerie en position dominante. Les zones de frontières font donc l’objet d’études particulièrement approfondies, selon l’adage « si vis pacem, para bellum »…




La cartographie se mêle aussi de « macro-géographie » (comme il y a une « macro-économie ») avec la création du cadastre consulaire puis impérial. Objet de mesures et d’arpentages fiables, le cadastre sert de base d’imposition. Ils accentuent cependant la dimension humaine si l’on leur y adjoint les matrices mentionnant les propriétaires et la destination des parcelles. Le type de dessin employé étant encore à la limite du figuratif, il était alors facile d’identifier une éminence, une crête, une fosse, etc… ce que ne permettent plus les cadastres actuels, dont la seule utilité aujourd’hui reste délimiter les parcelles sans plus de précision. Néanmoins, cette connaissance « fiscale » a une importance indéniable pour des études purement locales, notamment pour les zones frontalières où parfois des « anomalies » ou des « imprécisions » apparaissent çà et là…




Quoiqu’il en soit, la cartographie militaire reste la plus précise, heureuse héritière de l’Ecole de Brienne où Napoléon apprit qu’une bonne carte, qu’un schéma clair valait souvent mieux que long discours.




De la Géographie à l’Intelligence


Avec la naissance des états modernes, l’on quitte le domaine de la géographie pour celui de l’Intelligence… ou selon une formule moins politiquement correcte, de l’espionnage. En effet, une parfaite connaissance de son territoire et de ses ressources est une chose, en savoir autant sur ses voisins en est une autre, et cela qu’ils soient de potentiels alliés ou d’hypothétiques ennemis. Certes, le XIXe siècle, nourri d’exotisme colonial s’intéresse plus à la lointaine Tombouctou qu’à Furnes ou Anvers… mais cela concerne, il est vrai, avant tout le grand public.




D’autres, pourtant, préfèrent en apprendre plus sur ce qui leur est proche. Il ne faut pas oublier que si Scrive-Labbé est connu et célèbre à Lille, c’est pour avoir été en Angleterre et d’en être revenu après avoir volé pièces et secrets industriels, permettant de concurrencer les filatures de Grande-Bretagne.




Les libraires vendent nombre de récits de voyages, à commencer par ceux des auteurs reconnus comme Victor Hugo. Malgré la difficulté de circuler en France, les guides touristiques font florès et sont parfois de véritables études ethnographiques : sorti de la ville, le voyageur devient un explorateur. Quelle famille n’a pas eu dans sa bibliothèques des guides comme le Joanne, ou même aujourd’hui le guide vert de Michelin ?




Quant aux militaires et aux diplomates, s’ils se doivent de connaître le terrain, il leur importe de savoir ce qui se trouve en face, quitte à recourir aux moyens de renseignements plus humains.




Ainsi, l’offensive allemande de 1940 trouve une des explications de son succès fulgurant dans la parfaite connaissance géographique qu’ont les troupes du IIIe Reich qui ont mené des campagnes de renseignement, notamment photographiques, dès 1933. Souvent d’ailleurs, les chefs de corps allemands détenaient des renseignements plus récents que les Français eux-mêmes.




Mais cela n’est après tout qu’une conséquence des frontières établies par le Traité de Vienne puis par la création et la modification de nombreux états à l’issue des traités après les deux guerres mondiales. Dessinées sur des critères arbitraires, souvent contraires à la volonté ou à l’intérêt des peuples eux-mêmes, niant jusqu’à l’aspect ethnique, ces frontières se sont cristallisées, souvent autour d’un sentiment national fort souvent teinté de xénophobie, nourri des antagonismes et des revendications frontalières. Derrière les limites d’état se retranchaient donc autant les armées que les douaniers pour rendre la frontière la plus imperméable possible aux produits comme aux influences étrangères… La Ligne Maginot en est une démonstration par l’absurde s’il en est…




Méfiance, défiance, suspicion envers l’étranger, la peur s’installe, la xénophobie, au sens strict du terme est exacerbée… contre celui qui n’est pas du village, contre celui qui est étrangers… jusqu’à voir des nonnes parachutistes allemandes partout en France en 1940. La frontière est poreuse : elle n’empêche pas la circulation des hommes ni des marchandises, mais celles-ci sont plus souvent illégales car l’Etat doit garder ses monopoles au sein de ses frontières… Quoi de moins étonnant alors que tant de Flamands aient trafiqué le tabac dans les dunes et les chemins frontaliers ?




Qu’adviendrait-il si la frontière venait à disparaitre ?


A fortiori, la question ne se pose même pas depuis la création de l’espace Schengen. Plusieurs membres de l’Union Européenne ayant accepté le principe d’une libre circulation des biens et des personnes au sein de l’espace qu’ils forment. Circulation il est vrai facilitée par la mise en place d’une monnaie unique… Néanmoins, la neutralisation des frontières dans l’espace Schengen ne signifie pas leur disparition totale et définitive : les limites politiques et les souverainetés sont maintenues dans leurs spécificités même. Il n’y pas une législation, ni même une citoyenneté « Schengen »… Pas plus qu’une citoyenneté européenne ressentie comme telle puisque les états ont été maintenus dans leur forme. L’union n’est qu’une association, pas une fusion. Contrairement à la constitution des grandes fédérations telles la Russie (impériale puis soviétique) ou les Etats-Unis d’Amérique, la création d’états fédérés se s’est accompagnée de la mise en place d’une langue unique. Certes une large part de la population hispanique du sud des Etats-Unis ne parle pas l’Anglais en ce début de XXIe siècle mais c’est plus par un défaut de volonté des états d’investir dans le domaine de l’éducation. La Russie – quant à elle – a largement russifié les peuples allogènes, faisant disparaitre la langue locale au profit du russe, enseigné par ailleurs dans toutes les écoles de l’ancien bloc de l’Est.




Or en Union Européenne comme en Europe de l’Ouest, rien de tout cela. A l’heure des grands ensembles supranationaux, le continent tout comme l’Union européenne est marqué par la division : dispersion des législations sociales et fiscales, types de régimes divers et variés et surtout une multitude de langues… L’Europe n’a pas su imposer de langue commune : la frontière effacée pour faciliter les échanges au moins économiques, réapparait soudainement avec les différences de législations, en raison des langues différentes surtout à cause du facteur culturel, car l’unité culturelle européenne n’existe pas, du moins pas encore…




La frontière, ainsi que nous l’avons déjà dit a été fondée sur des motifs autant militaires qu’économiques, aux dépends du facteur humain.




Il faut donc se poser la question du moment : que se passerait-il en cas de faillite de l’Euro, question on-ne-peut-plus d’actualité. A titre personnel, l’Euro a été mal « vendu »… la parité fixée pour le franc ne permet pas de faire des comparaisons et les augmentations, fussent-elles d’un seul « eurocent », conversion effectuée, prennent des proportions inquiétantes. Ceci dit, et pour clore le sujet, bornons nous à rappeler que la nostalgie, c’est évoquer à regret les prix d’il y a vingt ans en oubliant de donner les salaires qui allaient avec… Reviendrions nous vers un repli national en sortant de l’espace Schengen comme cela a été évoqué par un candidat à la présidentielle ? Pourquoi pas mais alors il faudra supporter un ralentissement des échanges, réinstaller des postes de douanes à l’heure où l’Etat réduit ses cadres… et surtout revenir à tous ces petits trafics qui laissèrent souvent dans les familles des souvenirs truculents, les files d’attentes aux postes douaniers n’ennuieront que les promeneurs, les vrais fraudeurs sachant, eux, où passer… et donc perdre du temps au détriment de trafics autrement plus rémunérateurs comme celui des cigarettes de contrebandes (autres temps, autres mœurs, autres besoins)… cela reviendrait aussi à réduire les possibilités d’échanges de quelque nature que ce soit, et donc d’orienter les états plus ou moins rapidement vers un retour au protectionnisme donc à la défiance, à la méfiance, à l’exacerbation des sentiments nationaux alors que nous sommes à l’heure de la mondialisation et de la globalisation… Ce n’est donc pas une hypothèse réellement envisageable. La seule issue pour continuer à ouvrir les frontières et définir une identité supranationale qui ne fasse pas oublier l’identité locale (mais pas plus que ne l’a fait l’identité nationale jusqu’à présent) et d’ouvrir à la coopération, voire à l’intégration des espaces frontaliers en les rendant interdépendants et rendant l’imbrication pérenne, ce qui suppose une volonté de créer des moyens de transports interconnectés, de mettre sur pied des projets communs mais pas seulement économiques… cela supposerait aussi de pratiquer aussi les échanges humains en facilitant la mobilité des ressortissants européens sur la base du volontariat (échange de fonctionnaires, de militaires, d’enseignants mais aussi entre personnels d’entreprises). De fait, l’intégration devant se faire aussi sur le plan culturel.




Un tel mouvement d’intégration, assez fort pour effacer définitivement la frontière au-delà du simple facteur économique, convenons-en ici, ne devrait pas présenter de caractère insurmontable car la frontière est récente et l’histoire a longtemps été commune de chaque côté de la frontière. De toute façon, notre région des Pays-Bas a changé tellement de fois de souveraineté qu’une de plus ou de moins ne changerait finalement pas grand-chose, si ce n’est quelques habitudes.

vendredi 16 mars 2012

Le septième Entretien de l'association Zénon 3000 portera sur l'histoire et la prospective, demain

L'association Zénon 3000 organise depuis 2009 des entretiens sur l'histoire et la prospective. Ces entretiens, sous la forme de table ronde, rassemblent écrivains, historiens, linguistes, économistes et philosophes européens. Ils feront part de leurs réflexions sur l'histoire complexe de la Flandre, la circulation des savoirs en Europe, la capacité d'innovation et le devenir des régions du Septentrion.

Le principe est d'expliquer les identités des territoires des anciennes dix-sept provinces, les liens qui les unissent et les désunissent. Cette approche se place dans une démarche prospective plaçant la transformation et la cohésion culturelle de l'Union européenne en son centre.


L'association a choisi Hondschoote pour traiter le thème La gouvernance des frontières de la Flandre en France/Histoire, imaginaire et représentation collective, prospective européenne. Ce choix repose sur trois faits marquant l'histoire de la ville : le grand rayonnement de l'industrie textile de la cité flamande en Europe au Moyen-Âge, la réforme protestante, la bataille de 1793.


Une soixantaine de participants seront réunis demain.


Philippe-André Royer, psychosociologue, docteur en sciences sociales, fondateur et président de Zénon 3000, producteur des Entretiens de Zénon 3000 sur l'histoire et la prospective, interviendra sur la politique transfrontalière.


François Hanscotte, docteur en histoire, spécialisé dans l'étude du phénomène castral en Flandre, de l'époque médiévale à la Grande Guerre, interviendra sur la frontière en Europe de l'origine jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale.


Luc Devoldere, écrivain, auteur de nombreux ouvrages et articles de presse, posera la question de la représentation et la signification de la frontière au XXIe siècle.


Éric Vanneufville, homme de terrain, décrit depuis plus de trente ans les merveilles de la Flandre. Il exposera les enjeux économiques et religieux des territoires des dix-sept provinces.


Emmanuel Beckrich et Stéphanie Dambry proposeront un sujet multimédia sur le thème de La frontière imaginaire/L'imaginaire de la frontière . •


Septième Entretien de Zénon 3000 sur l'histoire et la prospective, demain, de 17 h 30 à 20 h 30, à l'hôtel de ville.


in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 16 mars 2012

mercredi 14 mars 2012

vu la météo



Rares sont, en ce moment, les jours ensoleillés.... matin clair, après-midi brumeuse quand ce n'est pas pluie et froid... et comme il faut s'occuper, on se rabat sur le "calendrier des postes"... Toutes mes excuses...

vendredi 9 mars 2012

Quand un bateau vieux de 3 500 ans rapproche Boulogne et Douvres



Depuis quelques semaines, une équipe britannique reconstruit à l'échelle 1/2 un bateau trouvé à Douvres en 1992. Le navire servait à traverser la Manche à l'Âge du bronze. Il est au coeur de Boat 1 550 BC, un grand projet mené par des archéologues britanniques, français et belges qui veulent faire connaître l'histoire commune des trois pays.
À DOUVRES, PAR CÉLINE RUDZ

Il y a 3 500 ans, le bateau trouvé à Douvres en 1992 par les archéologues du Canterbury archaeological trust traversait la Manche en cinq heures environ. Le bateau, exposé au musée de Douvres, est en bon état, même s'il manque la proue. Keith Parfitt, son « inventeur », se souvient de cette « découverte très importante » comme si c'était hier : « C'était le 28 septembre 1992, à 12 h 30. Ce bateau témoigne de très anciennes traversées de la Manche, de relations régulières entre les pays. La Manche était un lieu de passage, de contact, pas une frontière... ». À l'Âge du bronze, on faisait du commerce de métal, de bijoux, de textiles, de poteries, etc.


« Il s'agit d'une pièce particulièrement sophistiquée. Sa découverte, un moment intense et très excitant, reste mon meilleur souvenir d'archéologue, elle a changé ma vie ! » se rappelle Peter Clark. En 1992, il supervisait l'équipe d'archéologues britanniques. « La vie d'un côté comme de l'autre de la Manche présentait de nombreux points communs, beaucoup plus qu'entre les habitants d'un même pays vivant au bord de la mer et dans les terres. » « On peut parler d'un espace transmanche avec des frontières à l'arrière, confirme Anne Lehoërff, chef de projet. « Les objets, les pratiques de construction étaient les mêmes sur les différents littoraux. »


À l'eau début mai
Dans le cadre du projet Boat 1 550 BC, une équipe construit actuellement une maquette du bateau, en chêne, qui sera exposée en France, puis en Belgique et en Angleterre (lire ci-dessous). « On recrée des outils très simples, similaires à ceux de l'Âge du bronzeW », s'enthousiasme Robin Wood, qui travaille sur le chantier. « On apprend beaucoup sur la fabrication du bateau et sur la vie à l'époque. C'est extraordinaire ! » Quatre personnes travaillent sur cette maquette. « Il faut être très minutieux, ne pas faire d'erreurs. Une fois terminé, au bout de 12 semaines normalement, le bateau pèsera huit fois moins que l'original », précise Richard Darrah, archéologue, une pagaie dans chaque main.


« À l'époque, l'équipage comprenait entre 16 et 20 hommes. » Le bateau reconstitué sera mis à l'eau début mai. En attendant, peut-être, qu'un autre à échelle réelle traverse la Manche... « On choisira un jour où la mer sera calme », sourit Keith Parfitt.« Je suis confiant ! » •


in LA VOIX DU NORD, édition de Dunkerque du 9 mars 2012

dimanche 4 mars 2012

une souscription à ne pas rater: le prochain ouvrage de Gérard Deligny

Au cas où vous auriez quelque difficulté à imprimer le bon de souscription, nous pouvons vous l'envoyer par courriel. L'adresse est plus bas dans la colonne de droite...